Une mauvaise information

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Jestak leva les yeux vers l’imposante façade du Palais des Présidents. Le siège du gouvernement fédéral, au cœur de Stuttgart, dominait de ses pierres millénaires le parvis d’une immense place pavée ornée en son centre d’un obélisque brisé.

L’humaine, mal à l’aise, tordit son cou vers l’arrière pour observer la devanture chargée de mascarons, de bas reliefs et couronnée d’antiques statues qui semblaient porter leur regard condescendant sur toute la cité.

« Madame ? » interpella de sorcier qui l’escortait.

Il avait déjà atteint les grilles dorées de la cour d’honneur et revint sur ses pas, pressant.

Jestak, en dessous du capuchon qui dissimulait en partie son visage, lui adressa un sourire tendu en détachant ses yeux de la débauche architecturale. Le soin que les instances de ce pays prenaient à se tenir à distance de leurs concitoyens la laissait dubitative. Dans les congrégations humaines, la politique s’exerçait dans les Communs, au cœur des lieux de vie et d’échange… Comment les sorciers pouvaient-ils interpeller leurs dirigeants avec une place pavée, des grilles, une cour intérieure et des mages armés pour les séparer ?

La Yasard garda ses réflexions pour elle et accéléra le pas pour rejoindre son guide. Le pauvre gars, apprenti bâtisseur en charge de la maintenance des phytoligocomplexes, ne cachait pas sa nervosité. Jestak lui était tombée dessus et l’avait convaincu, en le menaçant de demander à la Fédération de rompre son contrat, de l’amener immédiatement jusqu’à Stuttgart.

Elle devait parler aux Présidents sorciers, sans délai.

Le déplacement s’était révélé éprouvant : le sorcier n’ayant encore jamais eu à transférer une personne dénuée de magie, la Yasard avait rendu l’intégralité de son déjeuner sur le sol de la ruelle où ils étaient apparus, ainsi que sur le pantalon du malheureux stagiaire.

Jestak jeta un dernier regard vers la grande place, puis rejoignit le Palais en resserrant les pans de sa cape empruntée à son jeune accompagnateur pour plus de discrétion. On les arrêta à peine la porte d’entrée franchie. L’apprenti bafouilla quelques mots d’excuse précipités. La Yasard prit la main sur la conversation, soutenant le jugement un brin méprisant du soldat qui les questionnait.

« Il y a eu un souci aux Phytoligocomplexes…

— Aux quoi ? » coupa l’homme.

Jestak retint un soupir agacé et, à regret, déclina son identité.

« Je suis Jestak Kahina, Yasard de la Congrégation d’Égée et, avant que vous ne fassiez étalage de votre ignorance, les Yasard humains sont l’équivalent de vos Présidents. »

La comparaison lui écorcha la bouche, mais provoqua l’effet escompté : le soldat, sans se départir complètement de son air dubitatif, les conduisit dans une petite salle meublée d’une plante verte, d’une table et de chaises. Deux verres d’eau les attendaient sur le plan de travail. L’apprenti, étonné de ne pas s’être fait refouler, s’installa du bout des fesses sur l’un des sièges alors que Jestak s’assit près d’une des hautes fenêtres et perdit son regard vers l’extérieur. Des militaires effectuaient une manœuvre de relève, dans la cour d’honneur. La femme ferma les yeux quelques secondes, soupira pour chasser sa tension, puis sortit son téléphone et pianota un message à destination de ses pairs. Elle était chez les sorciers. Elle attendait.

Sans surprise, Amalia Elfric entra dans la pièce moins d’une dizaine de minutes plus tard. Cette femme faisait office de référence pour tout ce qui touchait aux affaires humaines et Jestak avait eu l’occasion de collaborer avec elle à plusieurs reprises, dans le cadre de la reconstruction des phytos. La Yasard se défit de la cape qui la dissimulait et la rendit à l’apprenti, en s’avançant vers la sorcière.

« Yasard Kahina, bienvenue à Stuttgart.

— Merci. »

Amalia fronça les sourcils en voyant le jeune bâtisseur. Elle ne mit qu’une seconde à relier sa présence et la façon dont Jestak était parvenue jusque là. Elle sourit à l’intéressé et lui adressa un bref signe de tête.

