Viols

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L’orage sec grondait depuis le milieu de la matinée. Le ciel se zébrait d’éclairs, le vent chaud s’engouffrait dans les couloirs du Centre de Commandement avec une vaillance agressive. L’air vibrait d’une tension fébrile qu’amplifiaient les coups de bélier d’un tonnerre qui se refusait à choisir entre s’essouffler ou devenir tempête.

Enfin, la pluie creva la voûte anthracite. L’eau tomba à grosses gouttes sur le pavé de la cour. Elle tambourina en rafales contre les carreaux de la haute fenêtre derrière laquelle Douglass Ross se tenait. Il observait la course précipitée des malchanceux qui s’étaient fait surprendre par l’ondée libératrice, un sourire involontaire au coin des lèvres. Il était homme à savoir savourer la mélopée assourdissante d’une averse, particulièrement lorsque lui-même était au sec.

« On rêvasse, Ross ? »

La question tira un frémissement à l’échine du soldat qui se redressa au garde-à-vous.

« Madame Elfric », salua-t-il.

La raideur de ses épaules se détendit imperceptiblement. Amalia Elfric, toute officière civile qu’elle fût, avait la confiance des P.M.F.. La sorcière ferma la porte derrière elle et s’installa à l’unique table de la salle de réunion.

« Si nous pouvions rapidement régler ça, j’ai vraiment d’autres choses à faire, proposa-t-elle avec un sourire charmant.

— Bien sûr. »

Amalia sortit un mnémotique et y appliqua un sortilège. Elle y prendrait ses notes sans avoir à agiter un crayon. Le P.M.F. s’installa en face d’elle et disposa un matériel analogue.

« Je vais être bref. La présence du détenu Pierre Tomislav à votre domicile était irrégulière et relève d’un dépassement de vos prérogatives. J’ai été chargé de prendre votre déposition. »

Le cadre d’Amalia émit une très courte lumière pour signifier qu’il transcrivait l’échange. La sorcière pinça les lèvres et hocha la tête en signe de dénégation.

« Même si le centre carcéral ne dépend pas de l’administration Zerflingen, j’ai obtenu une dérogation. Le jeune Tomislav a eu un rôle décisif dans le sauvetage d’un membre du ministère de la Recherche, lors de l’opération de Maison Haute.

— Votre domicile personnel ne saurait être considéré comme un lieu de détention adapté, objecta Ross sur un ton mesuré. D’autre part, d’après les registres, vous avez effectué le transfert du prisonnier avant de formuler votre demande de dérogation. »

Il poussa un soupir et fit un geste vers son support de note pour en suspendre l’usage.

« Je suis désolé, je ne comprends pas pourquoi ils vous emmerdent avec ça. Je vais simplement conclure à une erreur administrative. Maintenant y a-t-il des choses que je doive savoir sur le garçon, puisqu’il se retrouve sous ma responsabilité ?

— Il ne doit pas retomber entre les mains de son frère. »

Ross haussa un sourcil.

« Il va être placé en détention, ça n’est pas pour…

— Vous le savez aussi bien que moi, le coupa Amalia, la prison n’est pas sous le contrôle de mon magistère. D’autres décisions peuvent être prises, Zerflingen peut être doublé. Je le répète : s’il n’est pas sous ma protection, il doit bénéficier d’une surveillance permanente. Nous ne pouvons pas nous permettre de le laisser aux mains de l’Ordre. »

La magistre tourna son mnémotique vers le soldat. Ross se pencha et déchiffra les quelques notes à sa disposition. Il en tira sans mal les conclusions qui s’imposaient : le futur détenu avait une façon inédite d’user de sa magie. Un sorcier était toujours, d’une façon ou d’une autre, relié par un flux continu aux sortilèges qu’il exécutait, pourtant ce jeune homme semblait dispensé de cette contrainte physique. Ross, sans être ni chercheur ni spécialiste, n’avait aucun mal à mesurer la précieuse singularité de cette capacité.

« Il fait cela naturellement, précisa Elfric. Il n’est pas puissant, il n’est pas conscient de son potentiel, mais je suis certaine qu’il peut devenir un élément central des recherches magiques dans les dix ans à venir.

— Ce garçon n’est pas complètement sorcier, n’est-ce pas ?

— Pas complètement, en effet. Pierre est un héliade. Autant dire qu’il n’a pas l’habitude qu’on lui refuse quoi que ce soit…

— Pardon mais… un héliade ? » interrogea Ross avec un froncement de sourcils.

