Chapitre 3

7 minutes de lecture

Johanna

Nous sommes mardi, il est 15h10 et je viens d’autoriser les quatre ados, avec qui j’ai créé l’affiche du week-end de course qui vient de se terminer, à rejoindre leurs camarades en récréation. Fabian Almagro a fini troisième suite à un mauvais arrêt au stand. Les jeunes ont été un peu déçus pour lui, mais il reste premier au classement du championnat des pilotes pour le moment et ils se sont empressés de modifier le nombre de points des différents pilotes sur le tableau blanc accroché au mur de l’entrée du bâtiment réservé au groupe des Nomades.

Les jeunes sont tous très excités à l’idée de passer un long week-end sur le circuit de Magny-Court. Même les deux seules filles du groupe ont hâte d’y être. Aucun de nos dix jeunes n’a encore manifesté de signes de stress, alors que nous partons dans huit petits jours. Je crois que finalement, c’est moi la plus stressée. J’ai assuré à Fabian et son agent qu’il n’y aurait aucun souci de comportement de la part de nos jeunes, mais on ne peut jamais être sûr à 100%.

- Johanna ! hurle le petit Thomas, huit ans, le plus jeune de la troupe, en déboulant à pleine vitesse dans la salle d’activité. Viens voir !

- Thomas, on ne court pas à l’intérieur voyons.

- Oui mais… Johanna ! Fabian est là !

Je me fige dans l’instant. Quoi ? Mais… Qu’est-ce qu’il fait là ? Il a dit ne pas pouvoir se libérer entre ses grands prix. Je me retourne et croise son regard à travers la baie vitrée. Ok, il est bien là. Il porte un jean bleu usé et un tee-shirt noir qui moule ses biceps. Mon Dieu, je fais pale figure avec mon legging noir et ma tunique à bretelles couleur corail, il est classe avec ses lunettes de soleil et sa veste en cuir. Je reprends contenance et lui souris, avant d’enfiler ma propre veste et de sortir à la suite de Thomas.

- Bonjour Jo, dit-il en souriant.

- Bonjour Fabian, dis-je en lui rendant son sourire et en lui serrant la main. Les présentations sont faites ?

- Les enfants se sont présentés oui.

- Bien. Voici Léo, qui est éducateur technique et s’occupe de l’atelier informatique, Mathilde, l’enseignante du groupe, et Lucie, éducatrice spécialisée qui se trouve être ma référente de stage. Chers collègues, je vous présente Fabian Almagro, en chair et en os.

- Enchanté, répond-il en leur serrant la main tour à tour.

Les jeunes sont tous agglutinés autour de lui, dans un brouhaha impossible. Nous leur demandons de se calmer et Dimitri, 15 ans, le plus âgé du groupe, propose à Fabian de se joindre à eux pour une partie de football. Le pilote accepte volontiers et les suit jusqu’au petit terrain où des buts de fortune ont été créés avec leurs manteaux en guise de poteaux. Nous les observons et prolongeons la récréation plus longtemps que d’ordinaire. Le contact semble bien passer entre les jeunes et Fabian et je me surprends à sourire comme une idiote quand il marque un but et attrape Thomas pour le faire tournoyer dans les airs.

Nous finissons par tous rentrer afin de servir le goûter avant que les jeunes ne rentrent chez eux. Lucie fait un détour par l’administration pour avertir notre direction de la présence de Fabian dans les locaux tandis que nous accompagnons le groupe dans la salle d’activités. Le pilote s’arrête dans l’entrée pour observer les différentes affiches que les jeunes ont créées depuis que le projet a été validé. Je l’observe tout en servant le goûter dans la pièce d’à côté. Il semble vraiment touché par l’application des jeunes dans ces affiches et prend le temps de toutes les lire. Il s’empare du feutre noir et griffonne sur le tableau blanc où est inscrit le classement des pilotes avant de rejoindre le groupe et de s’installer à table avec eux. Les conversations vont bon train alors qu’il détaille la pièce du regard, puis il est entrainé pour visiter la salle de classe par Ophélie, visiblement sous le charme du haut de ses 14 printemps.

Lorsque les jeunes partent les uns après les autres à 16h30, il les salue individuellement puis nous rejoint, Lucie et moi, dans la petite kitchenette qui nous sert de réserve à matériel d’activités manuelles et à café.

- Ces mômes sont vraiment attachants, déclare-t-il en souriant.

- Ça, c’est parce que vous n’en avez vu aucun en crise ! rit Lucie alors que je lui donne un coup de coude.

- Ils sont la plupart du temps adorables, dis-je à mon tour.

- Ça, je n’en doute pas, mais ils ne sont pas là pour rien.

- Tout à fait ! Cependant, Johanna a raison. Ici, ils arrivent à passer outre leurs difficultés, ils sont bien encadrés, assure Lucie en relevant le menton.

Fabian acquiesce en riant, me lance une œillade avant de contempler la cour et le dernier convoi qui part ramener les enfants chez eux, par la petite fenêtre.

- Dites-moi, je me disais que ce serait sympa que l’on dine tous ensemble afin de discuter un peu des enfants, de ce qui vous attend tous la semaine prochaine. Vous seriez disponibles ce soir pour un restaurant ? C’est moi qui régale.

