Chapitre 28

9 minutes de lecture

Avril 2018

Johanna

Il est 23h30 quand je pousse les portes de l’immeuble de la coloc. Nous sommes vendredi soir, j’ai besoin d’être loin de tout, loin du boulot, de me poser. Alex et Morgane ne rentrent que demain alors je me suis dit que cela me ferait du bien de me retrouver un peu seule. Vivre chez ma mère ne me dérange pas, je l’adore, mais j’ai besoin d’un espace rien qu'à moi en ce moment.

Je monte les étages en fouillant dans mon sac à main pour trouver mon trousseau de clés. Lorsque je glisse la clé dans la serrure, un corps chaud se colle contre mon dos et deux bras m’enlacent. Un frisson parcourt ma nuque quand je reconnais le parfum associé à ce grand corps. Avant que j’aie pu faire quoi que ce soit, la clé est tournée, la porte ouverte et je me retrouve plaquée face contre le placard dans lequel nous rangeons nos manteaux et chaussures. Une main se pose sur ma bouche, l’autre se promène sur mon corps alors que je me débats. Puis la porte claque et la lumière s’allume. Avant que je n’aie le temps de me retourner, on m’attrape le bras et on me pousse sans ménagement jusque sur le canapé.

Lorsque je lève les yeux sur mon agresseur, mon cœur s’emballe et mon estomac se serre.

C’est bien lui. Elliott.

La panique me gagne. Je suis seule avec Elliott. Morgane et Alex ne seront pas là avant demain midi. Fabian est à Bahreïn pour le grand prix. Et la dernière fois que je me suis retrouvée seule dans un appartement avec Elliott, j’ai fini attachée, avec un coquard, une côte cassée et un viol conjugal ; sans oublier une petite thérapie en prime.

Le côté positif, c’est que ce jour-là, il a de son côté fini avec un coup de genou dans le nez, un coup de pied dans les parties et j’ai fui après avoir réussi à défaire mes liens. L’adrénaline m’a menée à deux doigts de lui couper les couilles à coups de couteau à pain mais la peur a vite refait surface quand il a tenté de se relever et j’ai pris mes jambes à mon cou en priant pour qu’il ne parvienne pas à me rattraper.

- Alors beauté, comment ça va ?

- Qu’est-ce que tu me veux Elliott ?

Il soupire et me repousse sur le canapé quand je me relève.

- Récupérer ce qui m’appartient.

- Je ne t’appartiens pas et je ne t’ai jamais appartenu !

La gifle qui atterrit sur ma joue est si forte que je pousse un cri de douleur.

- Tu n’appartiens pas à ce connard ! Je t'ai vue avec cet enfoiré ! Ce type ne t’aime pas Johanna, moi je t’aime. J’ai fait de toi ce que tu es aujourd’hui, je t’ai appris à être une bonne petite femme, à respecter un homme. Tu me dois tout !

- Je ne te dois rien ! Tu m’as manipulée, tu m’as asservie, tu m’as frappée et tu m’as violée espèce de connard !

Je me lève brusquement, profitant de sa surprise face à ma sortie, attrape le plateau sur la table basse et le frappe à la tête, aussi fort que je le peux. Elliott chancelle, recule jusqu’au mur et j’en profite pour enjamber le dossier du canapé et courir vers la porte d’entrée. Cette satanée porte est fermée à clé, Elliott a tout prévu. Je cherche des yeux mon sésame quand je vois mon ravisseur se redresser. J’ai tout juste le temps d’entrer dans les toilettes, juste à côté, et de m’enfermer à clé.

Je fais un rapide état des lieux. Mon portable est dans mon sac à main, mais de toute façon je n’ai plus de batterie. Vu l’heure, les voisins sont soit sortis, soient endormis. L’appartement est vieillot, la porte des toilettes ne tiendra pas longtemps. Et moi je suis terrifiée.