Le terme ne lui disait absolument rien. Amalia sourit.

« Les héliades sont des nymphes mâles. Des créatures assimilées sorcières qui ont un pouvoir de séduction suffisant pour faire changer de bord n’importe quelle personne. Ils sont presque stériles et ne vivent pas vieux… Étrangement, les nymphes et héliades sont très souvent victimes de crimes passionnels…

— Je m’excuse, répondit Douglass Ross après quelques secondes d’un silence pensif, mais de ce fait, comment pouvez-vous être certaine que le gamin ne vous ait pas simplement charmée ? Ce pourrait aussi bien être une manœuvre de son frère pour placer un atout au sein même du centre de commandement…

— Je peux en être certaine parce que je ne suis pas n’importe qui. »

Le soldat eut un infime froncement de nez. Il se redressa, raide, et dévisagea sa supérieure indirecte pendant quelques instants.

« Veuillez m’excuser. C’était une remarque déplacée, répondit-il finalement, d’une voix égale.

— C’est votre métier de penser à cela, je ne peux pas vous reprocher d’avoir posé la question. »

Amalia Elfric récupéra son mnémotique et le fit disparaître d’un mouvement de poignet avant de changer de sujet :

« Du nouveau du côté de votre némésis ?

— J’ai rajouté un cas au dossier, récemment », répondit Ross avec un sourire gêné.

Sa némésis, son serial killer… C’était ainsi que ses collègues et camarades du bureau des enquêtes désignaient le cas sur lequel travaillait Ross.

Peu après la mort de Leuthar, la Fédération avait mis la main sur un certain nombre d’archives ayant appartenu à l’Ordre. La saisie, en plus de dévoiler des transactions entre l’organisation et nombre de sorciers influents au sein du gouvernement, avait mis à jour plusieurs affaires de meurtre.

Ross avait relié certaines d’entre elles. Elles présentaient des similitudes troublantes, au point qu’il avait conclu à la présence d’un serial killer. Un personnage qui s’était employé à éliminer, discrètement, bon nombre de Vestes Grises.

Le P.M.F. avait soutenu cette thèse et obtenu les fonds pour l’enquête deux semaines plus tôt. Amalia faisait partie du jury. Il ne fut pas surpris qu’elle s’enquière de l’avancée de l’affaire.

« Le meurtre date d’il y a trois ans et il a été classé, faute d’éléments pour alimenter l’enquête. Et de personnes pour regretter la victime. Le profil colle parfaitement.

— Je ne comprends pas comment un tel homme aurait pu nous filer entre les doigts toutes ces années. Vos avancées sur le sujet m’intéressent… »

La magistre se leva et passa la main au-dessus de son mnémotique pour en faire disparaître images et textes.

« Si vous parvenez, un jour, à prouver votre hypothèse, bien sûr », conclut-elle avec un sourire amical.

*

Pierre ne dormait pas. Enfermé depuis vingt-quatre heures, il n’avait pas encore réussi à fermer l’œil, angoissé. Assis sur son matelas, le dos sur une tête de lit en bois massif, il regardait une histoire légère sur mnémotique et ne parvenait pas à se concentrer.

Sa cellule s’avérait agréable et plutôt confortable. De larges fenêtres donnaient sur une belle vue de la ville, il disposait d’un vrai lit, d’un réduit pour les toilettes et d’un espace séparé pour la douche. Une véritable chambre d’hôtel… et cela ne lui convenait pas du tout. Ce traitement privilégié, il ne le devait qu’à une chose : s’il sortait de prison, personne ne voulait attirer la vengeance de Fillip.

Pourtant, si l’administration craignait l’Ordre, Pierre savait très bien que tous ses geôliers n’éprouvaient pas ces états d’âme. Amalia l’avait prévenu : il y avait de grandes chances pour qu’il soit tabassé. Un mauvais moment à passer qu’il redoutait.

Quelqu’un poussa la porte. Pierre sursauta. Le P.M.F., un gars d’une cinquantaine d’années, chauve, le visage carré, déposa un plateau-repas à même le sol et lui jeta un regard méprisant. Du bout du pied, il renversa la soupe puis sortit.

