Ça ne fait que commencer

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Une longue et épuisante marche m’attend. Avec l’absence d’eau et de nourriture, il y a de fortes chances que je n’atteigne jamais Respine, ma destination. Ne m'étant jamais aventuré en dehors de ma maison et des champs, je resterai à proximité du chemin que suivait mon père.

Je regarde une dernière fois les ruines de ma maison, et mes champs avant de lever le camp. C’est avec les larmes aux yeux que je me prépare à vivre un calvaire, une situation à laquelle je ne me suis pas préparé. Je vais prendre quelques pommes de terre avant de partir, elles me rempliront le ventre mais, je n’ai aucune source d’eau pour le chemin. La pluie est non-potable, et j’ignore s’il y aura des ruisseaux sur le chemin. Heureusement les pommes de terre contiennent de l’eau, mais très peu.

Je n’ai pu qu’avoir douze petites pommes de terre, le reste a péri dans l’incendie.

Je me suis mis en route pour de bon. Pour le moment le temps est agréable, il ne fait ni trop chaud ni trop froid, autant dire que tout commence plutôt bien. Le chemin et très poussiéreux, parfois même troué à certains endroits, je dois faire attention à là où je pose mes pieds. Se casser le pied ou une jambe avec des trous dépassant parfois la longueur d’un mètre de diamètre, est vite arrivé.

Le soleil commence à se coucher. J’ai déjà bien avancé aujourd’hui, je n’ai pas vu le temps passer. Assis à côté d’un arbre, j’essaye d’allumer un feu comme mes parents me l’avaient appris. Des feuilles séchées et un bâton sur lequel je dois exercer un frottement afin de chauffer les feuilles. Cependant rien ne passe comme prévu, le soleil a laissé place à la nuit et au froid, ça fait deux heures que j’essaie de faire un feu pour faire cuire mes pommes de terre, le résultat est nul, de plus je commence à avoir soif, je crois que mes ennuis commencent à arriver. Je frotte trois de mes douze pommes de terre contre ma veste, elles me serviront de diner. C’est un maigre repas mais je dois garder que quoi manger pour encore deux jours. Des pommes de terre crues ce n’est pas agréable à manger mais mon ventre lui me fait savoir qu’il est satisfait de petit repas. Avant de dormir, je me recouvre de feuilles, et de branches mortes, elles me serviront de couverture, les nuits sont glaciales, le risque d’hypothermie est fort si je ne m’abrite pas.

Je n’arrive pas à m’endormir. Le froid, les bruits qui rôdent autour de moi, et le choc qui demeure toujours en moi. Il n’y a rien à faire pour le moment, je dois arrêter de m’apitoyer sur mon sort si je veux rester en vie, laisser le passé derrière moi et espérer trouver de l’aide et une nouvelle vie à Respine. Je bouge de gauche à droite en essayant malgré les branches et les feuilles de me réchauffer. J’ai compris qu’il n’y a rien à faire, je ne peux pas dormir dans ces conditions, alors malgré l’obscurité je continue ma route en pleine nuit. Je marche dans les bois à côté de la route les bras croisés pour essayer de me réchauffer. La soif se fait sentir, après une dizaine de minutes, ma seule source d’eau est enfermée dans les pommes de terre. Je ne peux pas me permettre d’en manger quelques une pour boire. Je dois chercher une rivière, un courant, une flaque n’importe quelle eau fera l’affaire, potable ou non.

La nuit empêche toutes recherches. J’attends donc le lever du soleil pour essayer de trouver un point d’eau. C’est vrai que la forêt paraît morte, pas d’animaux, les arbres ne produisent plus de feuilles, j’espère que le manque d’eau n’est pas la cause de ça.

Les premiers rayons de soleil commencent à apparaître, je sens déjà leur chaleur frapper ma peau. Ce petit détail me fait un bien fou. En attendant le lever complet du soleil je prends une petite pause en m’assoyant à côté d’un arbre. J’apaise légèrement ma soif en mangeant une pomme de terre. Le soleil est levé, pas de temps à perdre. Je vais chercher un point d’eau tout en continuant à avancer à proximité du chemin. Je ne perds pas la route de vu, les arbres se ressemblent tous, je n’ai pas de point de repère.

J’ai cherché pendant plus de deux heures, en vain. Mes jambes souffrent, je ne peux plus continuer dans ces conditions, il me faut de l’eau et vite. Je n’ai pas le choix pour le moment, je mange mes pommes de terre, sans m’arrêter j’en avale cinq pomme de terres, je n’ai même pas pris le temps de les savourer. Après avoir laissé mes jambes se reposer une bonne heure, je repars à la recherche d’eau. En passant un côté d’un rocher, j’ai remarqué un groupe, de petites boules blanches avec une tige enfouie dans le sol. Je n’ai jamais vu de telles choses auparavant. Il y en a une douzaine. J’en cueille une, elle est très légère, j’ignore si c’est comestible ou non, mais il faut bien que j’essaie, il ne me reste que quatre pommes de terre, autant dire plus rien du tout. Je prends le risque de la manger. Un goût très juteux, elle fond dans la bouche, en plus il y a beaucoup d’eau. Je n’ai pas cherché à comprendre, j’ai commencé à en manger cinq autres, elles m’ont bien désaltérée. Ça fait un bien fou d’avoir le ventre plein. Ce qui m’a fait le plus plaisir c’était de découvrir un nouveau goût.

