Chapitre 16

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Fabian

Fin du Grand prix du Japon. Je fais un tour d’honneur dans ma voiture, avec le drapeau français et le drapeau espagnol dans une main. Bordel, me voilà double champion du monde. Je n’en reviens pas ! Je bosse comme un dingue toute l’année, voilà la récompense ultime.

Abuelita va être fière de moi. Mes parents et ma sœur aussi je n’en doute pas, mais ma grand-mère est ma première fan. Le petit Diego doit être fou devant la télévision et je souris en l’imaginant sautiller dans tous les sens. J’ai hâte de voir sa bouille. Et Jo… Contrairement à l’an dernier, elle est dans le garage cette fois, avec Dylan, Roberto et Paolo. Mon quatuor de choc. Le soutien sans faille de la saison, présents dès que possible sur les circuits pour moi.

Je gare ma voiture devant le panneau « 1 », la victoire a un goût particulier avec ce titre. Je me détache pendant que mon mécanicien principal décroche les sécurités, pose mes mains sur mon casque. Merde, j’ai envie de chialer. Je sors du cockpit et monte sur l’avant de la voiture. Je lève les bras en l’air et laisse échapper un cri de joie, un cri rageur que je sens venir du fond de mes tripes. Je saute de la voiture et rejoins mes mécanos, qui me prennent dans leurs bras malgré les barrières de sécurité, me tapent dans le dos à m’en déplacer les vertèbres. Je suis heureux comme un gamin, fier de moi et de l’équipe. Et puis je vois Jo, entourée de mes deux meilleurs amis, un peu plus en retrait. Elle a les larmes aux yeux et un sourire accroché aux lèvres. Bordel, elle est magnifique, et je crois percevoir de l’admiration dans son regard. J’enlève mon casque et ma cagoule anti-feu, les pose au sol et tends la main à Jo pour qu’elle avance contre la barrière.

- Ton surnom va commencer à être trop long Champion, dit-elle en arrivant devant moi.

Je la prends dans mes bras et la serre contre moi alors que mes acolytes me tapent violemment dans le dos et nous entourent. Meilleure récompense qu’un trophée, c’est garanti ! Je dois sentir la transpiration, j’espère que c’est supportable pour Johanna. De son côté, elle sent elle, ce mélange de vanille et de fleur d’oranger associé à ce petit plus qui fait qu’elle est elle. Son parfum me remplit les narines alors que je ris.

- ­Double Champion Ma Douce.

- C’est bien ce que je dis, trop long et c’est moins poétique, rit-elle à son tour.

L’un des organisateurs vient me taper sur l’épaule pour me signifier qu’ils m’attendent pour le podium. Je serais bien resté à fêter ça avec mes mécaniciens et mes amis, mais le politiquement correct m’attend. J’embrasse Jo sur le front sans pour autant la lâcher. Elle recule légèrement et me sourit en me passant la main dans les cheveux, pour me recoiffer j’imagine, merci la cagoule.

- Je suis tellement fière de toi Fab !

Deux fils doivent se toucher dans mon cerveau à cette réflexion, parce qu’avant de filer dans les escaliers qui mènent au podium, je l’embrasse doucement à la commissure des lèvres. Je lui tourne le dos et file sur le podium sans me retourner. Je ne veux pas voir sa réaction, j’ai trop peur de ce que je pourrais lire dans ses yeux. Qu’est-ce qui m’a pris ?

****

Johanna

Nous voilà dans un restaurant privatisé à fêter le titre de Fabian. L’ambiance est bonne, je me sens un peu seule, il y a peu de femmes dans le lot. Heureusement, Alma, la compagne de Dylan est là ainsi que deux ingénieures et la chargée de communication de Fab. Cinq femmes pour une quarantaine d’hommes, autant dire qu’Alma et moi nous sentons un peu isolées dans notre coin. Peut-être qu’on n’aurait pas dû s’apprêter autant.