Le blond écarquilla les yeux. Renverser sa soupe ? Vraiment ? Quel acte engagé ! Il se releva rapidement, mais il n’y avait déjà plus grand-chose à manger au fond du récipient. Il l’avala d’une traite. Impossible d’en récupérer plus, à moins de lécher le sol. Il ne se sentait pas désespéré à ce point. Il soupira. Avec un sortilège, il aurait pu remettre la soupe dans son bol, cependant la pièce avait au moins une chose en commun avec les autres cellules du centre carcéral : elle privait son détenu de l’usage de la magie.

Pierre se dirigea vers le lit et retira l’une des deux taies d’oreiller, pour éponger le sol. Il entendit la porte s’ouvrir et se refermer dans son dos. Le blond, étonné de cette nouvelle visite, se retourna avec une certaine appréhension.

« Il est minuscule ! C’est vraiment le frère de Fillip ?

— Ouais. Son père était un serial-baiseur de l’Est et s’est tapé la mère de Fillip. C’est bien un héliade. »

Un homme, une femme. Pierre détailla leur uniforme. Tous deux étaient bien placés, sans doute parmi les responsables de la prison. Rien de bien surprenant au fait qu’ils connaissent sa nature pas tout à fait sorcière.

« Bonjour… souffla-t-il, mal à l’aise.

— Bonjour, Pierre. Tu sais pourquoi on est là ? demanda l’homme.

— Parce que mon frère est un criminel recherché, que vous avez perdu des amis et que vous voulez me faire payer ?

— Hum, pourquoi pas… »

La femme rit, doucement, et commença lentement à ôter chaque bouton de sa veste militaire.

« Libère ton charme. »

Le cœur de Pierre manqua un battement. Son regard alla du sorcier à sa collègue. Lui aussi se déshabillait. Tous deux prenaient soin de poser leurs uniformes de façon à ce qu’ils ne se plissent pas.

« Pardon ? »

Il avait très bien compris.

« Libère ton charme.

— Non. »

Pierre recula, affolé. Le sorcier, torse nu, parcourut la distance entre eux et le plaqua contre le mur. L’adolescent voulait crier, alerter quelqu’un, mais il savait déjà que personne ne l’entendrait. Le P.M.F. écrasa sa bouche, glissa sa langue contre la sienne. Le jeune sorcier la trouva molle.

Mords-le ! Mords-le ! Mais son corps ne réagissait pas. Il tremblait, incapable de se figurer le lien entre les mains du fédéral sur sa peau et sa propre situation. Son cerveau refusait tout en bloc. Les lèvres s’écartèrent, sourirent puis articulèrent une formule. Le maléfice fusa hors de son concentrateur, contre le ventre de Pierre. Le jeune homme hurla de douleur.

« Libère ton charme. »

Les entrailles de l’héliade étaient parcourues d’un feu insoutenable. Il céda et libéra son charme. Tout son charme. Le gosse gringalet ressemblait maintenant à un Dieu grec.

« Magnifique », souffla le P.M.F. avec un soupir d’envie.

Pierre le sentait bander contre son ventre.

« Je commence, laisse-le-moi », exigea sa complice.

La femme était nue. Elle repoussa l’autre et murmura un sortilège. L’adolescent se retrouva immobilisé, les bras attachés à la tête de lit, le dos sur le matelas. Ses vêtements disparurent par magie.

« Merlin, qu’est-ce que t’es beau avec ton charme… grogna le gars en caressant son torse. Avoue que t’en avais envie, que t’attendais ça, hein ? »

Pierre, incapable de parler, secouait la tête de droite à gauche. La P.M.F., habile de ses mains, le branlait pour lui donner une érection. Elle y parvint, il se mit à pleurer.

« Un héliade, c’est comme une nymphe : ça dit non, mais ça veut baiser, assena l’homme. Tu vois que t’aimes ça !

— Laissez-moi, trembla Pierre. Laissez-moi…

— Si tu bandes, répliqua la femme, c’est plus vraiment un viol. »

Si. Si, cela en était un. Elle l’enjamba et s’assit sur lui, satisfaite. Pierre avait détourné la tête, décidé à ne pas regarder, à patienter, à oublier que son sexe allait et venait en elle, à ignorer que son complice se branlait. Attendre qu’ils aient fini de l’utiliser. En silence. À quoi bon crier ? De toute façon, il n’en avait pas la force. Son cerveau avait démissionné. Il n’était plus là.

« Fais pas cette tête, tu vas prendre ton pied, mon salaud… », soupira la Fédérée entre deux gémissements.

