Chapitre 18

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Johanna

Et merde… Qu’est-ce qui nous a pris ?

Me voilà seule dans mon lit, une odeur de sexe flottant dans la pièce, le corps encore engourdi par l’orgasme. Est-ce que je regrette ? Oui et non. Evidemment, j’ai peur de perdre ce qui nous réunit, cette complicité qui nous est propre. L’ambiance risque d’être malaisante à présent. Après tout, nous nous sommes vus dans le plus simple appareil et avons partagé un moment des plus intimes. Comment plaisanter, se charrier, se chercher maintenant qu’on sait ce que cela fait d’être dans les bras l’un de l’autre ? Et comment cette complicité peut-elle perdurer alors que je sais que dès qu’il fera une allusion sexuelle je m’empourprerai et serai mal à l’aise ? Une partie de moi, malgré tout, ne regrette absolument pas ce qui s’est passé. Fabian a assouvi un désir qui courait dans nos veines depuis déjà bien longtemps. Être dans ses bras, sentir son corps sur le mien, ses mains sur ma peau. Merde, je sais à présent la tête qu’il fait lorsqu’il jouit, j’entends encore ses gémissements et j’ai l’impression de le sentir sur et en moi lorsque je ferme les yeux. Mon Dieu, j’ai du mal à imaginer la scène du petit-déjeuner dans quelques heures. Qu’est-ce que je vais faire ?

La nuit est courte ; je me tourne et me retourne dans ce lit où a eu lieu le crime qui changera sans doute à jamais notre relation. J’ai du mal à accepter qu’il soit parti si vite après que nous avons couché ensemble. Je comprends les sentiments qu’il a pu éprouver une fois que la réalité nous a frappés de plein fouet, moi aussi je me suis sentie mal, tiraillée entre le plaisir d’avoir assouvi ce besoin et le malaise d’avoir franchi une limite qui n’aurait jamais dû l’être. Mais cela a renforcé le sentiment d’être utilisée par Fabian pour se décharger de cette tension sexuelle qui nous anime depuis des mois. Ajoutez à cela le fait qu’il m’ait dit qu’il était désolé avant même que nous couchions ensemble et vous obtenez le moment le plus humiliant de ma vie. Je ne comprends pas comment j’ai pu accepter avec cette entrée en matière. Sérieusement, qu’est-ce qui m’a pris de cautionner cela ?

Je file sous la douche en vitesse avant de m’enrouler dans une serviette. La fatigue se lit sur mon visage quand je me brosse les dents. Je me démêle les cheveux et les noue en une queue haute quand j’aperçois une trace rouge sous mon oreille. Bon sang cet enfoiré m’a fait un suçon ! Ok, on laisse tomber la queue de cheval, ce sera cheveux détachés aujourd’hui. J’applique, comme à mon habitude un peu de crème effet bonne mine (les miracles n’existent pas, je le sais) et une touche de mascara puis file m’habiller. Après mes sous-vêtements, j’enfile le pantalon taille haute noir que j’aime tant et le petit chemisier blanc à manches courtes que j’ai acheté pour aller avec, que je rentre à l’intérieur. Je laisse deux boutons déboutonnés, pas trop mais pas trop peu, puis pars à la recherche des stilletos que je portais hier soir. Avoir échappé de peu au walk of shame ne m’empêchera pas de m’apprêter. Rien de mieux qu’une façade propre pour cacher les tempêtes qui font rage intérieurement.

Il faut que j’appelle Morgane. J’ai besoin que ma meilleure amie me rassure, sinon je risque la crise de panique avant même d’atteindre la salle de restaurant. J’espère qu’elle répondra malgré le décalage horaire. Il est plus de minuit à Paris, il est possible qu’elle soit couchée. Je lance l’appel et tombe malheureusement sur sa messagerie.

- Momo, je suis en code rouge. Il faut que tu me sauves la vie là. Fab et moi on a… on a couché ensemble hier soir. On a fait une petite soirée pour son titre, on a dansé ensemble, partagé un bon moment. Il est revenu frapper à ma chambre et… voilà quoi ! Sauf qu’après il est parti comme un voleur, en s’excusant d’avoir dépassé les limites et puis plus de nouvelles. Je fais quoi ? Je dis quoi ? Bordel Momo j’ai besoin de toi là !

Je raccroche en soupirant et constate qu’il est déjà l’heure d’y aller. Après avoir glissé mon téléphone et la carte magnétique de ma chambre dans la poche de mon pantalon, je sors rejoindre l’ascenseur. J’ai un léger mouvement de recul lorsque les portes s’ouvrent. Merde, merde et re-merde : Fabian est dedans. Je croise son regard alors que ses yeux s’écarquillent légèrement. Sa réaction me pousse à relever le menton et entrer en le saluant d’une voix que j’espère naturelle. Il fait de même alors que mon portable vibre dans ma poche. Je décroche en voyant que c’est Momo et baisse immédiatement le son au maximum pour que Fab n’entende pas.

