Chapitre 6

9 minutes de lecture

11 mois plus tard – Mai 2017

Johanna

Je m’assieds sur la chaise, face à la porte de la salle qui accueille les oraux de soutenance. Quasiment un an plus tard, je n’en reviens toujours pas d’avoir foiré mon diplôme. Je crois que jamais je ne me remettrai de cet échec. Ce n’est pas la fin du monde, j’en ai conscience, mais j’ai tellement bataillé pour ce petit bout de papier, que manquer à 0,3 point près le Graal m’a achevée. J’ai validé trois des quatre domaines de compétences l’an passé, et me revoilà à devoir soutenir mon mémoire. J’ai vraiment du mal avec ces oraux, parce que je pense que le physique impacte, quoi que l’on puisse dire. Ainsi, me pointer l’an passé devant deux cinquantenaires avec des manches courtes dévoilant mon avant-bras gauche tatoué de fleurs de lys n’a pas été la chose la plus intelligente que j’ai faite de ma vie.

J’ai trente minutes d’avance. Je suis toujours en avance. Le stress me gagne facilement si je vois que le temps risque de manquer, alors je prévois toujours large. Être en retard pour moi, c’est être en avance de moins de dix minutes. Oui je sais, quelque chose cloche là-haut mais j’assume ! Voilà qui me permet de me poser, et de laisser mes pensées vagabonder à cette année écoulée.

Je suis toujours en colocation avec Morgane et Alex, c’est toujours aussi plaisant même si Momo est maintenant diplômée (la veinarde !) et enchaîne les CDD. Ils ont tous les deux été de formidables soutiens pour moi durant cette année. Après l’échec, l’horreur de ne pas voir mon nom sur la liste, j’ai enchaîné les remplacements dans le centre pour SDF où je bossais déjà. Ensuite, j’ai décroché pendant plus d’un mois. J’ai retrouvé ma campagne, le cocon familial qui m’a permis de me ressourcer et de me relever. Mon frère et ma mère m’ont fait un bien fou. J’ai réussi à convaincre le centre de m’embaucher en CDD pour pouvoir repasser mon diplôme car il me fallait valider un certain nombre de semaines de stage ou d’emploi pour pouvoir me présenter à nouveau. J’aime bien ce boulot, même si enchaîner des remplacements ne m’a pas permis de m’investir comme j’aurais aimé le faire. Je présente donc aujourd’hui le mémoire de l’an passé, longuement retravaillé mais moins que si j’étais repartie de zéro.

Le vibreur de mon téléphone me sort de mes pensées. Je souris en voyant le prénom de Fabian s’afficher à l’écran.

Fab :

Je pense fort à toi Championne ! Tu vas leur en mettre plein la vue !

Depuis le grand prix de France de l’an passé, nous sommes restés en contacts fréquents. Fab est devenu un ami. Au-delà du pilote, maintenant champion du monde de F1 (il a fait une saison de folie l’an passé !), l’homme est fascinant. Il m’a invitée à plusieurs grands prix en Europe, et je n’avais jamais autant voyagé de ma vie. Je partage à présent des morceaux de sa vie avec grand plaisir ; quelques jours en Espagne durant les vacances de Noël, une semaine au ski ensuite. Il est venu à Paris plusieurs fois, pour un, deux ou trois jours et je lui ai fait découvrir la capitale. Nous avons passé quelques jours sur la côte Normande il y a quelques semaines. Il avait besoin d’un break et moi aussi. Fabian a lui aussi été d’un grand soutien.

Jo :

Merci Champ’ ! Je vais tâcher de les convaincre que je mérite ce diplôme.

Fab :

Chemisier blanc à manches longues ?

Jo :

Bingo ! Comment tu sais ?

Fab :

Je te connais…

Ou…

Je suis au bout du couloir.

Je lève la tête dans la direction indiquée et lâche un rire en me rendant compte qu’il plaisante.

Jo :

Menteur. Dommage, j’aurais bien eu besoin d’un câlin de motivation là tout de suite.

Fab :

Tu devrais savoir que je ne mens jamais. Je me suis peut-être juste trompé de couloir. Ou j’aime te faire tourner en bourrique.