*

Pierre resta un long moment sous l’eau de la douche, secoué par des sanglots incontrôlables. S’il essayait de retenir ses pleurs, il s’étranglait avec cette boule de dégoût et de honte qui remontait dans sa gorge. Se laver, passer ses propres mains sur son corps, le faisait frissonner d’horreur. Pourtant il aurait voulu frotter, frotter, frotter encore pour faire disparaître chaque morceau de sa peau touché par la sorcière et son subalterne.

Pierre n’était pas leur première victime. Il les avait entendus comparer leurs sensations, leurs performances. La semaine dernière, ils avaient violé la fille de Diaidrail, elle aussi enfermée dans les beaux quartiers de la prison. Mais c’était avec lui… sur lui… qu’ils avaient le plus pris leur pied. Ils en voulaient encore.

Les dents serrées, Pierre stoppa ses pleurs et posa son front contre le carrelage tiède. C’était simple. Il leur suffisait de viser les proches des membres de l’Ordre. Personne n’irait le leur reprocher. Ils l’avaient mérité.

Une plainte de rage et d’impuissance passa sa bouche close. Qui méritait vraiment ça ? Médic’, le jeune homme était bien placé pour savoir qu’il n’avait pas à avoir honte, que son érection n’était due qu’à un automatisme. Son éjaculation, sans aucun plaisir, n’était pas un signe d’acceptation inconsciente.

Il n’y pouvait rien. Ça n’était pas sa faute. Ils l’avaient forcé à user de son charme. Il se répétait ces mots en boucle, mais rien n’y faisait. Il se sentait incapable de se regarder dans la glace. Il s’était laissé faire. Personne ne méritait ça. Personne ne devrait vivre avec ça. Personne ne devrait avoir honte de croiser son reflet.

Mais il avait joué leur jeu. Il avait accepté de leur montrer ses pouvoirs d’héliade. Il les avait excités, malgré lui. Il craqua, à nouveau, et ses pleurs redoublèrent. Ses larmes se mêlaient à l’eau tiède de la douche. Ce n’était pas sa faute, bordel !

Amalia l’avait prévenu qu’il devrait s’attendre à être molesté par les gardes, mais elle ne pouvait pas avoir envisagé ça. Est-ce que les Magistères étaient au courant de ce qu’il se passait dans les prisons ?

Dans l’Ordre, il avait entendu des rumeurs là-dessus. Mais il avait toujours imaginé qu’il ne s’agissait que de propagande diffusée par son frère.

Les Vestes Grises ne valaient pas beaucoup mieux. Avec Fillip, Pierre avait eu l’occasion de constater leur brutalité. Il avait soigné des gars et des femmes torturés, violés… Mais, même si certains se délectaient d’accomplir ce genre de travail, jamais son frère n’aurait toléré que ces actes soient pratiqués sans raison.

Les P.M.F. n’attendaient rien de lui. Ils n’avaient pas cherché à le questionner, il avait déjà dit tout ce qu’il savait, il avait coopéré… Non, le couple avait abusé de lui par simple jeu, par plaisir. Gratuitement. Le jeune homme s’adossa au mur en étouffant un cri de rage.

Est-ce qu’Amalia avait connaissance de ça, quand elle l’avait rendu aux autorités ? Est-ce qu’elle savait qu’il allait être violé ?

L’eau s’arrêta. Il avait consommé toutes les réserves à sa disposition pour la journée. Appuyé contre le mur, Pierre se calma, peu à peu. Il posa sa main sur le charme intégré de la cabine. Un long souffle chaud effaça toute trace d’humidité à la surface de son corps. Ses larmes disparurent.

Lentement, il sortit de la douche et releva la tête vers le miroir, sans oser se regarder dans les yeux. Il avait mal à la mâchoire. Ils l’avaient frappé. Son œil droit était gonflé. Il observa son cou. La sorcière l’avait mordue. Fort. On voyait la forme de ses dents.

Pierre s’assit sur le petit tabouret où étaient posés des vêtements propres, mais il se releva avec précaution. Le gars avait fait ça n’importe comment. Il lui avait vraiment fait mal…

La prochaine fois, le P.M.F. lui arracherait des cris de douleur en rouvrant les fissures. Il n’aurait même plus le silence comme moyen de résistance. Le jeune homme tressaillit à cette perspective. Il s’appuya contre le lavabo et cracha la bile qui lui avait violemment envahi la bouche.

