Chapitre 12

10 minutes de lecture

Johanna

Je déteste les boites de nuit. Je déteste Morgane et Alex qui m’y traînent de force pour l’anniversaire d’Ax. Je déteste Fabian qui en a trouvé une « sympa » dans Madrid. Et je déteste qu’Elliott, avec son obsession pour les boites, ait encore un impact sur ma vie des années plus tard.

J’ai enfilé un pantalon taille haute noire assez ample pour qu’on ne puisse pas dire « elle cherche un peu aussi » et un petit top bleu clair sans manches, noué dans ma nuque est rentré dans le pantalon. Il est plus moulant mais pas décolleté et laisse voir mon dos. Oui, au vingt-et-unième siècle, les femmes se demandent encore si elles ne vont pas se faire insulter ou agresser parce qu’elles sont habillées d’une manière jugée trop sexy.

Morgane a enfilé une robe bustier avec jupe vaporeuse à pois noirs sur fond rouge. Elle est tout simplement divine, comme toujours. Elle m’a prêté des sandales à talons noirs et en porte des blanches. Alex nous a sifflées toutes les deux lorsque nous sommes descendues de nos chambres et nous a attrapées par les épaules en disant qu’il serait difficile pour lui de trouver une nana ce soir après nous avoir vues ainsi. Fabian, vêtu d’un jean bleu moulant et d’une chemise noire dont il a relevé les manches jusqu’aux coudes, m’a reluquée discrètement des pieds à la tête et nous a dit qu’il nous admirait de pouvoir marcher sur « des instruments de torture pareils ».

Nous sommes installés à une table de la boite de nuit. L’ambiance est festive et deux amis de Fab nous ont rejoints. Paolo et Roberto sont des amis d’enfance. Je les ai déjà rencontrés quelques fois, le feeling est bien passé même si Roberto est quelqu’un de très réservé. Ce sont deux grands bruns plutôt sympas au charme espagnol. D’ailleurs Morgane ne semble pas insensible à celui de Paolo. Alors que je sirote mon Mojito, seule boisson à base d’alcool que je bois de temps à autres, ma seule compagnie féminine me donne un coup de coude et me fait un signe de tête en direction de la piste de danse. J’acquiesce et la suis, me frayant un chemin entre les corps se mouvant.

Après quelques chansons, je rembarre gentiment un jeune homme qui prenait ses aises en dansant contre moi et fais signe à Morgane que je vais aux toilettes. Au moment où j’arrive devant la porte, une large main m’agrippe le poignet et je suis entraînée au fond du couloir puis plaquée contre l’issue de secours.

- Tiens donc, quel heureux hasard !

Cette voix, mon pire cauchemar. Elliott se tient devant moi et plaque son corps contre le mien.

- Lâche-moi Elliott, dis-je en plantant mes yeux dans les siens.

- Oh Johanna voyons, ce n’est pas comme ça qu’on accueille les retrouvailles avec son ex-fiancé, répond-il avec un sourire en coin. Tu es… sublime ! Dommage que ce pantalon ne mette pas en valeur tes jambes mais davantage tes hanches.

Et c’est reparti… Je tente de le repousser, en vain. Son haleine sent l’alcool fort, sa poigne sur mon poignet reste ferme. J’inspire profondément sans baisser les yeux, ce qui le fait rire.

- Oh ma jolie, tu sais bien que je te trouve encore plus désirable quand tu te rebelles.

- Tu me fais mal Elliott ! dis-je en me débattant.

- Et tu sais que j’aime ça beauté. Ton petit cerveau ne l’a toujours pas intégré ?

- Va te faire foutre Elliott !

Je prends mon courage à deux mains alors qu’il resserre son étreinte sur mon poignet et mon genou se plante dans ses parties intimes. Elliott pousse un gémissement et me lâche pour se plier en deux. J’en profite pour le contourner et retourne dans la salle au plus vite. Si je suis avec les autres, il ne viendra pas me trouver. Du moins, je l’espère.

Je retrouve le groupe et m’assieds sur la banquette, à côté de Fabian. Je tente au mieux de paraître calme et sereine, mais retrouver Elliott ici alors que je l’ai fui depuis la Normandie il y a plus de quatre ans me donne envie de hurler ou de me réfugier sous ma couette. Cet homme réveille des sentiments profondément enfouis en moi, la peur, la honte mais aussi un mal-être sur lequel je travaille depuis que j’ai compris qu’il cherchait à me dominer en me démolissant psychologiquement puis physiquement.

