Chapitre 22

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Fabian

Après un dîner dans un petit restaurant rustique à la carte si diversifiée que j’ai failli prendre trois plats principaux tant tout me faisait envie, nous nous sommes promenés main dans la main en ville. C’est une petite ville et les rues étaient plutôt désertes, si bien que nous n’avons pas été dérangés par quelqu’un qui m’aurait reconnu et nous avons pu profiter de cet instant. Nous avons discuté, nous nous sommes bécotés comme des ados et tout cela m’a paru tellement naturel que je me demande encore comment nous avons pu ne pas franchir cette limite plus tôt.

Johanna se gare dans la cour chez sa mère. La lumière du rez-de-chaussée est encore allumée, voici l’heure du passage à la moulinette par maman Jo. Si ma sœur et Abuelita sont totalement conquises par Johanna, j’espère que Sophia ne va pas être une belle-mère désagréable.

- Il faut que je te dise que mon frère est revenu vivre à la maison depuis quelques jours, il s’est disputé avec sa copine.

- Ok. Que dois-je craindre ? ris-je doucement en attrapant sa main une fois sorti de la voiture.

- Oh rien, il a toujours été très doué pour cerner les gens au premier contact, c’est tout.

- Hum… ça veut dire que c’est ton détecteur de cons ?

- Tout à fait, rit-elle avant de m’embrasser.

- Même pas peur !

- Tu devrais, Champion.

Jo crochète ses bras autour de mon cou et les miens se referment automatiquement autour d’elle. Je dépose un tendre baiser sur ses jolies lèvres et lui souris.

- On y va ?

- Je crois que je suis prêt oui.

En entrant chez la mère de Jo, j’observe rapidement les lieux. Nous entrons directement sur un petit salon avec un canapé trois places et un fauteuil. La pièce, pas très grande, sert également de salle à manger, et une table ronde pour quatre y est installée. De l’entrée, on peut apercevoir une petite cuisine à l’autre bout de la pièce, derrière une verrière où on doit se marcher dessus dès qu’on y est deux. Malgré l’étroitesse des lieux, le haut plafond permet de ne pas se sentir oppressé et la décoration est vraiment jolie. Les murs sont clairs, sauf une partie derrière la télévision qui est en brique rouge. Les meubles sont en bois brut, récupérés et retapés par Sophia qui adore le bricolage d’après sa fille. Quelques touches de modernité n’enlèvent rien à l’harmonie de la pièce.

Mes yeux se posent sur la mère de Johanna, qui vient de se lever du fauteuil pour s’avancer vers nous. Jo est le portrait craché de sa mère ; mêmes yeux expressifs, mêmes pommettes hautes, mêmes cheveux bruns ondulés. Elle ne fait pas son âge, même si on remarque quelques discrets plis sur son visage qui rendent compte à la fois de ses rires et des galères de sa vie.

- Maman, Antoine, je vous présente Fabian. Fab, ma mère Sophia et mon petit frère Antoine.

- Bonsoir, je suis ravi de vous rencontrer, j’ai beaucoup entendu parler de vous deux, dis-je en tendant la main à la mère de Jo qui ne s’en embarrasse pas et me fait deux bises.

- Ouais, nous aussi on a beaucoup entendu parler de toi, me répond son frère en me serrant la main, plus fort que nécessaire et en me regardant dans les yeux. Pour info, j’adore les films d’horreur de type Massacre à la tronçonneuse ou Saw, bien gores. Ça donne des idées.

Ok, tentative d’intimidation direct. Au moins je suis mis au parfum. Le frère de Jo n’est pas très grand mais c’est un jeune bien charpenté, et sa coupe courte et sa barbe de quelques centimètres bien entretenue ainsi que ses tatouages sur les deux bras lui donnent un côté bad-boy. Je ne suis pas intimidé pour autant, mais j’aimerais que tout se passe bien pour Jo, alors je cherche une répartie adéquate.