Il devait s’évader. Il aurait l’Ordre et la Fédération aux trousses, mais c’était mieux que de rester ici.

*

Quand la porte de la chambre s’ouvrit, Pierre était adossé au mur, juste à côté de l’entrée. Le soldat chargé du repas s’arrêta, soupçonneux. Peut-être avait-il peur de représailles, après avoir renversé la soupe la fois précédente ?

« Va au centre de la pièce, ordonna-t-il.

— Non. »

La séduction, pour l’héliade, était un jeu d’enfant. Il lui suffisait d’y penser. Sa magie enveloppa sa proie, se diffusa autour du geôlier et l’enferma dans un cocon chaud et sensuel. L’homme se détendit et oublia toute rancœur à son égard. Un sourire naquit sur son visage glabre. Un humain sous l’effet de l’alcool n’aurait pas eu une allure différente. Pierre esquissa un geste pour le rejoindre, mais le soldat porta la main à son concentrateur, sans conviction.

Plus fort. Pour se sortir de là, l’homme ne devait plus penser à rien d’autre que lui. Pierre ouvrit les vannes à fond et le charma, au-delà du raisonnable.

Avec de l’entraînement, n’importe qui pouvait prendre conscience de son jeu. Mais le sorcier, comme bon nombre des fédérés, n’avait jamais vu d’héliade et n’avait jamais pris au sérieux les légendes sur les nymphes et leurs pendants masculins. Sans doute n’avait-il jamais cru à ces histoires d’homme prêt à abandonner possessions, emploi et relations pour les bras d’une belle femme rencontrée au détour d’un sentier.

« Comment tu t’appelles ? » demanda Pierre.

Sa voix sonnait avec une irrésistible sensualité. Le visage du soldat se tendit, il avala sa salive. L’héliade inclina la tête sur le côté et lui adressa un magnifique sourire. Ses cheveux dégringolaient sur son front dans un mouvement gracieux. L’homme rougit et souffla son prénom, soudain timide devant l’éphèbe de 18 ans. Pierre lui prit le plateau des mains. Le contact avec ses doigts, doux comme une caresse, fit tressaillir le P.M.F.. Son expression s’empourpra encore plus. Le jeune prisonnier déposa le repas à même le sol, puis se redressa. Chacun de ses mouvements, même les plus simples, frôlait la perfection tant ils étaient délicats et précis. L’héliade passa sa main sur le visage hésitant du sorcier.

« Bonjour, Jorg. »

Il l’embrassa et ferma la porte. Et il abusa de lui.

L’homme en face de lui, drogué à ses pouvoirs, n’avait rien de consentant. Pierre passa ses doigts sous son uniforme, et saisit son sexe au creux de sa paume. Jorg gémit au premier aller-retour. L’héliade se mordit l’intérieur de la lèvre pour contenir son dégoût. Il violait ce soldat.

Il profita consciencieusement de lui, avec ses mains, et le termina de sa bouche, avec une seule idée en tête : rendre le P.M.F. accro à ses caresses et au plaisir qu’il ressentait avec lui.

C’était la première fois qu’il utilisait ses pouvoirs à un tel niveau. Jorg réagissait à chacun de ses mouvements, incapable de trouver assez de lucidité pour protester. Sa jouissance fut rapide, incontrôlée et violente. Pierre, indépendamment de l’aversion qu’il éprouvait pour lui-même et malgré les larmes qu’il ne parvenait pas à retenir, ne pouvait s’empêcher d’être fasciné par l’étendue inattendue de ses pouvoirs.

Jorg, la main dans les cheveux du jeune blond, hocha mécaniquement la tête quand Pierre demanda qu’il ouvre la porte de sa cellule, heureux de rendre service. Sous les suggestions de l’adolescent, il l’entraîna jusqu’à la salle de transfert et le laissa partir. L’héliade se volatilisa, le charme qu’il émettait aussi, et le P.M.F., honteux, remonta sa braguette. Il alla signer sur le registre qu’il avait bien vu Pierre dans sa chambre et qu’il lui avait donné la soupe. Et qu’il avait refermé la porte avant de prendre sa pause.

Hors de question d’avouer que c’était lui qui avait laissé fuir Pierre.

*

Pierre, hors d’haleine s’adossa contre un mur suintant d’une humidité puante. Il avait couru aussi vite qu’il le pouvait pour rejoindre les égouts et se faire oublier. En dépit des blessures infligées par ses violeurs, il n’avait jamais été si rapide sur ses deux jambes. La peur chassait la douleur.

