Chapitre 10

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Fabian

Alors que nous passons les portiques de sécurité à l’entrée du circuit Never Magny-Cours, je ne peux qu’admirer les courbes de Johanna dans sa petite robe bleu azur. Les bretelles fines laissent à voir ses jolies épaules bronzées, alors que son décolleté en V léger laisse deviner la naissance de sa poitrine ronde divine. Ses jambes sont dissimulées jusqu’au-dessus des genoux par une jupe vaporeuse qui devrait donner à n’importe quel homme présent sur ce circuit, et il y en a beaucoup, l’envie d’y glisser la main. Ou alors je deviens totalement obsédé par cette femme.

Johanna s’émerveille, comme à chaque fois, devant l’étendue de personnes présentes dans le paddock. Elle marche à côté de moi et attend quelques pas plus loin lorsque je suis arrêté pour signer des autographes. Elle a enfilé ses grosses lunettes de soleil avant même que l’on sorte de la voiture, comme si elles pouvaient dissimuler son identité aux photographes et passer totalement inaperçue. Je sais que tout ça la met plutôt mal à l’aise et qu’elle dissimule ce qu’elle ressent par l’humour. J’aimerais pouvoir faire en sorte qu’on la laisse tranquille mais je ne peux rien y faire, ou alors je ne l’inviterais plus sur les grands prix et on devrait arrêter de se voir. Et ça, égoïstement, je ne peux et ne veux pas.

Lorsque j’aperçois Gianni Felici, mon coéquipier, arrivant à son tour sur le circuit, je me presse de finir de signer mes autographes pour rejoindre Johanna avant qu’il n’arrive à sa hauteur. J’apprécie Gianni, mais il tourne autour de Jo et je n’aime pas ça. Je passe un bras autour de ses épaules et l’embrasse sur la tempe en lui faisant un signe de tête pour lui signifier d’avancer et nous pressons le pas. J’ai conscience que ces gestes seront vus de manière ambigüe par les photographes et journalistes et je crois qu’inconsciemment cela me plait. Devant le garage, Dylan, mon agent, m’attend. Il prend Johanna dans ses bras et la salue chaleureusement.

- Comment ça va la belle ?

- Plutôt bien, et toi ?

- Tranquillement ! Je crois que j’ai trouvé ma quatrième femme ! répond-il en me serrant la main. Comment va mon Champion ?

- Comme toujours. En forme ! Elle a quel âge cette quatrième ?

- Oh, juste vingt ans de moins que moi. Vous dînez avec nous ce soir ? Je veux vous la présenter.

Jo et moi nous regardons. Dylan a toujours le don pour tomber sur des folles. Sa seconde femme a voulu le tuer à coups de couteau après une dispute. La troisième préférait se taper ses clients plutôt que son homme. La vérité c’est qu’il n’a eu qu’un seul grand amour, sa première épouse qui est décédée prématurément d’un AVC. Depuis, Dylan cherche davantage la compagnie que l’amour.

- Avec plaisir, lui dit Johanna en le serrant dans ses bras. Et toutes mes félicitations.

Lorsque je ressors du box où je me suis changé pour troquer le tee-shirt et le jogging du team pour ma combinaison de pilote, Johanna est en grande conversation avec Gianni. J’éprouve un élan fou de jalousie à la voir rire avec cet italien bourré de charme. Je dépose bruyamment ma bouteille d’eau et mon téléphone sur le plan qui m’est réservé et leur tourne le dos pour me diriger vers mes ingénieurs.

Gianni est quelqu’un de gentil, drôle et intelligent. Il a vraiment l’air de s’intéresser à Johanna, cependant il n’est intéressé que par les coups d’un soir et Jo mérite beaucoup mieux que ça. Quitte à ce qu’elle ait un coup d’un soir sur le circuit je préfèrerais autant que ce soit moi. Et puis, le simple fait de l’imaginer dans les bras de ce type me tape sur le système et me donne envie de vomir. Bon sang, il faut que je me concentre !

