Chapitre 11

9 minutes de lecture

Août 2017

Johanna

Voilà quasiment un mois que je n’ai pas vu Fabian. Je devais me rendre au grand prix d’Allemagne mais j’ai trouvé un contrat de remplacement en foyer de l’enfance. J’ai réussi à négocier cette semaine de vacances en bossant comme une dingue les semaines précédentes, à plus de cinquante heures par semaine. Nous avons repris notre relation amicale presque comme si de rien n'était, excepté que ni lui ni moi ne jouons avec le feu en nous approchant de la limite.

Il est onze heures lorsque je me gare devant chez lui, dans une jolie villa près de Madrid, avec ces couleurs typiques de l’Espagne. Je suis tombée amoureuse de cette maison au premier regard. Bien que plutôt luxueuse avec ses cinq chambres et cinq salles de bain, elle a surtout beaucoup de charme. L’endroit que je préfère dans cette maison c’est sa terrasse couverte, près de la piscine. Une table y est installée, ainsi qu’un barbecue et un petit salon de jardin. Le tout est abrité par une pergola en bois foncé, envahie par du lierre grimpant.

Fabian sort de la maison rapidement en me voyant me garer et m’accueille en me serrant contre lui.

- Je suis désolé, ma sœur est là avec Diego. Depuis le temps qu’elle veut te rencontrer, elle m’a piégé.

- Pas de souci, de ce que tu m’as dit elle est cool, ce n’est pas un dragon qui va me calciner vivante, ris-je en l’embrassant sur la joue.

- De toute façon tu es une dresseuse de dragons ! rit-il en m’embrassant à son tour.

Il ouvre le coffre de ma voiture, en sort ma valise et je le suis à l’intérieur. Son grand salon est envahi de jouets et le petit Diego, quatre ans, martyrise un ours en peluche bleu, sous le regard bienveillant de sa mère. Lila se lève et vient me saluer en nous voyant entrer.

- Enchantée de faire ta connaissance Johanna, Fabian m’a beaucoup parlé de toi, sourit-elle.

- Je réfute tout ce qu’il a pu dire, ris-je. Je suis ravie de faire ta connaissance également.

- Dois-je réfuter aussi ? rit-elle à son tour.

- Ça devrait aller, Fabian n’est pas avare de compliments sur sa grande sœur.

- Comme quoi tout est possible !

Elle sourit puis se dirige vers Diego pour lui faire face.

- Diego, tu viens dire bonjour à Johanna ? dit-elle en signant.

Le petit ne se lève pas mais me fait un bref salut de la main avant de se reconcentrer sur sa peluche. Je m’approche et m’assieds en tailleur devant lui, à bonne distance.

- Bonjour Diego, je suis Johanna, signé-je en souriant. Il est mignon ce chien dis-donc, ajouté-je avant d’attraper un chien en peluche à côté de moi.

Diego ne me répond pas mais il a levé ses beaux yeux verts sur moi. Je n’ai jamais travaillé avec des enfants malentendants, mais Fab m’a beaucoup parlé de son filleul. C’est un petit garçon intelligent mais très timide, difficile à apprivoiser. Son handicap rend les interactions sociales complexes pour lui, et pour le coup je me félicite d’apprendre la langue des signes depuis plusieurs années grâce à des tutos sur Youtube. Diego ajoute le geste à la parole, il parle donc d’une jolie petite voix et se concentre pour articuler au mieux. D’après ce que m’a dit Fab, il apprend à lire sur les lèvres.

- Il a un nom ce chien ? Je l’aime bien moi avec ses grands yeux bleus, dis-je après l’avoir posé sur mon genou.

- Il s’appelle Azul, à cause de ses yeux.

- Bien vu, je crois que j’aurais trouvé un nom comme ça pour lui aussi.

- C’est tío Fab qui me l’a offert pour mes quatre ans.

- Et bien il a bon goût je trouve. Tiens, je te le rends, dis-je avant de le reposer à sa place.

- Non, tu peux le garder pour l’instant, me répond-il en le prenant et en me le tendant.

- Merci Diego, je vais en prendre soin, dis-je en le récupérant avant de me relever.

- On est dans la cuisine Diego, si tu as besoin, intervient Fab avant de lui caresser les cheveux.

- D’accord, répond le petit qui replonge déjà le nez sur sa peluche.

****

Fabian

Ok, il était certain que Johanna arriverait à apprivoiser Diego. Sa douceur et son empathie transpirent dans chacun de ses gestes, et puis elle est formée pour ce genre de contacts humains. Mais une formation ne fait pas tout, et Diego a semble-t-il bien senti le tempérament de Jo. Nous sommes tous les trois restés pantois quand il est venu s’asseoir sur mes genoux pendant que nous discutions dans la cuisine, pour présenter à Jo toutes ses peluches l’une après l’autre. Ce n’est vraiment pas dans ses habitudes de parler avec des inconnus aussi rapidement. Il a même trouvé un signe pour le prénom de Johanna, au lieu d’épeler chaque lettre, il signe un soleil avec un grand sourire pour parler d’elle. Hé ouais mon p’tit gars, moi aussi elle me fait cet effet-là. Pour moi, il mime une voiture, c’est moins poétique mais ça correspond bien à ma personnalité.