- Alors vous avez enfin couché ?!

- Oui, soupiré-je.

- C’était comment ?

- Heu…

- Allez, laisse-moi vivre ta partie de jambes en l’air par procuration !

- Impossible là, Momo.

- Quoi ? Mais pourquoi ? Ah… Il est à côté de toi c’est ça ?

- Ouais, t’as un train de retard.

- Merde ! Tu ne peux pas t’éloigner ?

- Pas vraiment non. Je suis dans un ascenseur dont la déco est vachement sympa tu sais, y a un genre de tag sur l’un des murs, je le prendrai en photo, faut que tu voies ça, dis-je pour faire passer l’info.

Morgane rit. J’aimerais pouvoir en faire autant mais là, impossible. Mon cerveau, mon cœur et mon corps sont à l’amende.

- Comment se sont passées les retrouvailles ?

- Froidement.

- C’était si nul que ça ?

- Franchement ? Non.

- Donc le malaise vient du contexte, répond-elle après un silence.

- Bien vu Sherlock.

- Tu vas réussir à faire comme si de rien était ma Jo ?

- Je ne crois pas.

- T’es amoureuse de lui ?

- Quoi ?! Non ! Enfin… Non ! Merde Momo arrête je n’ai pas besoin de ça ce matin !

- Pardon, pardon… Tu as raison mais… Tu as besoin de mettre les choses au clair pour pouvoir savoir comment réagir.

- Bordel, t’as raison.

Les portes de l’ascenseur s’ouvrent, accompagnées par un tintement et je sors. Je me retourne vers Fabian dont les yeux étaient semble-t-il rivés sur mon postérieur. Et ouais mon gars, ce pantalon taille haute est moulant et sexy, voilà ce que tu rates à jouer les cons.

- Une seconde Momo, dis-je dans le combiné. Fab, je vous rejoins, on a un problème de plomberie à l’appartement.

Fabian acquiesce puis s’éloigne. Je ne peux m’empêcher de le suivre des yeux. Si mon pantalon est moulant, le sien n’est pas mieux et son tee-shirt dessine ses épaules et son dos musclé. Je suis dans le pétrin, je vous l’assure !

- Un problème de plomberie ? m’interroge une Morgane hilare. Il me semble pourtant que le tuyau a été nettoyé cette nuit.

- La ferme Morgane. Ce…Ce con m’a même fait un suçon !

- Torride ! Où ça ?

- On s’en fout d’où, lui réponds-je en faisant les cent pas dans le hall de l’hôtel.

- Absolument pas ! Si c’est la cuisse, le ventre ou la poitrine, c’est sexuel.

- Sous l’oreille Momo ! J’ai les cheveux dans tous les sens et je ne peux même pas les attacher !

- Ça c’est la passion ahah.

- Très drôle. La passion chez moi là c’est d’à la fois avoir envie de le gifler et de l’embrasser, ça me tue, dis-je en me tournant vigoureusement avant de me cogner contre un ventre rebondi.

Merde, Dylan. Est-ce qu’il a entendu ma conversation ? Vu son sourire en coin et le regard qu’il lance à Alma, je crois pouvoir dire qu’il en a eu un bon échantillon.

- Morgane, je te laisse, on m’attend pour le brunch. Merci pour l’oreille attentive et… Je te rappelle ma chérie.

- Ça marche Jo. Tu ne te laisses pas faire, il faut qu’il voie que cette nuit ne t’a pas déstabilisée, ça va le rendre fou.

- Oui chef, dis-je en raccrochant.

Je fais la bise à Dylan et Alma, l’air de rien et me dirige vers le restaurant. Dylan me suit de près et passe son bras autour de mes épaules.

- Qui veux-tu gifler et embrasser à la fois ? me demande Dylan en souriant.

- Heu… Le plombier. On a une fuite à l’appartement et il accepte de se déplacer aujourd’hui mais la facture va piquer.

Je me surprends à mentir, ce n’est pas du tout mon genre et je ne sais pas le faire. Je sais que cela se voit directement sur mon visage. J’espère sincèrement être convaincante pour le coup.

- Hum… Je vois, dit-il lorsque nous arrivons.

Il tire ma chaise pour que je m’assoie à côté de Fabian puis fait de même avec celle d’Alma. Bon, il faut faire comme si tout cela ne m’avait pas touché. Ok Morgane, je vais devenir actrice alors. Espérons que le résultat ne donne pas un film de série B.

- Vous êtes partis vous coucher tôt tous les deux hier soir dis-donc, dis-je dans un clin d’œil.

Alma s’empourpre instantanément, alors que Dylan sourit de toutes ses dents comme un ado devant une console de jeux flambant neuve.

- Ouais, Alma était fatiguée.

- Tu lui mets tout sur le dos en plus, rigolé-je. Tu n’as pas honte ?

