Chapitre 30

8 minutes de lecture

Juin 2018

Johanna

Je n’ai pas remis les pieds à la coloc depuis mon agression il y a deux mois. Je n’en ai tout simplement pas la force. J’ai annoncé ce matin à Alex et Morgane qu’ils devaient chercher un nouveau colocataire, que je paierai le loyer le temps qu’il faudra mais que je ne reviendrai pas. Ils ont compris les choses même s’ils sont tristes que notre colocation prenne fin. Pour une fois, j’ai accepté que Fabian m’aide financièrement. Il a fait appel à une entreprise de déménagement pour récupérer mes affaires et les faire rapatrier en Normandie. Chaque fois que Fabian vient ici, il loue un appartement, une petite maison ou une chambre d’hôtes où nous nous cloîtrons à deux.

Le boulot est devenu ma nouvelle ancre. Heureusement, je l’ai repris rapidement. Cela m’a permis de me raccrocher à du positif tout en relativisant mon agression. Il y a sur cette Terre des gamins qui ont vécu bien pire que moi et j’ai conscience que je ne dois pas m’apitoyer sur mon sort. J’arrive à me raccrocher à cela la plupart du temps, seulement lorsque je suis seule dans mon lit le soir, c’est parfois plus compliqué.

Fab est un amour. S’il est reparti parcourir le monde, il reste très présent pour moi même si je le maintiens plus ou moins à distance. Quand il est rentré suite à mon agression, il est resté trois jours, durant lesquels je n’ai supporté aucun contact peau à peau en dehors de ceux que j’instaurais, et cela se limitait à ma main dans la sienne la plupart du temps. Mon cœur en avait besoin, mon corps le rejetait totalement. Une vraie torture. Mais Fab est resté patient. J’avance petit à petit, au fur et à mesure que nous nous retrouvons. J’ai retrouvé goût à ses baisers, à ses mains sur ma peau. Pourtant ça partait mal. Quand il est rentré deux semaines plus tard, il a profité du petit-déjeuner pour m’enlacer par derrière et je l’ai repoussé et lui ai crié dessus en lui ordonnant de ne pas me toucher. Sacré mauvais souvenir de cette foutue soirée.

Fabian est de retour depuis ce matin, après une dizaine de jours d’absence. Il a loué la même maison que la dernière fois, une petite longère normande transformée en loft qui allie moderne et bois à la perfection. Je suis en train de préparer le dîner après l’avoir rejoint à la sortie du travail lorsque je le sens se poster derrière moi.

- Jo, je te préviens, je vais t’enlacer.

Je me retourne instantanément pour lui faire face et le dévisage. Il m’offre un sourire réconfortant mais ses beaux yeux noisette sont tourmentés, inquiets, comme toujours depuis qu’il m’a retrouvée prostrée sur le canapé après mon agression.

- Quoi ?

- Retourne-toi bébé.

- Non.

- Jo… Tu me fais confiance n’est-ce pas ?

- Oui, soufflé-je, mais…

- Pas de mais, répond-il en me prenant les mains pour les embrasser. Fais-moi confiance.

Je lui tourne à nouveau le dos après un soupir. Fabian s’approche sans me toucher et je vois ses mains apparaître de chaque côté de mes épaules.

- Tu vois ? Tout va bien, c’est moi…

Il pose ses mains sur mes épaules et les descend lentement le long de mes bras. J’inspire profondément alors qu’un frisson court le long de ma colonne vertébrale.

- Je vais poser mes mains sur tes hanches Jo. Ok ?

J’acquiesce et Fabian s’exécute en douceur. Nous restons un moment dans cette position, puis ses bras m’enlacent et son torse se colle contre mon dos. Je sens son souffle chaud contre mon oreille. Je me fige un instant, revivant le moment où j’ai senti Elliott m’enlacer devant la porte de la colocation, ses mains me toucher, son parfum me donner la nausée. J’inspire un grand coup et c’est l’odeur boisée et florale de Fabian qui me parvient.

- Comment tu te sens ?

- Ça va… murmuré-je en sentant mon corps se détendre.

- Tu es sûre ?

- Oui, certaine.

Fab m’embrasse tendrement dans le cou et je soupire de contentement. C’est tellement bon de retrouver cette bulle de tendresse. J’ai toujours adoré qu’il me tienne dans ses bras de cette façon et j’en veux d’autant plus à Elliott que cela m’était devenu insupportable. J’entrelace mes doigts aux siens et pose ma tête contre son épaule en espérant ne plus ressentir de peur ni de dégoût la prochaine fois qu’il me prendra dans ses bras de cette façon.

- Je t’aime Jo, tellement, soupire-t-il contre mon cou.

- Je sais, et je suis désolée de te faire subir tout ça.

- Arrête de t’excuser bébé, ce n’est pas ta faute et j’attendrai le temps qu’il faudra. On y va doucement, à ton rythme.

Je reste silencieuse et profite de ce moment de calme. J’avais sous-estimé ce genre de moments. Maintenant que je ne les ai plus, je me rends compte du bien-être qu’ils m’apportaient.

- Comment ça se passe avec le psy ?

- Plutôt bien en vérité, ça avance je pense.

- J’en suis sûr, je vois la différence chaque fois que je reviens.

- Ah oui ?

- Bien sûr. La dernière fois tu n’aurais pas supporté qu’on se retrouve dans cette position.

- Et comment tu savais qu’aujourd’hui ce serait le cas ?

- L’instinct sans doute… Tu as les yeux qui pétillent aujourd’hui, ça m’a laissé penser qu’on pouvait franchir un nouveau cap ensemble.

- Qu’est-ce que je ferais sans toi, soupiré-je.