- Jo, ça va ? s’inquiète Fabian.

- Oui oui. Je… je crois que je suis fatiguée.

- Tu es blanche comme un linge, on dirait que tu as vu un fantôme.

- C’est un peu ça, bougonné-je en scrutant la foule, priant pour qu’Elliott ne se pointe pas.

- Je n’ai pas entendu ce que tu as dit, répond-il en se penchant à mon oreille.

- J’ai dit : j’aimerais rentrer, je suis crevée.

- Ok, je te ramène alors. Ne bouge pas, je vais prévenir les danseurs.

Il se lève et s’éloigne vers la piste. Non, non non, reviens ! Je m’enfonce dans mon siège en espérant qu’Elliott ne m’a pas repérée et me lève dès que je vois Fabian revenir vers moi. C’est ce moment que choisit mon ex pour se planter devant moi.

- Tu viens danser ma jolie ?

- Certainement pas, merci !

Je tente de le contourner mais il bouge à son tour pour m’empêcher de passer. Ma tête doit exprimer un besoin vital d’être sauvée parce que Fabian se plante à mes côtés et passe son bras autour de mes épaules.

- Tout va bien Ma Douce ? Oh, bonsoir, dit-il en se tournant vers Elliott. Vous… vous vous connaissez ?

- Elliott. Je suis le petit-ami de Johanna.

- Ex petit-ami, tu permets, dis-je d’une voix plus assurée que je ne le pensais.

Fabian me regarde durant quelques secondes, fronce les sourcils et semble me jauger du regard. Je ferme les yeux un instant et soupire. Il se tourne à nouveau vers Elliott.

- Bien, Elias, excusez-moi mais…

- C’est Elliott.

- Ah oui, Elliott, c’est pareil. Jo et moi, on s’en allait, alors bonne fin de soirée, conclut-il en le toisant.

Nous nous dirigeons vers la sortie et je m’accroche à la manche de Fabian comme à une bouée de sauvetage. Je ne m’étais pas rendue compte que je tremblais jusqu’à ce que je me retrouve assise sur le siège passager et que mes genoux s’entrechoquent. Je m’abîme dans la contemplation du paysage nocturne, entre luminosité des lampadaires et nuit noire qui ce soir me paraît des plus angoissantes. Je remercie intérieurement Fabian de ne pas me faire passer à l’interrogatoire immédiatement.

Il se gare et je sors du véhicule immédiatement en inspirant longuement l’air frais de la campagne. Sa main glisse autour de la mienne et il m'entraîne à l’intérieur.

- Tu veux en parler ? me demande-t-il en me tournant le dos pour enlever ses chaussures.

- Je… je vais me changer si tu veux bien et je redescends.

Il acquiesce et je m’empresse de monter les marches pour me réfugier dans ma chambre. Autant tout lui dire. La honte rejaillit sur moi comme une vague en pleine marée. Je me déshabille lentement, troque mon soutien-gorge sans bretelles contre un grand tee-shirt du Team Renault et enfile un jogging noir. Je recule au maximum le moment et file dans la salle de bain pour me démaquiller. Je relâche mon chignon et me recoiffe en utilisant mes doigts. Rien à voir avec la femme sophistiquée sortie en boite ce soir, la vraie Johanna se dessine dans le miroir, simple et tout ce qu’il y a de plus ordinaire, banale et profondément marquée.

Lorsque je redescends, Fabian s’est installé dans l’un des canapés. Deux tasses de café sont posées sur la table basse et il a lui aussi troqué jean et chemise contre un jogging et un tee-shirt. Je m’assieds à côté de lui, prends une tasse et remonte mes genoux contre ma poitrine.

****

Fabian

Johanna reste silencieuse un moment. Je commence à baliser quant à cette histoire avec cet Elliott. Je ne l’ai pas senti, rien qu’en le voyant quelques instants. Elle pousse un soupir avant de se lancer.

- Elliott et moi nous sommes rencontrés en terminale. Il débarquait de Bretagne, changeait de lycée. Nous nous sommes vite rapprochés et avons commencé à sortir ensemble quelques semaines après notre rencontre. Après le bac, nous nous sommes installés dans un logement étudiant. C’est là que les choses ont commencé à déraper. Je… Elliott allait à la fac, moi j’enchaînais des petits boulots en attendant de pouvoir financer les concours d’entrée d’éduc.

Johanna arrête de parler un instant et je retiens mon souffle. J’ai comme l’impression que la suite ne va pas vraiment me plaire.