- Je ne vois pas de quoi tu parles, rit-il.

- Tu viens, Jo, on va se servir ? dit Alma pour changer de sujet.

J’acquiesce et la suis au buffet, plutôt contente d’échapper à l’aura pesante de Fabian, renfrogné.

- Désolée, je ne voulais pas te mettre mal à l’aise.

- Oh non, ne t’inquiète pas, rit-elle. J’ai connu pire quand mes parents nous ont surpris dans ma chambre alors qu’on faisait un séjour chez eux.

- Oh mon Dieu ! Sérieux ?

- Ouais… Le pire jour de ma vie !

- Tu m’étonnes…

- Alors, la fin de soirée ?

- La quoi ? Hein ? Ah heu… Sympa. De la bonne musique et une bonne ambiance.

Merde, série B ma fille ! Je crois que je suis aussi rouge que le haut d’Alma. Je respire un grand coup alors qu’elle me regarde de manière appuyée.

- Raconte !

- Oh, nous avons beaucoup dansé. Tu savais que Roberto était doué pour la danse ? C’est le roi de la Bachata !

- A mon avis ta tête n’a rien à voir avec ça.

- Joker !

- Oh, allez Jo, dis-moi tout. Fab et toi êtes bizarres ce matin.

- On a passé une minute à table, comment tu peux dire ça ?

- J’ai le sens de l’observation, c’est tout. Alors ?

- Je suis juste fatiguée ! Quant à Fabian, j’imagine que c’est le contrecoup.

- Très bien, mais tu ne perds rien pour attendre.

Nous retournons à table et, vu le sourire en coin de Dylan, je dirais que Fabian n’a pas été aussi discret que moi sur ce qui s’est passé cette nuit. Enfoiré ! Les deux hommes se lèvent à leur tour pour aller au buffet et je me lance.

- Fab est venu dans ma chambre et nous avons couché ensemble.

- Hallelujah !

- Moins fort Alma, s’il te plait… Il est parti comme un voleur juste après en s’excusant.

- Oh le con !

Je me renfrogne sur ma chaise. C’est peu dire, en effet. Je l’ai toujours au travers de la gorge, évidemment.

- Bref, je n’ai pas envie d’en parler, je veux juste oublier.

- Je savais que ce n’était pas un si bon coup que ça, rit-elle.

- Oh ça… dis-je sans pouvoir cacher la naissance d’un sourire.

- Merde, dis-m’en plus !

- Hors de question.

- Sur dix ?

- Dix s’il ne s’était pas barré avec la tête du mec qui regrette.

- La vache !

J’attaque mon petit-déjeuner en silence. J’ai vraiment envie de laisser cela de côté pour le moment. Le temps pour moi d'y réfléchir et de prier pour que cela ne change pas tout entre nous.

Le brunch se déroule plus ou moins sans encombre. Bon, à condition que le fait que Fab et moi ne nous parlions pas et ne nous regardions pas soit normal. En soi, c’est un moment assez gênant. J’essaie de converser avec Alma et Dylan quand Fabian reste de son côté quasiment muet.

- Bon, je vous laisse, il faut que je remonte dans ma chambre et que je boucle ma valise, sinon je vais être en retard pour l’aéroport, dis-je en regardant l’heure sur mon téléphone.

- Ton avion est en fin d’après-midi, rétorque Fabian en fronçant les sourcils.

Je me tourne davantage vers lui et lève un sourcil dans sa direction, espérant lui faire passer le message que je m’étonne de ne plus être transparente à ses yeux tout à coup. Oui mon ami, je veux te fuir là tout de suite. Chacun son tour après tout.

- Je suis désolée, dis-je en plantant mes yeux dans les siens à nouveau, une pointe de sarcasme dans la voix.

Fabian soupire et ouvre la bouche, mais il est coupé par Dylan.

- Johanna, c’est ce que je crois ? C’est… un suçon que tu as dans le cou ? s’esclaffe-t-il.

Je dois rougir jusqu’aux oreilles dans la seconde. Alma me lance un regard désolé alors que Fabian se redresse. Il rassemble mes cheveux dans son poing et les dépose sur l’épaule opposée avant d’observer mon cou. Je plaque ma main sur la pièce à conviction numéro une de notre crime et soupire.

- Ce n’est rien…

- Merde Jo je… Je suis désolé.

Bon sang je vais le trucider. Je me lève brusquement, manquant de renverser ma chaise et approche mon visage du sien.

- Arrête un peu d’être désolé, c’est épuisant. Grandis Fabian et assume.

Je me retourne vers Dylan et Alma, étonnamment silencieux tout à coup et leur souris. Après avoir contourné la table, je dépose un baiser sur la joue de chacun d’eux.

- Je vous souhaite une belle journée et un bon retour. A bientôt les amoureux.

Et je rejoins au plus vite l’ascenseur, sans attendre leur réponse.

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