Chapitre 37

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Johanna

Un mois est passé depuis que je suis de retour chez ma mère. Aujourd’hui encore, j’ai du mal à réaliser que Fabian m’a quittée. J’essaie encore d’organiser mes pensées pour comprendre les choses, mais mes déductions changent chaque jour en fonction de mon humeur. Parfois je me dis que finalement, Fabian ne devait pas réellement m’aimer. D’autres jours j’ai la certitude qu’il m’a quitté parce qu’il pense ne pas me mériter, ne pas être suffisamment là pour moi. J’aime ces journées-là, parce qu’elles me donnent de l’espoir. Sauf que je n’ai eu aucune nouvelle de sa part depuis un mois. Cette fois, c’est moi qui lui ai envoyé des messages pour prendre de ses nouvelles et savoir comment il allait, notamment après son rendez-vous chez le médecin et ses radios pour savoir où en était la guérison de ses jambes.

J’ai reçu un nombre incalculable de coups de fil de Maria Luisa. Si au début, elle me suppliait de revenir, argumentant que son petit-fils était malheureux et qu’il avait besoin de moi, elle a fini par laisser tomber. Sans doute en avait-elle marre de m’entendre pleurer et renifler au téléphone. Depuis que je suis partie, je prends tout de même régulièrement des nouvelles de Fabian. J’appelle Abuelita, j’envoie des messages à Lila.

J’ai fait le trajet retour en mode automate il y a un mois. Après avoir pleuré toutes les larmes de mon corps, j’ai emballé mes affaires et pris la route. Je me suis arrêtée devant chez Fabian et j’ai longuement hésité à entrer, à le frapper ou à le supplier de me reprendre. J’ai dû retrouver un semblant de dignité en allumant une cigarette car j’ai fini par repartir. Mon trajet a été ponctué de plusieurs arrêts. D’abord en bordure de mer pour profiter du calme et essayer de retrouver un peu de sérénité, puis dans un hôtel quand je n’en pouvais plus, épuisée, et que je distinguais de plus en plus difficilement la route à cause de mes larmes. Je suis restée deux jours dans cet hôtel où j’ai commencé par beaucoup dormir puis beaucoup glander et ruminer. Et puis j’ai repris la route. Au lieu de profiter de l’autoroute pour rentrer le plus vite possible, j’ai longé la côte Atlantique, profité des paysages puis me suis arrêtée en Bretagne, dans le Morbihan, pour me ressourcer là où j’avais l’habitude de partir en vacances avec ma mère et mon frère. Après une longue déambulation sur la presqu’île de Quiberon, j’ai repris la route pour retrouver mon cocon familial.

J’avais simplement envoyé un message à ma mère pour lui demander si cela ne la dérangeait pas que je rentre. Evidemment, ma mère étant un ange, m’avait fait comprendre que je n’avais même pas à poser la question. Je ne fus pas surprise de voir le comité d’accueil à mon arrivée. Mon frère était présent également. Nous étions pourtant en pleine semaine et tous deux avaient pris leur journée pour être présents pour moi. Si j’en étais touchée, je n’avais certainement pas envie de m’étaler sur ce retour. J’aurais préféré rester seule et je me suis isolée dans ma chambre. Ce qui m’avait semblé être une bonne idée s’était révélé bien douloureux. Les souvenirs de nos moments dans cette chambre, de nos échanges de messages à nos « chastes » nuits entre les draps, vinrent comprimer mon petit cœur malheureux. J’avais besoin de cette solitude pour me poser et tenter de comprendre tout ça. Je voulais garder pour moi cette triste vérité. Fabian m’avait quittée et je me sentais bien trop mal pour envisager de me relever. Le dire à voix haute aurait été bien trop douloureux pour moi. Pourtant, quand ma mère prépara des chocolats chauds après le dîner alors que mon frère sortait les transats sur la terrasse et des couvertures, toutes mes barrières s’effondrèrent et je leur racontais ces derniers jours entre deux sanglots.