« Merci pour le transfert. Vous pouvez partir. Nous nous chargerons du retour de Madame Kahina quand ce sera nécessaire. »

Content de ne pas avoir à s’attarder, l’apprenti s’éclipsa et referma la porte derrière lui. La sorcière prit place autour de la table.

« Le trajet n’a pas été problématique ? s’inquiéta-t-elle.

— Je présume qu’il aurait pu être pire, répondit Jestak en s’installant en face de son interlocutrice. Il était très soucieux de quitter son poste, je lui ai dit qu’il n’aurait aucun problème à ce sujet.

— Il n’en aura pas, soyez rassurée. »

La Yasard s’accorda quelques secondes pour rassembler ses idées, buvant le verre d’eau à sa disposition dans un geste qui trahissait une soudaine nervosité.

« Il y a quelques semaines, vos Présidents et leurs… assistants… ont rencontré le leader actuel de l’Ordre. »

Elfric fronça très nettement les sourcils. Elle resta silencieuse un instant, puis se servit elle aussi un verre d’eau, tendue. Elle hésita manifestement avant de prendre la parole.

« En effet, commença-t-elle en choisissant soigneusement ses mots. Néanmoins, nous avons décidé de ne pas rendre publique cette information. Oui, nos présidents ont rencontré Fillip, épaulés par leurs Magistres Régents, dont nous n’avons pas le droit de donner le nom. Il se trouve que j’étais parmi les personnes présentes ce jour-là et que je ne suis pas Présidente. »

Jestak ne chercha pas à masquer sa surprise. En d’autre circonstance, apprendre que cette femme, qui était connue pour ses engagements auprès des humains, avait pu arriver à un tel poste l’aurait rassurée.

« Alors vous savez déjà ce que l’Ordre prépare, articula-t-elle d’une voix blanche.

— Non, répondit la sorcière en fronçant les sourcils. Nous savons seulement qu’ils mèneront de nouveaux attentats durant huit mois si nous n’accédons pas à leur requête. Nous ignorons où ils frapperont. »

Elle la dévisagea et plissa les yeux.

« Fillip est venu vous voir, devina-t-elle. C’est pour cela que vous avez tant d’informations.

— J’aurais cru que vos instances en auraient déjà été informées, remarqua la Yasard. Il s’est présenté hier devant le phytoligocomplexe et a demandé à me parler. »

Jestak chassa de son esprit les menaces à peine voilées du sorcier à l’encontre de sa fille. Officiellement, Faï séjournait chez une lointaine parente, à distance des phytos dans lesquels son père avait trouvé la mort. Fillip, en quittant la Yasard à qui il avait imposé un long entretien, lui avait souhaité, à elle et à sa petite famille, la meilleure santé possible.

« Il ne s’est pas attaqué à votre population ? s’inquiéta la Régente.

— Non. Mais il prévoit de le faire, dans les semaines à venir », répondit Jestak.

Elle se redressa et croisa les bras, une expression d’une rare gravité tira ses traits.

« Si la Fédération ne cède pas son bastillon de l’Est, l’Ordre frappera les congrégations humaines limitrophes avec plus de conséquences que n’en a jamais laissé Leuthar en son temps… pour paraphraser votre concitoyen. »

Elfric ne cilla pas et conserva un air parfaitement neutre.

« Nous redoublerons de vigilance autour de vos cités. Quelques P.M.F. sur place nous aideraient à lever l’alerte plus rapidement. »

La porte s’ouvrit alors sur un homme qui se précipita à l’intérieur. Le sorcier, un grand brun à la carrure athlétique, sans doute quarantenaire, se stoppa net. La surprise disputa à la perplexité les contours bien dessinés de son visage. Jestak ne lui accorda qu’un bref regard, mais elle lui trouva une prestance et une allure certaine. Amalia Elfric se releva, toujours aussi imperturbable.

