Chapitre 31

10 minutes de lecture

Août 2018

Johanna

Fabian a fait fort. Dix jours à Madère, sur une île du Portugal, en tête à tête. Au programme, un élégant mélange entre randonnées en forêt et découverte de la nature, et farniente sur une petite plage de galets au pied de la maison qu’il a louée. Cette maison est sublime et en toute simplicité. Un petit coin de paradis perdu entre les arbres, avec vue sur le coucher de soleil. Une grande pièce de vie qui fait office de cuisine, salle et salon. Une chambre donnant sur le coin salon et dont les murs ne sont que des verrières, et une magnifique salle de bain avec vue sur mer.

Voilà six jours que le programme est le même : randonner ou découvrir les villages environnants le matin, pique-niquer dans la nature pour le déjeuner, se baigner et faire du farniente à la plage l’après-midi, dîner sur la terrasse le soir, s’aimer la nuit.

Je sors de la salle de bain alors que Fabian s’affaire en cuisine, uniquement vêtu de son short de bain. J’adore le regarder cuisiner et j’aime quand on cuisine tous les deux. Mais pour le moment je suis en opération séduction. Depuis ce que m’a fait Elliott, je ressens le besoin de lire le désir que Fab peut éprouver pour moi dans ses yeux, le besoin de me sentir aimée et adorée. Je sais qu’Elliott a de nouveau ébréché ma confiance en moi et que mon auto-analyse est juste.

Uniquement vêtue d’une serviette de bain, je m’approche et vole un morceau d’ananas que Fab découpe pour la salade.

- Hé, laisse ça, vilaine.

- Mais j’ai faim moi ! réponds-je en faisant la moue.

Fabian rit et je file dans le coin chambre. Je m’assieds sur le bord du lit et m’étale de la crème sur les jambes. Je sens le regard de mon pilote posé sur moi et je l’entends se racler la gorge quand je remonte la serviette pour m’hydrater les cuisses. Je poursuis mon hydratation méticuleuse sur mes bras, puis dénoue la serviette et la laisse tomber au sol pour enfiler mon shorty noir. Je me mets de la crème sur le ventre, sur la poitrine, lorsque je le vois avancer jusqu’à l’embrasure de la porte.

- Tu veux que je t’en mette dans le dos ?

- Volontiers, souris-je en lui tendant la bouteille.

Fab la prend et la pose sur la table de chevet. Il attrape un élastique qui y traine et noue mes cheveux en un chignon lâche puis dépose de la crème au creux de sa main et je frissonne en sentant la fraîcheur du produit mêlée à la chaleur de ses mains sur mon corps. Il s’applique à masser chaque centimètre carré de mon dos alors qu’il dépose ses lèvres encore et encore dans mon cou et sur mes épaules.

- J’adore l’odeur de cette crème. L’abricot est devenu mon fruit préféré. Le fruit défendu, murmure-t-il en mordillant mon épaule.

Je frissonne sous cet assaut et sens la pointe de mes seins durcir.

- Il n’y a rien sur le feu ?

- Rien qui ne puisse attendre Ma Douce.

- Mais j’ai faim moi.

- Oui, moi aussi, murmure-t-il en se collant contre mon dos.

En effet, il a faim, de mon corps si j’en crois son érection qui se presse contre mes fesses. Ses mains glissent sous mes bras pour venir trouver ma poitrine et la caresser. Je me cambre et ondule des hanches contre son sexe. Il grogne dans mon cou et pince doucement mes tétons entre ses doigts.

- Oh Fab, soupiré-je.

Et puis tout à coup c’est un froid intense qui s’empare de moi. Je me retourne vers Fabian qui m’a lâché, s’est éloigné et sourit de toutes ses dents.

- Tu pensais pouvoir me chauffer comme ça impunément chérie ? rit-il.

Il plante un baiser sur mes lèvres et retourne en cuisine comme si de rien n'était. Il me laisse là, le désir coulant dans mes veines. Quel mufle ! S’il croit que je vais me laisser faire comme ça, il rêve.

J’enfile un débardeur et le retrouve à la cuisine où il reprend la découpe de son ananas l'air de rien.

- Fabian Almagro ! Tu ne peux pas t’arrêter comme ça !

- Et pourquoi pas ?

- Mais… Tu n’as pas envie de moi c’est ça ?

Oui, je joue sur sa culpabilité. Enfin, en partie. Une part de moi reste persuadée que depuis ce qu’Elliott m’a fait, Fab ne ressent plus la même chose pour moi.

- Tu racontes n’importe quoi Jo, dit-il en attrapant ma main pour la porter à son entre-jambe. Crois-moi, j’ai très envie de toi.

