L’affrontement

25 minutes de lecture

Naola préparait un Salazar avec une application particulière. Non qu’elle ne connaisse pas sur le bout des doigts la composition du cocktail vermillon, mais tout, ce soir, revêtait de couleurs et d’un caractère très spécial.

Elle s’était pointée au Mordret’s Pub en fin d’après-midi et avait décrété y passer quelques heures. Son ancien patron avait accueilli la nouvelle d’un « En ce cas je vous laisse le service » tout à fait indifférent et était retourné à son étude du moment – un livre qui avait la désagréable tendance à embaumer l’air d’odeurs pestilentielles lorsqu’il estimait son lecteur inattentif. La nuit, de toute façon, s’annonçait calme : les longues dents ne sortaient presque jamais à la nouvelle lune.

De fait, le bar était désert, ou presque : Iyan, un vampire massif à la peau sombre, feuilletait tranquillement un journal, installé sur l’un des tabourets accolés au zinc. La créature, vêtue d’un grand manteau noir élégamment coupé, portait – pour le style sans doute – de petites lunettes rondes.

« Je prendrais un autre café, s’il te plaît, demanda-t-il alors qu’elle terminait sa préparation.

— Je te fais ça. »

La jeune femme figea son cocktail d’un sortilège temporel avant de s’occuper de la commande. Elle déposa la tasse fumante devant le vampire, puis bâilla.

« T’es toujours coincé ici ? s’enquit-elle.

— Jusqu’à ce que l’Ordre se calme, ouais, grogna la créature en découvrant les canines.

— Je t’imaginais pas mercenaire. »

Iyan haussa les épaules.

« Y faut, parfois. Ils paient bien et nous laissent vider les gêneurs. Une curée, ça éloigne la faim et ça chasse la rage, des fois pendant plusieurs mois. Y’a que l’Ordre qui nous offre des curées.

— Ouais et on voit où ça te mène, répondit la serveuse avec ironie. Ça fait combien de temps que tu te planques ?

— Une semaine. »

Naola garda pour elle ses commentaires. Iyan faisait partie des vampires qui auraient dû assurer la protection de Diaidrail et qui avaient fui face à la violence meurtrière de l’Once. L’Ordre avait mis à prix la tête des déserteurs : des cinq créatures rescapées, deux seulement vivaient encore. Iyan avait eu la présence d’esprit de demander asile à Mordret et, depuis, il se terrait au Pub.

« Je redescends, merci pour le café, lâcha-t-il brusquement.

— Je ne vais pas tarder à rentrer. Fais attention à toi, répondit Naola avec un sourire.

— Ouais, toi aussi. »

Naola réalisa un second cocktail dans la salle parfaitement vide. Elle apprécia chaque instant, chaque tintement de bouteille, chaque effluve d’alcool, chaque volute rouge de la préparation. Terminée, elle la disposa en face d’elle, puis leva le maléfice temporel qui figeait encore son premier verre.

« Un Salazar, Monsieur.

— Vous partez bien tôt, ce soir, commenta Mordret, assit en face d’elle.

— J’ai dit à Mattéo que je ne m’attarderais pas, s’excusa-t-elle.

— Je ne vous attendais pas, quoi qu’il en soit.

— Dites que je vous dérange aussi…

— Je n’ai pas dit cela. »

Naola rit et ils dégustèrent de concert une gorgée de cocktail. La jeune femme dissimulait sans difficulté son malaise au vampire. Il n’y entendait rien aux sentiments humains et avait toujours été infoutu de détecter son état émotionnel ; ce soir ne faisait pas exception. Comment aurait-il pu déceler la terreur derrière le sourire amusé de sa petite serveuse ?

Dans quelques heures, l’Once s’attaquerait au leader de l’Ordre, une lutte à mort à laquelle Naola prendrait part. Ce verre dans le silence apaisé du Mordret’s Pub risquait bien d’être le dernier.

*

« C’est hors de question », s’exclama Mattéo à voix basse.

Naola, occupée à tracer au sol des enchevêtrements de symboles destinés à sa protection et à celle de Pierre, lui jeta un coup d’œil par-dessus son épaule. Le jeune Héliade détourna le regard pour leur laisser un peu d’intimité. La dispute du couple ne l’étonnait pas : les deux amoureux se querellaient sans cesse, que ce soit par jalousie ou inquiétude. Aujourd’hui, Mattéo devait battre des records d’angoisse – à raison.

La sorcière se redressa et épousseta la craie qui maculait ses mains.

« Ça n’est pas vraiment le moment d’en discuter, Mattéo, répondit-elle avec sècheresse.

— Il n’a jamais été question de te laisser seule avec on ne sait combien de vampire.

— On en a parlé, pourtant », trancha Alix.

Elle terminait de teinter les vitres de la maisonnette où ils patientaient. Déserté depuis plusieurs années déjà, l’endroit empestait l’humidité. Aucun meuble n’avait résisté au temps ou aux pillages. Des restes de vieilles couvertures dans les coins témoignaient que, malheureusement, le lieu avait été habité en l’état, en tant que squat.

Pierre frissonna en imaginant que, si ça se trouvait, il vivrait ses derniers instants ici. Ici. Dans ce dépotoir.

La bâtisse se situait à moins d’un kilomètre du monastère merlinique où se cachaient Fillip et la cellule de Chester. Si on oubliait son glauque, l’endroit était parfait. Assez éloigné de la planque de l’Ordre pour ne pas prendre de risque, assez proche pour que les vampires le sentent, lui.

Mattéo et son Maître se perdirent quelques minutes dans un débat stérile : à mesure que l’élève haussait le ton, l’Once gagnait en sècheresse. La discussion était un cul-de-sac.

Pierre secoua la tête et posa son regard sur Xâvier. Pierre secoua la tête et posa son regard sur Xâvier. Les bras croisés, adossé contre le mur du fond, le borgne attendait dans une cape noire fort bien taillée. Elle lui allait bien, lui donnait un air cool, mais Pierre n’était pas dupe : depuis le départ en mission, il ne lui avait lancé aucune vanne, aucun clin d’œil complice. Il restait de marbre, concentré et tendu, ce qui laissait très largement à Pierre le loisir d’imaginer le combat à venir.

Tout le groupe était équipé d’un vêtement similaire : une longue pièce de tissus qui s’adaptait à leurs mouvements et recouvrait leurs visages, leur assurant l’anonymat. Alix, en les leur distribuant, leur avait expliqué qu’elles étaient enchantées avec de nombreuses protections magiques, dont un système qui brouillait la perception de toute personne n’en portant pas. Pierre, pour tester, avait retiré la sienne et constaté son surprenant effet : à la place de l’expression grave de ses compagnons, il n’avait plus vu qu’une ombre instable sous leur capuche, qui s’était dissipée dès qu’il avait repassé la sienne. De l’extérieur, ils ressemblaient tous à des silhouettes noires et sans visage : une précaution indispensable pour mettre toutes les chances de leurs côtés dans un affrontement dont l’issue s’annonçait très incertaine.

Lui même n’y participerait pas. Son moment à lui était ici.

L’héliade jeta un regard au den serré au creux de sa main. Lorsqu’il le lâcherait, l’objet, transformé en artefact enchanté d’un puissant sortilège, l’extrairait de la zone pour le rapatrier dans sa chambre, au manoir. Il ne courrait finalement que peu de risque à prendre part à l’opération, se rassura-t-il, sans parvenir à éteindre complètement le sentiment doux-amer que lui inspirai cette réflexion. Il avait ordre de s’échapper dès qu’il en aurait terminé avec les vampires, et s’était fait sèchement reprendre quand il avait émis l’hypothèse de rester pour l’ultime assaut. L’Once ne pouvait pas se permettre de l’avoir dans leurs pattes.

« Bien, lâcha Alix en haussant la voix pour couper court à la vindicte de son élève. Alerte, bon courage. Fort, si tu ne viens pas de toi même, je t’assomme. »

Alerte pour Naola, Fort pour Mattéo. Le jeune blond tourna la tête vers Alix et obtient un sourire rassurant :

« Ça va bien se passer, Jeune. »

Jeune, c’était lui. Il aurait pu être Flippé,Terrorisé ou Angoissé, mais Jeune, c’était bien. Mattéo se rapprocha d’Alix et baissa d’un ton sans parvenir à masquer sa voix, pleine de colère.

« Tu veux que je la laisse seule…

— Je reste aussi, un peu, précisa Pierre.

— … seule, reprit Mattéo, face à de nombreux vampires en rage ! Alors qu’on doit se marier ? Merlin, mais tu te rends compte de ce que tu me demandes ?

