Chapitre 14

6 minutes de lecture

Septembre 2017

Fabian

Roberto m’a accompagné ce week-end sur le circuit. Ça fait plaisir, la dernière fois c’était il y a déjà trop longtemps. Pourtant, nous sommes vendredi soir et je m’impatiente en attendant la réponse à un sms que j’ai envoyé à Johanna il y a plus d’une heure ; et vu le regard que me lance Rob, je sens que je vais regretter sa venue.

- Fabian, cette nana te retourne totalement le cerveau !

- N’importe quoi ! Si tu mettais autant de temps à répondre à un texto, je m’inquiéterais aussi.

- Tu ne t’inquiètes pas là, tu es jaloux !

- Pas du tout !

- Ça te fait rager qu’elle soit dans un bar avec des collègues, t’es jaloux je te dis.

- Bordel Rob, tu arrêtes avec ça !

- Non, c’est toi qui arrête Fab ! Pose-toi les bonnes questions.

- Il n’y a pas de questions à se poser.

Je repose bruyamment mon verre de soda. Toutes ces questions que je ne veux pas me poser transparaissent dans les yeux de mon ami d’enfance.

- Très bien, je vais te les poser si tu ne les vois pas.

- Hors de question.

- Est-ce qu’elle t’attire physiquement ?

- Quoi ? Non ! Enfin… si, mais qui ne le serait pas ?! Je suis sûre qu’elle pourrait retourner le cerveau d’un homo !

Roberto ricane, moi pas du tout.

- Ok, question suivante. Si elle te proposait de baiser, tu dirais oui ?

- Je ne répondrais pas à cette question.

- Parce que moi je ne dirais pas non.

- Et je te tuerais si tu le faisais !

- Jalousie.

Je me tais. Il a raison. L’idée même qu’elle couche avec lui me tord les boyaux. Avec lui ou avec n’importe qui d’autre d’ailleurs.

- Johanna mérite mieux qu’un coup d’un soir. Imagine qu’on couche ensemble. Que deviendrait notre amitié ?

- Sex-friend, tu connais ?

- Y en a toujours un qui souffre dans ce genre de relation.

- Et tu as peur de la faire souffrir, ou de souffrir ?

Excellente question. Il m’agace à viser juste systématiquement. Cependant, hors de question de le lui avouer. Je fais mine de réfléchir et soupire.

- Qu’elle souffre.

- Mon cul ouais.

C’est le moment que choisit mon téléphone pour vibrer. Sauvé par Jo !

Jo :

Soirée sympa. Mais on parle boulot, comme à chaque fois qu’on se retrouve. Et je suis 'Sam', je ne bois pas. Et ta soirée avec Roberto ?

Fab :

Faut décrocher parfois ;) soirée tranquille, on est au restau là.

J’attends sa réponse, qui ne vient pas. Bordel, elle va me tuer !

- Vous vous entendez bien. Super bien même. Un regard suffit à ce que vous vous compreniez, continue mon futur ex-meilleur ami. Vous avez le même humour bancal, les mêmes centres d’intérêt. Elle ne te fréquente pas pour le fric ou pour la célébrité. Elle t’attire, tu l’attires, pourquoi tu n’envisages pas plus que de l’amitié ?

- Parce que je passe ma vie à parcourir le monde. Je n’ai même pas vraiment de chez moi ! Je ne me sens chez moi nulle part, à part éventuellement chez mes parents. Mon appartement à Bordeaux est plus visité par la femme de ménage que par moi, idem pour ma maison en Espagne. Ne parlons même pas de mon pied à terre aux States.

- Tu trouves toujours le moyen de passer la voir quelques heures par-ci par-là, un jour ou deux, voire trois dans le meilleur des cas, tous les mois.

- Super ! Et comment tu envisages une relation amoureuse dans ces conditions ?

Roberto m’observe un moment en silence. Merde, qu’est-ce que j’ai dit ?

- Tu es amoureux d’elle ?

Question à un million de dollars. Est-on amoureux d’une femme qu’on voudrait voir tous les jours ? Qui nous fait rire, sourire et auprès de qui la vie est belle ? Qu’on désire comme jamais on en a désiré une autre ? Peut-on être amoureux d’une femme qu’on considère comme sa meilleure amie ?

- Une bonne partie de jambes en l’air ne serait pas de refus, me défilais-je en faible homme que je suis.

- Tu ne réponds pas à ma question.

- Je sais.

Il soupire. Je crois qu’il a compris que la conversation devait s’arrêter là. J’ai déjà bien assez à réfléchir comme ça, pas besoin d’en rajouter.

