4.1

6 minutes de lecture

>>> 20/02/2551 – 07h24 <<<

Au petit matin, la longue nuit éridanienne touchait à sa fin. Le soleil était rasant et diffusait une belle lueur rosée à l’horizon. On l’appréciait assez nettement sur l’image du visiophone – préalablement hacké pour des cas de ce genre – que j’essayais d’imposer à la conscience encore endormie de ma propriétaire.

Parce que ouais, au-delà des jolies couleurs du ciel, y avait surtout un grand type, large d’épaules, avec des yeux cybernétiques blancs, des tatouages tribaux dans le cou et un putain de rafaleur en main devant sa porte.

Je le voyais depuis un moment vérifier le numéro de chaque chambre devant laquelle il passait et y avait pas besoin d’être une Intelligence Restreinte très développée pour comprendre que ça puait. Donc conformément aux instructions d’Ash, j’essayais de la réveiller.

La projection d’images via notre interface neurale et l’activation de ses implants de combat ne suffisant pas, je dus employer les grands moyens et surcharger ses sens d’informations dérangeantes – à savoir du rap autotuné.

— Putain… qu’est-ce que… émergea la spectre avant de réaliser ce qui se passait. Oh merde !

La jeune femme – vêtue en tout et pour tout d’une simple petite culotte – eut tout juste le temps de rouler sur le côté pour tomber sur la moquette poussiéreuse de sa chambre avant que l’enfer ne se déchaine dans un fracas assourdissant.

Le matelas – désormais vide – fut littéralement déchiqueté par la longue rafale, tandis que le mur du fond volait en éclat, criblé de balles explosives.

Ash, elle, baissait évidemment la tête. Le type à la porte arrosait large, mais heureusement pour la spectre, celle-ci se trouvait au pied de la fenêtre et donc dans l’angle mort du tireur.

Lorsque le chargeur de ce dernier fût enfin vide, un silence de plomb s’abattit sur la chambre. Quelques morceaux de mousse issue du matelas retombaient en virevoltant dans le calme, aucun autre mouvement n’était visible.

Puis la porte s’ouvrit brutalement – après un bon coup de pied, certainement – et Ash bondit seins à l’air sur l’intrus qui venait d’entrer pour confirmer le résultat de son travail.

Profitant de la surprise, la spectre réussit l’une de ces clés de bras dont elle avait le secret et désarma le tireur, récupérant du même coup le rafaleur en main.

Elle pressa la gâchette sans attendre la réaction de son adversaire, mais l’arme était équipée d’une sécurité biométrique. Rien ne se passa.

— Fait chier ! eut à peine le temps de pester la jeune femme avant que la brute ne l’écarte avec force en lui faisant percuter le montant de la fenêtre.

Elle grimaça de douleur en se redressant. Ash voyait qu’elle ne faisait pas le poids physiquement alors elle balança le rafaleur – qu’elle ne pouvait de toute façon pas utiliser – à l’autre bout de la chambre – pas très loin, donc, mais bon – et se jeta sur le lit dans l’espoir de récupérer son propre flingue – resté quant à lui caché sous ce qui subsistait de son oreiller.

Seulement le type était rapide – bien plus qu’Ash ne l’imaginait – et il la chopa par le cou en plein vol avant de revenir la plaquer à nouveau contre la fenêtre – que la spectre entendit d’ailleurs se fissurer à l’impact.

Maintenue à quelques centimètres au-dessus du sol, la jeune femme sentait la puissante poigne de son adversaire se serrer de plus en plus autour de sa gorge. La pression lui montait à la tête et elle avait déjà du mal à respirer.

Heureusement, ses mains Goliath lui donnaient pas mal de force dans le poignet – suffisamment pour réussir à écarter les doigts de son agresseur et le faire lâcher prise en tout cas.

— Putain d’enfoiré, cracha la spectre en reprenant son souffle.

S’ensuivit un échange de coups aussi rapide que violent.

Ash n’avait pas le temps de réfléchir. Elle était acculée et se retrouva vite sur la défensive, à dévier les attaques de son adversaire sans parvenir à riposter efficacement. Pire, chacune de ses tentatives offrait à son ennemi une ouverture qu’il s’empressait d’exploiter.