— Tu n’as aucune compétence dans ce domaine, tu ne feras que la gêner. »

L’homme avala le soufflé avec un regard noir. Naola, blême, gardait la tête basse, la main crispée sur son avant-bras.

« Elle t’a déjà assommé la dernière fois, Fort, asséna-t-elle. Tu veux me mettre en danger ? Continue d’insister. »

Les dents serrées, les poings fermés, le sorcier baissa le menton, immobile durant quelques instants, puis il franchit l’espace qui les séparait pour l’embrasser avec quelque chose qui tenait de la violence. Pierre détourna les yeux.

« Je t’aime », dit Mattéo.

Brusque, il s’écarta, matérialisa son hexoplan et sortit par la porte avant de décoller, suivit de près par Xâvier et par l’Once qui partit en adressant un dernier sourire d’encouragement à l’héliade. Tous les trois devaient rejoindre la lisière de la forêt et s’abriter derrière un charme géré par Alix. Naola poussa un très long soupir et se passa les deux mains sur le visage.

Pour oublier son cœur qui battait la chamade, Pierre observa les courbes des sortilèges qu’elle se remit à tracer au sol. La craie qu’elle utilisait crissait contre le béton nu, perçant sans l’alléger le silence oppressant qui les avait enveloppés après le départ des trois autres. Le jeune homme déglutit. Était-il vraiment capable de ce que l’Once attendait de lui ? Naola avait bien géré son truc : elle avait situé son cercle d’incantation au beau milieu de la masure, de façon à ce qu’ils ne risquent pas d’être pris à revers. Ainsi, ils avaient une parfaite vision de toutes ses ouvertures, même celles condamnées.

« Ça va être bon », souffla la jeune femme au bout d’un moment.

Elle se plaça au centre du motif formant une zone assez grande pour qu’ils y tiennent à deux.

« Tu t’installes là et tu n’en sort sous aucun prétexte, c’est bien clair ?

— Je sais, je sais. »

Comment Naola pouvait-elle respirer normalement ? Lui sentait son torse se compresser sous l’angoisse, au point d’à peine parvenir à prendre de petites inspirations saccadées. Tout ce qu’il devait à faire, c’était appâter les longue-dents jusqu’ici.

Pierre fronça les sourcils, puis écarquilla les yeux.

« Mais, si je les attire tous en même temps, ça ne va pas alerter Fillip, s’il en a à côté de lui ?

— Fillip se planque dans un monastère Merlinique, les vampires n’ont pas accès aux bâtiments sacrés, encore moins quand ils ont été consacrés par Merlin, donc il n’y a pas de problème. »

La sorcière sourit et lui tapota l’épaule avant de se baisser pour ajuster l’un des motifs recouvrant à présent le sol, sans doute plus par nervosité que par réelle nécessité : les barrières complexes qu’elle avait tracées paraissaient déjà bien assez robustes.

« Merci d’avoir accepté de nous aider. »

Pierre releva la tête et lui adressa un sourire qu’il se plut à penser assuré, mais qui masquait mal le tressautement tendu de ses lèvres.

« C’est normal. C’est vraiment pas grand-chose d’utiliser mon charme naturel, tu sais.

— Ouais, sans doute, mais la dernière fois que tu l’as fait comme ça je t’ai récupéré à demi mort et bien mordu. »

L’héliade blanchit. Il ne voulait ni se souvenir de cette dernière fois ni de la fois précédente. Les images de son viol lui revinrent en pleine tête. Son charme à fond, la verge bandée du mec contre son ventre, les contractions du vagin autour de sa bite, son cul déchiré, le cri de jouissance de la femme contre son cou et celle de l’homme dans sa bouche. Pierre porta sa main à ses lèvres et ferma les yeux pour s’empêcher de vomir. S’il relâchait son charme – tout son charme – Naola céderait, elle aussi : il était irrésistible.

« Ne m’embrasse pas, souffla-t-il au bout d’un temps qui lui sembla durer une éternité. Ne m’embrasse pas, ne me touche pas, ne me désire pas.

— Je ne… » commença la jeune femme.

Elle interrompit le trait qu’elle était en train de tracer, posa sa craie, se redressa et se tourna vers lui, le visage grave, et il détourna immédiatement le regard, tête baissée.

« Je n’avais pas réalisé que je serais aussi affectée, avoua-t-elle.

— Je ne peux pas choisir sur qui mon charme fait effet. Ça agit, c’est tout. À courte distance sur les humains, de très loin sur les vampires… »

L’héliade releva les yeux vers elle et ajouta :

« De toute façon, si tu t’intéresses à moi, tu ne pourras pas t’occuper d’eux…

— Eh ben. Heureusement que cette partie du plan ne dépendait pas de Rapide, grommela Naola en époussetant ses mains. Ça va être bon. »

La remarque tira un pauvre sourire au jeune homme. Xâvier aurait-il su lui résister dans ce contexte ? Est-ce que ça lui aurait réellement déplu, finalement, qu’il cède ? Cette idée l’aida à chasser ses mauvais souvenirs qu’il rangea dans la petite boite mentale où il entassait ses cauchemars, bien fermée. Il prit une grande inspiration, puis reporta son attention sur Naola.

Elle s’était s’accroupie et plaquait ses paumes sur les motifs de protection auxquels elle insuffla sa magie. Les entrelacs s’illuminèrent d’une lueur chaude. Au moins, ça avait l’air de fonctionner. Il s’assit à sa place, redressa le dos et posa ses mains sur ses genoux, ses ongles enfoncés dans ses rotules.

« Vas-y, ordonna-t-elle.

— Ok. »

L’héliade ferma les yeux. Il focalisa son attention sur son ventre pour sentir y naître une douce chaleur. La suite était simple : il lui suffisait de se laisser envahir. La flamme, rassurante, se propagea dans tout son corps. Il l’accueillit dans son torse, gonflant sa poitrine d’une bouffée d’air chaud, dans ses jambes, sa tête, ses bras, jusqu’à percevoir l’ardeur de son charme au bout de ses doigts. La sensation, familière, l’apaisa, lui vida l’esprit et, au vu de la situation, il s’y abandonnait volontiers, un sourire satisfait au coin des lèvres. Les bottes de Naola raclèrent le sol dans un bruit qui le fit tressaillir. Est-ce qu’elle résistait ? Il ouvrit les yeux avec une certaine crainte : celle de la découvrir penchée sur lui, pour l’embrasser. Ce n’était pas le cas.

La sorcière presque immobile avait juste changé de position. Seuls ses poings, serrés, trahissaient de l’effort qu’elle fournissait pour ne pas fléchir. Pierre croisa son regard et y trouva l’étincelle de désir qu’il provoquait, immanquablement. Il aimait ça. Il aimait plaire, quand il le choisissait. Il aimait sentir son vis à vis chavirer et céder à son charme, quand il le choisissait. Il aimait cela, mais, aujourd’hui, cela ne devait impliquer aucun contact physique.

Rassuré, il referma les yeux. Pour se donner à fond, il ne devait pas focaliser son attention sur Naola : elle ne l’attirait pas. Il fit remonter l’image de Xâvier, nonchalamment installé dans un fauteuil, un verre à la main. Il s’imagina assis à ses côtés. Il se figura le séduire. Il n’avait pas osé, au manoir, pousser son charme à son paroxysme ; pas après ce qu’il avait subi en prison. Il s’était contenté d’en saupoudrer ses discussions, avec Mattéo ou son ami. Jamais il n’avait franchi avec eux le stade à partir duquel il devenait beau. Vraiment beau. L’illusion d’un jeune homme de vingt-cinq ans, mature, sûr de lui, tombeur. Tout ce dont il avait besoin, maintenant.

Un bruit sourd, comme une pièce de métal épais frappée, le fit sursauter. Ils étaient déjà entourés d’un bon nombre de vampires : une quinzaine de longues dents leur tournaient autour. Leurs yeux exorbités et leurs canines découvertes se détachaient dans la pénombre. De leurs cages thoraciques grondaient un concert de hurlements graves, de gémissements lascifs, strident au point d’y préférer le crissement des craies.

Les créatures, comme hypnotisées, oscillaient sur elles même, bavant d’abondance, perdues dans une rage extatique qui glaça le jeune homme. Sous leurs regards, il n’était plus qu’un morceau de viande.

L’héliade, effrayé, réduisit malgré lui l’intensité de son charme. Il luttait contre une furieuse envie de fuir : ils avaient estimé le nombre de longue-dents à trente, et tous n’étaient pas là. Il devait tenir jusqu’à ce que Naola lui ordonne de partir, sinon il compromettait toute la mission.

