Alik le Fort

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Alik est le dieu de la guerre et était également autrefois le dieu de la chasse. Il a laissé ce deuxième rôle à Akura, le fils qu'il eut avec une humaine, quand ce dernier commença à manifester ses pouvoirs divins. Fils de deux des dieux primordiaux, Ekayee et Melunet, Alik a aussi un frère, Alanet, et une sœur, Aloui. La fratrie étant venue au monde après l'apparition des humains sur Vadkraam, certains pensent que ce sont les croyances des hommes en des forces supérieures qui ont permis la création de ces nouveaux dieux. La filiation entre les dieux serait donc plus spirituelle que charnelle, et se serait faite par l'intermédiaire des humains, à qui Melunet donne un corps et Ekayee un esprit. À cette théorie, les prêtres répondent simplement que les hommes n'avaient aucune idée de l'existence des dieux avant que Ekayee ne vienne sur Vadkraam pour la leur révéler, et qu'à ce moment tous les dieux existaient déjà, et n'avaient pas eu besoin des humains pour cela.

Quoi qu'il en soit, les fonctions divines de Alik sont directement liées aux humains et aux autres peuples civilisés de Vadkraam. Les autres espèces animales, qui ne réfléchissent pas aux dieux, n'ont aucune velléité à la guerre. Avant que les hommes ne se soient suffisamment développés pour disputer leur territoire aux autres espèces ou à leurs semblables, Alik était un jeune dieu tempétueux et impulsif. Il parcourait le ciel et la terre en compagnie de ses frères et sœurs, et avait coutume de leur lancer des défis. Il souhaitait ainsi démontrer sa supériorité dans tous les domaines. Un jour, il s'avança vers l'une des trois boules de feu que le Grand Démiurge avait laissées dans le ciel de Vadkraam, arguant que ses pairs n'oseraient jamais s'en approcher d'aussi près. Las de ses vantardises, Alanet et Aloui l'imitèrent. Piqué au vif, Alik se saisit sans ambages de sa boule de feu et proclama que lui seul était capable de les faire bouger. Mais les deux autres s'étaient pris au jeu, et eux aussi parvinrent à déplacer les gigantesques sources de lumière. Enhardis par leurs propres pouvoirs, les trois dieux se lancèrent dans une course autour du monde pour voir lequel d'entre eux emmènerait son fardeau le plus loin.

Malheureusement, ce qui devait n'être qu'un simple jeu provoqua de lourds bouleversement dans l'équilibre du monde. Lorsque les trois dieux s'éloignèrent de Vadkraam, le monde se trouva privé de lumière et de chaleur. De nombreuses plantes et de nombreuses bêtes périrent rapidement. Les tribus primitives des premiers hommes furent prises de panique, et beaucoup se tuèrent ou tuèrent leurs congénères dans leur folie. Mais encore plus graves furent les dégâts provoqués dans le monde souterrain. Ce fut Alik qui plongea le premier à travers la chape de nuages qui séparait les deux mondes. Les nuages furent balayés par la chaleur, et pour la première fois la lumière pénétra dans le monde des esprits. Celle-ci était si intense qu'une grande majorité des esprits fut immédiatement et irrémédiablement détruits, complètement effacés de la réalité. Alik se rendit compte de ce qu'il avait provoqué, mais trop tard pour empêcher son frère et sa sœur de répéter sa terrible erreur. Alors que ces derniers pénétraient à leur tour dans le royaume des morts, ils entendirent tous trois la plainte terrible lancée par le maître des lieux. Malgré son caractère emporté, Alik ressentit la même peur que ses frère et sœur face à la colère de ce dieu primordial. Il s'enfuit le plus rapidement possible avant l'arrivée de Yembet, mais s'assura néanmoins que Aloui et Alanet soient sortis avant lui du royaume des esprits. Les trois jeunes dieux trouvèrent refuge auprès de leur père, qui les cacha sur le royaume de Vadkraam avant que Yembet ne les rattrape. Le dieu de la mort voulut les faire payer pour leur faute, mais Melunet prit la défense de ses enfants et Ekayee proposa un compromis. Yembet renonça à sa vengeance, mais l'accès à son royaume était dorénavant fermé aux autres dieux.

  Une fois le danger passé, Alik retrouva sa verve et commença à rejeter la faute sur son frère et sa sœur. Alors que Aloui s'emportait à son tour et que Alanet reconnaissait humblement ses torts, leur père entra dans une froide colère qui les réduisit tous au silence. Il leur fit comprendre à tous trois que leur bêtise avait failli détruire le monde tout entier, et qu'il était temps qu'ils apprennent à respecter l’œuvre du Grand Démiurge. Pour cela il leur confia à chacun l'une des trois boules de lumière qu'ils avaient volées, ainsi que la charge d'une espèce qui commençait à croître sur Vadkraam, les humains. Aloui fut désignée pour créer les enfants des hommes, comme le faisait son père jusque là, et Alanet se chargea de les éduquer et de les civiliser, afin qu'un esprit de justice et d'équité guide leurs actions. D'abord réticent à la punition, Alik se prit rapidement d'affection pour ces créatures qui possédaient une forte résilience et un esprit combatif se rapprochant presque du sien.

