Chapitre 7

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Fabian

Johanna s’est endormie sur le trajet retour. Je crois que l’air de la mer m’a fait autant de bien qu’à elle. J’ai parfois besoin de décrocher un peu du monde de la F1, des paillettes, de la testostérone, et la brune à mes côtés est la personne idéale pour ça. Tout est naturel avec Jo, on peut rire pendant des heures, discuter de tout et de rien ou aborder des sujets plus sérieux. Je me sens bien avec elle, tout simplement. Je n’ai jamais eu d’amie femme et j’avoue que j’ai habituellement tendance à les fuir comme la peste. Quand on est utilisé pour son image publique ou pour son argent, on se contente de nuits sans lendemain, à l’occasion. Comme on dit, mieux vaut être seul que mal accompagné.

Je me gare devant chez Johanna, coupe le moteur et me détache. Merde, même endormie, elle est magnifique. Cette femme, c’est à la fois la douceur incarnée, la force et l’énergie, la féminité sans le côté outrancier, le naturel sans la banalité. Je dégage doucement une mèche de cheveux tombée sur son visage et lui caresse la joue.

- Jo, on est arrivé, murmuré-je.

- Hum… Déjà ? ronchonne-t-elle en s’étirant.

- Il est plus de 21h00 tu sais, tu as dormi comme une marmotte. Tu as peut-être même ronflé.

- Quoi ?

Elle se redresse et me regarde d’un air suspect.

- Je ne ronfle pas, je respire fort !

Je ris et sors de la voiture. Elle fait de même alors que je récupère mon sac de voyage dans le coffre et nous montons chez elle.

- Prêt à cuisiner ? dit-elle en fouillant dans son armoire.

- Tu rêves ! Je t’ai payé deux cafés, des viennoiseries et une glace au goûter, c’est bien suffisant.

- Et très équilibré Champion !

Je ris et file en cuisine. J’ouvre le frigo pendant que Johanna file à la salle de bain. Vu qu’il est quasiment vide, j’imagine que c’était au tour d’Alex de faire les courses cette semaine. Il faudra qu’on se contente de peu. Je sors quelques tomates et les deux steaks hachés, mets de l’eau à bouillir dans une casserole pour faire cuire des pâtes.

- Alex ne dort pas là, sa chambre est libre.

- Nickel, merci.

- Tu veux un coup de main ?

- Non, ça va aller, j’ai bien compris que j’étais relégué au rang de sous-fifre aujourd’hui, dis-je en découpant les tomates après les avoir rincées.

- Pauvre petit ! Tu veux boire quoi ?

- Je veux bien un soda, si tu as, sainte Jo qui ne boit que de l’eau ou du café !

Elle rit et sort une bouteille du frigidaire, puis me bouscule d’un coup de hanches pour ouvrir le placard au-dessus de ma tête et en sortir deux verres. Elle s’est changée, a enfilé un legging noir et un tee-shirt moulant blanc avec écrit « Je suis zéro défaut, mais personne n’est parfait » au niveau de la poitrine. Sans doute encore un fait-main par Morgane, qui raffole de ces conneries qui me font toujours rire. Mais lorsque Jo se met sur la pointe des pieds pour attraper les verres et que son tee-shirt remonte suffisamment pour me laisser voir la cambrure de ses reins et ses fesses, moulées par son legging, je n’ai plus du tout envie de rigoler. J’éprouve juste un besoin quasi vital d’y poser mes deux mains et de malaxer ce fessier ferme et rebondi jusqu’à la faire gémir. Je ferme les yeux et inspire profondément. Depuis quand ai-je des pensées sexuelles sur Jo et moi ? Dès qu’elle s’éloigne, je me remets au découpage de mes tomates, histoire de me remettre les idées en place.

