Chapitre 4

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Johanna

Les lasagnes sont prêtes à être enfournées, le tiramisu a survécu à une journée en présence de mes colocs sans ma surveillance. Mes verrines au thon et à l’avocat pour l’entrée sont prêtes, la table est dressée. Rien n’a été oublié. Merci les listes, merci l’organisation, et merci les insomnies (donc merci le stress du rendu des dossiers ? Beurk !)

Je sors de la douche après avoir coché les cases de ma liste imaginaire dans mon cerveau surchargé, m’enroule dans une serviette que je noue sur ma poitrine. Je prends le temps d’hydrater mon visage. Ce que je vois me fait peur. J’ai des valises sous les yeux qui me permettraient de partir un mois en vacances sans problème ; sauf que je n’ai pas de vacances, la blague ! J’applique une couche d’anticernes en me disant qu’il va falloir que j’en rachète, encore, et harmonise le tout avec une crème légèrement teintée avant d’ajouter une couche de mascara. Effet bonne mine (ou mine supportable). Je sors de la salle de bain et sursaute en entendant la sonnerie de l’interphone. Merde, je leur ai donné rendez-vous dans trente minutes seulement. Pitié, faites que ça ne soit pas le voisin super entreprenant qui a oublié son pass et qui va en profiter pour venir me remercier en m’invitant, encore, à diner !

Je décroche le téléphone et me fige en entendant la voix de Fabian. Bordel, je ne vais quand même pas l’accueillir en serviette de bain ! Après quelques secondes, je lui donne l’étage et le numéro de l’appartement et appuie sur le bouton qui déverrouille la porte d’entrée de l’immeuble avant d’entrouvrir la porte de l’appartement et de me précipiter dans mon coin chambre. J’attrape un jean propre, un tee-shirt au hasard et des sous-vêtements en priant pour arriver dans la salle de bain avant que Fabian n’entre. La chance n’est pas de mon côté car, au moment où je coulisse la porte, il frappe doucement et passe la tête dans l’entrebâillement.

- Je peux entrer ? dit-il en avançant avant de se figer à ma vue.

Je rougis dans l’instant, agrippe le nœud de ma serviette entre mes seins pour être certaine qu’elle ne glisse pas et lui lance un sourire timide.

- Vous êtes en avance. Je…je file m’habiller, entrez et faites comme chez vous.

Je me précipite dans la salle de bain et referme la porte. Dans un autre contexte, ce genre de situation aurait pu être amusant, voire sensuel et sexy. Là je me sens surtout con et je prie pour qu’il ne me prenne pas pour une groupie qui tente de l’attirer dans ses filets. J’enfile mon jean et découvre le haut que j’ai attrapé au passage. Il est blanc et, malheureusement pour moi, je me retrouve avec le tee-shirt offert par ma coloc pour mon anniversaire. Devant est inscrit « Je ne suis pas une fille facile » ; derrière « Mais je ne suis pas contre les coups d’un soir ». Bordel de merde. Si ça ce n’est pas la poisse ! Morgane, je te hais à cet instant ! Je ne peux décemment pas sortir avec ça sur le dos. J’enfile mon soutien-gorge puis noue à nouveau ma serviette autour de moi. Je sors et rejoins mon armoire, en tire un débardeur noir et l’enfile, dos à Fabian, avant de dénouer la serviette. Je ne sais comment je parviens à gérer la chose, mais j’ai réussi mon coup sans me tourner en ridicule. J’ajoute une petite chemise en jean histoire de couvrir mes épaules puis me retourne pour faire face au pilote.

- Bienvenue chez moi. Ce n’est pas très grand et nous y vivons à trois mais c’est cosy et la bonne humeur y règne toujours, dis-je en souriant.

Il est installé sur le canapé et observe silencieusement la pièce. Elle forme un genre de « T » majuscule, l’entrée s’ouvre sur un coin salle à manger exigu avec une table six places, s’ouvre sur le salon et son canapé deux places avec deux fauteuils similaires. A gauche la petite cuisine et le balcon, et à droite mon coin chambre. Je manque clairement d’intimité mais j’adore cet appartement. Et puis Alex ramène souvent des filles et Morgane est en couple. Pour ma part, mon tee-shirt d’anniversaire dit vrai, mais je ne ramène que rarement du monde à la maison et, le cas échéant, que lorsque je suis sûre d’être seule. Depuis Elliott, mon ex néfaste, je fuis les relations comme la peste et me contente des plaisirs de la chair de temps à autres.

****

Fabian

- Désolé d’être en avance mais j’ai traîné un peu en ville et puis il s’est mis à pleuvoir. Comme je n’ai pas de point de chute et aucune envie de finir trempé, j’ai pris un taxi jusqu’ici.

- Aucun souci vraiment, pas de problème, me répond-elle en souriant. Je vous offre quelque chose à boire ?

