3.3

5 minutes de lecture

>>> 19/02/2551 22h13 <<<

Une demi-heure de trajet mena Ash et Keren aux abords d’une petite enclave résidentielle en périphérie de Yankton City. C’était un coin pas trop crade où Nexwave Investment logeait une partie de son personnel – comprendre, ceux qui ne pouvaient prétendre à une villa ou une place dans un lotissement de White View Valley, à Whiteopia.

Keren se gara juste en face, devant une supérette 24/7. Lorsqu’il coupa le contact, Ash était déjà en train d’enfiler son respirateur, après quoi elle sortit “se promener”. Le quartier était calme pour l’heure.

Le hacker, lui, resta dans la voiture. Il s’introduisit sans encombre dans le réseau sécurisé de l’enclave – qui n’était pas si sécurisé que ça… En même temps, y a plus sensible comme installation.

Bref, une minute plus tard, Keren était près à couper les détecteurs et effacer la présence de son amie sur les caméras – et plus généralement à assurer les arrières de celle-ci.

— Tu as le champ libre, ma belle ! déclara-t-il avec le sourire.

— T’en as mis du temps… le provoqua gentiment Ash en retour.

— C’est ça… En attendant, c’est à toi de jouer.

La spectre ne se fit pas prier. Elle jeta un rapide coup d’œil aux alentours pour s’assurer qu’il n’y avait pas de témoins, puis, presque sans élan, escalada un abribus avant de sauter directement dans l’enceinte résidentielle… où elle dut vite se cacher derrière un local technique pour ne pas être vue par un livreur de bouffe daeyaméenne qui passait par là.

— C’est quand même con de devoir se planquer comme ça alors que tout le monde entre et sort d’ici comme il veut, fit remarquer Ash via son interface neurale tandis que le livreur s’éloignait.

— Entrer comme tout le monde aurait voulu dire badge visiteur…

— Ouais… et toutes les caméras auraient été braquées sur mon cul le temps que Stur rapplique, je sais. Je dis juste que c’est un peu ridicule…

— Après, c’est toi qui fais pas confiance à ton enquêteur, lui rétorqua Keren tout en détournant un drone qui patrouillait dans le périmètre.

Là, ma programmation IReporter m’incite à rappeler que se balader sans badge dans une enclave corpo – même résidentielle – ça peut être considéré comme une intrusion et donc comme de l’espionnage industriel – d’où l’importance de pas se faire choper…

— Si tu lui avais demandé gentiment, reprit Keren, il t’aurait sûrement fait visiter.

— C’est pas que je lui fais pas confiance, expliqua Ash en entrant dans une des tours d’habitation, mais la dernière fois qu’il s’est pointé, j’ai pas pu avoir toutes les infos que je voulais. Puis bon, tant que je sais pas qui m’a butée, je préfère pas prendre de risque.

Après avoir évité de justesse un vieux qui sortait, la spectre s’engagea dans les escaliers et commença à grimper. Un étage… après l’autre.

— Putain… râla la jeune femme en passant le palier du sixième. T’aurais quand même pu me laisser prendre l’ascenseur…

— Fallait pas perdre au jeu des syllabes tout à l’heure… rétorqua Keren. Et fais gaffe quand t’arriveras au douzième, y a un gardien dans le couloir.

— Super, se plaignit Ash entre deux respirations appuyées. Ça doit être sa seule ronde de la soirée… et on tombe pile quand il vérifie l’étage qui nous intéresse.

— Tu connais la loi de Murphy… s’amusa le hacker. Mais t’en fais pas, je l’ai attiré ailleurs, tu peux y aller.

La jeune femme quitta les escaliers le souffle court – et les jambes lourdes – pour se retrouver un peu plus loin face au verrou magnétique de l’appart de Winsman, un verrou indépendant du système de sécurité de l’enclave que Keren ne pouvait ouvrir à distance.

— OK, j’ai compris, soupira Ash.

La spectre activa son coprocesseur et visualisa immédiatement les nœuds environnants dans un coin de sa conscience. Parmi eux, elle n’eut aucun mal à repérer celui qui l’intéressait.

Après avoir contourné la sécurité basique du maglock, Ash pénétra dans ce qui ressemblait à un appartement typique de célibataire corpo : murs blancs presque immaculés, meubles sobres et fonctionnels et un peu de bordel ici et là.

La pile d’emballages vides dans l’entrée qui attendait d’être sortit, la bassine de linge – propre ou sale, Ash ne voulait pas savoir – posée dans un coin du salon ou encore les objets variés entassés en vrac sur le canapé laissaient penser que Winsman n’était pas un adepte du ménage. Pourtant, il régnait ici une forte odeur de désinfectant.