Il ne croisa personne dans les canalisations. Pourtant, tomber sur une patrouille de P.M.F. ne l’aurait pas étonné. Depuis la chute de Leuthar, Fillip et les siens multipliaient les planques douteuses. Si les sous-sols de la capitale n’étaient pas surveillés, ils auraient eu tout intérêt à y trouver refuge. Peut-être que les Vestes Grises étaient trop nombreuses pour se risquer ici ? Le jeune héliade tremblait à l’idée d’entendre des pas résonner autour de lui.

Il reprit sa respiration et se remit en marche. Il quitterait Stuttgart par la porte sud.

Au bout d’une dizaine de minutes à crapahuter dans les canalisations trop étriquées pour sa longue silhouette, il déboucha sur une salle plus haute de plafond. Ce devait être l’embranchement entre plusieurs réseaux de tuyauterie car plusieurs rigoles se jetaient dans une mare nauséabonde. Le jeune homme se hissa avec soulagement sur l’un des trottoirs qui entourait l’endroit. Ses chaussures émirent un bruit de succussion comique lorsqu’il les extirpa de la fange. En comparaison avec la vase indéfinie dans laquelle il pataugeait, le rebord sur lequel il s’assit pouvait passer pour sec.

Personne ne l’avait suivi. Aucune trace de P.M.F. à ses trousses. Par contre il n’était plus certain de la direction qu’il avait prise.

« T’es perdu ? » demanda une voix féminine, dans son dos.

Pierre sursauta. Il manqua de tomber mais se rattrapa in extremis avant de se retourner.

Il n’accorda aucune attention aux cheveux courts et roux de la femme ni aux rides qui marquaient son front et la commissure de ses lèvres. Il se contenta de fixer les longues dents de l’intruse, bien trop proches de lui.

Le sourire de la vampire s’élargit au point que Pierre put distinguer ses canines effilées dans leur intégralité. De la gencive rose pâle à la pointe acérée. La créature ronronna, ravie :

« Tu sens sacrément bon… Je pense que je vais te garder en réserve… »

Elle se pencha vers lui et ajouta, à mi-voix :

« Là, c’est le moment où tu te mets à courir pour sauver ta vie, et où je m’amuse à te prendre en chasse… »

Et c’est exactement ce que Pierre fit, même s’il n’entendit rien de cette suggestion. L’instinct de survie prit le dessus, il tourna les talons et s’élança à toutes jambes dans le conduit le plus proche. Il glissa dans la fange, se rattrapa à une canalisation et, dans la précipitation de sa fuite, heurta la longue silhouette sombre qui se dressa devant lui. L’héliade s’étala en arrière, repoussé par un jeune homme brun à la dentition aussi parfaite qu’acérée. Le sorcier comprit soudain pourquoi l’Ordre n’avait pas établi ses quartiers ici : c’était un nid à vampire.

« Laissez-moi tranquille ! » ordonna-t-il en relâchant son charme.

Il pria Merlin que les créatures de la nuit y soient aussi sensibles que les sorciers. Il avait encore une chance de s’en sortir en leur imposant sa volonté.

L’effet fut immédiat et peu conforme aux attentes du jeune homme. Le grand brun se jeta sur son cou mais il fut éjecté par sa congénère. La vampire plaqua Pierre contre le sol et le mordit avec un grondement fou. Elle n’eut pas l’occasion de goûter qu’une malheureuse gorgée avant d’être violemment écartée par une troisième créature. Une femme, à nouveau, avec un visage livide, encadré par de longs cheveux noirs.

Pierre se dégagea des trois formes indistinctes qui se battaient pour lui alors qu’une vingtaine de silhouettes affluaient dans la salle. Tous cherchaient à l’atteindre, tous jouaient des coudes et des crocs pour être le premier à le goûter. Il en résultait une mêlée assourdissante de cris et de grondements bestiaux.

La vue embrouillée, les sens au bord de chavirer, Pierre lutta juste assez pour apercevoir une silhouette de plus, dissimulée sous une grande cape noire, s’interposer entre la masse et lui. Il ferma les yeux. Le nouveau venu se pencha sur lui. Des canines. Encore des canines. C’était la fin. Le sorcier perdit connaissance.