****

Fabian

Je n’ai pas eu de nouvelles de Jo depuis plus de trois heures. Elle m’a dit dans le train qu’elle n’avait plus de batterie, qu’elle m’enverrait un message en arrivant à la coloc. Je devrais déjà dormir, il me faut mes huit heures de sommeil pour récupérer d’une journée d’essais libres et être en forme pour le lendemain. Mais j’ai un putain de mauvais pressentiment, je ne sais pas. C’est peut-être parce que je suis loin, que je ne peux rien contrôler, juste supposer, mais je n’arrive pas à fermer l’œil. Alors j'essaie de l’appeler et tombe directement sur sa messagerie. Je tente à nouveau ma chance quelques minutes plus tard, même conclusion. Après plusieurs tentatives infructueuses, je fais les cent pas dans ma chambre d’hôtel en faisant une recherche sur le net pour constater que son train n’a pas eu de retard, puis vérifie qu’il n’y a pas eu d’incident dans Paris, sait-on jamais. Je me sens stupide mais une angoisse sourde me tord l’estomac, alors je me décide à appeler Morgane. Je sais qu’elle n’est pas à l’appartement mais peut-être qu’elle a des nouvelles.

- Salut Fabian.

- Salut. Dis-moi, tu as des news de Jo ?

- Non, aucune pourquoi ?

- Elle devait me prévenir quand elle arrivait à l’appartement, je n’ai pas de nouvelles alors qu’elle devrait y être depuis un moment. Son téléphone tombe direct sur messagerie.

- Elle a peut-être oublié Fabian.

- On parle de Jo, Morgane.

- Je ne suis pas sur Paris, je ne peux pas aller à la coloc. Je vais essayer de l’appeler, je te tiens au courant.

- Merci Morgane.

Elle raccroche alors que je me dis que ça ne servira à rien puisque son satané téléphone est sur messagerie. J’appelle son autre colocataire dans la foulée mais il ne décroche pas. Je rappelle ; une fois, deux fois, trois fois. Il finit par décrocher, essoufflé.

- Qu’est-ce qui t’arrive mec ?

- Ax, je n’ai pas de nouvelles de Jo. Elle devrait être à l’appartement, j’aurais dû avoir un message y a un moment déjà. Bordel j’ai un mauvais pressentiment. Je tombe directement sur messagerie. Elle devrait être arrivée putain.

- Hé, respire mec, elle a peut-être un problème avec son téléphone.

- Elle m’aurait envoyé un mail avec son ordi si c’était le cas !

- Calme toi Fabian, qu’est-ce que tu veux qu’il lui arrive ?

- J’en sais rien Ax ! Mais ce n’est pas normal et je suis à Bahreïn, je ne peux pas m’assurer qu’elle va bien.

- Ok, ok. Je vais à l’appartement, détends-toi.

- Merci. Dépêche-toi s’il te plait, je te jure que je ne le sens pas.

- Je te tiens au jus.

****

Johanna

Elliott cogne contre la porte depuis ce qui me semble être une éternité et je me surprends à prier pour qu’un voisin entende et appelle les flics. Elle va finir par céder, je le vois et je suis totalement coincée. Quand il parvient à défoncer la porte, je me retrouve tirée à l’extérieur des toilettes par le bras puis projetée contre le mur. Une fois allongée au sol, Elliott me décoche un coup de pied dans l’estomac. Je me recroqueville en gémissant. Il va me tuer. Il va me violer et me tuer. Je le sais, je le sens et je peux le lire sur son visage.

Il se penche sur moi et tire brutalement mes cheveux pour attirer mon regard dans le sien. Ses yeux sont fous et je me demande encore comment j’ai pu ne pas me rendre compte qu’il était dérangé et dangereux.

- Tu vas te tenir tranquille ma jolie, sinon je te jure que je vais réduire ta belle petite gueule en miettes.

Il arrache ma robe d’un geste sec puis se met à califourchon sur moi en maintenant mes mains au-dessus de ma tête. J’ai envie de hurler, envie de pleurer. Je voudrais être assez forte mais je me débats dans le vide. Et quand Elliott pose brutalement ses lèvres sur les miennes, j’ai envie de vomir. Je serre les lèvres et continue de me débattre alors que sa main libre est partout sur mon corps.

- Je vais te rappeler ce que tu as abandonné beauté.

Je ne supplierai pas. Je ne m’abaisserai pas à ça, il en est hors de question. Plutôt mourir que de lui donner cette satisfaction. Et ce même quand sa main se glisse entre mes cuisses.

- Tu as toujours adoré ça Jo.

- Lâche-moi, espèce de cinglé !