- Jo m’a fait regarder Massacre à la tronçonneuse au petit-déjeuner une fois, puis on a passé une partie de la journée à imaginer comment cacher un corps. C’était sympa, mais je suis battu à plate-coutures niveau imagination.

- Ouais, ça ne m’étonne pas, cette nana est dingue, rit son frère alors que Jo lui tend son majeur.

- Fabian, vous voulez boire quelque chose ? me questionne Sophia.

- Je ne dirais pas non à un café Madame.

- Oulah, je vous arrête tout de suite jeune homme. Pas de Madame, appelez-moi Sophia. Et tant qu’on y est, pas de vouvoiement. Vingt-et-unième siècle ! rit-elle en s’éloignant.

Je souris et regarde Jo. Ouais, le portrait craché de sa mère. Nous passons une heure à discuter autour de la table dans une atmosphère très détendue. Le trio formé par cette famille est vraiment particulier et agréable. On sent tout l’amour de chacun des membres pour les deux autres, la complicité entre eux. Ils se charrient gentiment, se remémorent leurs moments joyeux et j’ai droit à quelques détails croustillants sur la petite Jo. Je me sens bien en leur compagnie et j’espère que le portrait de ma famille ressemble un peu à celui-là, des êtres à la fois similaires et différents, complices et aimants.

- Bon, on va aller se coucher, je ne tiens plus, soupire Johanna en baillant.

- Excellente idée, il se fait tard, dit sa mère en se levant.

Johanna embrasse sa mère sur la joue et son frère de la même façon. Je serre la main d’Antoine et fais un signe de tête à Sophia en souriant.

- Merci pour l’accueil, et désolé de m’imposer comme ça.

- Oh ce n’est pas grave, le canapé est très confortable ne t’inquiète pas, sourit le frangin.

- On disait vingt-et-unième siècle c’est ça ? rit Johanna alors que je prie pour que ce soit une blague.

- Maman disait ça, moi je dis : pas de sexe avant le mariage, dit-il en prenant un air sérieux.

- Fais ce que je dis mais pas ce que je fais, c’est ça en gros ? soupire-t-elle. Souviens-toi qui est l’aînée dans la famille.

- Je reste le frangin, je protège. Et je dirais juste : fais ce que je dis. Qui te dit que je ne suis pas totalement chaste ?

- Heu… La fois où tu m’as demandé de t’aider à choisir des préservatifs peut-être ? Ou celle où tu m’as demandé des conseils pour les préliminaires ? rit Johanna en me prenant la main. Fabian dort avec moi, petit-frère, que tu le veuilles ou non. Et si tu rentres dans ma chambre sans mon autorisation comme tu l’as fait pendant tant d’années, je te jure que je t’étripe. Clair ?

- Comme de l’eau de roche frangine ! rit-il à son tour. Bonne nuit et, pitié, soyez discrets, les murs sont fins.

Nous montons les marches en direction du premier étage et nous retrouvons à traverser une chambre, celle de son frère, puis une autre pièce qui semble servir de dressing/débarras/buanderie et dessert la chambre de Jo et la salle de bain.

- La chambre de ma mère est après la salle de bain. Ces pièces en enfilades sont un peu galères mais c’est tout le charme de la maison aussi. En dessous, c’est le seul commerçant du village, le boulanger. Tu as besoin de prendre la salle de bain ?

- Rapidement oui, réponds-je en baillant.

****

Allongé sous la couette, j’observe la chambre de Johanna en attendant qu’elle sorte à son tour de la salle de bain. Le lit deux places, collé contre le mur, est constitué d’un sommier à même le sol et d’un matelas. Une bibliothèque remplie de livres occupe un pan complet du mur alors qu’une autre, plus petite mais tout aussi haute, est pleine de DVDs. Les murs sont taupe et crème, très apaisants. Il y a peu de décoration sur les murs libres, hormis le pan contre le lit, totalement recouvert de photos. En détaillant davantage les clichés, j’en trouve quelques-unes de Jo et moi.

