Chapitre 1

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Johanna

Je n’arrive pas à croire que l’agent de Fabian Almagro m’ait répondu. Je suis arrêtée devant l’immeuble qui abrite le bureau de Dylan Campbell, agent du pilote de Formule 1 qui a, l’an dernier, été à deux doigts de remporter le titre de champion du monde de la catégorie de sport automobile la plus importante et la plus prestigieuse au monde.

Vêtue d’un jean noir, d’un chemisier blanc sous mon habituelle veste en similicuir noire, j’entre dans le bâtiment et foule le marbre blanc avec mes vieilles Converses. Le confort : voilà la nécessité première dans mon boulot. Un style décontracté, un peu garçon manqué, certes, mais ce n’est pas avec une jupe courte et des talons hauts qu’on s’occupe d’enfants ou d’ados.

Je m’adresse à l’accueil et suis dirigée vers l’ascenseur, direction le huitième étage. Une fois dans la cabine, j’inspecte mon image dans le miroir. Mon trait d’eye-liner noir n’a pas coulé malgré les quasi deux heures de train suivies des quarante-cinq minutes de métro. Malgré le léger maquillage, des cernes restent visibles sous mes yeux bleus, résultats d’une nuit de travail sur mon Mémoire de fin de formation. Je remets une couche de gloss transparent sur mes lèvres et replace une mèche dans mon chignon haut. Pas sûre que le chignon ait été la bonne option ; mes cheveux bruns ont décidé, une fois encore, de faire leur vie indépendamment de mes envies.

L’ascenseur émet un tintement désagréable et les portes s’ouvrent sur un vaste espace tout aussi blanc que l’accueil. Cela mériterait quelques dessins d’enfants, des traces de doigts sur les murs. Seule la secrétaire à son bureau, au téléphone, rompt le silence qui semble de rigueur dans cette pièce. J’ai convaincu ma chef de service de me laisser ma journée pour pouvoir batailler pour la réalisation de ce projet, mais j’ai peur de regretter les rires d’enfants et peut-être même leurs disputes.

Une fois que la jeune secrétaire, une jolie blonde habillée dans un tailleur noir stricte, a raccroché, je m’approche de son bureau.

- Bonjour. Johanna Beauvue, j’ai rendez-vous avec Monsieur Campbell.

Elle m’accorde à peine un regard, hoche la tête et attrape son téléphone.

- Monsieur Campbell, Mademoiselle Beauvue est arrivée.

Blondie raccroche et me fait signe de la suivre. Je lui emboite le pas et entre dans un vaste bureau aux tons marrons. Au centre, un imposant bureau blanc est bondé de papiers en désordre. A la fenêtre, un homme aux cheveux grisonnants me sourit. Il doit avoir une cinquantaine d’années et sa veste de costume noire tente de cacher un ventre assez proéminant. Il s’avance vers moi et me tend la main, un grand sourire aux lèvres.

- Mlle Beauvue, c’est un plaisir de vous rencontrer.

- Le plaisir est partagé Monsieur Campbell.

Il a un accent, américain si mon ouïe est bonne. Campbell me fait signe de m’installer sur un fauteuil blanc, face à un canapé en cuir tout aussi blanc.

- Leslie, apportez-nous du café.

La secrétaire hoche la tête et sort du bureau. Campbell s’installe sur le canapé face à moi et me détaille un moment, en silence. Son sourire réapparaît et il hoche légèrement la tête avant de parler.

- Fabian Almagro va nous rejoindre sous peu. Votre projet lui plait et je dois avouer que je suis séduit par les retombées médiatiques que cela pourrait avoir pour lui et l’écurie. Accueillir des jeunes difficiles dans le paddock pourrait améliorer considérablement son image. Puisque vous suivez ce sport, vous n’êtes pas sans savoir qu’il est considéré comme un homme assez froid et sans émotions, déterminé au point que certains se demandent s’il a un cœur et un côté humain.

- J’espère que tu sais que j’ai un cœur quand même Dylan, mais merci de me présenter ainsi !

Je me retourne et découvre Fabian Almagro, nonchalamment adossé sur le bâti de la porte du bureau. Ouah ! C’est une chose de le voir à la télévision le dimanche, ç'en est une autre de l’avoir en chair et en os face à soi. Il s’avance vers nous alors que je me lève et lui tends la main. Il la prend et la serre chaudement, un sourire au coin des lèvres, et je suis captivée par ses yeux couleur noisette, avec un cerclage plus foncé sur l’extérieur. Il garde ma main dans la sienne quelques secondes de plus que nécessaire puis rejoint son agent sur le canapé face à moi alors que je me rassieds.

