Chapitre 39

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Johanna

Je suis réveillée par des bruits de fond qui viennent de la cuisine. Je remets mes idées en place, les yeux encore clos. Je suis chez les parents de Fabian et, si j’en crois le poids sur mon ventre, il dort à côté de moi ; ou plutôt sur moi. J’ouvre les yeux et le découvre en position du fœtus, la tête posée sur mon ventre, le visage tourné vers moi. Les doigts d’une de nos mains sont entrelacés et ses traits semblent apaisés pour la première fois depuis que je l’ai vu hier. Je ne peux m’empêcher de glisser mes doigts dans ses cheveux en bataille. Je ne sais pas si c’est pour moi, pour le plaisir de ce geste que j’ai toujours adoré faire ou pour lui, pour lui apporter du réconfort, mais moi, il me fait un bien fou.

Fabian ouvre les yeux, les cligne à plusieurs reprises et esquisse un maigre sourire. Il dépose un baiser sur mon ventre à travers le tissu de mon chemisier puis, comme s’il réalisait l’intimité de la situation qui n’a plus lieu d’être, il se redresse et se rallonge à côté de moi, sur le dos, rompant tout contact physique entre nous. Autant dire que j’ai l’impression que mon cœur se brise dans ma poitrine. Qu’est-ce que j’allais m’imaginer ? Qu’une nuit dans ses bras allait tout résoudre ? Je me lève, prends mon sac de voyage et traverse le salon sans un regard pour l’homme que j’aime et qui tient mon cœur entre ses mains, s’amusant à jongler avec au gré de ses besoins. Je m’enferme dans la salle de bain et profite d’une courte douche pour à la fois me remettre les idées en place et évacuer les larmes qui menacent depuis que j’ai appris le décès d’Abuelita.

Lorsque je rejoins la cuisine, Fabian est en train de se servir un café. Anastasia me prend dans ses bras et me berce une seconde en me remerciant une nouvelle fois discrètement car son fils n’était pas descendu déjeuner avec eux depuis cinq jours maintenant. Je ne vois pas en quoi je suis responsable de ce changement, mais je lui souris et enserre sa main avant d’aller prendre la tasse de café que son fils me tend.

Alors que je pars m’installer à table, une tornade déboule dans mes jambes. Je m’accroupis et serre dans mes bras Diego. Voilà une dose de bonheur qui me donne le sourire ce matin.

- Bonjour Petit Cœur ! signé-je avant de couvrir son visage de bisous et de lui caresser les cheveux.

Diego se love dans mes bras avant de sortir son petit chien en peluche de sa poche et de me le tendre. Evidemment je récupère Azul, l’embrasse sur le sommet du crâne et lui fais un câlin également sans pour autant lâcher Diego. Je finis même les fesses par terre, déstabilisée par l’assaut de son petit corps qui réclame cette marque de tendresse. J'éclate de rire, joyeuse et heureuse de retrouver ce petit bout de chou qui m'a tant manqué.

Diego s’assied sur une de mes cuisses alors que je suis à-même le sol et nous conversons en langue des signes. Mes premiers gestes sont hésitants, cela fait longtemps que je n’ai pas signé, mais je retrouve vite mes automatismes au contact de ce petit bonhomme, dont la vitalité me met déjà du baume au cœur.

- Tu m’as manqué Tata.

- Tu m’as manqué aussi petit cœur. Comment tu vas ? Comment ça se passe à l’école ? Est-ce que tout va bien pour toi ? Tu t’es fait de nouveaux copains ?

Diego sourit, amusé par mon déballage de questions et m’embrasse sur la joue avant de répondre. Mon dieu, je fonds totalement pour ce petit bonhomme.

- Je vais bien. L’école se passe bien et j’ai deux copains qui ont demandé à la maitresse à apprendre la langue des signes. Et toi Tata, tu vas bien ?

- Beaucoup mieux depuis que j’ai droit au meilleur câlin du monde, je lui réponds avant de le serrer à nouveau dans mes bras.