Johanna est une amie, une très bonne amie même. Or, on ne tripote pas ses amies. On ne couche pas avec ses amies. Bon, certes, nous sommes assez tactiles, suffisamment pour que bon nombre de nos connaissances communes nous charrient sur notre « soi-disant amitié ». Morgane passe son temps à nous supplier de conclure. Et là, tout de suite, je serais presque prêt à conclure. Mais je ne veux pas risquer cette amitié. Jo est trop importante dans ma vie pour que je prenne le risque de la perdre pour une histoire d’une nuit. Et je ne peux pas m’engager. Comment s’engager quand on parcourt le monde toute l’année ? J’ai déjà tenté… et ça a très mal fini.

****

Jo vient de se coucher quand je sors de la salle de bain. Je la rejoins, l’embrasse sur le front et lui souhaite bonne nuit quand la porte d’entrée claque. Alex débarque avec une bimbo d’au moins un mètre quatre-vingts, rousse et très peu vêtue. Il lui indique sa chambre du doigt avant de venir embrasser sa coloc sur la joue et de me serrer la main.

- Je suis désolé, elle vit chez ses parents, je ne pouvais décemment pas la sauter là-bas. Momo dort là ?

- Oui, lui répond Johanna. Elle finit le boulot à 23h00.

- Désolé les amis, va falloir que vous partagiez le lit. Fabian, tu as mon autorisation. Mais reste de ton côté du lit et interdiction de la tripoter !

Il file rejoindre sa rousse en riant. Jo se déplace au fond du lit, côté mur et je me glisse sous la couette à mon tour. Je me retourne vers elle et lui souris.

- Rends-toi compte, tu vas dormir avec le grand Fabian Almagro !

- Quel honneur ! Je devrais peut-être prendre une photo pour avoir une preuve, non ?

- Chiche !

Elle rit, attrape son téléphone sur l’étagère au-dessus de sa tête et me prend en photo.

- Bof, aucune preuve que c’est mon lit, ou que je suis là. Attends, dit-elle avec ce sourire malicieux qui agite toujours mon estomac.

Elle se rapproche, se glisse sous mon bras et pose sa tête sur mon torse. Instinctivement, mon bras se referme autour d’elle alors qu’elle lève le téléphone au-dessus de nos têtes et le passe en mode selfie. Elle prend une première photo, puis une seconde où elle grimace. Je fais de même pour la troisième puis les suivantes et nous rions comme des gamins.

- Allez, bonne nuit Champion, dit-elle en reposant son téléphone et en retrouvant sa place, trop loin de moi.

- Bonne nuit à toi aussi, murmuré-je en éteignant la lumière.

Quelques minutes plus tard, un fou-rire la prend en entendant la bimbo gémir bruyamment. Son rire est communicatif, je m’esclaffe à mon tour avant de caler ma tête sous mon oreiller, qui est en fait le sien car l’odeur de son shampoing, un mélange de vanille et de fleur d’oranger, s’imprègne dans mes narines immédiatement.

- Bon sang, elle a la voix aiguë !

- Je n’ai jamais fait gémir une femme comme ça. Merde, soit c’est une bonne actrice, soit je suis un piètre amant.

Jo rit, enfouit à son tour sa tête sous son oreiller puis soupire.

- Dommage qu’Ax ne soit pas un éjaculateur précoce, on en a pour un petit moment, plaisante-t-elle entre deux éclats de rire étouffés.

- Quelle douce mélodie que celle de l’amour.

- Du sexe, tu veux dire ?

- Prie pour que ça ne reste qu’une histoire de cul, sinon t’es mal ma pauvre !

****

Lorsque le réveil sonne à 4h00, je l’éteins à la va-vite pour ne pas réveiller la maisonnée. Jo s’est collée à moi dans la nuit et nous avons dormi en cuillères. Tout son corps se fond contre le mien, nos jambes sont entremêlées, mon bras gauche repose sous sa tête. Son souffle est lent alors qu’elle dort encore. Je dégage doucement ses cheveux de mon visage pour ne pas la réveiller et la serre contre moi. Je suis un profiteur, je le sais mais c’est tellement le pied de me réveiller avec cette femme dans mes bras que je n’ai absolument aucune envie de me lever et de prendre cet avion. En observant la scène dans la pénombre, je me rends compte que nous sommes proches du mur. Au final, c’est moi qui suis venu à elle et non l’inverse. Mon subconscient semble déterminé à posséder cette femme, mon corps en a envie également, preuve en est mon érection matinale collée contre ses fesses. Dieu merci, mon cerveau a conscience que vouloir sauter sa meilleure amie n’est pas une bonne idée, ce qui m’empêche de faire une connerie monumentale.