- Elliott, c’était en apparence le petit-ami parfait. Cet homme… Il m’a détruite psychologiquement petit à petit, me rabaissant pour les plus petites choses de la vie quotidienne, comme des pâtes trop cuites, une de ses chemises pas assez bien repassée. Quand on était tous les deux, il critiquait tout ce que je faisais, jugeait ce que je portais, dénigrait mon physique constamment.

- Un sacré connard, somme toute, soupiré-je, sentant la colère monter en moi.

- Il a brisé la confiance que j’avais en moi en me faisant passer pour une débile auprès de ses proches. Il me rabrouait gentiment devant eux, passant pour un homme taquin, mais si je répliquais, j’avais droit à dix fois plus de critiques une fois que nous étions seuls. Il passait son temps à me dire que j’avais des fesses trop grosses, des hanches pleines de graisse, des cuisses énormes, un visage trop rond et j’en passe, que j’étais stupide, que jamais je n’arriverais à avoir mes concours, que je ne savais déjà pas m’occuper de lui alors qu’il serait impossible que je m’occupe d’autres personnes.

- Bon sang mais ce mec est vraiment un taré !

Je me lève et fais les cent pas pour évacuer la colère que je ressens. Johanna est tout sauf ce qu’il a pu dire. Je ne comprends pas comment elle a pu rester avec lui pendant plus de trois ans.

- Ne me juge pas s’il te plait, dit-elle en se recroquevillant sur le canapé. Un… un pervers narcissique est très doué. Il arrive à avoir une emprise psychologique sur sa victime, il l’éloigne de ses proches, l’enferme dans son quotidien et la manipule. J’ai tellement honte de m’être faite avoir si tu savais !

Je m’accroupis devant elle est prends ses mains dans les miennes.

- Je ne te juge pas Jo, jamais ! Et je ne pense pas que tu aies à avoir honte. C’est un malade mental et comme tu le dis, il manipule les gens. Il doit être très doué Jo car tu es une personne forte et courageuse, dis-je doucement avant d’embrasser l’intérieur de ses poignets.

C’est alors que je repère une marque autour de son poignet.

- C’est lui qui t’a fait ça ce soir ? murmuré-je en caressant son poignet contusionné alors qu’elle acquiesce en détournant les yeux.

- Il m’a attrapée quand je suis allée aux toilettes et… comme je me suis rebellée…

- Je vais lui arracher les yeux, je te jure ! dis-je en me relevant pour reprendre mes cent pas à travers le salon.

Je reste silencieux un moment, tout comme Jo, alors que les questions se bousculent dans ma tête.

- Tu veux bien me dire comment est-ce que tu t'es sortie de ce merdier ?

- Ma mère et mon frère ont tout fait pour reprendre contact avec moi, ça m’a déjà fait un premier électrochoc. Et puis, quand il a senti qu’il me perdait, il a… commencé à devenir violent. J’en ai eu ma claque et j’ai fini par partir quand… quand il a voulu coucher avec moi alors que j’osais enfin dire non.

Je m’arrête net dans mes va-et-vient dans le salon. Bordel, est-ce que … ? Non, il n’a pas pu aller jusque-là. Je n’ose pas regarder Johanna dans les yeux, j’ai peur de ce que je pourrais y voir.

- Est-ce que… est-ce qu’il…, bafouillé-je, mal à l’aise.

Jo marque encore un silence qui en dit long et je finis par me dire qu’elle ne répondra pas lorsqu’elle poursuit d’une petite voix.

- Oui. Ce n'était pas la première fois, mais jusqu'à ce soir là, je n'avais pas osé dire non. Crois-moi, cinquante nuances de grey c’est… vachement moins cool quand t’es attachée contre ta volonté.

Elle rit tristement et moi, tout ce que j’ai envie, c’est de découper cet enfoiré en mille morceaux et de l’enterrer au fond de mon jardin. Ou plutôt de l’attacher dans une cave et de le torturer tous les jours jusqu’à ce qu’il me supplie de l’achever. Au lieu de ça, je m’installe aux côtés de Jo et la prends dans mes bras. Elle se raidit une seconde puis se laisse aller contre moi.

- Je ne veux pas de ta pitié. J’ai tourné la page tu sais. Une fois que tu comprends la façon de faire de ce connard, tu réalises beaucoup de choses. Je… j’ai vu un psy pendant quelques mois et je ne me laisse plus manipuler par les hommes.

- Il n’y a aucune pitié Jo, juste une furieuse envie de te protéger, dis-je en embrassant ses cheveux.