« Karles, je te présente Jestak Kahina, précisa-t-elle. Elle est Yasard pour la Congrégation d’Égée. Madame Kahina, voici le Président Karles Zerflighen, l’un des trois enchanteurs élus à la tête de la Fédération et mon unique supérieurs. La fonction de régence est protégée par un serment magique que j’ai malmené tout à l’heure. Monsieur Zerflighen, en sa qualité de président, en est le dépositaire… Il a été prévenu de mon écart et a dû supposer que j’avais un problème. »

L’intéressé acquiesça simplement, avant de s’avancer vers la Yasard.

« Madame, enchantée ! Je suis désolé que nous n’ayons pu vous accueillir avec les honneurs…

— Malgré le respect que je peux porter à un représentant élu de votre Fédération, je ne crois pas vouloir de vos honneurs, Monsieur, répondit Jestak, à l’extrême limite de la politesse. En d’autres temps, je me serais pliée aux simagrées auxquels vous autres, sorciers, êtes habitués, mais l’affaire qui m’amène est urgente, et critique. »

Tendue, elle s’était levée pour le saluer, mais n’avait qu’à peine quitté la régente du regard.

« Votre vigilance ne suffira pas, attaqua-t-elle d’une voix sèche. Elle n’a pas suffi durant le gala. Elle n’a pas suffi pour Notre Dame. Elle ne suffit jamais et nous sommes toujours les premiers à en payer les conséquences.

— Amalia tu…

— Fillip est passé leur annoncer lui-même le chantage.

— Ah. »

Le président s’installa à côté de sa régente en fort mauvaise posture. Jestak resta debout, les bras croisés, et les lèvres pincées. Qu’il en tire lui-même les recoupements nécessaires.

« Vous êtes venue pour nous demander de céder, résuma-t-il, après un long silence.

— J’espérais que vous ayez au moins le début d’une piste pour contrer les agissements de l’Ordre, mais je constate que ce n’est vraisemblablement pas le cas. À défaut, oui, au nom des Congrégations d’Égée, Atlantique et Panthyrénienne, je vous demande de céder. L’Ordre ne négociera pas avec nous. »

Le Président fronça les sourcils, la Magistre n’avait pas bougé, ni lâché la Yasard des yeux.

« S’ils prennent Lievinsk pour ce chantage, commença-t-elle calmement, ils obtiendront ce qu’ils veulent de nous, et chercherons toujours à prendre plus. Que la Fédération tombe n’est que le début de son plan. Nous ne céderons pas pour protéger aujourd’hui des vies qui seront perdues demain. Je suis désolée, je ne peux accéder à cette requête. Karles ?

— Je suis désolé, Madame Kahina. Je suis du même avis et il en est de même pour mes collègues. Nous avons décidé, il y a trois jours, de ne céder sous aucun prétexte. »

Jestak, le visage fermé, garda le silence un long moment. Elle détourna le regard, passa ses mains rugueuses le long de ses joues, souffla doucement et hocha la tête.

« Je comprends. Puisqu’il est évident que l’Ordre cherche à mettre à mal le peu d’alliances que nous avons construit, au nom de la Congrégation d’Égée, pour commencer, j’accepte toute l’aide que vous pourrez nous apporter. »

*

Le torrent cascadait à flanc de montagne jusqu’à s’épancher dans un petit bassin naturel, une retenue d’une ondée limpide et glaciale dans laquelle Faï barbotait depuis une vingtaine de minutes.

Grimm, perché en haut d’un enchevêtrement de roches sombres, observait la fillette courir sur l’étroite rive caillouteuse, se jeter dans le lagon, nager jusqu’à la chute et jouer entre les trombes d’eau. Elle criait et riait quand le flux irrégulier se déversait son flot froid sur elle.

Etzel, un mois plus tôt, s’était rendue à l’évidence : la fuite sans fin qu’ils imposaient à la gamine allait la tuer. La petite avait besoin de repos. La sorcière avait donc pris la seule décision décente possible : scinder la cellule en deux et laisser l’enfant se remettre des mauvais traitements qu’ils lui avaient fait subir. Elle avait confié leur otage à Grimm qui, depuis, habitait la bergerie d’alpage avec Faï.