Un rugissement se détacha des autres et lui glaça le sang. Un grand vampire avait enfoncé ses doigts dans le sol, à l’endroit où le béton se craquelait. L’instant d’après, Pierre, toujours assis sur sa place, se sentit pencher de plus en plus avant de valdinguer contre Naola dans un coin de la pièce. Aussitôt, le cercle brisé laissa entrer l’assaillant qui referma une main froide sur son bras.

Pierre hurla, le cou rentré dans ses épaules. Son cri s’intensifia pour atteindre des fréquences qu’il espérait insupportables pour les délicates oreilles des longues dents – sans trop de succès.

Naola, étalée au sol un mètre plus loin, repoussa les créatures qui s’étaient jetées sur elle d’un vif flash de lumière puis se précipita sur Pierre. Elle saisit à deux mains le bras de son agresseur et diffusa un sort d’argent directement sur sa peau. Le vampire hurla, lâcha l’héliade pour envoyer un violent revers dans les côtes de la sorcière. Le coup projeta de nouveau Naola contre le mur, avec assez de force pour lui couper les jambes. À genoux, elle attira Pierre contre elle, se redressa, passa devant lui et leva son concentrateur entre la masse mouvante de canines en rage et le délicieux réservoir de sang qu’ils représentaient. L’enchanteresse murmura quelques mots, un orbe d’argent fusa en dehors de son arme et les engloba tous les deux.

« Relance ton charme ! » ordonna-t-elle, la voix hachée par l’effort.

Sous le choc, il l’avait cessé ! Pierre, recroquevillé derrière elle, obéit sans réfléchir. Il était en vie, c’était tout ce qu’il savait et ce qu’il voulait savoir. Il ouvrit les vannes et s’abandonna à la déferlante brûlante provoquée par son pouvoir, séchant ses larmes, anesthésiant ses sanglots.

« Va-t’en ! » conclut Naola, au terme d’interminables secondes.

L’héliade ne prit pas le temps d’ajouter quoi que ce soit. Il écarta ses doigts crispés autour du den et le lâcha. Il disparut avant que la pièce ait touché le sol.

Naola, lorsqu’elle eut constaté son départ d’un bref coup d’œil par-dessus son épaule, recula d’un bond pour sentir le mur dans son dos. Dans le même mouvement, elle glissa sa main libre dans une petite sacoche apparue à sa ceinture et en tira une fiole sertie d’une chaînette d’argent. La sorcière prit une courte inspiration, vérifia machinalement que sa capuche était bien ajustée sur son visage, brandit l’objet devant elle, puis cessa son maléfice de protection, faisant soudain face à une trentaine de vampires en train de retrouver leurs esprits. Leurs regards s’accrochèrent à au flacon, suivirent un instant ses oscillations avant de se fixer sur le visage de celle qui allait oser s’en servir contre eux.

« Je fais ça pour vous », articula-t-elle bien distinctement dans le quasi-silence.

Naola activa l’artefact, les créatures s’effondrèrent, dans un mouvement si synchrone que le bruit de leur chute retentit à l’unisson.

*

Adélaïde, perdue entre les hauts rayons du scriptorium, laissait glisser ses doigts le long des antiques reliures en cuir. Elle cherchait un titre en particulier, un ouvrage dédié aux soins magiques qu’elle comptait intégrer à la collection des Cromwells. Le monastère se dressait à une centaine de kilomètres au sud de Lievinsk et tombait, de fait, sous la tutelle de l’Ordre. Les Merliniques, réputés pour être d’excellents conservateurs, n’avaient pas vraiment apprécié la situation, et moins encore l’annonce de la venue de Fillip. Les religieux, outrés, avaient plié bagage pour se réfugier à Stuttgart, abandonnant une grande partie de leurs précieuses reliques sur place.

La pièce sentait la vieille pierre, le papier et la cire. Une dizaine de Vestes Grises s’affairait entre les rayonnages, alors que Fillip, installé au bout de la longue table centrale, étudiait les ouvrages que sa suite lui apportait. Il y avait ici, caché dans ces centaines de milliers de pages, des maléfices maudits, des sorts occultes et des charmes temporels qui n’attendaient que d’être découverts pour devenir les nouvelles armes de l’Ordre.

Grimm, un peu plus loin dans l’allée, portait l’humaine sur ses épaules. L’enfant lisait à mi-voix les titres de la plus haute étagère. Le sorcier riait en silence quand elle écorchait les noms d’illustres enchanteurs ; elle râlait des murmures et lui donnait des petits coups de talons pour se venger de ses moqueries. Ils se figèrent lorsqu’ils aperçurent Adélaïde.

« Tu t’amuses bien ? » demanda-t-elle sèchement à son collègue.

L’homme baissa la tête et délogea la gamine. Le regard au sol, elle recula derrière lui et se fit discrète.

« Ça évite de descendre les livres un par un… » justifia Grimm à mi-voix.

La lieutenante les toisa, lèvres pincées. Depuis la capitulation des Fédés, le duo avait été assigné à la suite rapprochée de Fillip. Le leader de l’Ordre utilisait la fillette comme d’une source d’information pour préparer ses raids contre la Congrégation d’Égée. La gamine se prêtait docilement à ces interrogatoires. Si elle avait conscience de trahir les siens, elle n’en montrait rien et noyait son chagrin dans les énormes tasses de chocolat chaud que lui servait Fillip lorsqu’ils discutaient.

Au moment de réinvestir Lievinsk, il avait été question d’enfermer l’otage dans une des cellules de la prison, mais, au plus froid de l’hiver iskaarien, les geôles du fort lui auraient été fatales. Adélaïde, pour honorer sa promesse faite à Grimm, avait démarché pour qu’il en conserve la charge, au moins jusqu’au printemps.

« Asclépios », interrogea Adélaïde au terme d’un silence glacial.

Ils la dévisagèrent sans comprendre. Elle poussa un long soupir et croisa les bras.

« C’est un auteur. Vous ne l’auriez pas vu sur l’étagère du haut ?

— Au fond de l’allée », répondit Faï en lui adressant un sourire resplendissant.

La médic’ se détourna d’eux sans plus leur prêter attention, mais elle se figea, quelques pas plus loin. Quelque chose clochait.

Même ici, même en terrain connu et sur, elle avait l’habitude de sonder l’assistance. C’était à peine conscient : du bout de son esprit, elle effleurait ceux des personnes environnantes. Une manie qui lui venait de l’enfance — il n’y avait pas de meilleur exercice pour pratiquer son art et le perfectionner au quotidien.

Adélaïde mit quelques secondes à réaliser l’origine de son malaise : des intrus. Il y avait des intrus, à portée de ses pensées. Elle blanchit quand, en poussant son sondage plus loin, elle perçut une résistance familière.

« Xâvier, articula-t-elle à mi-voix.

— Hein ? » s’inquiéta Grimm, dans son dos.

Elle se retourna brusquement vers lui, puis posa les yeux sur la gamine. Si l’affrontement tournait à son désavantage, Fillip s’abaisserait sans doute à s’en servir comme otage. Adélaïde siffla entre ses dents serrées. L’Once et ses élèves se tenaient à leur porte et aucune des issues qu’elle entrevoyait à la bataille à venir ne convenait à ses plans. Ce stupide Chat choisissait de mener son ultime offensive plutôt que de se laisser manœuvrer. La sorcière constata avec amertume que, plus que de peur, elle tremblait de colère à l’idée qu’Elfric entraînait Xâvier et Naola dans sa folie .

« Va mettre l’enfant en sécurité, ordonna-t-elle.

— Qu’est ce qui se passe, Adé ?

— Fais ce que je te dis. Maintenant ! »

La mentaliste accompagna la sommation d’une vive impulsion. Elle sentit les digues de son vis à vis se fendre, sa volonté plier et capituler. Le mécamage attrapa Faï par l’épaule et l’attira immédiatement contre lui. La petite prit une inspiration précipitée en prévision du déplacement magique, mais Grimm la relâcha.

« Les transferts sont bloqués.

— Sors d’ici, passe par-derrière et éloigne-toi le plus possible », ordonna Adélaïde.

Il hocha la tête, incertain. Faï se débattit, cherchant à récupérer son sac et son manteau, laissés à même le sol, mais Grimm, forcé par les attaques impératives de la mentaliste, l’entraîna vers la coursive sans lui prêter attention.

