1.2

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>>> 15/02/2551 – 12h37 <<<

Après une nouvelle coupe de cheveux – une half hawk vert-bleu, si vous voulez tout savoir –, le remplacement de ses cyberoptiques par une version où le blanc des yeux était désormais noir – effet intimidant garanti – et un petit passage chez le tatoueur, Ash se sentait déjà mieux dans son nouveau corps. Sa nouvelle apparence lui plaisait bien, elle annonçait la couleur.

Quant à sa nature de cyborg, elle ne se posait pas trop de questions. Elle était vivante, elle était la continuité de la vie d’Ashlee Harper et ça lui allait bien comme ça. En revanche, ce qu’elle ne pouvait laisser passer, c’était la raison de sa mise en veille.

Si quelqu’un lui en voulait personnellement, elle devait le savoir et si c’était lié au boulot, elle devait mettre la main sur son meurtrier, ne serait-ce que par principe. Dans tous les cas, il était hors de question que sa mort reste impunie.

C’est vrai quoi, elle ne se voyait certainement pas crever d’un banal accident à la montagne, surtout en amoureux. Non, son instinct lui hurlait que ça cachait quelque chose de louche et elle avait besoin de savoir quoi.

Du coup, elle s’arrêta à une échoppe de rue, commanda un truc – parce que bon, les sérums nutritifs, ça va bien tant que le corps est en cuve, mais là, concrètement, elle avait le ventre vide – et appela Duncan Snell.

Alors, Duncan – puisque vous devez vous poser la question –, c’est un agent de liaison de l’EPC, la corpo ayant le contrat de sécurité d’Eridania City et de la plupart des villes majeures de la planète. Pour faire simple, son job consiste à jouer les intermédiaires entre la police éridanienne et ses sous-contractants. Autrement dit, il intervient lorsque les flics sont en galère et ont besoin d’un coup de main de la part des spectres… ou pour gérer ces derniers quand ils se mettent à jouer les cowboys en ville. Voilà.

Bref, le vendeur ambulant servit Ash – une brochette de mandras grillés avec des soj-frites – à peu près au moment où Duncan accepta son appel. Alléchée par l’odeur, la jeune femme ne put s’empêcher de mordre sa brochette à pleines dents tandis que l’avatar de l’agent de liaison apparaissait dans son environnement de réalité augmentée.

— Harper…

— Hey ! parvint à répondre la spectre tout en essayant de vite mâcher ce qu’elle avait avalé.

— Nouvelle enveloppe, hein, si j’en juge par ta photo de profil, nota Duncan. J’en déduis que ta disparition a été requalifiée en mort…

— Et ch’est tout che que cha te fait ? demanda Ash la bouche encore pleine.

— T’es là à me parler, non ? rétorqua le policier d’un ton égal.

— OK… murmura lentement la spectre après avoir enfin réussi à déglutir. Bonjour la compassion…

Bien sûr, elle se doutait que Duncan ne serait pas du genre à s’apitoyer sur son sort, mais quand même, il aurait pu faire un minium semblant…

— Et si tu me disais pourquoi tu me contactes.

— Ouais… euh… Je voulais juste te demander comment je me suis éteinte.

— Qu’est-ce que j’en sais ? J’étais même pas sûr que tu sois morte avant ton appel…

— Allez, insista Ash, je sais que t’as accès à mon dossier…

Duncan ne répondit pas immédiatement, probablement pour réfléchir au moyen le plus efficace de se débarrasser de la spectre.

— Bon, OK, céda-t-il finalement. Mais je fais ça uniquement parce que je suis curieux de voir ce qui a bien pu t’empêcher de faire ton boulot…

La jeune femme tira mentalement la langue, fière d’elle, puis s’autorisa à grignoter quelques frites le temps que son contact accède au rapport de police qui la concernait.

— Alors, qu’est-ce qu’on a... Ah, voilà. Sydney Shinner s’est éteinte par… hypothermie ? Pas très glorieux.

— Attends, c’est qui Sydney Shinner ? demanda Ash en levant un sourcil.

— Toi, répondit simplement Duncan. Enfin ta couverture : une vraie fausse ID forgée via le programme de protection des témoins de l’EPC.

— D’accord… et donc, je suis morte comment ?

— Je te l’ai dit, par hypothermie.

— Non, je veux dire, comment je me suis vraiment fait buter ? précisa-t-elle. Pas la version officielle.

— Écoute, t’aurais peut-être préféré crever d’une façon plus spectaculaire, mais c’est visiblement pas le cas, désolé. Et je t’arrête tout de suite, y a pas de version “officieuse” : le rapport est pas de nous mais de NexWave Security, c’est eux qui gèrent la station-bulle de Whiteopia.

— Mouais… fit la spectre, peu convaincue. D’ailleurs qu’est-ce que je foutais là-bas ? Et le type qu’est mort avec moi, c’était un contact ?

— Ça ou un plan cul, répliqua Duncan avec cynisme. Qu’est-ce que tu veux que j’en sache…

— Tu veux dire que c’était pas un de tes indics ?

— Non.

Ash sentait bien qu’elle commençait à agacer son interlocuteur, mais à vrai dire, elle aussi ça la saoulait de ne pas avoir de réponses. Les interrogatoires, c’était pas son truc.

— Mais c’était quoi le job ? demanda-t-elle pour changer légèrement de sujet.

— Ça, ça te concerne plus.

— Euh… et pourquoi ?

— Le contrat n'est plus d'actualité, tout simplement, expliqua Duncan.

— Mais tu peux quand même m’en dire un peu plus, pas vrai ? minauda-t-elle pour essayer d’amadouer l’agent de liaison. Je suis sûre que ça a un rapport avec ma mort… et puis, c’est à moi que t’avais confié le job, à la base, donc j’étais au courant…

— Désolé Harper, je peux pas t’aider, persista-t-il.

— Putain, t’es sérieux ?! s’emporta la spectre, abandonnant de fait son opération séduction. Alors tu vas me laisser comme ça, sans infos ?

— Oui, trancha Duncan. Maintenant, si ça te gêne pas, j’ai du boulot. Je te rappelle quand j’ai un contrat pour toi. Sur ce…

L’agent de liaison raccrocha dans la foulée, laissant Ash seule face à sa brochette entamée.

— Nan mais quel connard ! fulmina-t-elle en donnant un coup de poing rageur au comptoir de la petite échoppe.

Le vendeur ambulant regarda la spectre avec de grands yeux ronds terrifiés – en même temps, vu le look et la réaction de sa cliente, c’était compréhensible – mais n’osa rien dire – ce qui était, là aussi, compréhensible.

Ash souffla un bon coup pour se calmer, termina sa brochette en deux bouchées un peu trop grosses, puis se leva avec humeur et commanda un taxi-drone pour rentrer chez elle, bien décidée à en apprendre plus.

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