- Volontiers oui, un jus de fruits si vous avez. Et on peut peut-être se tutoyer non ? Je crois qu’avec tous ces mails que nous avons échangés, je te connais mieux que mon propre coéquipier à présent, plaisanté-je en riant.

Johanna se dirige vers le coin cuisine après avoir acquiescé. J’avais hâte de découvrir son appartement et je ne suis pas déçu. Voilà un lieu qui vit. Sur la table basse, des livres sont empilés à côté d’une plante verte en fin de vie et de deux tasses sales. Le coin chambre à ma droite est le sien. Le lit est fait, mais recouvert de livres, de feuilles et un ordinateur portable y est entrouvert. La tête de lit est une étagère, elle est recouverte de cadres photos.

Elle revient vers moi, dépose un verre sur la table basse avant de récupérer les tasses sales qu’elle va laver à la hâte en cuisine. J’en profite pour observer les photos accrochées au mur au-dessus de la télévision. J’imagine qu’il s’agit de photos avec ses colocataires, car se sont toujours les trois mêmes personnes, dans divers lieux. A la plage (mon dieu qu’elle est sexy en maillot !), à Disneyland, devant la Tour Eiffel et j’en passe. Une tonne de selfies, de sourires et de complicité.

- Je suis désolée pour le bazar, dit-elle en se dirigeant vers son lit pour ranger tout ce qui s’y trouve. Entre mes dossiers à boucler pour lundi prochain, mon stage et mon job, je dois faire un choix entre dormir et ranger. Tu observeras que le choix a été fait ; et mes colocs sont super bordéliques.

- Pas de souci, je ne vois pas de désordre, souris-je. La déco est sympa et tu as raison, c’est accueillant et chaleureux.

Elle retourne en cuisine, farfouille dans un placard, puis un second, ouvre le frigo, le referme, fouille un nouveau placard. Cette femme est une vraie tornade ! Lorsqu’elle vient s’asseoir à mes côtés, elle dépose un plateau avec un second verre de jus de fruits, et deux ramequins emplis de tomates cerises et de morceaux d’emmental. Je lui souris et lève mon verre.

- A cette collaboration des plus agréables.

Elle sourit, lève son verre et le cogne contre le mien avant de boire une gorgée. Est-ce normal que mes yeux se fixent sur ses lèvres ? Je bois à mon tour une gorgée et mon regard plonge dans ses yeux d’un bleu profond. Elle semble vraiment épuisée, et pourtant elle déborde encore d’énergie, et elle est sublime. J’ai l’impression que l’air s’est chargé d’électricité tout à coup. Je meurs d’envie de poser mes lèvres sur les siennes. Johanna m’obsède depuis que je l’ai rencontrée dans le bureau de Dylan. J’ai trouvé l’excuse bidon de l’emploi du temps de Magny Cours pour la contacter sur son adresse e-mail personnelle alors que j’aurais pu l’envoyer sur celle du groupe, et depuis nous échangeons quotidiennement. C’est sympa, et j’avoue que j’attends impatiemment ses mails. Depuis peu, nous avons pris pour habitude d’envoyer des photos dans nos mails. J’envoie généralement des paysages, des photos de mes chambres d’hôtel, de ma F1 ou de moi avec le public derrière ; elle me fait parvenir des photos de Paris, de son bureau bien rangé au boulot, d’elle avec une tasse de café à la main. Elle n’est définitivement pas comme les autres. Elle s’intéresse à moi, Fabian, l’homme et pas seulement le pilote, la personnalité.

Une sonnerie me sort de mes pensées. Johanna s’excuse, se lève et file vers l’entrée. Le tête-à-tête est terminé.

****

Johanna

Il est 23h30. Le repas a été dévoré, les meubles du salon ont été légèrement poussés. Mes colocs sont rentrés et nous avons tous fini au salon pour faire une partie de Time’s Up. Nos soirées du mardi entre collègues se terminent toujours avec des jeux de société. Quand on travaille avec des enfants et des adolescents, on a tendance à entretenir notre âme d’enfant. Quoi de mieux que de se ridiculiser en mimes pour rire comme des gosses ?

Mes colocs ont l’habitude de ma folie, et si Fabian se la jouait un peu timide au départ, son côté compétiteur a vite pris le dessus et il s’est avéré être un adversaire coriace. Il n’empêche que Lucie, Mathilde et moi avons fini victorieuses alors que nous étions en sous-effectif.

La conversation tourne à présent autour de notre travail avec les jeunes et je sens la fatigue peser sur mes épaules. Je lutte contre le sommeil depuis déjà un moment et mes collègues l’ont remarqué. Ils sont tous au courant de mon train de vie à cent à l’heure et ils se moquent gentiment de moi lorsque je pique du nez en réunion le mercredi après-midi, mais je sais qu’ils ne le font jamais méchamment et que j’ai gagné leur respect avec mon acharnement à mener de front ma formation tout en travaillant pour ne pas vivre aux crochets de ma mère.