Je rejoins le chemin pour reprendre sérieusement la marche. Le soleil va bientôt se coucher. Je suis très épuisé, n’ayant pas dormi la nuit dernière, j’espère pouvoir trouver le sommeil cette nuit. Je n’arrive pas à laisser les yeux ouverts plus longtemps. Je m’allonge donc à côté d’un arbre avant de m’endormir. Le soleil ne s’est pas encore couché.

Le lendemain, je ne réveille avec une migraine, je ne sais pas ce qu’il s’est passé cette nuit, mais je ne me sens pas très bien ce matin. J’espère que c’est passager, j’ai peut-être dû attraper froid durant la nuit. C’est mon troisième jour dehors, ça devrait être le dernier. Je suis impatient d’y arriver, je ne supporte plus la route, de plus je viens de manger mes dernières pommes de terre. Je garde les petites choses blanches que j’ai trouvées hier. Je ne remets en route. J’essaie de marcher droit malgré la migraine qui me dévore la tête, Respine ne devrait plus être très loin maintenant.

Le soleil ne me réchauffe pas aussi fort qu’hier, en regardant le ciel, j’ai remarqué de gros nuages noirs qui cachent le soleil. Ce n’est pas bon signe, un orage se prépare.

J’essaye de me dépêcher, je ne peux pas me permettre de m’arrêter une journée à cause de l’orage. Les nuages se rapprochent doucement, en regardant le ciel, je n’ai pas vu le trou qui se trouvait devant moi, je tombe dedans. Heureusement il n’est pas profond, je peux y sortir sans difficultés, mais mes chaussures ont pris un coup. Les semelles se sont complètement décollées. Je ne peux plus marcher avec elles. Je sors du trou les pieds nus je n’ai rien de cassé heureusement pour moi, mais je dois être plus vigilant à l’avenir.

Les premières gouttes de pluie commencent à tomber. Je ne peux pas rester sur le chemin la poussière devient vite de la boue au contact de l’eau. Je continu donc à travers les arbres. A chaque fois que je pose un pied à terre, je sens les bâtons et les cailloux, ils me font très mal. J’avance vraiment très lentement, la pluie commence à devenir de plus en plus forte, transformant le chemin en un champ de boue. Les premiers éclairs commencent à se faire entendre. Les arbres n’arrivent plus à me protéger de la pluie, je me retrouve très vite trempé. Je n’avais jamais vu un orage d’une telle intensité auparavant. Très vite les nuages ont pris possession de tout le ciel, on se croirait en pleine nuit. Je m’arrête, je suis essoufflé. Je cherche dans mes poches les petites choses blanches pleines d’eau, mais je ne l’ai trouve pas. Les aurais-je mangées sans m’en rendre compte ? Ou peut-être les ai-je faites tombé dans le trou tout-à-l’heure ? Je n’en sais rien.

Je n’ai plus de vivre, la pluie tombe ressemble à une cascade, l’orage a rendu cette route, qui était limite tolérable en enfer. J’ai marché cinq ou six heures depuis que la pluie s’abat sur moi, mes pieds sont en sang à force de marcher sur des cailloux pointus, je n’arrive plus à marcher. La faim et la soif sont trop imposantes pour continuer. Je me pose contre un arbre pour souffler un peu. En regardant autour de moi, j’ai aperçu de la lumière entre les arbres en face. C’est un feu c’est sûr. Je réuni mes dernières forces pour continuer la marche, malgré l’enfer qui s’abat sur moi. Je me lève, la douleur dans mes pieds est tellement imposante que je ne la ressens même plus. Je rejoins la route, la pluie l’a transformé en bain de boue. En posant mon pied dedans, c’est toute la moitié de ma jambe qui s’enfonce dans la boue. J’essaye de la sortir, je mets toute la force que j’ai dans les bras, j’ai tiré, tiré et encore tiré. J’ai enfin réussi à la sortir, je ne sais pas combien de temps j’ai pris. La pluie est impitoyable, je n’arrive plus à rester sur mes deux jambes, mes mains viennent vite soutenir mes jambes pour marcher. Je vois la lumière s’approcher très lentement, je gagne du terrain. J’ai franchi le dernier virage, je peux apercevoir la lumière qui sort de la fenêtre d’une maison. Je ne sens plus mes jambes, ni le froid, ni la faim et la soif qui me rongent l’estomac. Mes mains tirent tout mon corps vers le village. Je dirige le peu de force qui me reste vers mes cordes vocales avant de crier « au secours » en espérant que quelqu’un a entendu mon appel avant de m’évanouir.

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