Ils avaient beau se rendre à la cascade tous les deux jours pour que la gosse puisse se laver, elle ne semblait pas se lasser de cette baignade. L’excursion, l’une des rares qu’il se permettait en dehors de l’abri, rompait la monotonie et l’ennui de leurs interminables journées de planque.

Le sorcier s’étira et se leva. Le soleil de cette fin d’été engourdissait ses sens d’une langueur agréable. Lui aussi appréciait la sortie.

« Gamine, on se rentre !

— Naaaan ! protesta Faï. Vient plutôt te baigner Robot !

— J’ai dit : on se rentre. Ne m’oblige pas à venir te chercher », gronda Grimm sans parvenir à dissimuler son sourire en coin.

Elle lui jouait cette scène à chaque fois.

« T’as peur de rouiller, c’est ça ?

— Peur ? Moi ? Jamais ! » rétorqua l’homme avec un rire.

D’un geste du mécartifice, il lança un petit sortilège qui eut pour effet de détourner l’eau de la cascade et d’éclabousser copieusement Faï. Elle cria de surprise, et, ravie, chercha à l’arroser à son tour, mais le mécamage, perché sur son rocher, était hors d’atteinte.

« Aller, sort de là où c’est moi qui te fait sortir, Gamine »

Faï lui tira la langue et plongea pour éviter les projections d’eau. Le sorcier soupira. Ils ne pouvaient pas se permettre de rester si longtemps à découvert. L’armée, depuis les derniers éclats de Fillip en Thessalonique, avait resserré sa surveillance sur la région.

Grimm esquissa quelques mouvements, du bout de ses doigts d’acier. Faï s’éleva lentement hors des flots, criant et protestant de toutes ses forces. Le sorcier ignora ses objections et la fit venir jusqu’à son promontoire. Elle se retrouva sèche et habillée de propre lorsqu’il la déposa délicatement devant lui.

« J’aime pas quand tu fais ça, grogna la fille, les bras croisés et dents serrées, sans le regarder. Déjà, je peux marcher, ensuite je sais m’habiller et me sécher toute seule.

— T’as qu’à obéir plus vite, Gamine, on en a déjà parlé. »

Sans attendre de réponse, il se détourna et se dirigea vers la bergerie. Le trajet prenait une demi-heure, à travers le plateau pelé par les vents d’altitude.

Faï poussa un énorme soupir, ramassa la besace qu’elle avait abandonnée sur la berge avant de se baigner et lui emboita le pas. Très vite, elle lui passa devant et s’éloigna en papillonnant de droite à gauche à la recherche de fleurs sauvages. Elle composait un bouquet à chacune de leurs sorties, si bien qu’il n’y avait plus un seul récipient dans la bergerie qui n’accueillît pas sa petite touffe de végétation colorée.

L’extraordinaire capacité d’adaptation de l’enfant n’en finissait pas d’étonner Grimm. Elle lui avait manifesté de l’affection dès l’instant où il avait commencé à lui accorder de l’attention. Elle s’accrochait à sa bienveillance comme à une bouée de sauvetage. Le sorcier ne pouvait s’empêcher d’éprouver un léger malaise à l’idée que, quelque part, il abusait de la confiance qu’elle lui témoignait.

Faï poussa soudain un cri de joie en découvrant un parterre de marguerites qu’elle s’empressa de cueillir. Elle mettait un point d’honneur à s’enthousiasmer du moindre détail, comme pour conjurer la précarité de sa situation.

« Ne t’éloigne pas trop, lança Grimm.

— Ça va là, protesta Faï, les mains emplies d’une brassée d’herbes roussies.

— Oui, mais pas plus. Je t’ai à l’œil.

— Je sais ! »

Elle avait beau savoir, Faï tentait une fois sur trois de fausser compagnie à son gardien. Grimm ne comprenait pas pourquoi elle s’entêtait : quand bien même elle serait parvenue à s’enfuir – ce qui relevait de l’improbable, car il connaissait en permanence sa position grâce à un simple sortilège de localisation – elle aurait eu à affronter, seule, la rigueur des montagnes, le danger de redescendre dans la vallée, de traverser les zones mortes… des centaines de kilomètres la séparaient de chez elle.