- Je n’ai pas besoin de protection. Même si bien évidemment, j’ai apprécié ton intervention ce soir, sourit-elle.

Je lui caresse le dos un moment, en silence. Nous finissons par nous allonger sur le canapé et je la serre contre moi lorsqu’elle se blottit contre mon torse.

- Pourquoi de pas m’en avoir parlé ? Enfin je veux dire, tu m’as déjà parlé de ce type mais tu n’as jamais laissé entendre tout ça.

- A quoi bon ? murmure-t-elle. C’est du passé et il ne mérite pas que je raconte tout ça. C’est lui donner de l’importance et… le dire à voix haute c’est le rendre réel. On peut arrêter d’en parler maintenant ?

- Tout ce que tu veux Ma Douce.

Johanna s’endort en quelques minutes dans mes bras. De mon côté, je ressasse encore et encore ce qu’elle m’a révélé et tente de me calmer, car il est clair qu’apprendre tout cela m’a légèrement retourné. J’ai vraiment du mal à comprendre qu’un être humain puisse être aussi tordu. Jo a vécu des moments difficiles et, malgré tout, elle voue sa vie à aider des gens dans le besoin. Elle garde le sourire et communique sa joie et sa bonne humeur à chaque personne qui l’entoure. Mon besoin de la protéger grandit encore après ses révélations, tout comme la certitude que je ne peux pas assouvir mon envie de passer le cap de l’amitié pour l’améliorer et y inclure le plaisir charnel. Elle mérite d’être choyée et d’avoir toute l’attention d’un homme.

Annotations

Recommandations

Lia 53
Je frissonne quand je la vois, je ne peux pas m'en empêcher c'est plus fort que moi, cette fille m'obsède. Je peux pas m'en empêcher, je la veux pour moi et rien que moi. Je sais qu'elle m'aime, je sais qu'elle me veut, je sais ce qui est bon pour elle. Elle est à moi, pour moi. Je peux pas m'en empêcher, je ne peux pas...Je sais qu'il faut pas, que c'est pas bien mais je dois l'avoir à moi.

On utilise souvent l'expression "être dingue de quelqu'un" "être fou de l'autre"...ce récit va vous montrer le véritable sens de ces mots.

Ce récit est dérangeant, déstabilisant, il va vous faire découvrir des sensations que vous ne connaissez surement pas. Si vous êtes prêts à venir dans ma création, alors suivez-moi...


ATTENTION, ce récit comporte des scènes difficiles !!!
602
364
480
468
XiscaLB
Vous avez déjà essayé le 4 mains ?
Personnellement, je n'étais pas très tentée. J'aime que les choses soient faites à ma façon, alors forcément, écrire à deux me paraissait inenvisageable. Et puis, j'ai virtuellement rencontré quelqu'un qui m'a fait me dire "et pourquoi pas ?". L'idée est lancée, Lecossais et moi nous y mettons...

Voici la conséquence d'une collaboration des plus agréables entre un dirlo et une éduc (parce que oui, c'est possible !)... Bienvenue dans notre monde.
Nous vous laissons découvrir le résultat de longues soirées d'écriture à distance, de rires, de vannes, de moments d'émotions diverses...

Bonne lecture !

Et un grand merci à Lecossais pour cette plongée dans le grand bain ! Un pur bonheur !
_____________

Julien avait tout pour être heureux dans la vie. Une femme, deux beaux enfants, un métier qu’il adorait. Et puis, un jour, tout a basculé. Sa compagne est partie, lui laissant la charge de ses tout petits. Il a décidé de jouer et a tout perdu. Il a perdu son travail, sa maison, et s’est retrouvé à la rue.
Quand il passe les portes du centre d’hébergement, une valise à la main, son fils à la hanche et sa fille sur les talons, c’est le désespoir qui prime, la peur encore, la honte plus que tout.
Albane ne se sent bien qu’à son travail, là où elle peut être elle-même, là où elle n’a pas à se cacher, là où elle peut aider les autres. Lorsqu’elle accueille Julien, bourru et peu aimable, avec ses enfants, elle se donne pour objectif de leur redonner le sourire et de tout faire pour leur permettre de retrouver une vie ordinaire, quitte à jouer un peu avec le règlement.
870
1031
105
734
Défi
Ceryse ‎
Réponse au défi : "Il était une fois... un roman à quatre mains" avec @PoloAuteur@ !
Du 20/09/2020 au 20/09/2021, nous allons faire de notre mieux pour écrire une phrase tour à tour tous les jours !
1101
366
22
18

Vous aimez lire XiscaLB ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0