Chapitre 27

7 minutes de lecture

Mars 2018

Johanna

Je vis un rêve éveillé. J’ai pris une semaine de congés pour assister au premier grand prix de la saison, et me voilà en Australie.

Depuis jeudi, j’observe Fabian le pilote, dans son paddock. Je suis saisie par les différences dans son comportement. Fabian est beaucoup plus froid, au visage plus fermé, concentré. Le masque de pilote est impressionnant mais je suis ravie de retrouver l’homme tendre et souriant dès que nous franchissons la porte de notre chambre d’hôtel. Comme promis, Fab reste à bonne distance lorsque nous sommes en public. Je sais que ça ne tiendra pas éternellement mais j’ai vraiment peur que cela impacte sur mon travail. Déjà, ma tête s’est retrouvée dans les magazines people, l’amie du double champion du monde de F1, l’ombre du pilote. Les photographes ont réussi à nous trouver quand nous avons passé la semaine à Bordeaux après Noël puis lorsque nous sommes allés passer quelques jours à la neige pendant les vacances de février. Nous nous faisons discrets, Fab ne supportant pas les paparazzis, mais il est difficile de passer inaperçu quand on est à la télévision en moyenne un week-end sur deux.

La saison reprend ce week-end et j’ai conscience que la parenthèse du début de notre relation, où nous avons pu nous voir assez souvent, se referme. Si Fab a eu pas mal d’obligations en novembre dernier et début décembre, nous avons profité d’un mois tranquille, jusqu’à la fin janvier, avant le retour de ses voyages. Il a passé quasiment un mois en Normandie avec moi, louant un petit appartement meublé à quinze minutes de mon travail, mais aussi près de la gare pour se rendre à Paris et pour de courts séjours en Essonne, où se trouve l’usine Renault, puis en Espagne pour les essais d’avant saison. Nous allons vivre notre première épreuve de couple avec des séparations plus longues et des retrouvailles de courte durée. C’est un peu flippant mais j’ai confiance. Ces derniers mois nous ont permis de prendre confiance en nous individuellement mais aussi en tant que couple.

La course va bientôt débuter et je suis en retrait dans le garage, devant des écrans diffusant les images du circuit. Fab est avec Tony, son ingénieur en chef. Je crois que je ne me ferai jamais à l’ambiance du paddock, au côté strass et paillettes de plus en plus présent, mais j’adore l’ambiance dans le garage. La tension, l’adrénaline et l’euphorie y sont toutes mélangées.

Fabian passe devant moi, me fait un petit signe de tête pour m’indiquer de le rejoindre et s’engouffre dans le couloir qui s’enfonce à l’arrière du garage. Je lui emboîte le pas quelques secondes plus tard mais il a déjà disparu.

Il attrape mon bras et me tire dans une petite pièce de repos. Il ferme la porte et me prend dans ses bras, nichant son nez dans mon cou. Je fonds devant le changement d’attitude de Fabian entre le garage et mes bras. J’ai l’impression d’être la seule ici à profiter du vrai Fab. Ou d’une partie du vrai Fab, parce que la course coule dans ses veines après tout.

Il embrasse mon cou, remonte le long de ma mâchoire puis plante un baiser sur mes lèvres. C’est trop léger, trop court, trop rapide à mon goût alors mes mains agrippent sa nuque et je l’embrasse à mon tour, plus profondément, plus intensément. Ses mains glissent sur mes hanches et les enserrent, ses lèvres s’entrouvrent et nos langues de trouvent. Fabian finit par s’éloigner légèrement, posant son front contre le mien en souriant.

- Hé, doucement tigresse, je risque d’avoir du mal à sortir du garage avec la trique, rit-il.

- Dommage qu’on n’ait pas le temps de s’en occuper, souris-je en haussant un sourcil de manière suggestive.

- Bordel Jo, gronde-t-il avant de fondre à nouveau sur mes lèvres.

Nous sommes interrompus par deux coups frappés à la porte et la voix de Peter, le préparateur physique de Fab.

- Fab faut y aller, dit-il en entrant.

Peter se fige en nous voyant enlacés. Moi, je rougis instantanément, mal à l’aise d’avoir été prise sur le fait.

- Je ne crois pas t’avoir dit d’entrer ! s’agace Fab. J’arrive.

- Ouais, désolé, répond-il en tournant les talons.

- Peter ne dira rien tu sais, murmure Fabian à mon attention.

- Pas de souci, j’assume de me taper le pilote le plus sexy du plateau, ris-je.

- Double champion du monde de surcroît !

Je dépose un chaste baiser sur ses lèvres qui sourient.

- Allez, file.

- A tout' ! Bonne course.

- Ouais... Fais attention à toi Champion.

- Toujours Ma Douce.

Il me fait un clin d’œil après un rapide baiser et sort de la pièce pour rejoindre le garage. Une petite pointe de stress me gagne, comme à chaque fois qu’il monte dans sa voiture, mais je ne dis rien. Jamais.