 Il entreprit alors de les rendre plus forts, autant individuellement qu'en tant qu'espèce. Il leur apprit d'abord à chasser plus efficacement, afin de se défendre de leurs prédateurs et d'acquérir plus de force. Puis quand les clans se multiplièrent, il leur apprit l'art de la guerre pour qu'ils puissent se disputer les territoires et que les plus doués et les plus puissants dirigent les autres. Lors des premières grandes guerres qui secouèrent le monde, Alik descendit même sur la terre pour combattre aux côtés des humains, notamment dans la guerre qu'ils menèrent contre les bentous. Ce fut le jeune dieu qui exhorta les humains à épargner les dernières tribus d'hommes sauvages, craignant de froisser son père Melunet qui avait pris en charge la destinée des bentous. Lors du temps qu'il passa sur Vadkraam, Alik partagea avec les humains de nombreuses batailles, de nombreuses ripailles, et de nombreuses couches. Bien des femmes souhaitèrent passer la nuit en sa compagnie, et bien des hommes lui offrirent leurs filles ou leurs femmes en cadeau. Mais il en fut une qui trouva bien plus de grâce à ses yeux que toutes les princesses que tous les chefs de clans lui présentèrent.

 Elle s'appelait Eykuni. Elle n'appartenait pas à une noble famille, mais elle était une redoutable combattante. Certaines légendes disent même qu'elle aurait fait plus de victimes sur le champ de bataille que Alik lui-même. Tous deux s'aimèrent passionnément et elle lui donna un fils, Akura, qui partageait la nature divine de son père, bien que n'ayant pas le même pouvoir que les dieux plus anciens. Alik demeura parmi les hommes aussi longtemps que dura la vie de son aimée. Lorsqu'elle parvint au crépuscule de sa vie, Alik invoqua Yembet en personne, lui présentant très humblement ses excuses pour ses fautes de jadis, et l'implorant d'accueillir Eykuni en son royaume pour l'éternité. Un trou béant s'ouvrit aux pieds de Alik et des nuages s'élevèrent de ses entrailles. Au milieu des volutes émergea une haute et large silhouette vêtue d'habits sombres et le visage caché par un voile noir. Elle s'approcha silencieusement de Alik et tendit la main vers Eykuni. Le dieu de la guerre demanda une assurance que sa compagne serait bien traitée. Pour toute réponse, Yembet tourna lentement la tête vers lui, souleva le voile de son visage et lui adressa un regard lourd de ses orbites vides. Alik baissa la tête et s'agenouilla devant le dieu de la mort. Il prit ensuite la main de Eykuni dans la sienne et lui exprima son amour une dernière fois. Lorsque Yembet souleva l'humaine dans ses bras, Alik sentit la vie la quitter instantanément. Il resta à genoux tandis que son amour disparaissait dans le monde des esprits et que la terre se refermait sur elle.

 Alik quitta le royaume des hommes ce jour-là et n'y revint pas pendant de longs siècles. Il emmena avec lui son fils, Akura, qui devint par la suite le nouveau dieu de la chasse. Malgré tout, Alik reste le dieu de la guerre et le protecteur des guerriers valeureux au combat. Il est également considéré comme le gardien de la famille royale des humains pour deux raisons. D'abord parce que cette famille a conquis son pouvoir sur le champ de bataille lors des grandes guerres du royaume. Ensuite parce que Alik est le gardien d'un des trois soleils, le premier à se lever, et que ce soleil est un des symboles de la famille royale, qui se doit de guider et protéger son peuple.

 Il existe une légende sur les soleils qui illuminent le ciel de Vadkraam. Il est dit que tous les matins Alik chasse la nuit du dieu Enerof et se sert du soleil qu'il porte pour brûler la toile des rêves que le dieu-loup a tissé et qu'il tente de montrer à la déesse Ekine. Ekine qui décline ses avances et qui fuit donc avec son soleil chaque soir pour échapper au dieu à tête de loup. Alik agit donc de la sorte envers Enerof pour protéger Ekine, mais aussi par jalousie car lui-même voudrait avoir les faveurs de la déesse.

 Alik est un des dieux majeurs du panthéon de Vadkraam. Il est donc représenté très souvent et un peu partout. En revanche les familles nobles, les grands seigneurs du royaume, n'ont pas le droit de choisir ses attributs comme emblème, car il est le dieu protecteur de la famille royale. On trouve des temples qui lui sont dédiés dans toutes les villes de grande et moyenne importance, et les religieux des petits villages connaissent toutes les prières rituelles qui lui sont adressées. Alik possède également des autels à sa gloire dans toutes les casernes et baraquements du royaume. Les soldats, les chevaliers et par extension toute personne qui doit se battre pour une raison ou une autre, adressent une prière à Alik avant de partir au combat. Il est dit que Alik reconnaît les guerriers les plus valeureux et demande à sa mère Ekayee en personne d'écrire des chansons narrant leurs exploits, et aussi que le dieu de la guerre peut retrouver ceux tombés au combat dans le monde des esprits et les convier à de grands banquets en sa compagnie. Alik est représenté comme un homme fort, aux cheveux et à l'épaisse barbe blonde, au teint hâlé et au port altier, presque hautain, et portant une armure dorée avec un soleil sur le poitrail. Par tradition les nouveaux soldats doivent donner en offrande à Alik une goutte de leur sang et un peu de métal, souvent arraché à leurs armes d'entraînement ou récupéré chez l'artisan qui a forgé leurs armes. Les autres gens du peuple sacrifient aussi des animaux à Alik, souvent des gros animaux dont ils se partagent ensuite la viande pour faire la fête, tandis que le sang de l'animal est recueilli dans des jarres positionnées devant l'autel du dieu de la guerre. Les humains brûlent aussi des étoffes et des tapisseries lors des cérémonies annuelles en l'honneur de Alik, en écho à sa rivalité avec Enerof.

 Les hommes ont simplement nommé Alik le Fort, et ont donné son nom au quatrième mois de l'année, Alikë. Ce mois marque le début de l'été, avec les soleils qui chassent les froideurs de l'hiver comme Alik chasse la nuit.

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