- Cette question n’a pas lieu d’être puisque je suis là.

****

Fabian

Je finis ma valise. Je repars pour quasiment trois semaines et j’avoue que je ne suis pas très rassuré à l’idée de laisser Johanna. Certes, elle va mieux. C’est une battante, elle m’épate. Elle a repris le dessus, dans l’ensemble. Elle a retrouvé son sourire et sa bonne humeur. Ne reste plus que l’intimité. Notre intimité. Je ne la brusque pas, hors de question de la braquer et de lui faire du mal. On y va tout doucement, je fais de mon mieux mais je ne vis pas très bien son rejet. J’ai l’impression qu’elle me compare à cet enfoiré et ça me tue.

Jo bouge dans le lit et ouvre les yeux alors que je ferme ma valise.

- Bonjour toi, dit-elle en s’étirant.

- Oh, tu parles avant le café ?

Elle rit et j’ai l’impression que ce son parle à tout mon corps. J’aime autant ça que de l’entendre gémir contre moi.

- Tu pars dans combien de temps ?

- A peine deux heures.

- Alors tu as encore un peu de temps pour flâner au lit ?

Je souris et la rejoins sous les draps. Johanna se cale contre moi, pose sa tête sur mon torse nu et sa main sur mon ventre. J’y entrelace nos doigts alors que mon autre main caresse son dos.

- Dix-neuf jours, soupire-t-elle.

- Oui, ça va vite passer.

- Permets-moi d’en douter.

- J’en doute aussi, mais j’ai bon espoir que ça passe vite si je le dis.

- Fab ?

- Oui bébé ?

- Je peux avoir un câlin avant que tu partes ?

- Ce n’est pas ce que l’on fait là tout de suite ?

- Si mais… Je pensais à un autre genre de câlin.

- De quel genre de câlin tu veux parler ? dis-je en fronçant les sourcils.

- Je veux que tu me fasses l’amour avant de partir.

- Quoi ?

Elle se redresse sur un coude et plonge ses beaux yeux bleus encore ensommeillés dans les miens. Un petit sourire timide et peu confiant se dessine sur ses lèvres.

- J’ai envie de toi. Je… je crois que je suis prête. Non, j’en suis sûre en fait. J’en ai besoin. J’ai besoin de sentir tes mains sur mon corps, ton corps sur le mien.

- Tu es sûre Jo ?

Pour toute réponse, elle m’embrasse doucement et sa main descend jusqu’à mon boxer. Ses doigts se promènent sur l’élastique, sa paume vient frôler mon sexe qui commence déjà à réagir.

- Guéris-moi Fab, murmure-t-elle contre ma bouche. Fais-moi oublier ses mains sur mon corps… Je veux nous retrouver. Je veux que le souvenir de tes caresses remplace celui de ses mains sur mon corps.

Elle glisse sa main dans mon boxer et caresse mon membre qui durcit instantanément tout en embrassant mon torse. Bon sang, il faut que je garde les idées claires. Je me redresse et l’oblige à me regarder dans les yeux.

- Jo, tu n’es pas obligée, je ne veux pas que tu te forces d’accord ? Je te l’ai déjà dit, j’attendrai le temps qu’il faudra, ça n’a pas d’importance. Le sexe est un plus dont je peux me passer tant que tu n’es pas prête. Te voir et te câliner ça me suffit si c’est tout ce dont tu as besoin d’accord ? Je ne veux pas que tu te mettes la pression pour moi.

Johanna me grimpe dessus à califourchon, enlève son débardeur et colle son petit corps contre le mien pour venir m’embrasser dans le cou.

- J’en ai besoin Fab et j’en ai envie.

- Tout ce que tu veux bébé mais je veux que tu me dises si je fais quelque chose de travers et que m’arrêtes dans la seconde si tu ne le sens pas.

- D’accord.

- Promis ?

- Promis.

Je l’allonge doucement sous moi et parsème son corps de baisers. Je goûte chaque centimètre carré de sa peau, la vénère encore et encore. Son corps réagit positivement à mes baisers, à mes caresses. Sa peau se couvre de chair de poule et je l’entends soupirer à plusieurs reprises. Je glisse ma main entre ses cuisses pour venir caresser son intimité lorsque je la sens se crisper contre moi. Je m’immobilise immédiatement et me redresse pour observer son visage. Elle me sourit timidement d’un sourire qui sonne faux.

- Tout va bien Ma Douce ?

- Je… Oui, ça va.

- Jo, tu m’as promis.

- Ta main entre mes cuisses, pas comme ça s’il te plait... soupire-t-elle après quelques secondes. C’est… je ne peux pas.

Je fais un effort surhumain pour ne pas visualiser cet enfoiré d’Elliott tripoter ma femme ainsi et descends jusqu’à ce que mon visage se retrouve entre ses cuisses.

- Et ça, je peux ?

Jo rit doucement et acquiesce, alors je m’attelle à lui faire oublier cette soirée qui l’a marquée plus qu’elle ne veut bien l’admettre, avec ma bouche, avec ma langue, mes doigts, et je lui offre un orgasme avec plus d’amour que ce connard ne lui aura jamais donné. Et puis je la pénètre et lui fais l’amour tendrement, intensément, jusqu’à lui offrir un deuxième orgasme, la laissant pantelante, les larmes aux yeux et un sourire serein sur le visage.

Lorsqu’elle se blottit entièrement nue contre mon corps en sueur pour la première fois depuis deux mois, je sais qu’elle a franchi un nouveau cap et mon cœur se gonfle d’amour pour ce petit bout de femme qui me bluffe un peu plus chaque jour.

Je pars trente-minutes plus tard, plus serein, et avec comme toujours une hâte non dissimulée de la retrouver.

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