Il m’a fallu quatre jours après mon retour en Normandie pour reprendre le travail. C’était mieux ainsi. Déjà, mettre mes collègues en difficultés pour mon congé sans solde, car évidemment personne n’avait été embauché pour me remplacer, m’avait énormément ennuyée. Une fois de retour, normal que je reprenne. Mon chef était d’ailleurs ravi de mon appel. Clairement, c’était la merde au boulot. Ensuite, à quoi bon ruminer encore et encore ? J’avais besoin de bosser, de penser à autre chose. Je sais, une peine de cœur ce n’est pas la fin du monde. J’en avais totalement conscience, je vous assure. Mais bordel, ce que c’est douloureux ! J’avais souffert psychologiquement avec Elliott, nul doute. Physiquement aussi c’est clair. Mais rien de tout cela ne m’avait préparée à la douleur lancinante d’une rupture avec l’homme que j’aimais. Parce que ce que j’éprouvais pour Elliott s’était effrité lentement mais sûrement avant que je réalise enfin que c’était la peur de me retrouver seule. Je n'avais plus aucune confiance en moi, c'est sans doute ce qui m’empêchait de partir et non mes sentiments pour lui. Il y avait bien longtemps que l’amour avait été remplacé par la peur, la détresse et la souffrance. Avec Fab j’étais passée de la passion à la solitude en peu de temps. Parce que même si depuis son accident tout était différent, l’amour était bien là. De mon côté assurément en tout cas. Puissant, fort et entêtant.

Bref, je me suis plongée à corps perdu dans le boulot, enchaînant les heures, remplaçant mes collègues qui avaient bossé bien plus que nécessaire ces dernières semaines. J’arrivais à laisser à la barrière de l’institution ma peine et ma douleur, ne m’autorisant à les récupérer qu’en quittant le travail. Je rentrais chez ma mère crevée et tentais de trouver le sommeil au plus vite, ce qui ne se révéla pas toujours évident. Certains soirs, je me morigénais après avoir passé un moment à faire défiler les photos de Fab et moi sur mon téléphone. J’avais arrêté de pleurer en les visionnant, ce qui n’était pas plus mal étant donné le résultat du lendemain, les yeux gonflés et rougis, mais cela restait assez douloureux. Cependant, je n’ai pas passé mon temps à me lamenter sur mon sort. Au bout de trois semaines, Morgane est venue passer le week-end chez ma mère et nous sommes sorties. Un bar sympa, des amis de l’époque du lycée, une soirée agréable où je me suis surprise à ne pas penser à Fab pendant plusieurs heures. Jusqu’à tomber sur un inconnu qui me regardait bizarrement et a fini par m’accoster en me demandant si j’étais la petite amie du pilote qui avait eu un accident il y a quelques mois. J’ai eu l’impression de me prendre une gifle et qu’un couteau s’enfonçait lentement et douloureusement dans mon petit cœur pour le faire saigner à nouveau.

Le point positif à tout ça, si je puis dire, c’est que j’ai passé Noël avec mes proches. Quand j’étais chez Fab, je ne me voyais pas rentrer et le laisser chez lui, quand bien même il était avec ses proches. L’idée de passer Noël avec la famille Almagro me plaisait beaucoup, mais ma mère et mon frère me manquaient et cela aurait été notre premier Noël séparés depuis que j’avais quitté Elliott, et cela me faisait bizarre. J’avais eu cette impression débile de revivre l’enfermement que j’avais connu avec Elliott, alors que je n’étais obligée à rien avec Fab. Sans doute mon besoin d’indépendance et de liberté, et ma peur de revivre ces années s’étaient-ils manifestés par cette pensée. Bidon, je sais. Mais qui a dit que je n’étais pas stupide ?

****

Fabian

Je marche putain ! Plus de plâtres, plus de journées au lit, je revis !

Bon, je suis un peu comme un bébé qui apprend à marcher, c’est sûr. Step by step comme dirait ce putain de kiné. Ça se voit que ce n’est pas lui qui a l’impression d’enfin sortir de taule. Rééducation à fond, je n’ai plus de muscles ou presque. Oui je sais, j’en rajoute, mais je sens bien que je ne suis pas aussi stable qu’avant. J’ai repris doucement le vélo d’appartement après la natation… J’attends un peu pour la course à pieds, trop violente pour mes genoux selon le kiné. Je rêve de reprendre le karting. Je n’en ai pas fait depuis des mois, préférant passer le peu de mes week-ends libres avec Jo à l'époque. La saison de F1 reprendra en Mars, mais je n’en serai pas. Je ne serai jamais prêt. Je ne rechigne pas sur la rééducation, je bosse encore une fois rentré de mes séances chaque jour. Mais ce sera trop juste. Heureusement, l’équipe garde ma place au chaud, mon remplaçant n’étant là que le temps que je me remette sur pieds.

