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>>> 15/02/2551 – 13h25 <<<

Ash resta la tête collée contre la vitre du taxi-drone une bonne partie du trajet. Pensive, elle regarda la cité tentaculaire défiler devant ses yeux, voie rapide après voie rapide, dôme après dôme. Beaucoup de choses se bousculaient dans son esprit et ce n’est qu’en entrant dans le dôme Ellington que la spectre se redressa.

Rien n’avait changé ici.

Son véhicule longea un moment les tours de verre aseptisées du quartier corporatiste, puis quitta l’expressway pour s’enfoncer dans la crasseuse jungle urbaine d’Auburn Hills, de l’autre côté du dôme.

Les publicités géantes vantant les mérites des derniers NERPS à la mode cédèrent alors leur place aux néons et aux hologrammes aguicheurs des bars et strip-clubs. Plus on s’avançait dans le district, plus la faune devenait hétéroclite. Esclave corpo, travailleurs précaires, sans emploi, immigrés eurasiens et autres marginaux y évoluaient dans une parfaite indifférence. Ici, chacun faisait sa vie en espérant que personne n’y prête attention – ouais, parce que la plupart du temps c’était plus synonyme d’emmerde qu’autre chose.

Lorsque le taxi-drone se gara au pied de l’arco-block H8, Ash se demanda si elle avait fait réparer la clim de son appart entre le moment où son âme avait été numérisée et sa résurrection. C’est que l’amnésie du cyborg – comme on l’appelle parfois – pouvait être handicapante. À cause d’elle, impossible de savoir ce qu’on avait fait avant sa mort, ni qui on avait rencontré, avec qui on s’était engueulé… ou qui nous avait tué, évidemment.

La spectre soupira, se remotiva, puis sortit de son taxi. Elle entra dans l’immense bâtiment semi-autonome et traversa une galerie marchande un peu miteuse dont la moitié des magasins avaient mis la clé sous la porte – probablement parce que les braquages étaient pas si rares que ça dans le quartier, du moins pour ceux qui refusaient de s’offrir la protection du gang local.

Bref, Ash finit par se poser devant les ascenseurs, monta au 17ème étage et se retrouva face à un long corridor surchargé de tag de réalité augmentée – efficacement filtré par mes soins, je tiens à le préciser.

Elle enjamba le junkie en plein trip sensoriel qui se trouvait étendu au milieu du couloir – rien d’anormal là-dedans, je vous assure –, puis rentra enfin chez elle.

Lorsque la porte se referma dans son dos en émettant un petit bip, la spectre balaya du regard l’unique pièce de son appart. Rien n’était tout à fait rangé comme dans son souvenir – et je vous rappelle que, pour elle, c’était comme si elle était sortie quelques heures plus tôt.

Ce n’était pas grand-chose, mais ça restait perturbant : ça donnait l’impression qu’un inconnu était venu foutre le bordel ici pendant son absence, ce qui s’ajoutait à un sentiment de malaise qui ne quittait pas la cyber-revenante depuis qu’elle s’était réveillée à la clinique.

— Aller. Une bonne douche et après je passe voir Keren… songea-t-elle à haute voix pour se donner un but et éviter de se prendre la tête.

La jeune femme enleva son t-shirt, le balança dans le renfoncement qui lui servait de lit, puis retira le reste de ses fringues. Une fois les pieds dans sa douche, elle activa les microjets.

Durant les trois minutes qui suivirent, les minuscules gouttelettes d’eau pulsée massèrent sa peau nue avant de ruisseler le long des courbes finement musclées de son nouveau corps. Très agréable, mais pas suffisant pour lui changer les idées : elle se posait toujours autant de questions.

Pourquoi l’avait-on tuée ? Quel était ce mystérieux contrat de l’EPC devenu tabou ? Risquait-elle encore quelque chose ?

Soudain, l’apparition d’un sifflement électrique la fit sursauter. Sa jonction synaptique auxiliaire s’activa et elle sentit le flux d’adrénaline nano-amélioré se déverser dans son organisme…

Tout ça pour finalement s’apercevoir que la clim – qu’elle n’avait donc pas fait réparer et qui couinait toujours autant –venait de se déclencher.

— Putain ! jura-t-elle.

Elle éteignit les microjets en maudissant la ventilation, puis jeta un coup d’œil à sa consommation d’eau, le tout en s’enroulant dans une serviette de bain.

De ce côté au moins, pas de soucis : son absence depuis trois semaines lui avait permis d’obtenir un léger bonus sur son forfait quotidien. Du coup elle était large.

C’était toujours ça de pris, songea-t-elle.

En tout cas, l’après-midi touchait à sa fin et Ash l’avait bien noté. Si elle voulait voir Keren avant qu’il parte bosser, c’était maintenant.

Elle se rhabilla donc, ressortit dans le magnifique couloir de son arco-block, enjamba à nouveau le junkie en plein trip et sonna chez son voisin. Ouais, on peut pas dire que ça fait un gros trajet…

La porte s’ouvrit sur un homme bien bâti, à la peau mate – probablement dû à de lointaines origines indo-eurasiennes – et possédant une trachée et un bras cybernétique.

— Mmh… je peux vous aider ? demanda-t-il d’un air dubitatif.

— Oh aller, fait pas cette tête, je sais que tu m’as reconnue, lança Ash en poussant celui qui était à la fois son voisin, son informateur et son ami d’enfance – voir plus à l’occasion – pour entrer comme si elle était chez elle.

— Ash ? compris Keren. C’est vraiment toi ? Merde, alors c’est pour ça que tu donnais plus de nouvelles… Qu’est-ce qui t’est arrivée ?

— Ça, c’est ce que j’aimerais bien savoir.

— OK, bouges pas, je vais chercher à boire et tu me racontes tout…

La jeune femme n’avait pas attendu pour prendre ses aises. Elle s’était installée dans le coin salon, bras étendus le long du canapé et pieds croisés sur la table basse.

Pour patienter, elle passa l’appart – plus grand que le sien – en revue et s’arrêta sur la projection murale d’un manifeste accusant certaines corpos de traiter leurs androïdes de façon inhumaine.

— Toujours sur le dos de Yatsutech ? demanda-t-elle en haussant le ton pour que son ami l’entende.

— Ouais… Je suis tombé sur une note interne en allant fouiner dans un de leurs serveurs, lui répondit une voix venant du frigo de la cuisine. J’ai revendu ce qui pouvait l’être sur le deep space, mais ça, ça doit sortir publiquement…

Ash sourit mentalement. S’il y avait bien une chose à laquelle elle pouvait se raccrocher après une résurrection, c’était son ami. Peu importe le temps qu’elle pouvait louper, elle savait qu’il resterait toujours fidèle à lui-même et à ses principes. Et c’était bon, de se sentir en terrain familier.

Perdue dans ses pensées, la jeune femme ne s’aperçut pas tout de suite que Keren l’observait, épaule appuyée contre l’encadrure de la cuisine.

— Quoi ? demanda-t-elle sur la défensive. T’as l’air bizarre…

— Merde, souffla-t-il la mine sombre. Je suis content de te voir, mais en même temps… fait chier quoi.

— Je te le fais pas dire…

— D’un autre côté, reprit-il en retrouvant son habituel ton badin. J’aime bien ton nouveau look.

Ash lui tira la langue et le hacker de sécurité se redressa – oui parce que je vous ai pas dit, mais Keren est un spider, son job, c’est protéger les systèmes informatiques contre des intrusions non autorisées.

— Bon, raconte-moi tout, fit-il en tendant une naav bien fraîche à son invitée.

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