- Alors fais-moi l’amour !

- Non.

- Mais pourquoi ?

- Tout simplement parce qu’il est l’heure de passer à table, sourit-il.

- Très bien. Tu peux aller dîner, moi je vais aller me faire du bien toute seule.

- Quoi ?

- Oui, puisque mon mec n’est pas capable de me satisfaire, je vais m’en charger moi-même.

Je tourne les talons et me dirige vers la chambre avec l’espoir d’être rattrapée quand je vois Fab me passer devant pour me jeter sur son épaule et nous y conduire.

- Très bien, puisque c’est ce que tu veux ! Mais il est hors de question que tu te caresses toute seule quand je suis là, sauf si c’est moi qui te le demande.

Il me jette sur le lit et m’y rejoins dans la seconde pour m’embrasser fougueusement puis me faire l’amour.

****

Fabian

Le soleil est couché mais je n’ai aucune envie de dormir. Nous avons dîné sur la terrasse puis nous sommes blottis sur un transat pour regarder les étoiles. Le silence est religion depuis un moment mais c’est un silence agréable, complice et apaisant.

Cette parenthèse en tête à tête était une très bonne idée. Je sais que Johanna en avait besoin, et moi aussi. On ne fait que se croiser quelques jours par mois et c’est toujours une torture de la quitter après une visite éclair, alors dix jours rien que nous deux, c’est un moment où l’on profite autant l’un que l’autre. Nous repasserons ensuite par chez mes parents pour quelques jours, histoire que je les voie avant la reprise du championnat, ainsi que ma sœur et mon neveu.

- Dis-moi Jo… Qu’est-ce que tu dirais de nous trouver une maison pas très loin de ton boulot ?

Johanna se redresse et plante ses yeux dans les miens. Son visage est éclairé par la seule lumière du salon qui perce à travers la véranda. Elle est magnifique, comme toujours.

- Tu veux dire emménager ensemble ?

- Oui. Je pourrais vendre mon appartement à Bordeaux. Je n’y vais jamais de toute façon.

- Mais, sur le principe, ça t’éloignerait de ta famille. Et puis, à quoi bon emménager ensemble puisque tu n’es jamais là ?

Outch. Voilà un reproche que j’espérais ne jamais entendre sortir de sa bouche. Je sais que je ne suis jamais là mais Jo ne m’avait jamais fait cette remarque.

- Si tu ne veux pas qu’on emménage ensemble, dis-le simplement Johanna, dis-je plus froidement que je ne l’aurais voulu.

- Je n’ai pas dit ça. Seulement c’est un peu rapide, tu ne crois pas ? Ça ne fait même pas encore un an que nous sommes ensemble.

- Et alors ? Qu’est-ce que ça peut faire ? dis-je en me levant.

- Je ne suis pas prête Fab.

J’encaisse la nouvelle. Merde, est-ce que je me suis emballé quant à notre relation ? Je me sens con. Est-ce que ce ne sont pas les hommes qui mettent normalement du temps à être prêts pour se mettre en ménage ?

- Très bien. Et qu’est-ce que tu attends de notre relation exactement ? On va rester à vivre chacun chez nous jusqu’à ce que j’arrête la course ? Ce n’est pas demain la veille, tu me connais, la course c’est ma vie.

- Je ne sais pas, je… je ne veux pas brusquer les choses Fab… On a tout notre temps.

- Tu dis toi-même que je ne suis jamais là, ça ne va pas changer grand-chose à ton quotidien. Je ne comprends pas pourquoi tu ne veux pas.

Johanna se lève à son tour et fait les cent pas sur la terrasse.

- Très bien. Tu veux qu’on vive ensemble, vivons ensemble. T’as raison, ça ne changera pas grand-chose à mon quotidien après tout, quelques jours par-ci par-là, la tranquillité et la solitude le reste du temps, youpi ! Très épanouissant, merci pour la proposition.

Je ris jaune. Elle est sérieuse là ? Comment est-ce qu’on a pu en arriver là ? Jamais Jo ne m’a reproché mon mode de vie. Elle me dit que je lui manque mais ne me reproche rien. Voilà, à peine un an de relation et déjà elle semble regretter.

- Laisse tomber. Je vais me coucher, je suis crevé.

Je file à la salle de bain avant de dire quelque chose que je pourrais regretter. Je suis en colère, déçu et inquiet à la fois. Voilà ce qui arrive quand on dépose son cœur dans les mains d’une femme.

