Chapitre 33

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Johanna

Dylan a tout prévu. A l’aéroport, un chauffeur m’attendait avec mon nom et mon prénom sur une pancarte.

Pendant mon trajet en train, j’ai trituré mon téléphone encore et encore, ouvrant une page de recherche puis la refermant aussi sec. J’ai voulu voir les images de l’accident mais je n’ai pas réussi. Dylan ne m’a pas dit grand-chose de plus, Fabian était emmené au bloc opératoire pour de multiples fractures sur les deux jambes. Je n’en sais pas plus.

Je débarque à l’hôpital 1h30 plus tard et retrouve Dylan en salle d’attente. Il est assis, les coudes sur ses genoux, la tête entre les mains. Voilà qui me fait paniquer instantanément.

- Dylan…

- Jo ! dit-il en se levant et en me prenant dans ses bras.

- Comment va-t-il ? Des nouvelles ? Dis-moi tout Dylan je t’en prie.

- Asseyons-nous.

Je le suis bon gré mal gré et m’assieds sur la chaise à côté de la sienne. J’attrape sa main, j’ai le besoin de me rassurer et la pression qu’il exerce sur mes doigts me fait du bien.

- Il a les deux jambes cassées à plusieurs endroits. Il a aussi deux côtes cassées dont une a perforé le poumon gauche, et sans doute un traumatisme crânien, ce qui expliquerait qu’il soit inconscient depuis l’accident.

- Mon dieu…

- Vu l’état de la voiture ce n’est pas étonnant. Tu as vu les images ?

- Non, je n’ai pas réussi à les regarder. Je le ferai peut-être quand je serai sûre qu’il va bien.

- José et Anastasia vont arriver dans la soirée. Je vais vous trouver une chambre d’hôtel pas loin.

- Je ne bouge pas de là Dylan, je n’ai pas besoin de chambre d’hôtel.

- Jo, tu as déjà l’air épuisé.

- Je m’en fous Dylan ! Je reste ici, c’est tout.

- Ok, ok calme-toi, comme tu veux.

****

J’ai l’impression que cela fait des heures et des heures que nous attendons lorsque le chirurgien qui opérait Fab arrive. Je fais les cent pas dans la salle d’attente depuis un moment, comme si le temps pouvait passer plus vite quand je suis en mouvement. J’ai tenu ma mère au courant par sms seulement. Impossible de parler, même à Dylan. Je reste forte mais je bouillonne de l’intérieur. J’ai envie de hurler, de fondre en larmes, de tout casser. Et plus que tout, je veux voir Fab, le serrer dans mes bras et m’assurer qu’il va bien. Je ne tiens plus en place.

- Vous êtes de la famille de Fabian Almagro ?

- Je suis son agent, et voici sa compagne.

- Comment va-t-il ? dis-je en attrapant la main de Dylan.

- L’opération s’est bien passée. Nous avons réduit les fractures sur les deux jambes et plâtré. Une cote a perforé le poumon gauche. Monsieur Almagro a fait un arrêt cardiaque durant l’opération et nous avons dû l’intuber car le poumon endommagé faiblissait. Le traumatisme crânien n’a pas l’air trop important et nous n’avons repéré aucun saignement inquiétant. Les prochaines heures nous en diront plus.

- Il est sorti d’affaire ? murmure Dylan.

- Comme je vous l’ai dit, nous devons attendre quelques heures pour nous prononcer. Les traumatismes crâniens peuvent avoir un impact plusieurs heures après le choc.

- Est-ce que nous pouvons le voir ?

J’ai vraiment besoin de le voir. C’est tout ce que je suis capable d’articuler à cet instant tant l’angoisse me tord l’estomac.

- Je suis désolé mais seuls les membres de la famille sont autorisés pour les visites en soins intensifs.

- Mais… ses parents ne seront pas là avant deux heures du matin ! s’insurge Dylan alors que je me laisse tomber sur la chaise la plus proche. Nous sommes sa famille !

- Vous êtes son agent, ce n’est pas la même chose.