Ok, donc, soyons clair : j’adore la Formule 1, j’adore ce pilote mais je ne suis pas du tout du style groupie à collectionner les posters, les photos dans mon téléphone et espionner ses moindre faits et gestes sur les réseaux sociaux. Mais là, je suis vraiment très impressionnée, et je dois lutter de toutes mes forces pour ne pas le détailler, comme lui est en train de le faire avec moi à cet instant. Son jean bleu moule parfaitement ses formes, ses cuisses musclées, et son tee-shirt blanc est un appel au scandale tant il laisse percevoir ses pectoraux et ses biceps bien dessinés. Ses cheveux châtains, légèrement trop longs sont quelque peu ondulés et sa barbe de quelques jours est bien taillée sur une mâchoire carrée et virile. Merde, finalement j’ai perdu la bataille, je l’ai reluqué !

- Monsieur Almagro, c’est un plaisir de vous rencontrer, dis-je dans un sourire.

- Appelez-moi Fabian, et le plaisir est partagé, rétorque-t-il en souriant à son tour. Dylan a raison, votre projet m’intéresse, mais certainement pas pour mon image. J’ai juste envie de faire plaisir à ces gosses.

Voilà qui me ravit, et un sourire franc se dessine sur mes lèvres. S’il se sent concerné par les jeunes que j’accompagne, il sera plus impliqué et naturel, et eux ne pourront qu’apprécier. Et cette voix légèrement rauque, ce petit accent hispanique malgré son français parfait. Zen, Johanna, contenance !

- On fera donc d’une pierre deux coups, ajoute Dylan Campbell.

Blondie apparaît avec un plateau et du café. Elle le dépose sur la table basse qui nous sépare et nous sert en lançant un grand sourire et une œillade envieuse à Fabian Almagro. Il semblerait qu’elle soit plus chaleureuse avec la gente masculine. Ou peut-être que je suis médisante et qu’elle est juste froide avec les gens qu’elle ne connaît pas. Elle ressort en ondulant des hanches comme une mannequin, et je me retiens de rire en croisant le regard du pilote qui ne la remarque même pas.

- Je veux par contre être certain que leur comportement dans le paddock sera correct. La course nécessite que je sois concentré et je ne veux pas risquer un incident, tant pour moi que pour eux.

- Je ne peux vous assurer à 100% qu’il ne se passera rien. Un environnement inconnu peut être source d’angoisse pour les jeunes. Ajoutez à cela le fait qu’il y ait beaucoup de monde, beaucoup de bruit, l’excitation de vous rencontrer, celle liée à la course… On ne peut être sûr de rien. Mais nous serons quatre pour les encadrer et croyez-moi, j’ai des collègues formidables qui savent s’y prendre avec les jeunes, dis-je en esquissant un sourire. De plus, nous travaillerons en amont avec les jeunes pour leur expliquer le fonctionnement du paddock, le planning car ils ont besoin d’être rassurés, et ils seront tellement contents d’être là que je pense sincèrement qu’il n’y aura pas de problème.

****

Fabian

Ses magnifiques yeux bleus s’illuminent lorsqu’elle parle de son travail et des jeunes qu’elle accompagne. Cette Johanna Beauvue semble vivre pour son job, comme moi pour ma passion. Je m’efforce de la regarder dans les yeux pour ne pas lorgner sur son chemisier entrouvert sur sa jolie poitrine, et tente d’éviter les œillades en coin de Dylan.

- Je peux comprendre, mais que se passera-t-il s’il y a un souci ? l’interroge ce dernier.

- Et bien, sachez que nous sommes formés pour intervenir le cas échéant. Nous ferons en sorte d’extraire au plus vite le jeune du paddock pour l’isoler dans une pièce calme et l’apaiser. Mais, vraiment, je suis certaine qu’il n’y aura aucun souci.

Je regarde Dylan et acquiesce lentement. Ce projet me plait vraiment, et je n’avais pas besoin de cette entrevue pour valider, mais il tenait à rencontrer Johanna malgré toutes les vérifications qu’il a faites auprès de ses employeurs et de son centre de formation. Il en est ressorti que c’est une jeune femme dynamique, motivée et compétente.

- Très bien. Mon écurie est prête à accepter et financer votre séjour. L’hôtel dans lequel je loge a des suites avec plusieurs chambres et des lits simples. L’écurie prendra en charge la location du mercredi soir au dimanche ou lundi matin selon vos préférences, ainsi que les repas du midi dans notre installation sur le circuit. De mon côté je suis prêt à financer la restauration sur la totalité du voyage au restaurant de l’hôtel matin et soir.

Mademoiselle Beauvue écarquille les yeux. Il est vrai que dans son projet, elle a exposé toute la partie financement en précisant qu’ils camperaient sur le camping du circuit et gèreraient les repas avec un budget serré. Oui, j’ai tout étudié et tout prévu, c’est mon côté organisé. Et curieux sans doute.

- Concernant votre voyage jusqu’au circuit, je peux vous proposer de financer les billets de train si vous préférez ce moyen de transport à vos véhicules.

- Je… nous ne pouvons pas accepter tout cela Monsieur Almagro…

- Fabian, rectifié-je.