Pour l’occasion, restaurant chic oblige, j’ai enfilé une robe couleur crème à bretelles fines et plutôt moulante qui descend juste au-dessus du genou ainsi que ma seule paire de stilletos, noire à talons de dix centimètres. J’ai toujours besoin d’un petit temps d’adaptation pour réussir à marcher avec mais elles sont étonnamment confortables et je les adore. Elles font toujours partie de mes tenues de fête, sans doute parce que ce sont les seules chaussures habillées que j’ai dans mon placard rempli de sandales et de baskets ; bien plus pratiques pour le boulot. J’ai enroulé mes cheveux dans un chignon plutôt fouillis, mes mèches rebelles n’en font encore qu’à leur tête pour changer. Pour finir, j’ai abusé du smooky-eyes et j’adore comme cela met en valeur mes yeux bleus.

Alma, dans sa robe fourreau pourpre absolument magnifique, m’a entraînée sur la piste de danse improvisée depuis déjà une demi-heure et, bien que je les adore, mes chaussures commencent à devenir des objets de torture.

- Je retourne m’asseoir, j’ai les pieds en compote !

- Je t’accompagne, je n’ai pas envie de me faire sauter dessus parce que je n’aurais plus de chien de garde.

Nous rions en retournant à la grande table en U préparée pour l’occasion. Nous nous asseyons en face de Fabian et Dylan qui discutent entre eux. Dylan coule un regard de braise à Alma et je souris en la voyant s’empourprer. Alma fait le tour de la table et s’assied sur ses genoux. J’hésite entre vomir et être jalouse de leur complicité quand ils se roulent une pelle sans se préoccuper de ce qui les entoure.

Fabian me donne un coup de pied léger dans le tibia et se met le doigt dans la bouche en mimant un haut-le-cœur. Je ris à gorge déployée, rire qui s’éteint à la seconde où je le vois se pencher et que je sens sa main m’attraper le pied sous la table pour le poser sur son genou avant de le masser. Je fronce les sourcils et lui lance un regard interrogateur.

- Je t’ai vu grimacer en revenant t’asseoir. Vu tes engins de torture, j’imagine qu’ils en sont la cause, sourit-il sans s’arrêter.

Etrangement, ses doigts ne me chatouillent pas et pourtant la pression n’est pas trop forte. Je soupire de contentement quand il masse l’endroit douloureux. Ses doigts finissent par remonter pour caresser ma cheville. Je regarde au loin sur la piste de danse en faisant mine de ne pas m’en rendre compte alors qu’un frisson me parcourt. Ne joue pas avec moi Fabian Almagro, je ne suis pas sûre que je m’en remettrais…

Roberto vient s’asseoir à côté de moi alors que je viens de retirer mon pied pour poser le second à la place afin qu’il subisse cette douce torture à son tour.

- Alors, tu passes une bonne soirée ?

- Tranquille oui, souris-je, et toi ?

- Super ! J’adore fêter les titres de mon pote ! Et j’espère encore en fêter plein dans les années à venir.

- J’espère aussi !

- Tu viens danser ?

- Je ne sais pas, j’ai les pieds en compote tu sais.

- Allez, juste une danse Jo, j’adore cette chanson !

- Très bien, si tu insistes.

Je récupère mon pied en souriant à Fabian et renfile mes chaussures avant de prendre la main que me tend Roberto et de le suivre sur la piste.

Nous dansons un moment en riant. Je ne le savais pas si bon danseur, mais j’apprécie. Je réutilise mes cours de danse jusqu’à ce que Roberto s’éloigne légèrement de moi en pleine Bachata.

- Un souci ?

- Disons que si Fab avait des flingues à la place des yeux, je serais mort, rit-il.

- Merde…

- Comme tu dis. Juré je n’ai pas de mauvaises intentions, dit-il en levant les mains en signe d’innocence.

- Bon, on va éviter de mettre de mauvaise humeur le roi de la fête, beau gosse. La récréation est finie, ris-je à mon tour.

- Oui Madame, répond-il dans une révérence.