L’appartement n’était pas très grand et il ne fut pas compliqué pour la spectre de comprendre que l’odeur venait de la cuisine, laquelle avait partiellement été récurée, ce qui se voyait parce qu’un côté du petit îlot central était bien plus brillant que l’autre… En plus, les plans de travail étaient nickel et la plupart des objets qui devaient se trouver dessus baignaient maintenant dans un évier rempli de javel.

— Putain… lâcha Ash. Tu penses comme moi ?

— Regarde dans les coins, derrière les meubles ou ce qui n’a pas été déplacé, lui conseilla Keren via leur liaison sécurisée. Si c’est ici que Winsman a été tué, il y a peut-être encore une trace quelque part.

La spectre n’avait évidemment pas attendu pour commencer à fouiller, mais il ne restait rien.

— Ça sert à rien, putain. Y a eu du désinfectant partout. Ça a été fait de façon bourrine, mais le résultat est là…

— OK, alors regarde de l’autre côté de l’îlot, suggéra Keren. Si ça a été nettoyé dans la précipitation, celui ou ceux qui ont fait ça ont pu passer à côté de petites éclaboussures en pensant que ça n’a pas été jusque là.

— Mouais.

Par acquit de conscience, Ash regarda de l’autre côté de la pièce, allant même jusqu’à jeter un œil derrière le radiateur à induction posé au mur… et là ça devient intéressant. Pas parce qu’il y avait du sang ou quoi, mais parce que notre spectre remarqua la présence d’une trappe. Et devinez ce qu’il y avait dedans ?

Comme vous, Ash dut patienter un peu pour le découvrir – bah oui, parce qu’il fallait enlever le radiateur avant de pouvoir regarder à l’intérieur –, mais lorsqu’elle l’ouvrit, elle ne fut pas déçue : la cache contenait une petite dizaine de comlinks, dont parmi eux…

— Putain, mais c’est à moi, ça !

La jeune femme se dépêcha de sortir l’appareil. Il n’y avait aucun doute, c’était bien le sien – et donc mon moi originel en quelque sorte… enfin en moins performant, évidemment, mise à jour oblige.

— Ils sont tous éteints, j’imagine, devina Keren. Tu peux les allumer, qu’on voit s’ils peuvent nous apprendre quelque chose ?

Ash s’exécuta, terminant non sans une certaine appréhension par son ancien comlink.

À peine connecté à l’interface de celui-ci, un message RA apparut dans son champ de vision, lui indiquant qu’ayant été déclarée disparue, elle devait patienter jusqu’à l’arrivée des autorités.

— Chier ! pesta la spectre.

— Qu’est-ce qu’il y a ? s’inquiéta Keren.

— Shinner était portée disparue, expliqua-t-elle en éteignant l’appareil à la hâte. Mon comlink envoie un genre d’appel de détresse aux flics en leur donnant ma position…

— Gotcha. Les autres aussi, déclara le hacker. J’ai dupliqué leur signal aux quatre coins de la ville, mais ils vont vite comprendre. Tu ferais mieux de te barrer fissa.

Ash ne se fit pas prier, elle ramassa les comlinks, sortit de l’appart et regagna la voiture de Keren sans se faire griller – ni par le vieux qui revenait chez lui, ni par un drone, ni par le couple qu’elle avait pas vu, mais qui était de toute façon trop bourré pour la remarquer.

Annotations

Recommandations

Aspho d'Hell
Début de quelque chose...
93
307
236
25
Kost .
Entre complots et coups bas, vous pourrez suivre la famille Devràn et la cité nation dans
une lutte quotidienne pour un lendemain.

[Résumé à venir ]

[ Club Valentine ]
136
199
1351
225
Borghan
Né à Del'Ashaan, capitale de l'Empire Sous Le Ciel Ashaanide, Ravik est l'héritier de la plus puissante Maison noble, la Maison Abelam. Alors que s'achèvent ses études à l'Académie Suprême, le jour où il sera citoyen impérial à part entière approche. Fiancé à l'une des fleurs les plus éblouissantes de la noblesse, il ne manque plus que sa cérémonie du lien pour parfaire sa grandeur.

Ravik apprécie sa vie d'insouciance dans un monde en paix. Il profite autant qu'il le peut de ses privilèges de naissance. Son sang tout comme sa créature mystique — un spécimen extrêmement rare de tigre bleu à crinière dorée — lui permettent d'ambitionner le sommet du gouvernement. Pourquoi pas Premier Vizir de l'Empereur, un titre longtemps accaparé par son propre père ?

Tandis que sa destinée glorieuse semble toute tracée, il n'envisage pas un instant qu'un unique évènement puisse balayer ses projets et renverser son univers.
31
89
557
58

Vous aimez lire Daegann ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0