- C’est très aimable à vous Fabian, répond immédiatement Lucie, mais le mardi nous avons pour habitude de diner tous ensemble chez les uns les autres. Vous pourriez vous joindre à nous ! Ce soir c’est Johanna qui régale ! Et c’est un sacré cordon bleu comparé à Mathilde, ajoute-t-elle en pouffant.

Je sens mes joues rougir et me retourne pour m’affairer à faire la vaisselle des tasses sales que nous avons accumulées dans la journée à force de caféine.

- Je ne suis pas si bonne cuisinière, disons que je sais suivre une recette…

- Mathilde aussi suit les recettes, et pourtant, on frôle la catastrophe un mardi sur quatre.

- On parle de moi ? s’inquiète Mathilde en passant la tête dans l’entrebâillement de la porte.

- Toujours quand il s’agit d’indigestion, lui rétorque Lucie.

- Mauvaise ! Qu’est-ce qu’on mange ce soir Johanna ?

- Rien de folichon, j’ai passé ma nuit sur mon mémoire donc je vais faire des lasagnes. Heureusement pour vous j’ai eu besoin d’une pause à une heure du matin, donc j’ai préparé un tiramisu au café pendant ce break, souris-je en me retournant.

Les filles salivent, je le vois dans leur regard pétillant. Elles raffolent de ce dessert, et c’est devenu un classique de mes repas.

- Et… dis-moi, elles sont maison, tes pâtes ? demande Mathilde.

- Evidemment !

Elle frappe dans ses mains comme une enfant puis repart en sautillant. Ces filles sont folles. Ce sont des professionnelles au top, je les admire et j’apprends beaucoup en leur compagnie, mais elles sont vraiment dingues. Et le pire, c’est que j’adore ça.

- Je ne voudrais pas m’incruster, nous pourrons discuter de tout ça une fois que vous serez arrivés sur le circuit, déclare Fabian en attrapant le torchon sur le bord de l’évier pour essuyer les tasses que j’ai posées sur l’égouttoir.

- Non non, joignez-vous à nous, ce sera avec plaisir. Et puis je pense que Léo sera ravi de ne pas être le seul mâle de la troupe, pour une fois, ajouté-je en riant.

- Très bien. Faut-il ramener quelque chose ? Je ne pourrai pas cuisiner, je suis arrivé ce matin à l’aéroport et repars dans la nuit donc je n’ai pas de point de chute.

- Ramenez vos fesses, ce sera déjà très bien, rétorque Lucie alors que je lui fais les gros yeux.

Fabian rit et lui assure que ses fesses seront présentes pendant que je note mon adresse sur un morceau de papier et lui donne. Il s’assure de l’heure puis nous salue, avant de sortir commander un taxi.

- Pas mal le petit Fabian, sourit Lucie en me faisant un clin d’œil alors que je le regarde s’éloigner.

- Hein ? Oui, il est cool. Et ça a l’air de bien passer avec les jeunes.

- Oui, aussi, dit-elle en levant les yeux au ciel avant de rire. Il t’a tapé dans l’œil hein ?

- Quoi ? Ça va pas non ?

- Hum, ne parle pas comme ça à ta référente de stage, lance-t-elle en faisant une moue qui se veut grave.

J’éclate de rire, effectue une révérence en lui exprimant mes plus plates excuses. J’adore vraiment bosser avec Lucie. C’est une professionnelle du tonnerre, très patiente avec les jeunes et toujours souriante. Si elle ne voulait pas de stagiaire et que je lui ai été imposée, elle ne compte pas son temps quand je lui demande des conseils une fois le travail terminé. Elle m’appelle durant la semaine où je suis en cours pour prendre de mes nouvelles et me tenir au courant de ce qu’il se passe chez les Nomades. Et c’est elle qui m’a proposé d’intégrer le groupe pour les repas hebdomadaires, pour le plus grand bonheur de Mathilde qui cuisine à présent toutes les quatre semaines au lieu de toutes les trois.

Après encore une demi-heure de bavardage, je me décide à rentrer chez moi pour préparer le repas et bosser un peu sur l’un de mes dossiers s’il me reste du temps. Je réalise alors seulement que Fabian Almagro, pilote de Formule 1 mondialement connu va venir diner dans ma colocation…

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Lia 53
Je frissonne quand je la vois, je ne peux pas m'en empêcher c'est plus fort que moi, cette fille m'obsède. Je peux pas m'en empêcher, je la veux pour moi et rien que moi. Je sais qu'elle m'aime, je sais qu'elle me veut, je sais ce qui est bon pour elle. Elle est à moi, pour moi. Je peux pas m'en empêcher, je ne peux pas...Je sais qu'il faut pas, que c'est pas bien mais je dois l'avoir à moi.

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XiscaLB
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Bonne lecture !

Et un grand merci à Lecossais pour cette plongée dans le grand bain ! Un pur bonheur !
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Julien avait tout pour être heureux dans la vie. Une femme, deux beaux enfants, un métier qu’il adorait. Et puis, un jour, tout a basculé. Sa compagne est partie, lui laissant la charge de ses tout petits. Il a décidé de jouer et a tout perdu. Il a perdu son travail, sa maison, et s’est retrouvé à la rue.
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