Chapitre 9

7 minutes de lecture

Juillet 2017

Johanna

Je m’étire dans mon super lit King-size pour ces quatre prochaines nuits. Je suis arrivée tellement tard hier soir que je me suis effondrée comme une loque. J’ai eu trois entretiens d’embauche dans tout Paris, j’ai donc passé ma journée à courir à droite et à gauche. Puis j’ai pris la route direction Magny-Cours. Les trois heures de route se sont transformées en quasi six heures quand j’ai crevé un pneu, puis que ma voiture est tombée en rade d’essence au beau milieu de nulle part. La jauge de ma vieille Peugeot débloque depuis des mois, si bien que je ne sais jamais où j’en suis niveau essence. J’aurais dû faire plus attention.

Je file sous la douche rapidement, j’ai rendez-vous avec Fabian pour le petit-déjeuner au restaurant de l’hôtel dans trente minutes. J’ai l’impression que ça fait une éternité que je ne l’ai pas vu ; ça me fait bizarre d’être toute excitée de le retrouver. Il faut que je me calme, on dirait une ado qui retrouve son mec en cachette, c’est du grand n’importe quoi. Je m’enroule dans une serviette en sortant de la cabine et file m’habiller dans la chambre. Je sursaute en apercevant Fabian, adossé à la porte d’entrée.

- On dirait que tu aimes bien m’accueillir en serviette, dit-il avec un sourire malicieux.

- On dirait que tu aimes bien être en avance surtout.

Il s’approche rapidement, me prend dans ses bras et me soulève comme une plume. Je le sers fort en riant et en profite pour humer le parfum qui a hanté mon lit durant plusieurs jours, une odeur à la fois boisée et florale, un mélange de virilité et de douceur.

- Allez lâche-moi, que j’aille m’habiller.

- Tu ne veux pas me refaire la photo de l’autre jour en live ? rit-il.

- Dans tes rêves !

J’attrape un oreiller au passage et lui lance en plein visage. Il s’esclaffe alors que je récupère une robe légère dans la penderie et des sous-vêtements avant de filer à la salle de bain. Le reflet qui m’apparaît dans le miroir est cocasse : j’ai les joues rouges et les yeux qui pétillent.

- Je me suis dit qu’on commanderait le petit-déj ici, on sera plus tranquille qu’au restaurant. T’en penses quoi ?

J’avoue que je ne dis pas non. Les paparazzis ne viennent que rarement jusque dans l’hôtel mais dernièrement des photos de Fabian et moi ont été publiées, retraçant une histoire d’amour totalement bidon. Fab a déjà remis les pendules à l’heure deux ou trois fois auprès des médias, mais ils n’en démordent pas. Et quand il s’est tapé cette mannequin blonde il y a quelques mois, j’ai été décrite comme la girlfriend déprimée, alors qu’un photographe m’a surprise en bas de mon immeuble un vendredi matin après une nuit blanche sur mon mémoire, sans maquillage et épuisée. Plusieurs photos de Fabian sortant de chez moi ont aussi été prises ces derniers mois. On dirait bien que l’amitié entre un homme et une femme ne paraît pas envisageable au vingt-et-unième siècle.

- Jo ? Tout va bien ? s’enquiert-il alors que je suis perdue dans mes pensées. Tu… tu as déjà vu le dernier article sur le web c’est ça ?

- Quoi ?! m’exclamé-je en sortant de la salle de bain encore en sous-vêtements. Quel article ?

- Hé ! Habille-toi sinon je vais devoir utiliser ta douche pour me rafraichir les idées ! dit-il en riant, sans pour autant détourner son regard qu’il fait courir tout le long de mon corps.

Je rougis instantanément sous ses yeux inquisiteurs et retourne chercher ma robe pour l’enfiler.

- C’est quoi cette histoire d’article ?

- Je suis allé au lancement du dernier smartphone de l’un de nos sponsors lundi soir, avec Zora.

- C’est qui celle-là ? demandé-je d’un ton plus bourru que je ne le souhaitais en attrapant la carte du roomservice pour me donner une contenance.

- Serait-ce un soupçon de jalousie que je perçois dans votre voix Mademoiselle Beauvue ?

- Du tout. Je m’inquiète juste pour toi. Alors, mannequin en devenir ? Chanteuse dans de petites salles ? Journaliste en manque de popularité ?

- Tu vois le mal partout Jo.

- Tu mérites juste quelqu’un de bien Fabian. Quelqu’un qui ne voit pas d’intérêt personnel à être vu en public avec le pilote de F1 ; quelqu’un qui veuille découvrir l’homme derrière le masque et puisse l’apprécier à sa juste valeur.

Fabian soupire et regarde au loin à travers la fenêtre. Je sais qu’il souffre de toujours douter des personnes qu’il rencontre, mais à chaque fois qu’il trouve une femme, elle cherche un peu de notoriété en paraissant à son bras et il s’en contente.

- C’est la fille d’un ami de mes parents. Elle se lance dans une carrière d’actrice et galère à trouver un rôle plus important que ce qu’elle a déjà fait.

- Jackpot, souris-je tristement. Merde Fab, arrête de te laisser embobiner ! C’était un bon coup au moins ?

- Quoi ? Heu… Aucune idée. Je… On n’a pas couché.

- Hein ? Et tu as gagné quoi dans ce deal ?

- Pas grand-chose. J’ai fait plaisir à mon père. Et puis je n’ai pas passé la soirée tout seul dans mon coin. Bref, tu ne veux pas savoir ce que dit cet article sur toi, et nous ? Il semblerait que tu me trompes avec Alex et que notre couple soit libertin.