Adélaïde, focalisée sur les intrus, n’accorda pas un regard à leur départ. Ils sont cinq, réalisa-t-elle alors que son esprit identifiait, en s’y heurtant, des défenses inconnues. Avec un allié supplémentaire, l’offensive de l’Once n’était peut-être pas si désespérée et les dégâts seraient sans doute conséquents, dans les deux camps. La sorcière, piégée à l’orée d’un champ de bataille chercha, sans succès, un moyen de compromettre l’affrontement.

A défaut, songea-t-elle, sans pour autant se mettre en mouvement, il faut au moins que je prévienne Fillip.

Elle eut la certitude, en s’en faisant la réflexion, que sonner l’alerte signerait la fin de l’Once et la mort de ses élèves. Elle lâcha un juron. Stupide Chat.

*

« On est découvert, prévint Naola, alertée par Tourab de la fuite de la petite otage et du méca.

— La mentaliste m’a repéré » confirma la voix grave de « Malice », dans son dos.

L’homme, tout encapuché d’un ample vêtement noir qui le dissimulait intégralement, avait rejoint Mattéo, Xâvier et Alix alors que la jeune femme s’occupait des vampires. Malice, tel que l’Once l’avait sommairement présenté, allait les aider à battre la cellule et assurer sa défense face à Fillip. Contrairement aux autres, dont elle distinguait les visages masqués sous leurs capuches rabattues, les traits du sorcier se fondaient dans l’ombre. Il resterait anonyme. Naola, encore sous le coup de la puissante décharge d’adrénaline provoquée par son affrontement contre les longue-dents, n’avait pas cherché à en savoir plus. Leur escouade s’était élancée à l’assaut du monastère.

«  Ils fuient ? demanda Alix.

— Seulement Grimm et Faï. Adélaïde les a prévenus, mais elle n’a pas l’air de… ha si, ça y est, elle remonte vers le scriptorium. Elle va lancer l’alerte.

— On y est presque. »

Les cinq capes sombres s’immobilisèrent devant une porte en métal anthracite dont le style anachronique contrastait avec la vétusté monacale du bâtiment. Tous se regroupèrent autour de la jeune femme. Naola ferma les yeux pour se concentrer sur les images que Tourab, déployé de l’autre côté du mur, lui laissait percevoir. La vaste pièce s’ouvrait sur de hautes travées de livres dont l’alignement formait une large allée jusqu’à l’espace de travail central. Ils l’avaient baptisé “Le scriptorium” en étudiant le plan de l’ensemble.

« Deux cibles postées, trois rangées sur la gauche, indiqua-t-elle.

— Rapide, après avoir condamné la porte », assigna l’Once.

L’intéressé hocha la tête et arma son concentrateur alors que Naola poursuivait son repérage, découvrant presque de visu la topologie de la salle qu’elle avait pourtant analysée plusieurs heures durant, pour préparer l’opération. La zone de consultation des ouvrages était scindée par un large plan de travail en bois massif.

« Deux lisent, installés vers notre bout de la table », reprit la sorcière. Elle fit claquer de la langue pour exprimer son dépit. « Et deux sont dans les épis : un vers l’avant gauche, l’autre vers l’arrière droit. »

Plusieurs séries de rayonnages partaient en biais, de part et d’autre de l’aménagement central. Les meubles massifs et espacés de tout juste un mètre formaient une haie qui complexifierait tout affrontement direct.

« Où se trouve Chester ?

— À côté de Fillip, au fond de la pièce, en bout de table.

— Malice, tu condamnes la coursive, neutralises l’arrière droit et prends Chester à revers, ordonna Alix, après une seconde de réflexion.

— Bien.

— Force et Alerte, ceux attablés et l’avant gauche. Il y en a d’autres, Alerte ?

— Non. Adélaïde s’est arrêtée presque au niveau de la première traverse. Elle hésite à nouveau.

— On ne va pas lui laisser le temps de se décider. »

Alix posa sa main sur la porte qui les séparait de la bibliothèque, poussa un très court soupir. Ils savaient tous où se trouvaient leurs cibles, mais si elle ratait la sienne, la mission échouait. Elle attendit que, d’un signe du menton, Naola lui confirme avoir révoqué son djinn dont la présence sur la zone d’affrontement aurait trahi son identité et celle de tout le groupe, puis, elle lança l’attaque. Les lourds battants d’acier pivotèrent brutalement sur leurs gonds et claquèrent contre le mur dans un terrible tonnerre de tôle froissée.

Au pas de course accéléré par sa magie, sans accorder le moindre regard aux lieutenants de l’Ordre, Alix traversa la pièce, sauta sur la longue table et, au moment où Fillip se relevait, jeta le sortilège si durement acquis auprès du Vampire. Le sorcier le reçut de plein fouet, sans parvenir à l’identifier et sans se rendre compte que son ultime porte de sortie venait d’être définitivement condamnée. Naola, dans le dos de l’Once, se précipita sur l’un des deux hommes attablés qui, sous l’effet de la surprise, avaient laissé passer Alix. La jeune femme ne resterait que quelques instants seule face aux Vestes Grises. Elle profita de leur stupeur pour envoyer un maléfice dans le ventre du premier, qui tomba à genoux, puis jeta un coup d’œil par-dessus son épaule. Mattéo, comme prévu, était en train de déposer le corps d’Esther au sol. Il l’avait interceptée près des premières rangées de livres et l’avait assommée d’un sortilège d’inconscience. L’instant d’après, il prenait place aux côtés de Naola pour affronter leurs adversaires. Un sifflement au fond de la bibliothèque leur indiqua que Malice venait de condamner la porte de sortie par laquelle Grimm et la petite s’étaient échappés, alors que Xâvier faisait de même avec celle qu’ils avaient empruntée, scellant le théâtre des opérations.

Le borgne se précipita sur ses deux cibles, dans une contre-allée d’étagères, avant qu’elles ne rejoignent le centre de la pièce où le couple menait déjà un combat acharné contre trois sorciers, de part et d’autre de la table. Tantôt côte à côte, tantôt dos à dos, ils usaient de l’autre pour se protéger et pour attaquer, inversaient leurs positions, s’attrapaient le bras pour changer d’équilibre. Ils dansaient ensemble, jamais immobiles, offrant aux Vestes Grises un ballet de sortilèges des plus hétérogène.

Alix, toujours juchée sur le bois, peinait à soutenir les assauts combinées de Chester et Fillip. Les deux sorciers, visiblement entraînés à se battre de concert, ne lui laissaient aucun répit et variaient leurs postures offensives en réponse à ses propres charges. Malice, enfin, émergea du fond de la salle et les prit à revers. Ses maléfices visèrent Chester qui se retrouva contraint de consacrer toute son attention à l’inconnu qui, en quelques passes d’armes, l’obligea à s’éloigner de son chef.

Fillip tenta de les suivre pour maintenir leur formation de combat, mais Alix l’en dissuada d’une attaque aux reflets carmin. L’Once, enfin, se dressa seule face au leader de l’Ordre. L’homme poussa un juron et répliqua avec un puissant trait couleur nuit.

La magie vrilla l’air d’un grondement explosif. Alix sauta, propulsée par un sortilège, et la table s’envola, disloquée par la violence du choc. Mattéo et Naola évitèrent de justesse la projection, mais un de leur adversaire n’en eut pas le temps, emporté par un lourd panneau de bois. Sorcier et débris plus ou moins massifs percutèrent les bibliothèques de l’aile gauche qui s’effondrèrent, l’une après l’autre, dans grotesque jeu de domino.

Avec un ennemi en moins, le couple expédia la fin de l’affrontement. Mattéo, d’une pression dans le dos de Naola, l’invita à complexifier leur danse : dans une rotation élégante, il posa le genou au sol et abattit la cible de Naola alors qu’elle tournait sur lui pour neutraliser la sienne.

De son côté, Xâvier venait de renverser une énième rangée de livres et son premier adversaire. Le second tenta de se dérober, mais il fut cueilli par le couple qui, leur tâche accomplie et ayant ordre de ne pas se mêler des affrontements d’Alix ou de Malice, remontaient les rayonnages pour rejoindre leur ami. Le trio porta son attention vers le fond de la pièce. Si le combat de Malice leur était dissimulé par plusieurs travées d’étagères, le duel de l’Once les glaça : leur Maître, sans aucun doute possible, perdait du terrain.