- Agent et ami ! Bon… très bien. Mais Johanna est sa compagne. Elle peut le voir, elle.

- Vous êtes mariés ? Vous avez une preuve ? Il ne s’agit pas d’un patient lambda, je ne peux pas laisser entrer n’importe qui.

- Je ne suis pas n’importe qui ! m’emporté-je à mon tour. Regardez sur internet, notre vie y est étalée ! Je vous en prie, il faut que je le voie.

- Je vais vérifier votre identité et je reviens vers vous. Une pièce d’identité ?

J’hallucine en fouillant dans mon sac à la recherche de mon permis de conduire. Je le lui tends tout en tentant de contenir les larmes qui menacent de couler. Le barrage n’est pas loin de céder. Comme d’habitude, je retiens jusqu’à ce que les limites soient atteintes. Le chirurgien, que je détesterais s’il n’avait pas sauvé la vie de mon homme, se rend dans la pièce d’à côté, à l’accueil sans doute, et moi je croise les doigts à m’en casser les phalanges. Je ne sais pas comment je vais réagir s’il me dit que je ne peux pas le voir. Mais je ne sais pas si je serais capable d’y aller si je suis seule. Je voudrais que Dylan m’accompagne mais il a été catégorique concernant l’agent.

Lorsque le chirurgien revient et me fait signe de le suivre après m’avoir rendu mon permis, je prends Dylan dans mes bras et m’excuse avant de lui emboîter le pas.

Je reste quelques secondes devant la porte de la chambre qu’il m’a indiquée, la main sur la poignée. J’ai peur de ce que je vais découvrir dans la chambre. Fabian a toujours été l’image même de l’homme fort et courageux, indestructible. L’idée de le voir dans un lit d’hôpital me fait flipper.

J’entre doucement et referme la porte. Je déteste l’odeur des hôpitaux, mais j’imagine que c’est pareil pour tout le monde, sauf pour ceux qui y travaillent. La pièce est plongée dans l’obscurité, seul un néon à la tête du lit est allumé. Plusieurs écrans entourent le lit, des bips réguliers sont les seuls sons que l’on entend, avec le bruit de la machine qui aide Fabian à respirer.

Lorsque mes yeux se posent sur son visage, le barrage cède et les larmes coulent. Je savais que le voir intubé me ferait mal. Un bleu court de son œil gauche jusqu’à sa tempe. Ses jambes sont plâtrées jusqu’à mi-cuisses et en hauteur, il est perfusé. J’arrive tant bien que mal jusqu’au lit mais mes jambes flageolent et je tire rapidement l’horrible fauteuil bleu de la pièce pour l’approcher et m’y laisser tomber. Je prends sa main dans la mienne et caresse son bras de l’autre.

- Je suis là Fab, murmuré-je entre deux sanglots. Ça va aller Mon cœur… Il faut que tu sois fort, ça va aller.

****

Voilà quatre jours que Fabian a été opéré. Le chirurgien nous a annoncé ce matin qu’il n’y avait plus de risque concernant un possible saignement suite à sa commotion cérébrale. Il a été décidé de le laisser dans un coma artificiel jusqu’à aujourd’hui pour permettre à son corps de récupérer et lui éviter des douleurs thoraciques importantes dues à la perforation de son poumon. Il est en phase de réveil depuis plusieurs heures lorsque je reviens d’être allée chercher les cafés pour tout le monde et les trouve agglutinés autour du lit.

Les parents de Fab sont là, sa sœur et sa grand-mère sont arrivées hier soir également. Alma a rejoint Dylan et moi je suis au milieu de cette grande famille, plus seule que jamais malgré le nombre conséquent de personnes toutes plus inquiètes les unes que les autres pour Fabian.

- Fabian, il faut que tu te calmes, dit Anastasia d’une douce voix.

- Monsieur Almagro, s’il vous plait, restez immobile, ajoute plus froidement l’infirmier présent. Il faut vous calmer ou je vais devoir vous endormir à nouveau.