****

Fabian

Nous venons de fêter ma victoire, en tête à tête, en faisant l’amour dans notre chambre d’hôtel quand Johanna reçoit un coup de fil de son frère. Il est un peu plus de minuit ici, soit plus de quatorze heures en France et alors que nous nous endormions tranquillement, le téléphone de Jo sonne. Elle se redresse et attrape mon tee-shirt au sol en paniquant. Un coup de fil de son frère sans raison apparente alors qu’il sait qu’elle est ici l’inquiète et cela se voit dans sa précipitation. Elle décroche l’appel vidéo alors que je la tire contre moi après m’être adossé à la tête de lit pour tenter de la rassurer.

- Salut Bro’. Un souci ?

- Rien de grave frangine. Enfin… Vous êtes au courant ?

- Au courant de quoi ? disons-nous en même temps.

- Il y a des photos de vous sur un site people.

- Normal, dis-je, enfin on s’est bien tenu, rien de compromettant sur le circuit.

- Non Fabian, ce sont des photos de vous qui doivent venir de l’un de vos téléphones, rien à voir avec des photos de vous dans le paddock.

- Quoi ? s’étonne Jo en se redressant.

- Je t’envoie le lien.

Johanna clique dessus rapidement et en effet, ces photos viennent de son téléphone. Un selfie d’elle et moi enlacés dans le canapé de l’appartement que je loue généralement en Normandie, apparaît. Elle passe à la suivante, une photo de moi torse nu en train de cuisiner dans ce même appartement. Elle fait défiler les photos les unes après les autres, une douzaine au total, dont une que j’ai prise alors qu’elle dormait nue, sur le ventre, le visage tourné vers moi et le drap la recouvrant jusqu’aux fesses. Elle était tellement belle à la lumière du soleil levant que j'ai voulu immortaliser le moment mais mon téléphone chargeait dans le salon. Bordel, comment ont-ils récupéré ces photos ? J’attrape mon téléphone tout en resserrant mon étreinte autour de la taille de Johanna et envoie un message à Dylan pour l’avertir que nous avons un problème.

- Merci Antoine. Je… je te laisse. Bonne journée.

Jo raccroche avant que son frère n’ait le temps de lui répondre et laisse tomber son portable sur ses genoux. Elle ne dit rien, ne bouge pas, mais tout son corps est tendu contre moi.

- Chérie, ça va ? murmuré-je en déposant un baiser sur sa tempe.

- Bon sang, je vais perdre mon boulot Fab…

- Mais non. Tu ne peux pas être licenciée pour ça Ma Douce.

- Pour ces photos non ! Mais quand ces putains de photographes vont se poster devant mon boulot, nous suivre dans nos sorties, prendre des photos de moi avec les jeunes, ils n’auront pas le choix ! Et s’ils ne le font pas, il faudra que je démissionne pour les protéger, ça revient au même.

J’attrape son menton et l’oblige à me regarder. Une larme roule sur sa joue et je lis toute la détresse qui l’anime dans ses yeux. Jo adore son boulot, si elle le perd elle ne me le pardonnera jamais. J’essuie doucement sa joue et dépose un baiser sur ses lèvres.

- Dylan va gérer ça Jo.

Elle soupire et se blottit contre moi.

- Que veux-tu qu’il fasse ? Les photos sont déjà en ligne, mon nom est associé au tien. C’est trop tard. Je suis, je cite, la nouvelle bimbo du double champion du monde de F1. Non mais sérieusement, j’ai l’air d’une bimbo ?!

Je la serre plus fort. Je sais que le problème ne vient pas de moi, pas de notre relation. Elle n’en a pas honte, son seul objectif est de protéger les jeunes qu’elle accompagne. Pourtant j’ai un pincement au cœur. C'est débile et j'en ai conscience. Après tout je reprochais à mes ex, notamment à Valentina, de vouloir profiter de ma notoriété. Jo n’en veut pas, au contraire. Cela devrait me réjouir mais moi j’aimerais hurler au monde entier que j’aime cette femme alors qu’elle veut se cacher.

- Je suis désolé bébé.

- Tu n’y es pour rien.

Après un silence apaisant, Johanna relève la tête et pose ses yeux embués dans les miens. Elle prend la parole comme si elle avait deviné ce qui m’est passé par la tête.

- Ce n’est pas contre toi hein… enfin je veux dire… Je suis bien avec toi Fab. Je suis heureuse qu’on soit ensemble, vraiment. Si je bossais en usine je m’en foutrais royalement que tout le monde associe mon nom au tien. Mais là il n’est pas question de moi.

- Je sais chérie, je sais, soupiré-je.

La saison a à peine débuté que nous voilà déjà confrontés à un premier problème, avant même la distance et les visites espacées. Fait chier !

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