Le face à face avec Fillip s’avérait plus difficile qu’Alix ne l’avait envisagé. L’enchanteur, plus faible lors de l’enlèvement Naola à peine deux ans plus tôt, avait progressé au-delà de l’imaginable et du raisonnable. Aujourd’hui, l’Once devait admettre qu’il la surpassait, tant en puissance magique qu’en variété de sortilèges – et pourtant, elle n’avait pas à rougir de la diversité de son répertoire. L’intensité de la bataille n’égalait pas celle de son affrontement contre Leuthar, mais, cette fois, elle était seule.

Alix se retenait de passer au contact : elle ne devait pas prendre de risque avant que Malice vienne la seconder. Moins de trois minutes de combat et l’organisme de la sorcière en accusait déjà la violence : plaies ouvertes, charmes de confinement pour stopper des maléfices trop complexes à neutraliser, muscles douloureux et ankylosé… Elle voyait Fillip la repousser, peu à peu, vers le centre de la pièce.

Un sort franchit sa garde et toucha sa jambe. Il s’incrusta dans la fibre de son mollet et fit frémir sa chaire dans une désagréable sensation effervescente avant de trouver sa cible : son tendon d’Achille. L’Once le sentit se déchirer avec trop de précision pour rester impassible. Elle posa le genou au sol, en criant de douleur. Par réflexe, elle déploya un charme qui relia os et muscles, anesthésia la zone, puis bondit pour éviter, de justesse, le trait suivant.

Au coin de la bibliothèque, Malice menait une danse mortelle contre Chester. L’adversaire se débrouillait mieux que prévu, mais, contre un Confrère, il ne pouvait rien. Implacable, Usem enchaînait sortilèges sur maléfices, acculant le lieutenant de l’Ordre contre un mur de livre. La victoire était sienne. Le soulagement qu’Alix éprouva à l’idée d’être enfin bientôt secondée face à Fillip fit brutalement place à l’incompréhension : Chester et Malice disparurent. En moins d’un battement de cœur, il ne resta plus aucune trace d’eux, pas même un résidu de transfert. Inexplicable et très inquiétant. Le leader de l’Ordre marqua lui aussi un temps d’arrêt, mais il avait l’avantage et n’avait pas, lui, besoin d’aide pour défaire son adversaire.

Le regard rivé sur l’endroit désespérément vide où s’était volatilisé Malice, Alix manqua la reprise du combat. Un trait bloqua son cœur. Son instinct lui sauva la vie en déclenchant immédiatement le contre-sort approprié. Le muscle repartit en battements emballés. La main plaquée contre sa poitrine, l’Once se força à focaliser sur Fillip. Ses assauts redoublaient, plus puissants, plus nombreux, plus mortels. Un nouveau coup porta et l’envoya au sol.

Les os grinçants, l’Once bondit et s’interposa entre Fillip et ses élèves, à présent rassemblés quelques mètres derrière elle. À l’inquiétude qu’elle éprouvait pour Usem — qui n’aurait pas dû disparaître de la sorte — s’ajoutait la crainte que Mattéo, Xâvier et Naola se mettent en tête de venir l’aider. Ils ne devaient pas se mesurer à Fillip. Elle regretta soudain amèrement de n’avoir préparé de charme de rapatriement : le Confrère avec eux, elle n’avait pas trouvé nécessaire d’user ainsi d’un sortilège si gourmand en magie. Quelle imprudence !

« Laissez-le-moi », leur intima-t-elle d’une voix rauque.

Elle devait maintenir le doute sur les capacités du groupe, donner l’impression que ses jeunes étaient de puissants enchanteurs, présents pour la seconder en cas de problème. Dans le cas contraire, Fillip s’attaquerait à eux pour espérer les prendre en otage. La sorcière, tirant sur ses réserves, réengagea le combat et décida de changer de tactique.

Elle tenta de se porter au corps à corps, en dépit des risques. Fillip ne lui en laissa pas le temps : d’une vague de magie, il brisa ses défenses. Le choc propulsa Alix dans les airs et elle se fracassa contre les restes de la table. Sa tête heurta le bois avec violence. Elle s’effondra sur elle même, inconsciente et parcourue de spasmes.

Ses élèves n’eurent besoin que d’un regard pour décider d’intervenir et se répartir les tâches. Xâvier se précipita sur leur Maître pendant que Naola et Mattéo montaient au front. Malice absent, ils prendraient son relais le temps qu’il faudrait.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Jacques IONEAU


DESOLATION

Le bleu est rose maintenant.
Tout est tranquille enfin.
Le rose est rouge au loin, rouge sang.
Rouge sang, le sable fin,
Et la mer qui s'enroule et s'étale, écarlate,
Son reflux qui s'écoule et crépite
Jusqu'à la prochaine vague puis éclate
Et indéfiniment qui revient sur le sable qui s'effrite,
Un peu comme une horloge, symbole du temps qui passe,
Grâce au lent va-et-vient de son balancier
Qui dessine dans l'espace
Un peu d'éternité.
Le soleil menaçant
Est comme le sable, sanglant.
Le vent hurlant,
Le vent destructeur et brûlant
S'est tu.
Avec lui, presque tout a disparu,
Tout est désert,
Je suis seul,
Seul arbre au milieu du désert
Et son sable vermillon deviendra mon linceul
Car je n'ai plus de mains quand il faudrait prier,
Alors j'essaye en vain de m'adresser au ciel,
Espérant que quelqu'un entendra mon appel
Mais je n'ai plus de lèvres pour pouvoir crier
Et comme tout en ces lieux,
La vie m'aura bientôt quitté.
Mon Dieu !
Pourquoi m'as tu abandonné ?




MAUPASSANT

Dans la lueur blafard' d'une pauvre bougie,
Il voyait son reflet, surgissant de la nuit,
Animer le miroir témoin de la folie
Qui pénétrait alors lentement son esprit.

Depuis la baie vitrée par dessus la vallée,
Son regard fixe portait sur le fleuve au loin
Et, tandis que passaient là-bas les mariniers,
Conscient de sa démence, il priait pour sa fin.



VAN GOGH

Le regard dévoré par le feu intérieur
Qui ronge son esprit et allume une lueur
Démoniaqu' dans ses yeux. Cette oreille sanglante
Devinée sous le linge, offrande à une amante.

La laideur de l'asile après d'Arl' la beauté
Qu'à grand traits de couleurs il faisait éclater,
Souvenirs lancinants d'immenses champs de blés
Conscience d'un immense Gâchis ! Pistolet...




DE NERVAL

Du docteur Blanche à la rue noir' de Baudelaire,
De Sylvie à Aurélia, ces filles de feu
Qui dansaient autour de lui entre Faust et dieux,
Entre Jenny, lointaine égérie et Chimères,

C'est le poids de la misère, l'indifférence,
Qui tira par les pieds, rue de la Vieill' Lanterne,
Accroché au barreau sombre d'une poterne
Le poète angoissé par ses cris' de démence.
33
38
25
9
Draknaryss

Son charme est sans pareil
Je n'ai d'yeux que pour elle
Sa douce voix 
Résonne à jamais en moi


Ses yeux noirs
Me remplissent d'espoirs
Quand je croise son regard
Mon esprit s'égare


Son sourire ravageur
Me maintient en apesanteur
Nul besoin de maquillage ni d'artifices
Elle pourrait être élue Miss


L'odeur de son parfum 
Enivre mes chagrins
Ses lèvres sucrées
Me donnent envie de l'embrasser
L'enlacer


La chaleur de son corps 
Me réchauffe à l'aurore
Sa peau de satin contre moi
Le matin
Un calin


Ses rires 
Me font sourire
Ses pleurs
Blessent mon cœur
Ses larmes
Me désarment 


Mon cœur s'accélère
Mon amour est sincère


J'aimerai être à ses côtés
Pour l'éternité


Helena tu es et resteras
Tout pour moi


Désormais
A jamais
5
4
1
1
Guillaume Brunhes

Le vautour.


Les humains le détestent et le chassent parfois
Souvent objet de haine ou pire de dégoût,
Nul peuple en ce monde ne serait assez fou
Pour le diviniser. Funeste oiseau de proie.


Solitaire, il plane. chassant du haut des cimes
Il descend, attiré par les chairs putréfiées,
Mange, parcimonieux, ce qu’autrui a laissé.
Tous l’ont banni, sauf la mort, son amie intime.


Les hommes s’entretuent pour des motifs futiles
Ils restent au ras du sol, animaux malhabiles,
Lui moque ces bêtes mortes avant d’être nées…


Tant pis si on le hait : la solitude est belle
Pour qui a une vue digne des immortels
Et qui du triste monde a su se libérer…



Vanité


La ville chatoyante étonne par sa vie
Dans la consommation le vulgaire se plait
C’est sur la bassesse que se forge la paix.
Mais l’homme de raison n’en est pas réjoui.