Je lève à nouveau la tête et sursaute en le voyant là, à quelques mètres de moi. Ma mère a proposé de m’accompagner à mon oral pour me soutenir, je lui ai dit que j’avais besoin d’être seule. Je le regrette depuis que je suis arrivée, parce que j’ai un besoin maladif de penser à autre chose qu’à ce qui m’attend dans cette pièce froide pleine de tables et de chaises, et surtout face à deux personnes qui se permettent de juger ma capacité à faire ce boulot que j’aime tant juste grâce à cinquante-quatre pages et un oral. Et lui, il débarque par surprise. J’ai une folle envie de lui sauter au cou, mais je me lève et adopte une démarche des plus normales pour le rejoindre. Il me rejoint à mi-chemin et me prend dans ses bras.

- Câlin de motivation en cours, souffle-t-il à mon oreille.

- Je n’arrive pas à croire que tu sois là !

Je recule légèrement, sans quitter ses bras rassurants et plonge mes yeux dans les siens. Voilà quasiment un mois que nous ne nous sommes pas vus et je crois que j’étais réellement en manque.

- Il fallait que je m’assure que tu sois au top, dit-il en me lâchant.

Il se place derrière moi et pose ses mains sur mes épaules en les massant doucement.

- Prête, Rocky ?

- Prête, Mickey !

Je ris de la référence à Rocky Balboa et son entraineur et me laisse faire. J’ai l’impression qu’il peut lire en moi et deviner ce dont j’ai besoin même à distance. Nous avons passé deux heures au téléphone hier matin. Il a joué le coach à la perfection. J’ai passé une journée sereine, relu mes notes encore et encore et me suis couchée apaisée. Ce matin, j’ai rendu mon café à peine avalé, galéré à mettre mon mascara, cassé le talon de mes sandales préférées en descendant les escaliers de mon immeuble, et je suis tombée sur mon voisin dragueur une fois dehors. Sans compter le pervers qui m’a tripoté les fesses dans le métro et que j’ai failli étaler tel Rocky sur son ring. Autant dire qu’un peu de douceur n’est pas de refus après cette poisse.

Fabian dépose un baiser sur ma tempe et m’accompagne jusqu’à la chaise où je me rassieds. Ma jambe droite bat la mesure sur le sol alors qu’il s’assied par terre à mes côtés. Il pose sa main dessus et presse doucement ma cuisse pour me faire arrêter.

- Tu restes combien de temps ?

- Mon avion décolle demain à 7h25. Tu peux m’héberger ce soir ?

- Bien évidemment ! Mais tu cuisines !

- Quoi ? c’est comme ça les invitations chez toi ? s’indigne-t-il avec une moue choquée.

- Quand on a été invitée au ski pour, je cite : « la popote et le ménage de fin de séjour », il faut s’attendre à un retour de bâton.

- C’est scandaleux Mademoiselle Beauvue !

- Je sais, je sais, soupiré-je.

Il se renfrogne un instant avant de relever la tête vers moi avec un sourire malicieux.

- Epinards ou chou-fleur ?

- Quoi ?! T’es pas sérieux, après une soutenance orale il me faut du lourd Fab, du bonheur pour les papilles, du sucré-salé, du goûtu, de l’orgie gustative, m’indigné-je.

- Et moi je pilote dans deux jours et j’ai besoin de faire attention à mon poids, alors si tu veux de l’orgie, il va falloir te contenter d’Alex et moi, sourit-il malicieusement.

J’éclate de rire puis soupire de contentement. Voilà tout ce qu’il me fallait. Quand la porte de la salle s’ouvre pour laisser sortir le candidat qui me précède avant que les deux membres du jury ne délibèrent sur son sort, je soupire et me lève pour faire les cent pas. Fabian m’attrape par le bras et m’attire contre lui. Il glisse une main dans le bas de mon dos et l’autre sur ma nuque, qu’il caresse doucement alors que je pose ma tête contre son épaule. Il est l’heure du dernier discours de motivation.

- Jo, tu as un an d’expérience en plus, sers-t’en. Tu es plus mature, plus à l’aise à l’oral et mieux dans tes baskets. Tu es déjà éduc, ce bout de papier n’est qu’une preuve écrite de ce que tu fais depuis déjà des années. Aies confiance en toi.