- Oh ça, tu peux rêver beauté ! Je vais te posséder, encore et encore.

Et tout à coup c’est la délivrance. Mon corps est délesté du poids d’Elliott et je vois Ax le coller contre le mur et le frapper, encore et encore, jusqu’à ce que mon ex tombe inerte au sol. Ax se rend dans sa chambre, revient avec une ceinture et attache les poignets d’Elliott derrière son dos. Puis je le vois se diriger vers le canapé, récupérer la couverture et revenir vers moi. Il s’accroupit devant moi qui me suis recroquevillée contre le mur.

- Tout va bien Jo, dit-il doucement, je suis là.

Il me prend la main et je me raidis instantanément. Je sais que c’est Ax, que je n’ai rien à craindre mais mon cerveau ne contrôle plus mon corps. Mon meilleur ami lâche ma main et me tend la couverture. Je m’enroule dedans, toujours au sol. Il sort son téléphone et appelle la police sans me demander mon avis, jetant fréquemment des coups d’œil à Elliott et restant près de moi. Je tremble comme une feuille, tente de retrouver une respiration normale et de me calmer.

- Jo, viens avec moi, installe-toi dans ma chambre en attendant l’arrivée de la police.

J’acquiesce et me relève doucement en m’appuyant contre le mur. Mes jambes flanchent et Ax me récupère dans ses bras. Mon corps se débat mais il tient bon et me conduit jusqu’au canapé. Il file en cuisine et, lorsqu’il revient avec un mug de café, me tend son téléphone.

- Fab. Il s’inquiétait de ne pas avoir de tes nouvelles alors il m’a appelé pour que je passe à la coloc. Il sait…

J’attrape le téléphone tout en tentant de contrôler mes mouvements et le porte à mon oreille. J’entends la respiration de Fabian à l’autre bout de fil et la mienne se calme doucement.

- Jo ? Jo, tu es là ?

- Oui… murmuré-je.

- Comment tu vas ?

- Je… ça va.

Je l’entends faire les cent pas dans ce que j’imagine être sa chambre d’hôtel. Fabian pousse un grognement puis jure dans sa barbe.

- Je vais bien Fab… Il… il n’a pas eu le temps de… Ax est arrivé et… Bon sang j’ai eu tellement peur !

- Je suis là Jo. Bordel… Non je ne suis pas là. Merde, je devrais être près de toi, fait chier ! Dylan ! Prends-moi un billet pour le prochain vol pour Paris !

- Fab, non c’est bon ça va, je t’assure, soupiré-je.

- Bordel Dylan, ne discute pas ! Prends-moi un foutu billet ! s’énerve-t-il à l’autre bout du fil sans m’écouter le moins du monde.

- Fabian ! crié-je dans le combiné. Je vais bien. Ax est là. Ne prends pas l’avion, je t’assure.

- Bébé…

- S’il te plait Fab. Il faut que tu pilotes, je ne veux pas que tu aies des ennuis ou que tu mettes en jeu ta carrière.

- Mais je m’en fous de tout ça, tout ce qui m’importe là tout de suite c’est toi.

- Fab… Reste là-bas je t’en prie. Ce serait lui donner beaucoup trop d’importance. Je… on se voit toujours lundi soir ?

- Très bien, soupire-t-il, si c’est ce que tu veux. Bien sûr qu’on se voit lundi bébé.

- Merci Fab… Merci de t’être inquiété. Sans toi… Sans Ax et toi, qui sait ce qui serait arrivé…

- Je t’aime Jo.

Ça me fait un bien fou d’entendre ces trois petits mots. Deux hommes en uniforme entrent dans l’appartement et Ax se dirige immédiatement vers eux alors que je resserre la couverture autour de moi.

- Je dois y aller chéri, la police est là. Je… encore merci Fab. Repose-toi maintenant. On s’appelle demain. Je t’aime. Fais attention à toi.

Je raccroche rapidement. Je refuse qu’il m’entende craquer et je sens que je ne vais plus pouvoir résister longtemps. Je me sens vidée physiquement et bouillonnante psychologiquement. Je ne peux m’empêcher d’être mal à l’aise de me retrouver face à trois hommes. Je sais que c’est stupide mais fait monter en flèche ma jauge de stress déjà bien limite.

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