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Vient octobre et le double-attentat d’Ankara qui fait 102 morts et 500 blessés.
Et puis vient novembre.
2015, si je te disais que tu n’étais peut-être pas la pire année que j’ai vécu, je peux clairement te dire que novembre 2015 fut le mois le plus pourri de toute mon existence, du moins jusque-là. J’ai appris ce que ça voulu dire qu’être réellement choquée, par des événements personnels qui ont fait que. J’ai vu des gens que j’aimais blessés parfois physiquement, souvent mentalement, et je les ai vu souffrir comme je n’avais jamais vu quelqu’un souffrir. Je me souviens de trop de larmes ce mois-ci, je me souviens de ces personnes qui sont tombés dans mes bras, et de la douleur qui se répandait en moi, doucement, sans que je ne la vois directement. 2015, je me souviens de ce putain de soir, où j’ai été me coucher à 9h en me disant que cette semaine de merde était finie, et que le lendemain tout irai mieux. Je me souviens que, fait rarissime, je n’avais pas regardé les infos avant de me coucher. Je me souviens de ce putain de samedi matin, où je me réveillai heureuse et en me disant : « c’est le week-end, tout va mieux se passer ». Je me souviens que c’est à ce moment que j’ai entendu des bruits au rez-de-chaussée, que j’ai compris que la télé était allumée et je me souviens m’être dit que c’était vraiment bizarre un samedi matin. Je me souviens avoir pris mon téléphone, avoir allumé Facebook et avoir vu que j’avais 11 notifications en attente, ce qui n’était pas habituel pour un samedi matin. Je me souviens aussi d’un message d’une amie qui me disait que j’avais eu raison la veille quand j’avais affirmé pour rire : « Si Dieu existe, il a pris une très longue pause-café ! » Et je me souviens que même si c’était pour rire, j’y croyais quand même un peu. Je me souviens qu’à la vue de son message, j’ai compris que la télé n’était pas allumée pour nous annoncer une baisse du chômage. 
Je me souviens que je dormais encore à moitié quand je suis descendue et que j’ai vu mes deux parents debout devant la télé. Je me souviens que j’avais chaud quand j’ai demandé « qu’est-ce qu’il se passe ? » et je me souviens qu’on m’a répondu : « Il y a eu des attentats à Paris, il y a 130 morts ». Je me souviens de ma réaction égoïste quand j’ai demandé « où ça ? » et je me souviens que pour la première fois de ma vie, j’envoyais des SMS en disant : « DIS-MOI QUE TU VAS BIEN », une façon joliment détouré pour demander : « DIS-MOI QUE TU ES VIVANT ET QUE JE NE VAIS PAS VOIR TON NOM SUR UNE LISTE DE VICTIMES, ET REPOND VITE BORDEL ». Et puis, passée la vague d’égoïsme, j’ai quand même pleuré. Parce que je voyais défiler des destins brisés, des familles qui se battaient pour retrouver leurs proches, celles qui apprenaient qu’il était trop tard. Plus que tout ce sont les survivants qui m’ont touchée, ceux qui disaient : « Ils nous disaient de ne pas regarder, mais j’ai vu quand même ». Je me souviens d’un article d’il n’y a pas longtemps qui titrait : « Les services psychologiques se retrouvent assaillis par des personnes qui croyaient que « ça allait » au lendemain des attentats alors que ça n’allait pas ». Je me souviens que comme beaucoup de gens, dans ma tête il y avait cette question : « on fait quoi maintenant ? »
Mais plus que tout je me souviens de la haine.
Celle que j’ai ressentie, et celle que j’ai sentie chez les autres. Je me souviens quand, le lundi après les attentats, en retournant au lycée, un seconde me disait : « Non mais Paris, c’est plus la France. Paris c’est la Syrie ! » ou encore quand un autre affirmait avec même une certaine fierté que selon lui, il n’y avait jamais eu d’avion dans les tours jumelles. Je me souviens lui avoir demandé si, toujours selon lui, tous ces morts étaient des comédiens qui c’était mis en scène en train de sauter du haut des tours pour choisir leur mort. Je me souviens qu’il m’a dit, en y croyant sincèrement : « Oh sérieusement, respecte mon opinion ! » et je me souviens lui avoir dit que ça, ce n’était pas une opinion, c’était du déni. 