****

Johanna

Je rejoins la plage et marche au bord de l’eau. J’ai besoin de temps avant de retrouver Fab. Sa proposition m’a surprise et j’ai paniqué. Je l’ai déçu, je l’ai lu dans ses yeux et ça me peine. Mais il connaît mon histoire, il sait qu’avec Elliott, tout a commencé quand on s’est mis en ménage.

Bon sang, je mérite des claques. Il faut vraiment que j’arrête de ressasser mon histoire avec Elliott. Il ne peut pas encore foutre ma vie en l’air des années plus tard. Je ne veux pas tout gâcher avec Fab. J’ai été horrible ce soir. Lui reprocher ses absences était injuste, je le sais, mais j’ai voulu dresser un mur pour me protéger à la seconde où il m’a demandé de vivre avec lui.

Fabian fait beaucoup d’efforts pour notre couple. Il fait en sorte de venir le plus souvent possible, il est crevé par les allers-retours, les correspondances, le décalage horaire et les week-ends de course et pourtant il est toujours adorable et présent. Et moi j’ai juste à l’attendre et à profiter de ces moments qu’il nous offre.

Lorsque je me couche une heure plus tard, Fab me tourne le dos mais ne dort pas. Je me colle contre lui, l’enlace et embrasse son épaule.

- Je suis désolée Mon cœur. J’ai paniqué. Je… Merde Fab j’ai la trouille, encore.

Fabian ne me répond pas, il est l’heure de pédaler. Je sais que je l’ai blessé et je vais devoir me racheter.

- Je t’aime Fab. Mais quand tu n’es pas là j’ai besoin d’être entourée. Chez ma mère, ça vit. Je ne crois pas que je suis prête à passer tant de temps seule pour le moment. C’est ça qui me fait flipper en réalité je crois.

Toujours aucune réaction de la part de mon homme. Je prends les choses en main en passant par-dessus son corps pour lui faire face. Je manque de tomber à la renverse en me calant entre lui et le bord du lit mais il me rattrape en passant son bras autour de ma taille et en me collant contre lui. Je pose ma main sur sa joue barbue et avance mon visage tout près du sien.

- Je n’aurais jamais dû te reprocher tes absences. J’ai signé en connaissance de cause, j’assume pleinement et je fais avec. Et puis, je suis en partie responsable puisque j’ai mon propre boulot et je ne te suis pas à travers le monde. C’est sûr que j’aimerais qu’on se voie plus souvent. J’adorerais te retrouver à la maison tous les soirs, m’endormir et me réveiller dans tes bras, t’embrasser avant de partir bosser, t’engueuler parce que tu laisses traîner tes chaussettes sales au pied du lit. Mais j’adore nos retrouvailles, voir ton sourire se dessiner sur ces jolies lèvres. J’adore comme tu me fais l’amour à chaque fois que tu rentres, avec impatience et passion. J’adore le sentiment que j’éprouve de me sentir enfin entière et pleinement heureuse quand je retrouve tes bras. J’adore quand tu me racontes tes courses avec ces yeux qui pétillent et cet enthousiasme communicatif. Et j’adore nos messages quand on est loin l’un de l’autre, nos coups de fil en horaires décalés, nos échanges de photos sur des trucs bidons du quotidien. Le seul truc que je déteste dans notre vie ensemble ce sont les au revoir.

Fab a resserré son étreinte au fur et à mesure que ma tirade avançait et il pose enfin ses lèvres sur les miennes pour un baiser tendre et léger.

- Je t’aime Fab, et j’adorerais qu’on se trouve une maison, un cocon rien qu’à nous. Je peux faire avec la solitude, mais je ne peux pas faire sans toi. Et je refuse que l’on s’endorme fâchés, alors sache que je reviendrai toujours à la charge pour faire en sorte que cela n’arrive jamais.

Fab se retourne et m’entraîne avec lui. Je retrouve mon côté du lit et les bras de mon homme, son sourire et ses baisers.

- On peut attendre si tu ne te sens pas prête. Ou on trouve quelque chose de plus stable pour quand je viens mais tu restes chez ta mère quand je ne suis pas là. A toi de voir, d’accord ?

- D’accord.

- D’accord pour quoi ?

- D’accord pour nous trouver un nid d’amour Fab, mais t’as pas intérêt à laisser traîner tes chaussettes sinon je vais te les faire manger.

- J’en prends bonne note. En revanche toi tu peux laisser traîner tes petites culottes, j’adore ça.

Je ris et sursaute lorsqu’il fait claquer l’élastique de ma culotte sur ma hanche. Je me love contre lui et soupire d’aise. Ne pas s’endormir fâchés, voilà une excellente résolution. 

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