Je ferme les yeux et souris. Je l’embrasse sur la joue en le remerciant, attrape mon sac à main et me place devant la porte. C’est parti !

****

Mamoune :

Courage ma fille, tu vas tout déchirer ! Je crois en toi.

Bro’ :

Allez Sis’, go Go GO !

Et s’ils te font ch*er, dis-le-moi, je viens leur péter les dents !

Momo :

Ma collègue de formation d’amour, aie confiance (voix de serpent) tu mérites ce diplôme, sors les crocs et bats-toi !

Ax :

Come on sexy girl ! Passe sous le bureau au besoin, on n’a rien sans rien ;) je plaisante, je le sens bien !

Lucie :

Les jeunes, Mathilde et Léo se joignent à moi pour te dire un énorme MERDE ! Nous pensons fort à toi ce matin et croisons les doigts !

Fab :

Attends-moi dehors, je suis parti chercher le petit-déjeuner, je paris que tu n’as rien pu avaler ce matin. Je me dépêche.

Sans eux je ne suis rien. Telle est la première pensée que j’ai en rallumant mon téléphone une fois sortie de la salle. Je prends le temps de répondre à chacun de mes proches en me dirigeant vers la sortie. Une fois dehors, je soupire de soulagement. C’est fini ! Ne reste plus qu’à croiser les doigts.

J’avance sur le parking et repère Fabian, adossé à un SUV noir, le nez dans son téléphone. Il relève la tête quand je me retrouve dans son champ de vision.

- Alors ? ça a été ?

- Je crois. Oui. Non. Je ne sais pas, soupiré-je avant d’éclater de rire. Je suis surtout soulagée que ce soit terminé. On ne s’ennuie pas sur la voiture de location dis-donc !

- Jamais ! Allez, allons fêter ça autour d’un petit-déjeuner, répond-il en m’ouvrant la portière du côté passager.

- Bien chef, mais tu sais, à Paris le métro ça suffit, dis-je en m’installant.

Il referme la porte, contourne la voiture et s’installe à la place du conducteur.

- Je sais, mais je t’emmène en balade !

Nous roulons durant quasiment deux heures en sirotant un café, en écoutant de la musique et en discutant de tout et n’importe quoi, avant d’atterrir en bordure de mer, à Honfleur. Il traverse la ville et rejoint la plage du Phare, moins connue des touristes. Je suis ravie qu’il s’en souvienne et l’air de la mer m’apaise instantanément, même si ce trajet m’a déjà permis de me calmer.

Fabian sort de la voiture, fouille dans le coffre du SUV et me tend une couverture et un sac en papier plein de viennoiseries.

- Allez, vas t’installer. J’arrive, je vais nous commander deux autres cafés au vendeur ambulant là-bas.

Je lui souris, traverse la route et descends sur la plage. La mer est haute. Le soleil de Mai est déjà haut dans le ciel en cette fin de matinée et le vent n’est pas trop fort. Je m’enfonce un peu dans le paysage jusqu’à trouver un coin tranquille, installe la couverte, enlève mes chaussures et m’assieds face à la mer. Je sors mes lunettes de soleil et les mets, profite du calme qui règne sur la plage en fermant les yeux. J’entends Fabian arriver ; il dépose les deux cafés sur la couverture, entre mes jambes, enlève ses chaussures à son tour et s’assied derrière moi, les jambes de part et d’autre de mes hanches. Il est si proche qu’en me penchant en arrière de quelques centimètres, j’atterris tout contre son torse. Il referme les bras autour de ma taille et pose sa tête sur mon épaule.

Un silence confortable s’installe et nous observons les passants et la nature un moment avant que je ne lui tende son café, prenne le mien et trinque avec lui.

- Je crois que tu me connais trop bien, ça m’inquiète Fab, dis-je en riant, les yeux toujours perdus au loin.

- C’est ça l’amitié non ? murmure-t-il à mon oreille.

- Sans doute oui, tu as raison.

- Tu viens au grand prix de France mi-juillet ?

- Quelle question ! Evidemment ! dis-je avec un enthousiasme non dissimulé.

- Parfait ! répond-il en resserrant son étreinte autour de ma taille. Tu me passes le sac de viennoiseries ?

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