****

Johanna

Les derniers rayons du soleil réchauffent encore un peu l'atmosphère sur la terrasse de l'appartement que je partage, rarement maintenant, avec mes deux colocataires, à Paris. Je reviens quand je peux mais j'ai été embauchée dans l'établissement où bosse ma mère, en Normandie.

Je remonte mes genoux contre ma poitrine sur le fauteuil en osier que j'aime tant, referme mon roman et le pose sur la table en le troquant contre ma tasse de café tiède.

- Alors, tu as des nouvelles de Valentin ? sourit Morgane.

Valentin, c’est un collègue qui me drague depuis notre sortie entre collègues il y a quinze jours. Il est gentil, intelligent, plutôt à mon goût physiquement, mais je n’accroche pas plus que ça.

- Tous les jours. Même quand on se voit au boulot, il m’envoie des messages.

- Et ?

- Et quoi ? soupiré-je. Il n’y a pas vraiment de feeling de mon côté. Il est cool mais… Je ne peux pas coucher avec un collègue. Un coup d’un soir que tu vois tous les jours au boulot ? La poisse totale.

- Mais, envisager plus ?

- Je ne l’envisage déjà pas comme aventure, alors comme petit-ami certainement pas.

Morgane soupire à son tour, s’installe au sol face à moi.

- Je peux te poser une question ?

- Heu… Je peux ne pas répondre à ta question si elle me dérange ?

- Non ! Sinon on fait un action-vérité !

- Je choisirai action tout le temps alors, ris-je.

- Pas une fois que je t’aurais fait courir à poil dans les rues de Paris, rit-elle à son tour.

- Tu es diabolique !

- Est-ce que… est-ce que tu as envisagé que Fab pourrait devenir plus qu’un ami ?

Ok, sujet tabou. Sujet à éviter. Sujet dangereux. Je ne veux pas que mon cerveau envisage davantage que de l'amitié avec Fabian. Hors de question de laisser miroiter à mon cœur ce genre de chose alors que Fab n'envisage pas de relation à plus ou moins long terme.

- Genre, une aventure ? Genre sex-friends ? Je crois que je ne dirais pas non, sauf qu’on sait très bien que le sexe et l’amitié ne vont pas ensemble.

- Il faut quand même avouer qu'il y a une sacrée tension sexuelle entre vous. Vous êtes toujours là à vous dévorer des yeux. Je suis la plus canon de nous deux et j'ai l'impression de ne pas exister pour lui, ça me tue, rit-elle en mimant un couteau planté dans son pauvre petit cœur.

- J'ai conscience que l'on joue toujours avec le feu. Mais notre relation est comme ça et on s'en contente.

- Vraiment ? Tu n'as jamais envisagé qu'il puisse devenir un... Un petit-ami ?

Elle semble marcher sur des œufs et elle a bien raison. Premièrement, depuis Elliott j’évite ce genre d’attachement. L’un des deux finit toujours par s’effacer sous la personnalité de l’autre et mon expérience me dit que je suis trop faible pour ne pas être celle des deux qui subit le coup de gomme. Deuxièmement, Fabian ne veut pas d’histoire sérieuse. Il passe son temps à voyager, on se voit rarement, quelques jours par mois, jamais plus de six jours quand la saison a commencé. Comment bien vivre une relation amoureuse dans ce cas ?

- Un petit-ami à tiers-temps ? Voire à quart temps ? Non merci.

- Jo, vous vous parlez tous les jours par messages ou mails et au téléphone. On est au vingt-et-unième siècle ma chérie, les sextos, les appels coquins, y a de quoi pimenter une relation quand même.

- La pimenter oui, vivre une relation comme ça non merci, vraiment.

Oui, j’y ai réfléchi. C’est horrible quand on pense que depuis des mois nous clamons haut et fort que nous ne sommes que des amis mais je suis attirée par Fab, physiquement c’est clair, mais pas seulement. Je me sens bien avec lui, je me sens moi-même et j’ai l’impression que c’est réciproque. Seulement, lui comme moi tenons à cette amitié qui nous fait du bien. Alors si jamais on tente autre chose et que ça foire, que restera-t-il de ce lien particulier et des plus agréables ?

- Je comprends, soupire-t-elle.

Tu parles qu’elle ne comprend pas. Elle passe son temps à me charrier là-dessus et a parié avec Alex quant à savoir quand nous coucherions ensemble. Je n’ai pas les détails mais selon Alex, je passe à la casserole avant la fin de l’année.

- Bon… J’ai quelqu’un à te présenter ! Un collègue de boulot à moi, sourit-elle.

Ah les amis !

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