Lorsque je me tourne, mon regard se pose sur la version en chair et en os de Johanna, vêtue d’un débardeur et d’un short, qui m’observe.

- Quoi, c’est ton côté pour dormir ?

- Non, c’est parfait, je dors côté droit habituellement, sourit-elle en déposant ses affaires sur le fauteuil en cuir posé près de la bibliothèque.

- Complémentarité alors, je dors côté gauche, ris-je doucement.

Johanna se glisse sous la couette après avoir éteint la lumière. Elle est encore plus belle sous l’éclairage intimiste de la lampe de chevet. Ses traits fins sont mis en valeur, ses yeux se font plus sombres mais son sourire reste lumineux.

- Là c’est un peu bizarre non ? murmure-t-elle.

- Un peu ouais, j’avoue.

La première et dernière fois que nous nous sommes retrouvés dans un lit, nous avons couché ensemble et j’ai fui comme on fuirait une horde de zombies. La culpabilité me ronge encore aujourd’hui.

- Viens, murmuré-je en lui tendant les bras.

Jo ne se fait pas prier et se glisse dans mes bras alors que je l’enlace et la serre contre moi. Je dépose un baiser sur son front, puis sur sa pommette, son nez, sa joue et l’observe, un sourire au coin des lèvres.

- Quoi ? soupire-t-elle.

- Tu es vraiment magnifique.

Johanna lève les yeux au ciel en soupirant et j’ai envie d’étriper cet imbécile d’Elliott qui s’est amusé à lui faire croire qu’elle était banale et ennuyeuse, qui lui a fait perdre la confiance qu’elle pouvait avoir en elle en critiquant chaque aspect de son physique et de sa personnalité.

- Je suis sérieux Jo, tu es sublime.

Je glisse ma main dans ses cheveux puis caresse son visage et descends le long de son cou. Opération séduction en cours.

- Tes cheveux sont doux et vivent leur propre vie, j’adore. Tes yeux sont si bleus que j’ai l’impression d’être en vacances à la plage dès que je plonge mon regard dans le tien, si expressifs qu’en te connaissant suffisamment on peut deviner tes émotions. Tes pommettes rosies par ces émotions, tes lèvres pulpeuses et franches, ta mâchoire fine et parfaite pour subir l’assaut de ma bouche.

- Arrête Fab je… tu me mets mal à l’aise, dit-elle en se retournant pour éteindre la lumière.

J’arrête son geste en attrapant sa main et embrasse sa paume. Mes lèvres remontent sur son poignet, puis le long de son bras jusqu’à son épaule, que je mordille. J’ai envie d’apprendre à connaître chaque centimètre carré de sa peau, chaque zone érogène de son corps jusqu’à pouvoir la dessiner les yeux fermés.

Johanna frissonne quand mes lèvres caressent la fine peau de son cou.

- Ne sois pas mal à l’aise Jo, murmuré-je dans son cou, je ne dis que la vérité.

- Fab… soupire-t-elle, et ce n’est pas un soupire d’agacement cette fois.

- J’ai tellement envie de toi, dis-je avant de venir caresser ses lèvres des miennes.

Jo sourit contre ma bouche et ses mains viennent se perdre dans mes cheveux. Je me contrôle pour ne pas lui sauter dessus. Je ne peux décemment pas lui faire l’amour avec sa mère dans la chambre à côté, alors qu’on entend tout ce qui se passe : sa télé, lorsqu’elle change de position dans son lit.

- Moi aussi Fab mais… avec ma mère à côté…

- Je sais Ma Douce, souris-je avant de l’embrasser sur la tempe. Allez, au dodo maintenant.

Johanna se retourne pour me faire face et plante ses yeux dans les miens. Elle cale une main sous sa joue et l’autre se pose sur mon torse. Je me colle contre elle, pose mon front contre le sien et le serre contre moi. Voilà la dernière vision que j’ai avant de m’endormir.

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Lia 53
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XiscaLB
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