Pour autant, je profite de l’instant et l’embrasse doucement dans le cou. Jo frissonne dans mes bras et le fait que j’apprécie beaucoup trop ce moment me fait me reprendre. Ne manquerait plus qu’elle se réveille et se rende compte du pervers que je suis. Je sors du lit avec précautions, attrape mon sac de voyage et file sous la douche. Un peu d’eau fraîche devrait me remettre les idées en place et faire redescendre la pression de mon bas-ventre.

Lorsque je sors de la salle de bain, la lumière de la cuisine est allumée. Deux tasses de cafés sont posées sur la petite table de bar en bois, collée à la fenêtre, et du pain est en train de griller au toaster.

- Tu n’avais pas besoin de te lever, il est super tôt, dis-je en déposant un baiser sur la joue de Jo. Toi qui n’es pas du matin…

- Je profite des dernières minutes avec toi avant… Combien de temps ? me répond-elle en sortant confiture et beurre du frigidaire.

- Une quarantaine de jours. Mon planning est surbooké jusqu’aux vacances en Août. D’ailleurs, faut qu’on s’organise une petite semaine à l’occasion.

- Avec plaisir, mais ça va dépendre de beaucoup de choses Champion : Diplôme, boulot ou pas, et finances.

- Ne t’occupe pas des finances, c’est aux frais de la princesse, dis-je en m’installant devant l’une des tasses.

- Tu ne me connais pas si bien que ça finalement Champ’ ! Il est hors de question que tu m’entretiennes.

- Très bien, dans ce cas ce sera une semaine dans ma maison en Espagne. Juste les frais d’avion, ou de route puisque tu préfères conduire.

- Très bien. Je te tiens au courant dès que j’en sais davantage sur mes vacances ou leur absence.

- Ce n’est pas urgent, on verra bien. Tu peux proposer à Alex et Morgane de venir, ils sont les bienvenus également.

Elle sourit et acquiesce doucement. Sincèrement, l’idée de passer une semaine en tête-à-tête avec elle me réjouit autant qu’elle m’angoisse. Il faudra que je pense à inviter Paolo et Roberto pour être certain de ne pas avoir l’occasion de lui sauter dessus.

Je termine ma tartine, mon café, et vais laver ma vaisselle dans l’évier avant de récupérer deux abricots dans la corbeille de fruits et de les manger silencieusement devant la porte fenêtre qui donne sur le balcon et la rue. Je regarde ma montre en jetant les noyaux et constate que l’heure du départ a déjà sonné. La visite aura encore été éclair, mais cela m’a permis de profiter et de penser à autre chose qu’à la compétition, la pression sur mes épaules et la rivalité avec les autres. Ici, je peux être moi, et rien que moi.

- Allez, il faut que je file.

- Tu es sûr que tu ne veux pas que je t’accompagne à l’aéroport ?

- Mon taxi doit être arrivé, ne t’inquiète pas.

- Très bien, alors je vais retourner me coucher.

- Bonne idée, c’est pas humain de se lever si tôt.

Johanna m’accompagne jusqu’à la porte. Je la prends dans mes bras et la serre contre moi un instant.

- A dans quarante-trois jours Ma Douce.

- Et comme d’habitude, tu as compté au jour près, rit-elle.

- Toujours.

Je l'embrasse sur la joue et laisse mes lèvres un peu plus longtemps que nécessaire sur sa peau douce. Bon sang, elle va me manquer ! Je tourne les talons et m'engouffre dans les escaliers avant de faire quelque chose que je pourrais regretter. Putain de subconscient et putain de corps.

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