****

Johanna

Lorsque Fabian termine sa journée, il est toujours d’aussi mauvaise humeur. Je ne sais pas quelle mouche l’a piqué, mais ses trois heures d’essais libres n’ont pas été une grande réussite. Il a fini sixième des premiers, et huitième des deuxièmes. Ce n’est pas dans ses habitudes. Même si ces sessions ont pour objectif de régler la voiture, de travailler et donc pas forcément de performer, il fait toujours un ou deux tours suffisamment rapides pour se classer dans le top trois. Il s’est également énervé contre un mécanicien, chose qu’il ne fait que rarement et son ingénieur en chef, celui avec lequel il discute à la radio pendant qu’il pilote lui a demandé à plusieurs reprises de se concentrer. Gianni n’a pas été en reste, il s’est lui aussi assuré les foudres du champion du monde en titre. Quant à moi, je l’ai envoyé bouler dès qu’il a haussé le ton, lui disant que je n’étais pas là pour me prendre la tête avec l’emmerdeur qu’il peut devenir quand il est de mauvais poil. Résultat, il est parti avant la fin du déjeuner et ne m’a pas adressé la parole depuis. Une bonne nuit de sommeil lui fera sans doute du bien.

Il est 20h00 et j’attends patiemment dans la cafétéria Renault que leur réunion d’équipe s’achève. Fabian débarque avant tout le monde, sa veste sur l’épaule et au pas de course.

- On y va ? Je n’en peux plus de voir tout ce monde, je rêve de calme.

- Je peux te laisser si tu veux être seul, dis-je en me levant et en le suivant à l’extérieur assez précipitamment.

- Non. Tu veux faire une balade sur le circuit ?

- Maintenant ? On peut ? Enfin, je veux dire, je peux t’accompagner ?

- Evidemment. Allez viens.

Il me prend par la main et m’emmène à travers le dédale de préfabriqués des différentes équipes de Formule 1. Nous atterrissons rapidement sur la piste et il passe son bras autour de mes épaules alors que nous nous promenons.

- Ça va ? Enfin je veux dire… Tu as retrouvé ta bonne humeur ?

- J’y travaille, soupire-t-il.

- Qu’est-ce qui cloche ?

- Rien.

- Fabian…

- Jo, tout va bien c’est bon.

Je me dégage gentiment de son étreinte et marche quelques pas devant lui. Quelle tête de nœud quand il s’y met ! Après quelques minutes de marche en silence, je m’arrête et me retourne vers lui.

- On va être en retard pour le dîner avec Dylan.

- Pas grave, dit-il en se plantant devant moi.

- Tu comptes m’expliquer ce qui te prend ou je dois faire comme si tu n’étais pas un gros con depuis qu’on est arrivé ici ?

Il m’attrape par la taille et me colle contre lui en posant son front contre le mien.

- J’ai envie de t’embrasser. Je sais que je ne devrais pas et je ne compte pas le faire, mais j’en crève d’envie depuis des semaines.

Je me fige un instant, muette, digérant l’information qui vient de m’être donnée et qui me secoue intérieurement. Mon ventre se tord, mon pouls s’accélère et je lutte pour ne pas serrer les cuisses pour tenter d’éteindre le feu qui s’est allumé instantanément entre elles.

- Et… c’est ça qui te met de mauvaise humeur ? murmuré-je en posant mes mains sur ses épaules.

- Ça, ou te voir aussi proche de Gianni, qui cherche juste à te mettre dans son lit pour une nuit et ne se gênera pas pour le faire alors que moi je lutte chaque minute pour résister.

Je ne peux m’empêcher de rire, avant de reprendre mon sérieux et de lui frapper l’épaule brutalement.

- Non mais ça ne va pas ?! Tu veux dire que tu es un connard depuis tout ce temps et avec tout le monde parce que t’es jaloux ?

- Jaloux et frustré, ouais. Ça a l’air con, dit comme ça.

- Parce que ça l’est ! Tu mets en péril ta course et ta vie pour ce genre de conneries ? C’est du grand n’importe quoi Fabian Almagro !

Il recule et passe sa main dans ses cheveux en soupirant. Bienvenue dans mon monde Fabian, celui où la raison bataille avec le corps et le cœur.