Nous continuons à discuter un moment, sous le regard attendri de Lila et de la petite famille plus généralement. Si les yeux de Fabian étaient également preuve de son attendrissement au début, c’est la tristesse qui finit par s’y insinuer, et ce que j’interpréterais comme… de la culpabilité ? Peut-être que je divague…

Le reste de la journée passe doucement, en famille et je m’y sens étonnamment à ma place, même si Fabian est distant avec moi sans pour autant s’éloigner physiquement. A table, son bras repose sur le dossier de ma chaise et je surprends ses regards fréquents sur moi. Il parle peu et je ne sais trop quoi lui dire, mais chaque frôlement, chaque petite caresse du bout de ses doigts dans mon dos m’électrise et me rend toute chose. J’ai à la fois envie de lui sauter dessus pour le frapper et l’embrasser, lui crier dessus ma colère et ma peine, mon amour et mes regrets. Je suis une boule de nerfs qui ne se calme que lorsque Diego monte sur mes genoux pour me faire un câlin. Une nouvelle boule se forme dans mon estomac quand ce filou tire la manche de Fab pour lui demander de faire un selfie tous les trois. Je vois Lila rire discrètement alors que Fab hésite, mais les yeux suppliants de son filleul ne laissent aucune place à un refus. Quand mon pilote m’attire contre lui et pose sa joue contre ma tempe, j’ai l’impression de retrouver ma place légitime au sein de cette famille, mais aussi dans ma propre vie. Je me mordille la lèvre en inspirant profondément pour garder mon calme et ne surtout pas me mettre à pleurer. Fabian prend plusieurs photos, et Diego se prend au jeu en faisant différentes poses sur mes genoux, avant de glisser entre son oncle et moi et de demander un bisou. C’est certainement la plus belle photo, Diego, tout sourire entre son oncle et moi, nos lèvres rieuses posées sur ses joues petites joues potelées.


****


Fabian

J’accompagne Jo jusqu’à sa voiture, dépose son sac sur la banquette arrière et reste à une distance raisonnable de son corps. Je suis partagé entre le besoin qu’elle parte pour ne pas replonger dans ses filets et la rendre prisonnière de cette relation qui n’est pas bonne pour elle, et le besoin de la kidnapper pour la garder près de moi Ad Vitam Aeternam.

- Fab… Donne-moi des nouvelles de temps en temps, tu veux ? Je…J’en prenais auprès de Maria Luisa mais…

- Tu quoi ?

- Oh… Tu n’étais pas au courant ? rougit-elle. Avec Abuelita on s’appelait tous les samedis pour… Garder contact, prendre des nouvelles et… comme tu ne répondais pas à mes messages, j’avais de tes nouvelles ainsi.

Je soupire lourdement. Je ne suis pas agacé, simplement épuisé. Et surpris. Je ne savais pas que Mamie était encore en contact avec Jo. Tout le monde a fini par arrêter de parler d’elle à force de me voir sortir de mes gonds dès qu’ils faisaient une allusion. Il n’y a que Diego, ne comprenant pas, qui continuait de me demander comment elle allait, si elle allait bientôt venir, s’il pouvait lui envoyer des dessins.

- Je ne sais pas si c’est une bonne idée, réponds-je, la gorge nouée.

Je vois un éclair de colère passer dans les yeux de Jo, très vite remplacé par son masque neutre. Elle réfléchit, semble peser le pour et le contre, puis ouvre les bras. D’abord immobile, je fais les deux pas qui nous séparent et la prends dans mes bras, glissant mes mains dans son dos et la serrant contre moi. Je l’embrasse sur le front avant de nicher mon nez dans son cou.

- Je suis fière de toi Fab. Tu as réussi à reprendre la course, c’est génial. Tu le mérites.

- Merci Jo, murmuré-je en la serrant plus fort contre moi.

Je n’ose pas faire plus, pas dire plus, de peur de faire une boulette qui la ferait souffrir encore. Je voudrais redécouvrir le goût de ses lèvres, de sa peau, de son corps. Je voudrais retrouver cette complicité entre nous mais c’est trop tard et trop égoïste de la vouloir pour moi. Je relâche mon étreinte doucement alors qu’elle pose ses lèvres au coin de ma bouche.

- Prends soin de toi Champion.

- Toi aussi, Ma Douce.

Elle baisse les yeux et me tourne le dos pour entrer dans sa voiture, et mon cœur déjà meurtri quitte mon corps pour partir avec elle.

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Lia 53
Je frissonne quand je la vois, je ne peux pas m'en empêcher c'est plus fort que moi, cette fille m'obsède. Je peux pas m'en empêcher, je la veux pour moi et rien que moi. Je sais qu'elle m'aime, je sais qu'elle me veut, je sais ce qui est bon pour elle. Elle est à moi, pour moi. Je peux pas m'en empêcher, je ne peux pas...Je sais qu'il faut pas, que c'est pas bien mais je dois l'avoir à moi.

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XiscaLB
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Bonne lecture !

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