La vie est absurde pour qui vit sur les cimes !
Un regard pénétrant ne voit que déraison :
Nulle valeur ne vaut pour un esprit profond.
Seule est certaine la mort. O ! Néant sublime !


Dans un flacon de vin, ce dangereux sirop,
Devons-nous nous tourner pour trouver le repos ?
Ou dans les bras des femmes espère-t-on encore


Que les jours sont heureux ? La chair est écoeurante
Et l’ivresse trompeuse. Existence aberrante !
Nul moyen d’échapper à notre triste sort…


Les fourmis.


Austères et ordonnées, les fourmis vont et viennent
N’ayant nul autre but que l’éternel ouvrage.
Sisyphes sans douleurs ! La paix est leur servage,
Le néant de leurs âmes oblitère leur peine…


Elles édifient seules de parfaites cités.
Faisant fi du destin, chacune joue son rôle
Tel un robot zélé, servile et sous contrôle
D’ un ordre spontané fait pour décerveler.


Mais que vienne un tapir, brisant la fourmilière,
Et les insectes fuient, accablés de misère.
Le mammifère fait le divin jugement !


Livrées nues au hasard, paniquées elles errent
Ces animaux soumis, morts au moindre revers,
Dont les âmes vides les rend insignifiant !


Solian.


Tu hantes mes couchers, nourrissant mes espoirs
Me soumets au devoir, camisole chimique.
Qui donc peut t’accepter, maîtresse diabolique,
Sans sitôt te haïr ? Cigüe si sale à boire…


Est-ce l’infirmité ou bien ma perdition
Qui cause ces souffrances ? A moins que ton venin,
Puissant neuroleptique, broyant mes intestins
Encourage mon âme à la déréliction.


Pourrai-je un jour guérir, fatigué de t’étreindre ?
Ou bien comme Sisyphe et ne cessant de geindre
Boirai-je ton calice, usé, jusqu’à la lie ?


La folie est un mal soigné par un poison.
De Charybde en Scylla, sans fin, ma damnation
Transforme ma psychose en toxicomanie…




La télé et la guerre.


A la télé, la radio,
La guerre apparaît chaque instant
Un champ de cadavres s’étend
Exhibés pour les Editos.


Devant sa télé en couleurs
L’occidental, voyeur obscène,
Met des génocides en scène
Sans jamais verser aucun pleur…


Repu de ce sang virtuel
Et à l’abri de son confort
Le spectateur se pense fort
Mais son silence est criminel.


Média ! Tes images brutales
Flattent notre instinct de voyeur
Mais sous tes écrans de couleur
Il y a hélas un vrai mal.


Platon abhorrait les images
Nous, de même, rejetons les !
Sans fard, évitons les excès
Et pour toujours faisons-nous sages…




Le soleil brille.


Le soleil brille et c’est le soir
Les bourgeois font leurs bacchanales
Eros se montre triomphal.
Le ciel est bleu, mon âme est noire…


La ville part en Dyonisies
Et les passants pour un peu d’or
Peignent de rires le dehors…
L’été n’est pas dans mon esprit.


La plèbe dans son ignorance
Minaude au bon soleil couchant
La mort est pourtant au tournant,
Certaine de notre impuissance.


Sous la loi de l’astre solaire
Les gens folâtres ont l’air heureux
Leurs vains plaisirs me rend envieux
Et leur futilité amer.




La grande braderie.


Le soleil éclatant luit à n’en plus finir. Il s’immisce dans les moindres espaces des esprits empesés, déversant sans relâche des couleurs chatoyantes, illusions polychromes polluant le noir horizon de notre vacuité.


La foule vulgaire, plèbe multicolore, troupeau kaléïdoscopique, inonde les rues écarlates telle une marée au flux toujours plus vigoureux. C’est la grande braderie ! La fête ! La bombance ! Les margoulins pour un peu d’or vendent des chiffons peinturlurés, des colliers de bois exotiques. Le rêve est sur tous les étal ; il est même en promotion, à sept euros cinquante !


Les chalands hypnotisés par ces verroteries se pressent en masse pour arracher de leur écrin la perle factice qui les rendra heureux jusqu’au lendemain. C’est la valse consumériste sans début ni fin, au tempo de plus en plus frénétique…


Lorsque la masse grouillante sera partie, on ne verra plus que les immondices, le sang, la boue, la pourriture, les charognes, laissées là par l’intempérance et la bêtise.


Alors la pluie arrivera et nettoiera cette graisse ignoble, rendant aux anarchistes, pour un temps, leur divine liberté jusqu’à la prochaine orgie…




Les biches.


Les biches vont, peinturlurées,
De boutiques en magasins,
Acheter vêtements, parfums,
Dans des centres sécurisés.


La beauté est leur capital
Et sans compter elles dépensent
Pour soigner leur belle apparence
Et vivre comme des cigales.


Mais sous le fard de leurs atours
On perçoit des agissements
Imprégnés d’un morne néant,
Qu’on sent dans leurs tristes discours.


Quand elles sont en compagnie
C’est avec de pauvres garçons,
Des bellâtres souvent très cons
Leur double en crétinerie.


Et elles continuent de boire,
Dansent dans des boites vulgaires
Et baisent avec des coqs tout fier
Qui ne les aimeront qu’un soir.


Le matin elles se réveillent
Rendues plus seules que jamais.
Pour quelqu’un qui les aimerait
Elles offriraient monts et merveilles.


Mais quand le week end est passé
Elles retournent travailler
La tristesse du quotidien
Fait taire leur morne destin.




Les Don Juan.


Dans les bars interlopes et les cafés branchés
Traînent les don Juan, rusés renards urbains.
Avides de divas, ils chassent dès matin
Amoureux carnivores aux mille procédés.


Ils sourient ! Ils plaisent ! Parlent littérature,
Lisent Libération bien en vue, en terrasse,
Afin que tous les voient et surtout les pétasses
Eblouies, se pâmant pour leur pauvre culture.


Mesdames méfiez-vous de ces êtres trompeurs !
Leur beauté cache mal leur misère intérieure.
Vous tombez dans leurs rets, sensibles aux apparences.


Ils sont incapables de chérir plus d’un soir
Les belles naïves qui se sont fait avoir
Croyant trouver l’amour sous les plaisirs des sens…




Les voitures.


De Lille jusqu’à Perpignan
En d’insolites processions
Suivant toutes les directions
Les voitures vont, vrombissant.


L’été est là et son soleil
Le moteur tremble d’impatience
D’emmener famille en vacance
Vers des lieux chargés de merveilles


La route envahie de chaleur
Assomme l’humble maisonnée
Cloîtrée dans son carcan d’acier.
La plage vaut bien ces douleurs !


Parfois les parents voient passer
Une orgueilleuse Mercedes
La vile envie alors les presse
D’une plus belle posséder.


Sous l’astre brillant du mois d’août
Les émigrants n’entrevoient plus
La triste fumée qui pollue
Tuant toute vie lors du raout.


Enfin quand tout sera fini
Tous reprendront leur morne vie
La voiture alors leur servant
A parader comme des paons.




Ma folie.


Ma pathologie, impudique
Se montre à toutes occasions
Une extravagante affliction
Ronge mon âme famélique.


La solitude est mon bonsoir
Les amis se défient de moi
J’ai beau crier sur tous les toits
Je récolte le désespoir.


La nuit, hurlant avec les loups
Je prie la lune, mon amie
De ne pas me faire ennemi
De ces hommes qui me bafouent :


C’est malgré moi qu’il me haïssent
J’ai beau souvent me démener
Je vis tout seul et opprimé
Par mes actes qui me trahissent.


Et mon insondable martyre
Me pousse à la déréliction
Cherchant en vain le repentir
Je ne trouve que damnation.


D’une ténébreuse prison
Innocent me suis enfermé
Mon espoir est dans la clarté
Le beau diamant qu’est la raison.


Quand viendra l’heure de juger
C’est l’enfer qu’on me promettra
Seuls les bons, ceux qui ont la foi,
Pourront pardonner mes péchés.




Le football.


Avec leurs bas peinturlurés,
Leurs maillots, leurs shorts colorés
Ils cavalent après un ballon rond,
Tout heureux d’être des champions.


Leur orgueil les pousse à courir
Tirer, tâcler ou se frapper
Et une fois le match gagné
La coupe va les abrutir.


Hérauts des anciennes nations
Ces contemporains gladiateurs
Vont jusqu’à répandre des pleurs
Lorsqu’ils ont manqué le ballon.