Un demi-tour plus tard pour me diriger vers la table et je me retrouve à percuter un corps chaud. D’instinct, mes mains se posent sur le torse en question et je souris en voyant les yeux rieurs de Fabian.

- Tu danses ? dit-il en me tendant la main alors que le rythme endiablé de la Bachata laisse place à un Slow.

- Volontiers, double Champion, souris-je en prenant sa main.

Fabian colle son corps contre le mien et pose une main au creux de mes reins tout en gardant prisonnière celle que je lui ai donnée de l’autre. Mon corps répond instinctivement en se couvrant d’une légère chair de poule alors que je pose ma seconde main sur son épaule. Il rapproche nos mains jointes et les colle entre nos deux torses avant de poser son front contre le mien.

- Je ne suis pas aussi doué que Rob, désolé.

- Je ne me plains pas, souris-je.

- Tu as raison, double Champion ça manque de poésie. On va rester sur Champion, s’il te plaît.

J’acquiesce doucement alors que nous nous laissons emporter par la musique. Les yeux de Fab ne quittent pas les miens et cette proximité me rend nerveuse. Je ne sais plus sur quel pied danser avec lui et c’est épuisant. Je finis par poser mon front contre son épaule pour ne plus subir ce regard qui me fait ressentir des choses qui ne devraient pas avoir lieu d’être. Fabian soupire et resserre son étreinte. Je me sens bien ici, en sécurité et protégée. Je sais que Fabian tient à moi et ça me fait un bien fou, même si cette relation est de plus en plus ambigüe.

Lorsque la chanson se termine, nous profitons des chansons suivantes, plus rythmées, pour reprendre un peu de distance. Puis les invités viennent le saluer et le féliciter les uns après les autres et nous restons un moment avec Roberto et Paolo à discuter de tout et de rien, de la fête qu’ils comptent organiser dans la villa de Fabian pour fêter son titre, de la fin de saison et de la suivante à venir.

Je finis par refouler plusieurs bâillements mais la fatigue se fait sentir. Je ne suis arrivée qu’hier soir et le décalage horaire est mortel.

- Je vais aller me coucher messieurs, je ne tiens plus. Je vous laisse entre hommes !

- Je te raccompagne, je suis K.O également, je vais au lit, répond Fab en se levant.

J’embrasse affectueusement les deux acolytes de mon pilote alors que ce dernier les remercie une nouvelle fois pour leur soutien. Ils échangent une accolade à la fois virile et pleine de tendresse. Ce trio de choc est vraiment adorable.

Fabian et moi montons dans l’ascenseur alors que je baille à m’en décrocher la mâchoire. Plus que quarante-huit étages. Il passe son bras autour de mes épaules et je pose ma tête contre lui.

- Merci d’être venue.

- Je n’aurais manqué ça pour rien au monde, enfin à partir du moment où mon chef me laissait mon lundi, ris-je doucement.

- Je sais, et ça me touche, dit-il en déposant un baiser sur le dessus de ma tête.

- Alors, ça fait quoi d’être double champion du monde ?

- Je crois que je ne réalise pas encore. Au final cela ne va pas vraiment changer le cours de ma vie mais… je me sens fier et je suis récompensé pour mon boulot et ça, ça n’a pas de prix. Ça compense un peu les sacrifices faits.

- Tu le mérites, Champion.

- Encore un grand prix et bonjour les vacances.

- Bien méritées aussi !

- Je crois ouais. Au fait, ma grand-mère, ma sœur et Diego te passent le bonjour.

- J’imagine qu’ils t’ont grandement félicité. Diego devait être comme un fou.

- Il m’a fait jurer de lui offrir mon casque du jour.

Je ris alors que les portes de l’ascenseur s’ouvrent à mon étage. J’embrasse Fab sur la joue et il me serre contre lui. Je crois qu’il lutte autant que moi pour éviter un nouveau dérapage.

- Bonne nuit Ma Douce.

- Bonne nuit Champion.

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Lia 53
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Ceryse ‎
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