Si physiquement je renais, psychologiquement c’est tout autre chose. Je suis une loque humaine. Je pensais que pouvoir à nouveau fouler le sol me permettrait de récupérer une humeur supportable pour mes proches, que moi-même je me sentirais plus joyeux et fort mais cela s’est révélé être une chimère. Evidemment je suis content d’aller mieux mais j’aurais aimé partager ça avec elle. Elle. Celle-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Grand-mère a fini par le comprendre au bout d’un temps, mes parents, ma sœur et mes amis l’avaient déjà intégré depuis son départ. Si vous saviez le nombre de fois où j’ai voulu l’appeler pour la supplier de me pardonner et de revenir. Si vous saviez le nombre de messages que j’ai écrits pour les effacer avant de les envoyer. Si vous saviez le nombre de fois où j’ai voulu me frapper d’avoir été un pur connard avec elle. Mais chaque fois je me rappelle qu’elle m’a dit avoir eu l’impression de revivre avec son ex. Chaque fois je me souviens que je ne peux pas la rendre malheureuse. Chaque fois je me dis qu’elle mérite un homme qui soit aux petits soins et lui permette de s’épanouir. Alors je ravale ma peine et je continue à bougonner dans mon coin.

Son départ a créé un putain de vide en moi. Oui je sais je suis vulgaire. Mais bon sang, ce que je douille ! Tout me manque, même son caractère de cochon. Parfois en me réveillant le matin, je tends l’oreille en espérant l’entendre chanter sous la douche ou dans la cuisine, en vain. Tous les matins je rêve de la voir débouler dans la chambre avec nos petits-déjeuners. Tous les soirs, je voudrais sentir ses lèvres sur les miennes, l’entendre me souhaiter une bonne nuit, la sentir se blottir contre moi, sentir son odeur, sa chaleur, ses caresses. Ouais, je suis foutrement accro à cette nana. Son rire me manque, son humour, ses sourires, ses petites moues contrariées… Tout, clairement. Même ses cheveux dans tous les sens au réveil, ses regards tueurs, ses joutes assassines quand on se chamaille. Enfin, quand on se chamaillait. Est-ce utile d’ajouter à cela que son corps me manque, que je rêve de la goûter encore, de la sentir vibrer sous mes caresses, frissonner sous mes lèvres, gémir contre mon oreille, soupirer mon prénom ? Est-ce utile de dire que je rêve de m’enfoncer à nouveau en elle, sentir sa chaleur et sa moiteur envelopper mon membre, la sentir de contracter de plaisir et jouir sous mes assauts répétés ? Je m’arrête là, sinon je vais encore être vulgaire...

Jo me manque atrocement, voilà ce qu’il faut retenir. 

Annotations

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Lia 53
Je frissonne quand je la vois, je ne peux pas m'en empêcher c'est plus fort que moi, cette fille m'obsède. Je peux pas m'en empêcher, je la veux pour moi et rien que moi. Je sais qu'elle m'aime, je sais qu'elle me veut, je sais ce qui est bon pour elle. Elle est à moi, pour moi. Je peux pas m'en empêcher, je ne peux pas...Je sais qu'il faut pas, que c'est pas bien mais je dois l'avoir à moi.

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Ceryse ‎
Réponse au défi : "Il était une fois... un roman à quatre mains" avec @PoloAuteur@ !
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XiscaLB
Vous avez déjà essayé le 4 mains ?
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Voici la conséquence d'une collaboration des plus agréables entre un dirlo et une éduc (parce que oui, c'est possible !)... Bienvenue dans notre monde.
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Bonne lecture !

Et un grand merci à Lecossais pour cette plongée dans le grand bain ! Un pur bonheur !
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Julien avait tout pour être heureux dans la vie. Une femme, deux beaux enfants, un métier qu’il adorait. Et puis, un jour, tout a basculé. Sa compagne est partie, lui laissant la charge de ses tout petits. Il a décidé de jouer et a tout perdu. Il a perdu son travail, sa maison, et s’est retrouvé à la rue.
Quand il passe les portes du centre d’hébergement, une valise à la main, son fils à la hanche et sa fille sur les talons, c’est le désespoir qui prime, la peur encore, la honte plus que tout.
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