C’est d’ailleurs comme ça que sa tête se fut brutalement envoyée de côté par un bon crochet des familles, immédiatement suivi d’un coup au sternum – qui donna à la jeune femme l’impression de décoller du sol l’espace d’un instant.

Sonnée et déstabilisée, elle ne put rien faire d’autre que de protéger son visage et sa poitrine à l’aide de ses bras, laissant ainsi ses flancs et son ventre exposés.

— Mange, salope ! grogna la brute en frappant sous la garde de la spectre.

Chaque impact lui faisait un mal de chien. Même avec son ossature renforcée, elle craignait qu’il ne lui casse quelque chose si cela continuait.

Cela dit, Ash, ça reste une dure à cuire et elle est pas du genre à se laisser faire sans réagir.

Au moment où elle allait encaisser un nouveau coup, elle envoya une béquille dans la cuisse de son adversaire. À défaut de lui faire vraiment mal - encore que –, elle le déséquilibra suffisamment pour pouvoir se jeter sur lui, lui choper l’arrière du genou et le faire lourdement chuter au sol avec elle.

Le type repoussa Ash du pied avec une telle force que la spectre se retrouva projetée sur le matelas les jambes par-dessus la tête.

Lorsqu’elle se redressa, sa poitrine se soulevant et s’abaissant au rythme d’une respiration haletante – je mets ça comme ça, car mon programme IReporter semble penser que ça peut maintenir le spectateur en haleine –, elle vit la brute se ruer sur son arme.

— Et merde…

Il était trop tard pour qu’Ash récupère son propre flingue ou tente encore de le désarmer. Alors elle prit le peu d’élan qu’elle pouvait et plongea à travers la vitre déjà bien fragilisée de la chambre.

Elle se réceptionna par une roulade au milieu des débris – tout en râlant – tandis qu’une volée de balles tirées en aveugle se mettait à traverser la trop fine paroi du motel.

Sans chercher plus loin, la spectre sauta par-dessus la rambarde avant de foncer un étage plus bas vers son Aurora Exodus.

Elle enfourcha la moto au moment même où la brute apparaissait sur la passerelle. Elle quitta la scène en roue arrière - et en petite tenue – alors qu’une pluie de balles s’écrasaient tout autour d’elle sur le bitume.

La jeune femme se redressa – sans s’arrêter – deux rues plus loin et remarqua enfin l’icône qui clignotait dans son champ de vision augmenté.

— Merde, Ash, ça va ? s’inquiéta Keren lorsque la spectre accepta son appel.

— Ouais, ouais, t’en fais pas, je m’en suis tirée… Mais toi, fait pas le con et reste planqué, d’accord ? lui répondit-elle avant d’ajouter d’une voix hésitante : Enfin… tiens-toi quand même près, au cas où il vienne te rendre visite.

— Ah, bravo, c’est rassurant… râla gentiment le hacker dans une tentative pour évacuer un peu le stress.

— Oui, bah, hein… rétorqua Ash faute de mieux.

— Bon, sinon tu me racontes ? C’est quoi ce bordel ?

— Un connard est venu me réveiller, expliqua la jeune femme. Du genre grand, balaise, avec des yeux blancs et des tatouages tribaux dans le cou.

— Ça ressemble à la description du type dont parlait la voisine de Shinner… fit remarquer Keren.

— Carrément, ouais.

— Au moins, s’il veut t’empêcher d’avancer, c’est que la piste devient chaude… philosopha le hacker.

— Chaude, chaude… c’est pas toi qui fait de la moto en petite culotte.

— J’ai vu ça ouais, approuva Keren.

— T’as apprécié le spectacle, j’espère.

— J’ai tout filmé, s’amusa-t-il. Bon, et sinon, on fait quoi maintenant ?

— Ben, je vais déjà commencer par me racheter des fringues… trancha la spectre. Y a des boutiques ouvertes à cette heure-ci ?

— Ouais et après ?

— Après y me faudra aussi un nouveau flingue et je pense qu’on sera bon pour rendre visite à notre légiste…

Annotations

Vous aimez lire Daegann ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0