Je crois que Johanna a marqué des points auprès de Lila au passage. Non pas seulement parce que Diego est conquis, mais elles ont fini par papoter pendant plus d’une heure sur la terrasse comme si nous n’existions pas. Bon, c’est n’importe quoi cette histoire de marquer des points. Depuis quand ai-je besoin du consentement de ma sœur ou de qui que ce soit pour mes amis ?

Lila est repartie avec Diego il y a deux bonnes heures, après que nous avoir déjeuné tous ensemble. Johanna est partie investir sa chambre, sous-entendu défaire sa valise pour remplir les placards de fringues, la table de chevet de bouquins et sa salle de bain de crèmes et produits divers. Intéressant comme je connais ses habitudes. Ou inquiétant ? Je ne sais toujours pas. De mon côté je me suis installé sur un transat avec un roman policier qu’elle m’a prêté il y a plusieurs mois et que je n’ai toujours pas eu le temps de finir.

Je lève les yeux lorsqu’une serviette de bain me tombe dessus. Jo l’a lancée depuis la terrasse de sa chambre. Elle s’est accoudée à la rambarde et observe le paysage au loin.

- Je peux piquer une tête dans la piscine ?

- Bien entendu, fais comme chez toi !

- Tu vas te baigner aussi ?

- Y a des chances ouais.

- Dis-moi, j’ai oublié ma crème solaire, tu en as ?

- Sous le lavabo dans ma salle de bain, sers-toi.

Elle sourit et retourne dans sa chambre. Merde, pourvu qu’elle ne mette pas son maillot de bain rouge. Ce maillot me hante encore. Ou alors c’est son corps dans ce maillot qui me hante. Un maillot une pièce qui se noue autour du cou, avec un décolleté en V qui laissait voir la naissance de sa poitrine et rayé de bandes transparentes sur le ventre découvrant son nombril et ses hanches. Son dos nu jusque sur ses reins. Pitié, je risque de bander rien qu’en la voyant là-dedans. Le pire c’est qu’elle ne semble pas avoir conscience de son sex-appeal. Sex-appeal présent peu importe ce qu’elle porte, soit dit en passant. Je crois que je suis foutu.

Mes craintes se confirment lorsque je la vois débarquer sur la terrasse en se badigeonnant les bras de crème solaire. Merde, le maillot rouge. Je profite de mes lunettes de soleil pour la détailler de la tête aux pieds alors qu’elle dépose ses lunettes de soleil et un livre sur le transat à côté de moi avant de se diriger vers la piscine. Elle a vraiment des hanches sublimes et des fesses à se damner.

- Tu viens te baigner ? dit-elle en descendant dans l’eau.

- Heu ouais… Dans deux minutes, je finis mon chapitre.

En réalité, je prends surtout psychologiquement une douche froide pour faire redescendre la pression dans mon short de bain. Merci la serviette qu’elle m’a lancée d’être si bien placée !

Jo commence à faire des longueurs et je l’observe se mouvoir dans l’eau. Heureusement que Morgane et Alex arrivent demain matin parce que je ne sais pas comment je tiendrais seul avec elle pendant une semaine. Paulo et Roberto viennent dîner ici ce soir. Ça me permettra de ne pas être trop tenté. D’ailleurs j’espère que Johanna se sera rhabillée d’ici là parce qu’ils vont bien se rincer l’œil si ce n’est pas le cas.

Je finis par la rejoindre dans la piscine quelques minutes plus tard, après avoir lancé un ballon de volley-ball juste devant elle pour l’éclabousser. Elle rit et me le renvoie, et nous jouons comme des gosses pendant une bonne heure, avant d’être interrompus par des talons claquant sur le carrelage de la terrasse. Je lâche Jo que je viens de tenter de couler pour récupérer la balle et lève les yeux vers ma grand-mère qui enlève ses lunettes de soleil et nous observe. Je sors de l’eau, attrape la serviette de Jo pour m’essuyer le visage et embrasser l'une des femmes de ma vie.

- Abuelita[1] ! Qu’est-ce que tu fais là ? Ça me fait plaisir de te voir !

- Oh je passais comme ça, j’ai ramené un cake à l’ananas pour le goûter, dit-elle en souriant, avant de se tourner vers Johanna qui s’approche de l’escalier pour sortir de l’eau. Tu ne nous présentes pas Gatito[2] ?

Ok, j’ai compris. Lila a fait un rapport détaillé à ma grand-mère une fois partie et elle a voulu venir faire un état des lieux à son tour. Je ne sais pas ce qu’elles ont en tête toutes les deux. Enfin, j’ai bien peur de savoir ce qu’elles mijotent. Je m’approche de la piscine et tends à Jo sa serviette lorsqu’elle en sort. Elle s’essuie les mains et s’enroule dedans avant d’avancer timidement vers la septuagénaire.

