Chapitre 20

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Fabian

Me voilà à faire les cent pas devant la porte de la chambre de Johanna. Je ne peux décemment pas laisser les choses comme ça. Si je pars sans me battre, nous nous séparerons pour un temps indéterminé. Sa colère est telle que, la connaissant, elle n'est pas prête de décrocher son téléphone pour répondre à mes appels. Je vais ramer comme jamais. Ok, action.

Je prends l'ascenseur et descends à la réception de l'hôtel.

- Bonjour. Fabian Almagro. J'ai réservé les chambres huit, étage quarante-huit et sept, étage cinquante. J'ai laissé la clé magnétique de la chambre du quarante-huitième à l'intérieur. Pourrais-je avoir la seconde clé s'il vous plait ?

La réceptionniste me fait un grand sourire enjôleur puis pianote sur son ordinateur. Elle relève les yeux après quelques instants et me regarde d'un air suspect.

- Monsieur, vous avez mis la chambre au nom de Johanna Beauvue. J'ai besoin qu'elle soit présente pour vous donner la clé.

- Mais enfin... C'est moi qui paie cette chambre ! m'emporté-je.

- Je sais Monsieur et... Je suis désolée, mais les règles de l'établissement sont strictes à ce propos.

- Ecoutez, dis-je en me calmant. J'ai absolument besoin de mon téléphone, qui est resté dans cette chambre avec la clé. Mademoiselle Beauvue est partie se promener il y a trente minutes, elle ne doit pas rentrer avant plusieurs heures. Je ne peux pas la contacter puisque je n'ai pas mon téléphone et je ne connais pas son numéro par cœur. S'il vous plait...

- Très bien Monsieur Almagro... Disons que je vais faire une exception, minaude-t-elle en allant chercher la carte.

- Merci beaucoup Mademoiselle, souris-je en attrapant le pass. Je vous dois une fière chandelle !

Je ne traîne pas, reprends l'ascenseur et trépigne en attendant l'arrivée fatidique. Il faut que j'assure, que je choisisse mes mots et que je lui explique pourquoi je suis venu la voir. En arrivant devant la porte, je souffle un bon coup et passe la clé magnétique dans le boîtier. J'ouvre la porte et découvre Jo assise sur le bord du lit. Elle lève les yeux vers moi et son regard surpris me déstabilise une seconde.

- Fab qu'est-ce que tu fais ?

Je referme la porte et avance à grand pas vers elle, la pousse à s'allonger sur le lit et pose ma main sur sa bouche.

- Tu vas te taire et me laisser parler maintenant Jo, s'il te plait.

Son regard apeuré me fait comprendre que je vais trop loin et je la relâche dans la seconde, m'asseyant au sol à ses pieds, le dos calé contre le lit.

- Je ne voulais pas te faire peur, je... je veux juste que tu m'écoutes Jo. C'est important, dis-je en soupirant, posant ma tête contre son genou. Si je me suis excusé cette nuit c'est parce que j'ai pris conscience que notre relation ne serait plus jamais la même après ce qui s'était passé. Et ça, ça me fiche la trouille. Comme l'idée d'entamer quelque chose avec toi et que ça se termine mal. Parce que dépasser cette limite c'est risquer tout ça, dis-je en nous désignant l'un et l'autre. Cette complicité entre nous c'est... devenu essentiel à mon quotidien. Je me sens bien avec toi et j'ai peur de perdre ça.

- Moi aussi Fab, ça me fiche la trouille, soupire-t-elle, toujours allongée sur le lit.

- Et puis, je n'arrive pas à me sortir de la tête que tu mérites mieux qu'un mec que tu verras quelques jours par mois. Comment t'offrir tout ce à quoi tu as droit en passant en coup de vent entre deux avions ? Tu mérites un homme à plein temps et... ça me terrorise de ne pas te suffire. Tu sais ce que j'ai vécu avec Valentina. Je sais ce que c'est qu'être loin l'un de l'autre et la solitude qui en découle.

- Stop.

Elle se lève et va se planter devant la fenêtre, les mains sur les hanches.

- Je ne suis pas Valentina. Je refuse d'être comparée à cette nana qui ne méritait rien de ce que tu lui as offert. Et je refuse que tu décides pour deux. Tu mérites autant que moi une personne à temps plein pour te rendre heureux, mais les contraintes font que ça n'est pas possible à moins d'avoir une plante verte qui te suive partout à travers le monde. Toi aussi tu mérites quelque chose que je ne peux pas t'offrir. Jamais je ne pourrais quitter mon job pour faire ça.