- Je n’y peux rien, c’est toi qui me rends comme ça, s’insurge-t-il.

- Oh oui tout est ma faute, évidemment ! Vilaine Jo ! Tu veux quoi, Fabian ? Qu’est-ce que tu attends de toi et moi au juste ?

- Je ne sais pas… J’en sais rien putain ! On est amis, non ? Ton amitié est très importante pour moi Jo. Je… Je ne veux pas tout foutre en l’air tu vois.

- Très bien. Dans ce cas n’agis pas en petit-ami jaloux puisque nous sommes amis.

- J’essaie. Je te jure que j’essaie.

- Et bien essaie plus fort. On devrait y aller, on est vraiment à la bourre là.

Nous retournons dans le paddock en silence puis quittons le circuit sans nous adresser un mot. Cette distance fait mal mais il semble que nous ayons tous les deux besoin d’encaisser la conversation. Au restaurant, nous rencontrons Alma, la nouvelle petite amie de Dylan. Une rousse plantureuse, magnifique, gentille et intelligente. Peut-être que pour une fois, Dylan a trouvé mieux qu’une coquille vide. Toujours est-il que nous discutons longuement des différences de prise en charge des personnes en difficultés entre son pays, l’Italie, et le mien. Alma semble très intéressée par mon travail et je me laisse entraîner, comme toujours lorsqu’il s’agit de mon boulot, à un long échange qui me permet d’oublier un peu ma conversation avec Fabian. Lui discute avec Dylan, mais il ne semble pas vraiment très impliqué, si bien que Dylan l’entraîne à l’extérieur lorsqu’il va fumer son cigare.

- C’est un peu tendu entre Fabian et toi, non ? Enfin, je ne veux pas me mêler de vos histoires de couple hein, on peut parler d’autre chose si tu préfères.

- Nous ne sommes pas un couple, réponds-je un peu brutalement. Pardon, je… c’est compliqué. Nous sommes amis Fab et moi, il n’y a jamais rien eu de plus.

- Dylan m’a pas mal parlé de vous. Il dit que vous vous tournez autour depuis le début.

- Dylan cherche à nous caser ensemble depuis qu’on s’est rencontrés d’après Fab. Il prend ses rêves pour des réalités, souris-je.

- Je ne vous connais que depuis quelques heures mais je peux t’assurer que la tension entre vous est tout ce qu’il y a de plus sexuel, rit-elle. Fabian te dévore littéralement des yeux.

- Fabian ne cherche rien de sérieux. Et moi, je refuse de mettre en péril notre amitié pour un coup d’un soir.

- Dylan et moi étions un coup d’un soir à la base tu sais. Aujourd’hui on va emménager ensemble et on s’aime sincèrement. Je sais que je ne remplacerai jamais sa première femme, Rosalie, mais il m’a fait une place dans son cœur.

- J’ai déjà du mal à avoir une place dans sa vie… Pardon, je divague. Je suis super heureuse pour Dylan et toi. Ça se voit que vous tenez l’un à l’autre et vous allez bien ensemble.

- Merci. Concernant Fabian, je crois que tu te trompes. Il passe son temps à appeler Dylan pour modifier son planning et trouver deux ou trois jours pour te rendre visite. Dylan galère à faire avec les contraintes qu'il lui impose, rit-elle. Et il m’a un peu raconté le pourquoi Fabian ne veut pas d’histoire sérieuse. Tu sais, avec son ex, Valentina, ça s’est plutôt mal fini.

- Ah oui ? Fab ne m’en a pas parlé plus que ça.

- Ce n’est pas à moi de te raconter ça mais… L’amour à distance c’est compliqué.

Fabian et Dylan réapparaissent avant que je n’aie eu le temps de lui poser davantage de questions. Fab pose sa main sur mon épaule et dépose un baiser sur le dessus de ma tête. Il semblerait qu’on dépose la hache de guerre, pour le moment. La fin du repas est plus détendue, j’ai droit à des sourires, des blagues, mais aucune ambigüité ce soir. Et c’est peut-être mieux ainsi après tout.

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