Je me précipite au chevet de Fab après avoir déposé les cafés sur la console et ses yeux trouvent immédiatement les miens. Ce que j’y lis me fend le cœur. Douleur, panique, incompréhension. Il ne peut pas parler à cause du respirateur, gesticule tant bien que mal à cause des fils, des plâtres, des tubes.

****

Fabian

Bordel, je souffre le martyre. Je suis incapable de bouger mes jambes et je panique totalement avec ce tube dans ma gorge. S’ils sont tous venus, c’est que le choc a été rude et que les conséquences sont importantes. Ils ont tous l’air affolé de me voir gesticuler et le brouhaha de leurs suppliques pour que je me calme ne m’aide pas. Mes yeux passent et repassent sur chaque visage et je sens la panique me gagner. Johanna se fraie un chemin entre eux et nos yeux se trouvent. Je sens sa main prendre la mienne et je n’entends plus rien d’autre que sa voix.

- Fab calme-toi, murmure-t-elle en caressant mes cheveux. Tout va bien maintenant. Nous sommes tous là. Tu as eu un accident Mon cœur mais ça va aller maintenant. Reste calme je t’en prie.

Je serre sa main en acquiesçant doucement, et la main de ma mère de l’autre côté, mais je ne romps pas le contact visuel avec Ma Douce. C’est la seule à ne pas paniquer et à me parler calmement, beaucoup plus apaisant.

- Tu as été opéré, tout s’est bien passé. Il va te falloir un peu de temps pour récupérer mais ça va aller Champion. Tu as eu un poumon perforé par une côte, c’est pour ça qu’ils t’ont intubé.

Alors c’est ça la douleur à chaque fois que j’inspire. Je comprends mieux. Sa main caresse mon front et mes cheveux sans relâche et je me concentre sur ces sensations pour ne plus penser aux diverses douleurs que je sens dans tout mon corps.

- Il y a beaucoup de monde ici, dit ce que j’imagine être un médecin en entrant. Je vais vous demander de tous sortir pour extuber Monsieur Almagro.

Non non non ! Pas tous s’il vous plaît ! J’ai besoin de ma mère, j’ai besoin de Jo ! Je m’agite pour protester alors que ma mère a déjà déposé un baiser sur mon front et lâché ma main. Je resserre ma prise sur celle de Jo et la prie du regard de ne pas me laisser. Rien de viril dans mon attitude mais je ne veux pas être seul.

- J’aimerais rester s’il vous plaît.

La voix de Johanna est douce mais ferme. Merci mon dieu, elle m’a compris. Le médecin nous observe tour à tour puis interroge mes parents du regard. Mon père prend ma mère par les épaules après avoir acquiescé et tout le monde sort. Johanna ne lâche pas ma main durant les explications du médecin, puis lorsqu’il m’arrache la gorge en enlevant le tube qui m’aidait à respirer. J’ai la bouche pâteuse et la gorge sèche.

- Prenez votre temps, ne parlez pas tout de suite. Une infirmière va vous apporter de l’eau et il vous faut du repos.

- Docteur, Fabian souffre, pouvez-vous lui donner quelque chose ?

Je remercie silencieusement Jo de savoir lire en moi aussi facilement. Ou alors ma tête doit vraiment faire peur à voir. J’acquiesce alors que la fatigue me tombe dessus. Je me sens vide, épuisé, engourdi.

- La pompe à morphine est là si vous en ressentez le besoin, dit-il en la posant dans ma main libre avant de sortir.

Johanna m’embrasse sur le front et je ferme les yeux après avoir appuyé sur la pompe.

- Reste avec moi, murmuré-je d’une voix rauque.

- Je ne bouge pas de là Fab.

J'essaie de me décaler sur le lit pour lui faire une place mais la douleur me fait geindre et je lâche l'affaire

- Ne bouge pas Fab, tu vas te faire mal...

Elle tire le fauteuil près de mon lit et s'y assied avant de reprendre ma main dans les siennes.

- J’ai eu tellement peur de te perdre Fab, murmure-t-elle en embrassant ma paume.

- Je suis là, je vais bien.

Je caresse sa joue en tentant un sourire que j'espère convaincant malgré mes paupières lourdes et m'endors rapidement.

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