Je me lève et la rejoins, colle mon corps contre son dos et passe mes bras autour de sa taille. Cette distance physique qu’elle m’a imposée m’est insupportable, encore plus qu’elle ne l’était avant qu’elle et moi ne couchions ensemble. Johanna se laisse aller contre moi et pose sa tête contre mon épaule.

- Je ne te demande pas ça. Je ne pourrais jamais te demander ça, je te connais et te respecte trop pour ne pas tenir compte de tes sentiments.

Je dépose un baiser sur sa tempe et la serre contre moi. Ses mains rejoignent les miennes et elle entrelace nos doigts.

- Alors, dis-moi où tu veux en venir Fab, murmure-t-elle.

- Je veux qu'on tente quelque chose toi et moi. Je veux un nous plus qu'amical Jo. Je crois qu'on ne peut plus faire semblant. Je... j'ai envie de te toucher dès que je te vois, de te serrer contre moi et de te faire des choses absolument pas catholiques.

- Donc on devient amis et plus si affinités ?

- C'est ce que tu veux ?

- On ne répond pas à une question par une question, Monsieur Almagro.

- On devient un couple.

Ses doigts se resserrent autour des miens et j'attends la sentence, ne sachant pas si ça réaction est positive ou non.

- Tu es sérieux là ? me demande-t-elle après s'être retournée et avoir planté ses beaux yeux bleus dans les miens.

- Très sérieux, dis-je en reprenant ses mains dans les miennes.

- Et quel a été ton cheminement pour passer, en l'espace de douze heures, de ce n'est pas possible à soyons un couple ?

- Disons qu'Alma et Dylan m'ont un peu ouvert les yeux. Jo... Jamais je n'ai été aussi complice avec quiconque, même avec Roberto et Paolo. J'ai confiance en toi en tant qu'amie et je pense que cela fait un moment que nous jouons plus ou moins sur les deux tableaux, non ?

- Possible oui. Je... Je ne sais pas Fab, tout ça, c'est si précipité. C'est un sacré revirement.

- Tu me rends dingue Jo, je pense à toi tout le temps. Il n'y a rien de précipité là-dedans, ça fait des mois qu'inconsciemment je nous imagine en couple, des mois que je me cherche des excuses pour ne pas franchir le cap. J'en ai marre d'être en équilibre sur cette corde, je veux qu'on essaie. Dis-moi que tu ne penses pas à la même chose de ton côté et je te jure de ne plus jamais en reparler.

Johanna soupire et baisse les yeux. Elle se mordille la lèvre, signe qu'elle réfléchit, et moi je stresse comme un ado mal dans sa peau qui vient de demander à la plus jolie fille de sa classe, qu'il idolâtre depuis des mois, si elle veut devenir sa petite copine. Lorsque nos yeux se rejoignent à nouveau, j'y lis de la tendresse et un soupçon de stress. Je serre ses mains dans les miennes pour l'encourager à se livrer et lui souris.

- Si on envoie balader cette corde, c'est à une condition, murmure-t-elle.

- Je t'écoute Ma Douce, dis-je en caressant ses poignets de mes pouces.

- Je veux qu'on garde ça pour nous pour l'instant. Pas de marques d'affection en public, de gestes qui laisseraient penser qu'on est plus que des amis. Tu as des paparazzis au train et je suis déjà impliquée, je ne suis pas prête à ce que ça impacte davantage sur ma vie et surtout sur mon travail. Si je ne peux pas sortir avec les jeunes du boulot sans avoir un photographe dans les parages, je vais me faire virer.

- Ok, je comprends.

- Sûr ? Je ne veux pas que tu penses que je ne suis pas suffisamment à l'aise avec toi pour me montrer à ton bras Fab, vraiment ce n'est pas là le problème.

- Sûr. J'ai moi aussi une condition. Non, deux en fait.

- Je t'écoute, Champion, sourit-elle.

- Un : Je veux que nous soyons exclusifs. Il est hors de question que j'aille voir ailleurs et je ne partage pas.

- Parfait, tu peux compter sur moi. Et sache que je ne partage pas non plus.