Je crois qu’eux, ce sont les pires. Ceux qui cherchent à tout prix à se donner une existence « propre », à se « démarquer » pour ne pas être « un mouton ». Tous ces haineux qui croient être dans le vrai sans même respectés les autres, ce sont eux qui m’ont fait le plus de mal cette année.
Je me souviens que quand on a parlé de kamikazes je me suis demandé si en janvier c’en avait été aussi, est-ce que j’aurai quand même eu le courage d’aller marcher, entourée de milliers d’autres personnes ? Et puis le problème a vite été réglé. Etat d’urgence ça s’appelle. Pas le droit de se rassembler. 
Tu vois 2015, là on a bien été obligé d’en parler en cours. Parce que tu vois 2015, j’étais en train de vivre mon deuxième deuil national, de trois jour cette fois. Et je me souviens de cette deuxième minute de silence dans mon lycée. Je m’en souviens parce que même si les gens autour de moi avaient changés, moi j’étais toujours là, et j’ai vécu cette deuxième minute de silence exactement à la même place que la première fois. Je me souviens des mêmes larmes retenues. Je ne sais pas exactement ce qu’il faut se dire pendant une minute de silence. Tout ce que je veux, c’est que cette deuxième minute, ce soit la dernière. Je me dis que je ne veux plus me réveiller un matin avec les éditions spéciales de BFM et que je ne veux plus qu’on m’annonce des attentats. 
Et puis 2015, c’est aussi l’année de l’apparition de ce sympathique Donald Trump, et une année de plus pour la montée du FN et de sa haine. Ah ! Belle année que 2015.
2015, après ça, je me souviens avoir continué à chuter. Je me souviens que je n’avais plus envie de voir les gens que j’aimais, je me souviens ne plus avoir envie de faire ce que j’aimais. 2015, je me souviens de l’arrêt de mes crises d’angoisses, et je croyais que c’était vraiment fini. Sauf que ce n’étais qu’une feinte. Je me souviens de tous mes vertiges, cette sensation de tomber même quand tout va bien. Je me souviens de mes cauchemars, ceux qui ne s’arrêtaient jamais. Je me souviens de ma fatigue et de ma lassitude. Et je me souviens avoir eu honte d’être comme ça. Honte de ne pas me sentir bien, parce que je savais que j’avais de la chance. Plus que tout, je me souviens aussi qu’il n’y avait pas beaucoup de mes « amis » à côté de moi à cette période, certaines personnes se sentant même obligé de me descendre en public. Comme quoi parfois, les images de citations qui défilent ont du vrai. Je ne pourrai jamais remercier assez les personnes qui m’ont aidé, et qui m’ont aussi appris à quel point une amitié était précieuse. Ceux qui m’ont aussi appris sans le vouloir qu’il faut bien laisser certaines personnes s’envoler un jour, même si cale implique de ne plus avoir de contact avec elles. J’ai aussi appris qu’une amitié à sens unique n’en était pas une. So I let you go.
Et puis peu à peu ça commençait à aller mieux. C’est ça aussi que j’ai appris cette année, on peut toujours s’en sortir. Et il faut savoir accepter l’aide que l’on nous offre, même sans les mots. Il faut savoir s’accrocher à une personne, et lui dire ce que l’on a à dire. Parce que ce n’est pas une honte, et qu’on doit pouvoir être sûr de pouvoir parler à quelqu’un qui nous écoute et ne nous juge pas. Quelqu’un qui accepte nos faiblesses, nos forces et notre caractère de chieur aussi. Parce que nous sommes tous le chieur de quelqu’un. C’est cette personne qui m’a aidé à m’en sortir. Peut-être inconsciemment, mais maintenant je n’ai plus honte de ce que j’ai été. Parce que ça arrive à tout le monde et que c’est comme ça.
En décembre, j’ai vécu des moments magiques, avec les gens que j’aime le plus au monde, ma famille. Et mon année 2015 se termine plutôt bien, alors disons que c’est une raison de plus pour ne pas dire que tu étais la pire année qui puisse exister. 
2015, j’aimerai vraiment me dire que « ça va aller », que tu n’étais qu’une erreur du calendrier, mais comment est-ce qu’on peut se dire ça alors qu’il n’y aura même pas de feux d’artifices à Paris ce soir, et pas de fête à Bruxelles non plus. Il s’est passé tellement de mauvaises choses cette année que j’en ai oublié. 
Tu étais quand même bien de la merde. 2015, l’année dernière j’avais fêté ton arrivée, avant, je fêtais l’arrivé d’une nouvelle année. Aujourd’hui, c’est ton départ que je fête.
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