Et leur discours teinté de gloire
Cache mal leur esprit vulgaire
Leur renom masque la misère
D’une vie vécue pour l’avoir.


La foule inepte les encense,
Ces soldats du spectaculaire
Et ne voit pas que c’est la guerre
Qui sous le fard du jeu avance.


Footballeurs, votre âme stupide
Entretient les relents putrides
De l’horrible compétition
Conduisant à la déraison.




Le clochard.


Assis sur le trottoir, seul jusqu’à en vomir
Il contemple Babel, cet immonde cloaque,
Tel un moine reclus. Le mauvais vin l’attaque,
Consomme sa carcasse à coups d’éclats de rire.


Est-ce d’avoir trop bu qu’il ne désire rien ?
Ou bien est-il blasé de l’humaine souffrance,
Réfugié dans le gêne et la désespérance,
Ermite par dégoût, laissant sa part aux chiens ?


Sous son air miséreux on l’imagine triste
Son esprit enfiévré est celui d’un artiste
Détaché de son œuvre. L’ivresse est son honneur.


Patiemment il attend l’heure de son décès
Il vit son agonie en exaltant l’excès
L’alcool est son couvent et la rue son bonheur.




Les jeunes.


Dépenaillés et nonchalants
Ils envahissent les troquets
De bière ils n’ont jamais assez
L’alcool les rend indifférents.


Ils profitent de leur jeunesse
Enthousiastes et conformistes
Suivis par de mauvais artistes
Et des trafiquants de paresse.


On loue leurs airs désinvoltes
Pour mieux leur vendre des objets
Habits, disques, colifichets
On marchandise leur révolte.


Quand l’un d’entre eux, original
Se méfie des plaisirs vulgaires
Voulant retourner à la terre,
Ils condamnent le marginal.


Foin des bocks, de la limonade,
Ils ne semblent pas exister
Superficiels, se rencontrer
Ne se fait qu’entre camarades.


Croyant le monde entre leurs mains
Ils s’encanaillent, vaniteux,
Pour un partenaire mielleux
Qui partira le lendemain.


Pour eux le bonheur est facile
Enfermés dans leur suffisance
Leurs esprits guidés par la chance
Rend là leur vertu malhabile.




La matrice.


Le chef dans son palais, à l’abri du besoin
Mitonne ses décrets, répugnant démagogue ;
A ses pieds réunis, une foule apologue
Entretient l’illusion de brillants lendemains.


Qu’ils sont simples les jours quand l’affreuse Babel
Vous nourrit de son sein et exauce vos vœux.
L’illusion, la chimère est tout ce que l’on veut :
La fausse opulence rend la caverne belle !


Le salut passe par la misère et la fange :
Marginaux, aliénés, voilà ce qui dérange.
C’est leur différence qui nous montre la voie.


Alors les réprouvés, heureux de n’être rien
Sans craintes ni espoirs, affranchis de tous biens,
Sauront nous délivrer de l’argent et ses lois.




L’autre.


Le monde est empli de vivants
Copulant toujours sans raison
Et dans ce spectacle grouillant
Je cherche en vain ma rédemption.


D’hommes j’ai cherché l’entourage
Dorénavant j’en suis fourbu 
Peut être que je prends de l’âge
Mais autrui m’a beaucoup déçu.


La solitude nous enferme
Si bien qu’à la moindre figure
De nos peines on croit voir le terme
Hélas rien dans l’humain n’est sûr…


Nous sommes d’éternels vampires
Nous prenons sans jamais donner
Narcisses qui croyons aimer
Nous faisons bien souvent le pire




Autrui est là qui nous enivre
Détruisant notre liberté
Stoïques, saurons-nous quitter
La masse pour enfin mieux vivre…


Ernest Antoine Sellière.


Tu ne sais pas qui sont les autres
Et pourtant tu fais la leçon.
Ignorant, jouant à l’apôtre
D’une liberté sans raison.


Enfermé dans ton univers
Tu n’as connu que réussite
Et ton point de vue sollipsiste
Se veut scientifique et ouvert.


D’un revers de main tu balaies
L’impuissante contradiction,
Imposant de mille façons
Tes préjugés et tes conseils.


Tellement tu es plein de toi
Tellement, si fort, tu t’aimes
Tellement sûr de ton bon droit
Que tu te crois la raison même.


Pourtant si un jour le bon dieu
Sur la terre faisait justice
A ce moment tu ferais mieux
De te préparer au supplice.


Ce Dieu vengeur dissiperait
La brume de ton égoïsme
Enfin, renonçant au cynisme
Moine mendiant tu te ferais.


*


Tu montres ta colère, enfant de la banlieue
En détruisant la voiture d’un prolétaire
Vois-tu dans ta révolte on peut faire beaucoup mieux :
En collant une balle au bon baron Sellière.


L’homicide est hélas notre dernier moyen
Pour faire la justice au pouvoir de l’argent
Bon baron plein de toi tu fais moins le malin
Quand la loi du plus fort brise tes faux talents.




Le juge.


Sous ton manteau d’hermine on t’imagine sain
Pourtant tu n’es qu’un homme à la chair si friable
Qu’un diplôme obtenu fait qu’on te croit capable
De juger en conscience. Et tu te crois certain


Car fondé sur le droit d’envoyer en prison
Qui a violé la loi. Pauvre fou tu t’égares !
Tu ne fais qu’opprimer, châtier au hasard
Le quidam qu’on t’exhibe et qui perd la raison.


O ignoble verdict ! Justice trop humaine
Sous le fard de la loi c’est la vie qu’on enchaîne !
Tu te fais le garant d’une vertu inique


Sans la force tu perds toute ta dignité
Ton empire est fini quand naît la liberté
Un jour nous briserons ton faux masque cynique.




Injustice.


Il est chez le vulgaire une idée répandue
Qui est que le quidam récolte seul son dû
Que le méchant puni, le bon récompensé
Trouvent dans cette vie la sanction méritée.


Brisant l’idée reçue, le destin capricieux
S’amuse à torturer un humain innocent,
Déréglant son âme, l’accablant de tourments.
L’homme ne comprend pas et devient malheureux.


Quand donc, Dieu de justice, voudras-tu effacer
L’iniquité naissant de nos infirmités ?
C’est au hasard que tu punis et récompense.


Si tout est trop inégal en cette triste vie
C’est que nous sommes bêtes, à jamais pervertis…
La sanction divine est que plus rien n’a de sens !




La ville.


Ton cœur O Babylone, bats au rythme maudit
D’étreintes frénétiques à l’odeur vermoulue
La vie que tu exhales est bien là, corrompue
Tu sens la charogne en polluant notre esprit.


Tes dédales nous noient, ignoble labyrinthe.
Dans ce grand désert d’hommes on n’entend pas nos plaintes
Et les mirages attirent les ventres faméliques
D’anges désespérés, aux espoirs fantastiques.


L’illusion nous entraîne à notre avilissement
Ta luxure perverse achève lentement
De guider nos âmes vers la déréliction


Si jamais un ascète tente de s’échapper
Tu rappelles, catin, que c’est pour copuler
Sortir de la fange qu’est ta destination…




Fantasmes.


J’ai dans le cœur mille visages
Souvenirs éreintant, sans âges
Qui de luxure vibrionnent
A en faire rougir Pétrone.


Ces talons hauts, ces jupes à fleur
S’amoncellent dans mon esprit
La féminité m’obscurcit
Au point de faire mon malheur.


Et mon sentiment esthétique
Ne pourra nullement chasser
De mon gros cortex vicié
Toutes ces femmes impudiques


Alors…


Rongé de morbides fantasmes
Je marche sans répit, avide
De prostituées impavides
Qui iront consommer mes spasmes.




Christian n’est pas là ce soir.


Christian n’est pas là ce soir
Quand je sonne la porte est close
Alors désespéré je n’ose
Imaginer son désespoir.


En prison à quoi rêves-tu ?
Toi que je sais si malheureux
Accusé d’un crime honteux
Par ceux qui ne t’ont pas connu.


C’est triste que tu sois là bas
Ta solitude est ton malheur
Et je jure que sur mon cœur
Je souhaite tant que tu sois là


Déboussolé, qu’espères-tu ?
Penses-tu enfin à la vie ?
Ou bien pour toi tout est fini ?
Ton âme doit être si nue…




L’aliéné.