- Fabian. Je vous remercie pour cette généreuse proposition, mais nous ne demandons pas la charité.

- Il ne s’agit pas de charité mais de confort. Sincèrement, Johanna, si nous vous proposons cela, c’est que, et l’écurie et moi en avons les moyens et l’envie. Votre plan financier semble bien ficelé, mais autant rendre ce voyage inoubliable pour ces jeunes.

Elle semble réfléchir, peser le pour et le contre. Je comprends, après tout je remets en cause toute l’organisation qu’elle a minutieusement pensé. Elle finit par acquiescer d’un signe de tête.

- Merci beaucoup. Vous n’imaginez pas à quel point cela m’enlève une épine du pied. Toute la partie recherche de financement prend un temps fou et avec la fin de ma formation, ce n’était pas une partie très agréable à envisager. Cependant, je pense que mes collègues et moi préfèrerons nous rendre sur place avec nos véhicules plutôt qu’en train.

- Très bien, comme vous préférez. J’ai de mon côté une demande à vous faire.

- Tout ce que vous voudrez ! me répond-elle avec un grand sourire.

Grand Dieu si tu savais à quoi je pense, là maintenant Johanna, je ne suis pas sûr que tu dirais ça. Je me morigène de penser à autre chose qu’à ce projet qui lui tient semble-t-il particulièrement à cœur et reprends.

- J’aimerais entretenir, avant la course, un échange de mails avec le groupe afin de faire connaissance. J’aurais aimé me déplacer jusqu’à votre établissement pour rencontrer les jeunes mais mon planning est très serré, alors je pense que cela pourrait être une bonne solution. Je leur raconterai mes week-ends de courses, et de leur côté les enfants pourront me parler de ce qu’ils font en classe, avec vous et vos collègues, etc.

Dylan me regarde avec de grands yeux. En effet, je ne lui ai pas parlé de ce projet, étant donné que je ne l’avais pas en tête jusqu’à ma rencontre avec cette jolie brune. Je pense cependant que cela peut être une bonne idée.

- C’est une excellente idée, rétorque-t-elle.

Après encore quelques échanges pour régler les divers points nécessaires, la signature d’un accord entre l’écurie, l’établissement de Johanna et moi, nous nous quittons sur un échange d’adresse e-mail et la promesse de cette dernière d’un mail en fin de semaine du groupe de jeunes.

Une fois Johanna partie, je me laisse retomber sur le canapé en sortant mon téléphone de ma poche. Dylan se sert un nouveau café et s’installe sur un fauteuil en face de moi.

- Elle est mignonne hein ? dit-il.

- Hein ? Dylan ! Elle est trop jeune pour toi, vieux bougre ! ris-je.

- Pour moi oui, mais pour toi…

- Quoi ? Ça ne va pas non, je n’ai pas le temps pour ça moi.

- Fabian, tu as bientôt 26 ans, il serait temps de t’y mettre. Il y a beaucoup de pilotes mariés malgré les voyages.

- J’ai vingt grands prix par saison, entre Mars et Novembre. Je pars dans ces cas-là au moins six jours, reste parfois sur place entre deux ou trois courses. Ajoutons à cela les déplacements pour les sponsors, ceux pour me rendre à l’usine et le temps que je passe chez mes parents, avec ma sœur et mon neveu, celui avec mes amis. Dis-moi quand j’ai le temps d’entretenir une relation suivie avec une femme là-dedans ?

- Ça fait quoi, environ deux-cents jours d’indisponibilité pour une femme ? Y a des trucs magiques maintenant : Skype, les sms, les mails, les sextos, le sexe au téléphone, tout ça tout ça, me répond-il avec un sourire en coin. Et puis tu peux t’amuser sur les circuits avec une autre si tu es trop en manque.

- Si je me mets avec quelqu’un ce n’est pas pour aller voir ailleurs Dylan. Tu as une vision particulière de l’amour toi, je comprends mieux les trois divorces !

- Je te remercie du compliment. Et je vois que tu l’as quand même envisagé, sourit-il.

- J’avoue que l’idée d’avoir un chez moi me plairait, mais je n’ai vraiment pas le temps. On verra quand j’arrêterai la course.

- Parce que tu comptes arrêter un jour ? rit-il.

Je souris puis laisse retomber ma tête sur le dossier du canapé. Je ne réfléchis pas à l’après carrière de pilote car je ne me vois effectivement pas faire autre chose de ma vie, c’est tout simplement impensable.

- Tu sais bien que la F1 c’est ma vie. La course auto coule dans mes veines. Dès que j’ai un week-end de libre je file faire du karting. Je suis littéralement en manque d’adrénaline quand je ne suis pas dans une monoplace.

- Je sais bien, mais l’adrénaline tu l’as quand tu te glisses entre les cuisses d’une femme.

- Dylan ! Cette conversation est terminée !

Je me lève, faussement choqué, le salue d’une accolade amicale et sors de son bureau. Mon agent et ami est un malade !

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