- Ax ? Non merci, la moitié des parisiennes a ouvert les cuisses pour lui, je l’adore mais plutôt mourir ! Quant à toi, dis-je en approchant, feignant un regard grave et levant l’index devant lui. Je t’interdis de me tromper. Il n’y a rien de libertin dans notre couple. Tu emmènes toutes les bimbos que tu veux à ton bras mais la ceinture reste bouclée !

Je ne peux retenir plus longtemps mon rire et Fabian se joint à moi avant de me surprendre en me prenant dans ses bras.

- Ça me fait un bien fou de te voir, soupire-t-il en me serrant contre lui.

- Ouais, à moi aussi je crois.

- Tu crois seulement ?

- Peut-être que j’en suis sûre, mais je ne veux pas trop flatter ton égo de mâle.

****

Fabian

Cet élan de possessivité de la part de Johanna me fait un bien fou. Je sais qu’elle tient à moi et, contrairement à beaucoup de femmes que je rencontre dernièrement, ce n’est ni feint ni intéressé. Je l’embrasse sur le front et la relâche à contrecœur.

- Allez, commandons de quoi petit-déjeuner, je vais finir par être en retard. Tu prends la même chose que d’habitude ou tu innoves ?

- Un vrai petit-déjeuner est un petit-déjeuner sucré Monsieur Almagro ! répond-elle en me tendant le téléphone avant de retourner à la salle de bain.

J’appelle le roomservice et commande le nécessaire puis je m’adosse au battant de la porte et l’observe en train de se coiffer puis de se maquiller.

- Ça a donné quoi tes entretiens ?

- Bof. Enfin on verra bien. Les trois étaient pour des CDD de remplacements de vacances ou de congés maternité. Je crois que je vais galérer à trouver un CDI sur Paris.

- C’est toujours mieux que rien, dis-je alors qu’elle se parfume.

- Oui. Ma mère m’a dit qu’il y aurait deux CDI à pourvoir en septembre là où elle bosse. C’est là que j’ai commencé à travailler. J’aimais bien ; je vais peut-être postuler.

- Et lâcher la coloc ? dis-je, surpris.

- C’est ce qui m’embête le plus en fait. Parce que me rapprocher de ma mère et mon frère, retrouver ma campagne, avoir un CDI… Tout ça c’est parfait.

- Bon, je dirais que le point négatif c’est que ça me fera plus de route pour venir te voir.

Elle se tourne vers moi et sourit tristement.

- Je n’y avais pas pensé. Quasiment deux heures de train en plus. Serait-ce la fin de notre couple libertin ?

- Y a des chances, malheureusement. Tu imagines, quatre heures de moins à se voir, c’est quatre heures pour un autre. Déjà qu’on se voit peu. C’est un motif de rupture non ?

- Tant pis, je suis prête à tout pour un CDI chéri !

- Chéri ? ris-je. Il n’y a plus de chéri qui compte si tu m’abandonnes.

- Je vous prie de m’excuser, Monsieur Almagro, de privilégier ma carrière à quelques parties de jambes en l’air, sourit-elle malicieusement.

Et merde. Si seulement, voilà ce que je m’apprêtais à dire. Dans l’instant où elle a dit cette phrase j’ai eu la vision de son corps nu sous le mien, de ses gémissements à mon oreille, de ses ongles griffant ma peau, de ses yeux emplis de désir. Douche froide ?

- Ma Douce, mieux vaut ne jamais tenter une partie de jambes en l’air avec moi, tu serais vite accro.

J’ai presque envie de lui dire « chiche on baise et on fait comme si de rien n'était ensuite ? » mais j’ai comme l’impression que ni elle ni moi ne sortirions entier dans cette expérience. Alors je me tais et je tente par tous les moyens possibles d’effacer la vision de son corps nu contre le mien de mon esprit. Johanna s’arrête devant moi en riant.

- Fais gaffe beau gosse, tu prends le melon. Le nombre de filles passées dans ton lit ne veut rien dire du tout.

- Tu me surestimes tu sais, je ne suis pas un tombeur non plus.

- Et tu te surestimes en pensant être le coup du siècle. Merde, on faire la paire !

- T’as raison, rabaisse-moi plus bas que terre tout de suite !

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Lia 53
Je frissonne quand je la vois, je ne peux pas m'en empêcher c'est plus fort que moi, cette fille m'obsède. Je peux pas m'en empêcher, je la veux pour moi et rien que moi. Je sais qu'elle m'aime, je sais qu'elle me veut, je sais ce qui est bon pour elle. Elle est à moi, pour moi. Je peux pas m'en empêcher, je ne peux pas...Je sais qu'il faut pas, que c'est pas bien mais je dois l'avoir à moi.

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XiscaLB
Vous avez déjà essayé le 4 mains ?
Personnellement, je n'étais pas très tentée. J'aime que les choses soient faites à ma façon, alors forcément, écrire à deux me paraissait inenvisageable. Et puis, j'ai virtuellement rencontré quelqu'un qui m'a fait me dire "et pourquoi pas ?". L'idée est lancée, Lecossais et moi nous y mettons...

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Nous vous laissons découvrir le résultat de longues soirées d'écriture à distance, de rires, de vannes, de moments d'émotions diverses...

Bonne lecture !

Et un grand merci à Lecossais pour cette plongée dans le grand bain ! Un pur bonheur !
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