- Abuelita, je te présente Johanna. Jo je te présente ma grand-mère, Maria Luisa.

- Je suis enchantée Madame, répond Jo en lui tendant la main, un sourire franc sur le visage.

- Oh pas de ça avec moi ma jolie, répond ma grand-mère en lui faisant une bise. Appelez-moi Maria, et je suis enchantée également.

Je propose aux deux femmes de s’installer à l’ombre sous la pergola pendant que je vais chercher à boire et de quoi manger le délicieux gâteau. Lorsque je reviens, Abuelita est en train de raconter je ne sais quel souvenir de mon enfance et Jo pleure littéralement de rire.

- Donc c’est Maria qui t’a appris à cuisiner ? dit-elle en essuyant ses yeux.

- Heu… Oui. Abuelita, tu ne lui as quand même pas raconté pour la quiche ?

- Mais non voyons, répond ma grand-mère en lançant un regard en coin à Johanna.

- Merde mamie, pas ça !

- Ton langage jeune homme. Tu sais que le coup de la quiche était adorable. Vouloir nous préparer le dîner était très attentionné de ta part.

- Dommage que tu aies préféré y mettre des vers de terre plutôt que des dés de jambon ! s’esclaffe Jo en regardant le cake de ma grand-mère avec envie.

- Dis-toi qu’une fois Abuelita m’a rendu la pareille en préparant un gâteau au chocolat avec des vers de terre dedans. J’avais vingt-cinq ans, dis-je en regardant le cake d’un œil suspect avant de le découper.

- Je suis prête à prendre le risque, répond Johanna en tendant les assiettes les unes après les autres, ça a l’air délicieux !

Ok, pas de vers de terre dans ce délicieux gâteau. Jo subit un interrogatoire en règle de la part de ma grand-mère, discret mais bien présent. Elle s’en sort plutôt bien. Heureusement que mes parents sont partis en vacances en Italie, sinon je crois qu’elle aurait eu droit à l’inspection de ma mère, qui aurait tendance à voir le mal partout, elle.

Lorsque je raccompagne ma grand-mère à sa voiture, elle me serre longuement dans ses bras et me sourit tendrement.

- Je l’aime bien cette petite.

- Ne te fais pas de films Abuelita, Jo est une amie.

- Bien sûr mi cariño[3]. Pour l’instant ce n’est qu’une amie.

- Abuelita, soupiré-je.

- Tu verras cariño, un jour tu comprendras. C’est une fille bien, tu es un bon garçon. Ne passe pas à côté de l’amour.

Je lève les yeux au ciel et lui ouvre la portière. Si elle aussi s’y met, je vais finir par me faire des cheveux blancs, ou tous me les arracher. Je ne sais pas ce qu’ils ont tous à vouloir nous caser ensemble… C’est épuisant de devoir lutter contre eux en plus de lutter contre soi-même.

__________

[1] Grand-mère en Espagnol.

[2] Petit chat en Espagnol.

[3] Mon chéri en Espagnol.

Annotations

Recommandations

Lia 53
Je frissonne quand je la vois, je ne peux pas m'en empêcher c'est plus fort que moi, cette fille m'obsède. Je peux pas m'en empêcher, je la veux pour moi et rien que moi. Je sais qu'elle m'aime, je sais qu'elle me veut, je sais ce qui est bon pour elle. Elle est à moi, pour moi. Je peux pas m'en empêcher, je ne peux pas...Je sais qu'il faut pas, que c'est pas bien mais je dois l'avoir à moi.

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ATTENTION, ce récit comporte des scènes difficiles !!!
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Ceryse ‎
Réponse au défi : "Il était une fois... un roman à quatre mains" avec @PoloAuteur@ !
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XiscaLB
Vous avez déjà essayé le 4 mains ?
Personnellement, je n'étais pas très tentée. J'aime que les choses soient faites à ma façon, alors forcément, écrire à deux me paraissait inenvisageable. Et puis, j'ai virtuellement rencontré quelqu'un qui m'a fait me dire "et pourquoi pas ?". L'idée est lancée, Lecossais et moi nous y mettons...

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Nous vous laissons découvrir le résultat de longues soirées d'écriture à distance, de rires, de vannes, de moments d'émotions diverses...

Bonne lecture !

Et un grand merci à Lecossais pour cette plongée dans le grand bain ! Un pur bonheur !
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Julien avait tout pour être heureux dans la vie. Une femme, deux beaux enfants, un métier qu’il adorait. Et puis, un jour, tout a basculé. Sa compagne est partie, lui laissant la charge de ses tout petits. Il a décidé de jouer et a tout perdu. Il a perdu son travail, sa maison, et s’est retrouvé à la rue.
Quand il passe les portes du centre d’hébergement, une valise à la main, son fils à la hanche et sa fille sur les talons, c’est le désespoir qui prime, la peur encore, la honte plus que tout.
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