- Deux : je veux qu'on communique. Si la solitude te pèse, on en parle, si tu as des doutes, on en parle, si tu as peur, on en parle, etc.

Johanna s'approche de moi, pose ses mains sur mes joues et m'embrasse tendrement. J'imagine que cela scelle notre accord. Je l'attrape par la taille et la soulève pour la plaquer contre la vitre et approfondir notre baiser. Elle enroule ses jambes autour de moi et ses doigts glissent dans mes cheveux. Le pied total. Si je pensais que me perdre en elle une fois et une seule pourrait me permettre de tourner la page sur cette attraction de nos corps, je me suis grandement planté, je suis déjà accro.

Je l'allonge doucement sur le lit sans lâcher sa bouche et tire sur son chemisier pour le sortir de son pantalon comme j’en rêve depuis que je l’ai vue dans l’ascenseur ce matin. Je glisse ma main dessous et la sens frémir quand je la pose au-dessus de sa hanche. Le contact avec sa peau m'électrise. Ma bouche se déplace le long de sa mâchoire, ma langue vient caresser le dessous de son oreille et mes doigts dessinent de petits cercles sur son flanc.

Johanna tire sur mon tee-shirt et le passe par-dessus ma tête, nous obligeant à rompre le contact. J'en profite pour déboutonner son chemisier à la va-vite et lui enlève à son tour. J'observe ce bout de femme et je me sens chanceux. Je dépose un sillon de baisers de son cou jusqu'à son nombril alors que Jo se tortille sous moi en serrant ses jambes sur mes fesses. J'ai envie de la goûter durant des heures, de la faire crier mon nom encore et encore.

Je déboutonne son pantalon quand on frappe à la porte. Jo et moi nous figeons simultanément et je l'interroge du regard.

- Johanna ? interroge la voix de l'autre côté de la porte.

- Merde, c'est Dylan, murmuré-je en lui tendant son chemisier avant de renfiler mon tee-shirt.

- J'arrive Dylan, crie-t-elle en se rhabillant.

- Fait chier, bougonné-je.

- Jo, tu sais où est Fabian ? Ça fait une demi-heure que j'essaie de l'appeler, je ne sais pas où il se planque, crie-t-il à son tour à travers la porte.

Johanna me sourit en se recoiffant puis va ouvrir la porte à un Dylan sur les nerfs.

- Tu l'as vu ou pas ?! Bon sang ce n'est pas dans ses habitudes de ne pas répondre au té... Oh, te voilà, soupire-t-il en m'apercevant.

- Ouais, et tu tombes mal, on discutait.

Le regard de Dylan passe de Johanna à moi, puis inversement. Ouais, à d'autres, je sais. Jo a les lèvres gonflées, le dernier bouton de son pantalon n'est pas reboutonné et moi je dois avoir les cheveux dans tous les sens et le regard encore empli de désir. Sans oublier que je suis resté assis sur le lit pour masquer au mieux mon érection.

- Ok, désolé. Je vous laisse discuter, sourit-il en insistant sur le dernier mot.

Il repart comme il est venu, en moins énervé c'est sûr. Johanna en profite pour regarder son téléphone et soupire longuement.

- Faut que je file, je vais manquer l'embarquement.

- Pas grave, je te paierai le billet pour le vol suivant, dis-je en l'enlaçant.

- Je ne peux pas, soupire-t-elle en posant ses paumes sur mon torse, si je pars plus tard, je vais manquer le boulot.

Je soupire à mon tour et la serre contre moi.

- On s'appelle dès que possible pour voir quand on peut se caler un moment pour se voir, ok ?

- Ça marche, Champion.

Je l'embrasse à perdre haleine, comme un drogué qui prend sa dose, avant de l'accompagner à l'aéroport et de la laisser s'envoler pour retrouver sa vie, loin de moi.

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Lia 53
Je frissonne quand je la vois, je ne peux pas m'en empêcher c'est plus fort que moi, cette fille m'obsède. Je peux pas m'en empêcher, je la veux pour moi et rien que moi. Je sais qu'elle m'aime, je sais qu'elle me veut, je sais ce qui est bon pour elle. Elle est à moi, pour moi. Je peux pas m'en empêcher, je ne peux pas...Je sais qu'il faut pas, que c'est pas bien mais je dois l'avoir à moi.

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XiscaLB
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