- Allez, il est temps de lever le camp, remarque Léo en se levant.

- Oui, tu as raison, sinon on va avoir le droit à la version ronflante de Jo, rétorque Lucie en riant.

Je lui fais les gros yeux sans pouvoir retenir un bâillement. Je crois qu’elle a raison, fatiguée comme ça je vais sûrement ronfler comme un ours.

- Et interdiction de bosser une fois que nous serons partis ! ajoute-t-elle, il faut vraiment que tu dormes Jo.

- Promis, ce soir j’ai rencard avec mon lit.

Je les accompagne à la porte en les remerciant d’être venus, les embrasse sur les deux joues avant de les quitter. Lucie me fait un clin d’œil en lançant une œillade à Fabian qui débarrasse les verres sur la table basse.

- Je crois que tu as une touche, il t’a dévorée des yeux toute la soirée, murmure-t-elle.

Je crois virer écrevisse et ris, mal à l’aise.

- Tu te fais des idées Lu, arrête un peu.

- Mouais, on en reparlera !

Elle me salue et part à son tour.

- Ne te prends pas la tête avec ça, je m’en occuperai demain, dis-je en le rejoignant.

- Ça ne me gêne pas. Tes collègues ont raison, tu as vraiment l’air épuisée, il va falloir que tu dormes si tu veux tenir le coup pour finir tes dossiers.

- Mon Dieu, j’ai une tête si terrible que ça ? dis-je en riant. Je vais éviter tous les miroirs avant demain matin !

- Tu n’as pas idée ma belle, mais t’es canon quand même ! rétorque Alex en sortant de sa chambre et en me prenant par les épaules avant de déposer un baiser sur ma joue.

Le fourbe se venge. S’il croit que cela me gêne d’être proche de lui devant Fabian, il se trompe complètement. D’une, parce qu’il ne se passe rien entre le pilote et moi, et de deux parce que je lui ai déjà expliqué la relation que nous entretenons et que cela l’a bien fait rire. Je me dégage de son étreinte gentiment, l’embrasse à mon tour sur la joue et raccompagne Fabian à la porte.

- Merci pour les jeunes, c’était vraiment sympa de ta part de leur faire une petite visite surprise.

- Ça m’a fait plaisir, vraiment. Ils sont cools, j’espère que le voyage va leur plaire.

- J’en suis persuadée !

Il s’approche de moi et m’embrasse doucement sur la joue. Le baiser ne dure qu’un instant, mais j’ai l’impression que ma joue s’en rappellera longtemps. Le contact de ses lèvres sur ma peau, de sa barbe de quelques jours sur mon épiderme, envoie un frisson courir le long de ma colonne vertébrale. Il me sourit, comme s’il sentait l’effet que ce contact m’a fait, hoche la tête et tourne les talons, disparaissant dans les escaliers avant que je n’aie pu lui dire au revoir.

Bon sang, cet homme !

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Lia 53
Je frissonne quand je la vois, je ne peux pas m'en empêcher c'est plus fort que moi, cette fille m'obsède. Je peux pas m'en empêcher, je la veux pour moi et rien que moi. Je sais qu'elle m'aime, je sais qu'elle me veut, je sais ce qui est bon pour elle. Elle est à moi, pour moi. Je peux pas m'en empêcher, je ne peux pas...Je sais qu'il faut pas, que c'est pas bien mais je dois l'avoir à moi.

On utilise souvent l'expression "être dingue de quelqu'un" "être fou de l'autre"...ce récit va vous montrer le véritable sens de ces mots.

Ce récit est dérangeant, déstabilisant, il va vous faire découvrir des sensations que vous ne connaissez surement pas. Si vous êtes prêts à venir dans ma création, alors suivez-moi...


ATTENTION, ce récit comporte des scènes difficiles !!!
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XiscaLB
Vous avez déjà essayé le 4 mains ?
Personnellement, je n'étais pas très tentée. J'aime que les choses soient faites à ma façon, alors forcément, écrire à deux me paraissait inenvisageable. Et puis, j'ai virtuellement rencontré quelqu'un qui m'a fait me dire "et pourquoi pas ?". L'idée est lancée, Lecossais et moi nous y mettons...

Voici la conséquence d'une collaboration des plus agréables entre un dirlo et une éduc (parce que oui, c'est possible !)... Bienvenue dans notre monde.
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Bonne lecture !

Et un grand merci à Lecossais pour cette plongée dans le grand bain ! Un pur bonheur !
_____________

Julien avait tout pour être heureux dans la vie. Une femme, deux beaux enfants, un métier qu’il adorait. Et puis, un jour, tout a basculé. Sa compagne est partie, lui laissant la charge de ses tout petits. Il a décidé de jouer et a tout perdu. Il a perdu son travail, sa maison, et s’est retrouvé à la rue.
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