Il déambule au hasard
Ce sont ses rêves qui le guident
Si son délire l’invalide
C’est qu’il ne prend jamais sa part…


Face aux bourgeois qui l’injurient
Il rétorque par l’innocence
La terreur alliée d’ignorance
L’entraîne jusqu’à l’infamie…


Solitaire il ne connaît pas
Les plaisirs de l’humanité
Mais il comprend la vacuité
D’une vie vécue sans éclat.


Ange déchu ! Ton existence
Est le signe de nos péchés
La raison dont tu es spolié
Ne rachète pas nos souffrances.








L’argent.


Universelle prostituée
Tu échappais à mes œillades
Alors las je me suis tourné
Vers de plus simples camarades.


Pourtant pour toi je ferais tout
Pour une fois, vainqueur, t’étreindre,
Mais face à toi ne fais que geindre
Oui, vraiment, tu me rendras fou !


Et toi dans la rue tu t’étales !
Que ne ferais-je pour consommer
Tes formes qui comme Tantale
S’exhibent en publicité…


La mort est sous tes maquillages
Tu me provoques sans faiblir
Jusqu’à ce qu’à un certain âge
Je décide enfin d’en finir…




Volutes.


Las ! la douleur se fume et ceint l’habit moiré
De volutes proscrites aux reflets mordorés.
Les râles sont morbides à qui suit Epicure
C’est la mort que je crache, invisible morsure…


Nous échappons au pire, réfugiés en ivresse
En croyant nous enfuir mais notre maladresse
A être enfin en paix ne donne pas au monde
Les couleurs espérées. Triste ville inféconde !


Les sots t’ingurgitent, fumée cancérigène,
Ils refont le monde sans sagesse et sans peine
Créant par leur délire un futur étouffant,
Une prison de trop. Libère-toi avant !


Mais si haut tu t’élèves ne retombe jamais
Dans les prisons dorées d’une fumée trompeuse
Libère ton esprit et le temps à l’arrêt
Tu contemple le monde en vision bienheureuse…




Consommez.***


Il est tellement naturel
Sans conscience de se gaver
De bibelots artificiels
Où le bonheur est acheté.


ces cadeaux c’est là l’impuissance
A vivre notre humanité
Délivré de la dépendance
De la tyrannie des objets


Car le destin du dernier homme
Se joue dans les supermarchés
Dans son caddie il fait la somme
De toutes ses infirmités.


Consommez ! C’est la loi divine !
Le peuple attend hypnotisé
La discipline du marché
Et de ses tristes officines.


Mais lorsque survient un stoïque
Faisant loi la sobriété
On lui répond économique
Pour mieux masquer l’indignité


Liberté ! Je te veux lucide !
Pas simplement irraisonnée.
Suivons plutôt la piste aride
D’un dénuement revendiqué.




Amusons-nous.


Quand le soir le haschisch nous a trop enfiévré
Sommes mélancoliques et nos jeunes années
Sont désormais perdues, souvenirs embrumés.
Souffle déjà la mort sur nos cœurs attristés.


Buvons ! Enivrons nous, avant que la faucheuse
Fasse œuvre charitable ! Et d’une voix heureuse
Chantons à perdre haleine, ivres jusqu’à midi.
Evitons la tristesse, tant que nous sommes en vie.


Inévitablement, nos amis, nos parents
Reposent avant nous sous le beau marbre blanc
Ne sois pas effrayé, supporte sobrement
Tous les coups du destin. soigne toi en dansant.


Savoure les instants comme si la mort noire
A ce moment précis venait prendre sa part
N’attends pas de miracle et n’aie pas non plus peur
La mort est impuissante à régner sur ton cœur !




Les bonobos.


Si nous étions des bonobos
Et pas de simples chimpanzés
L’amour serait notre credo
Rejetant la bestialité.


Pour agrandir le territoire
Mille tribus prennent les armes
La mort venue, viennent les larmes
Par cette inepte envie d’avoir.


La raison, funeste instrument
Est l’alibi des génocides
Et distille le fiel acide
Du nationalisme affligeant


Mais si, régulés par l’amour,
Nous accueillons nos congénères
En finirons avec la guerre
L’harmonie guidera nos jours.




Mission to Mars.


L’homme est un étrange animal
A l’esprit encore archaïque
Par malheur sa pensée magique
Le pousse loin vers les étoiles.


Emprisonné sur son caillou
Il souffre et meurt en ignorant
Pourquoi il vit isolément
A tel point qu’il en devient fou.


Il ne se connaît pas lui même
Ne sait pas aider son prochain
Mais de Mars veut piller les biens
Tant il se complait dans l’extrême.


S’il connaissait, ce miséreux
La vanité des rêveries
Qui le dérèglent à l’infini
Il pourrait enfin être heureux.




Banlieue.


Enfant des hautes terres, tu erres
Entre les murailles de l’ennui
Un joint, c’est tout ton univers
Mais l’ivresse te rend aigri…


Ami de tous et de personne
Tu veux vivre toutes les vies
La couleur de ta peau détonne
Les gens ont peur de ton ethnie…


Ta différence est ton atout
Et pourtant on te la reproche,
Egaré tu te fais voyou,
Tu t’amuses en faisant les poches…


Et si le destin te rend riche
Les ornements ostentatoires
Autour de toi soudain s’affichent
Tu remplaces l’être en avoir.


En vieillissant, soudain, tu jettes
Déçu par tous ces oripeaux
Ce monde honni qui te rejette
Pour embrasser le vert drapeau


S’il est digne que tu t’engages
Pour que triomphent tes valeurs
Sache bien qu’on est vraiment sage
Que grâce au djihad intérieur.

Le moine lubrique


Sortant de la cellule, on entend un beau chant
Doux et triste à la fois, pour le repos des morts.
On l’imagine austère et pourtant l’on a tort :
Le moine psalmodie… Tout en se masturbant !


L’office est en latin, et ses ouailles il bénit
Il récite la messe en une humble chapelle
Il consacre le pain et caché sous l’autel
Un sacristain le suce… Après l’eucharistie !


En public il sillonne les rues, solitaire,
Tout à la lecture d’un antique bréviaire
S’il marche c’est qu’il va rencontrer une sœur…


Et quand il frappe la porte du prieuré
Il est bien accueilli, alors court s’enfermer…
Et puis sodomise la mère supérieure !





Les nouveaux beaufs


L’ancien beauf se gave d’un triste casanis
Ecoute sans arrêt du Johnny Halliday
Le nouveau, quand à lui, préfère Bob Marley
Substitue au pastis le hideux cannabis…


Le vieux beauf s’égare, traînant ses jeans usés
En des bars interlopes, abruti de Valstar…
Le jeune se croit beau, flanqué de sa guitare
Et chante un air inepte, enfiévré de fumée…


Mais ce qui lie ceux-là dans leur beauf-attitude
Est que leur ivresse tourne à la platitude
De frapper bassement leur amie misérable


Pour eux la femme n’est qu’une vulgaire chose
Baiser, boire et fumer, voilà leur vie morose !
Ils se croient merveilleux mais ce sont des minables...







Les rats


Les rats vont, calmes et austères,
Tristes mais industrieux
Et jusqu’à un âge très vieux
Arrachent le sang de la terre


Car c’est sans répit qu’ils amassent
L’or qui les excite tant
Ils thésauriseraient leur sang,
Mettraient en bourse leur carcasse.


Leurs ongles durcis se referment
Sur une existence étriquée
Leur cœur sec est rasséréné
Quand le contrat arrive à terme.


Alors ils prennent le café
Regardant leur morne nombril
Heureux d’éviter les périls
De ceux qui n’ont pas su gagner.


Leurs yeux gris ne pleurent jamais
Et surtout pas pour les cigales,
Ceux qui passent leur vie au bal :
Ils inspirent des cris d’orfraie.


Les rats vont, calmes et austères,
Certainement pas généreux
Et pour ne pas faire d’envieux
Arrachent le sang de la terre…







Ce feu qui me dévore


Il ronge lentement ma chétive carcasse
Le feu de l’infamie, de la honte et du mal
Il dévore ma vie, incendie infernal
Assassin immortel qui veut prendre ma place


La nuit noire envahit ma chambre aux murs livides
Alors sale tumeur, je hurle d’épouvante
Ma souffrance me mue en triste sycophante
Mais mes cris de douleur se heurtent aux parois vides


Alors tête baissée, par les rues, triste et sombre
Mon cœur traîne, meurtri, envahi par les ombres
Mon esprit malade ne cesse de saigner


Mon âme pleure tant, je suis si malheureux
Je ne suis après tout qu’un être cancéreux
Un infirme de trop épris de liberté…

















































0
0
0
15

Vous aimez lire cestdoncvrai ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0