« Etzel devrait venir, d’ici quelques jours, reprit-il après plusieurs minutes de marche.

— Ah, répondit l’enfant, sombre.

— Ça devient de plus en plus compliqué de maintenir la planque secrète. Je pense qu’elle veut qu’on réintègre la cellule.

— Tant mieux pour toi, murmura amèrement Faï.

— Au moins, tu arrêteras de te plaindre que tu t’ennuies », conclut Grimm.

La gamine se rapprocha de lui et chemina à ses côtés. Elle avait perdu sa bonne humeur et son entrain. Grimm mit plusieurs minutes à se rendre compte qu’elle pleurait en silence. Il fronça les sourcils. Le courage de cette gosse l’impressionnait. Il fut surpris de constater que la voir dans cet état ne le laissait pas indifférent.

« Qu’est ce que t’as encore ? demanda-t-il brusquement.

— J’ai peur, répondit-elle dans un murmure. Ici, avec toi, j’étais en sécurité. Si on recommence à bouger, ça va recommencer comme avant.

— Non. »

Grimm s’arrêta et s’accroupit à son niveau. Il chercha son regard. Elle essuya son nez dégoulinant du revers du bras.

« Si Etzel m’a demandé de veiller sur toi tout ce mois, c’était pour que tu ailles mieux. On t’a laissé aller mal, et ce n’est pas bien. T’as repris du poids, tu cours partout, tu parles tout le temps. Tu vas bien. On n’a pas l’intention de te laisser dépérir de nouveau.

— Tu promets, Robot, tu les laisseras pas me faire mal ? Tu les laisseras pas me traiter comme on traite les bêtes ? » hoqueta la gamine.

Le visage de Grimm se ferma. Avec son mécartifice, il ne se sentait lui-même pas à l’abri que ses collègues Vestes Grises le malmènent… Il ne pouvait promettre la sécurité à cette gosse, tout poignant que son désespoir apparaisse. Surtout pas avec les plans que l’Ordre devait avoir pour elle.

« Je ferais mon possible, Gamine. »

Elle se jeta contre lui, tremblante. Il la souleva sans mal et se remit en marche.

« Ne prends pas l’habitude que je te porte », grogna-t-il, pour le principe.

Elle hocha la tête en reniflant. La bergerie ne se trouvait plus très loin, Grimm pouvait l’apercevoir en contrebas, long bâtiment au toit de pierres plates juché au sommet d’une petite butte herbeuse. Pressant le pas, il atteignit en quelques minutes.

« Allez, descends, Gamine », souffla-t-il, sur le seuil de la porte.

Il délogea l’enfant du creux de son épaule et la déposa au sol. Elle avait l’air d’aller mieux.

« Pff, j’ai perdu des fleurs sur le chemin », marmonna-t-elle en s’engagent à l’intérieur.

Elle s’immobilisa brusquement et lâcha un cri de surprise horrifié. De l’autre côté de la pièce, gisait le corps d’un homme, mort – ou tout comme à en juger par la forte odeur ferreuse qui saturait l’atmosphère. Grimm, au même instant, sentit un un charme-piège se déclencher. Il empoigna Faï par le bras et la ramena contre lui alors que les sortilèges de protection en veille dans son mécartifice les enveloppaient tous deux. Ils les sauvèrent de la puissante lame de magie qui dévasta le mobilier spartiate du logis. Tous les bouquets de Faï volèrent en tourbillon de pétales.

Une seconde de plus suffit à Grimm pour comprendre que tout transfert, même autonome, avait été bloqué.

« Ne bouge plus ! » cria un homme en faisant irruption dans son champ de vision.

Concentrateur actif, prêt à tirer, le soldat portait l’uniforme de l’Armée Fédérale. Trois autres P.M.F. déboulèrent dans la pièce. Grimm, le bras organique toujours en travers du torse de Faï qui gémissait d’effroi contre lui, les fit tous deux reculer contre le mur. Il pointait son mécartifice, amorcé d’un sortilège, vers les assaillants.

« Vous avez failli tuer la gamine ! s’insurgea-t-il.

— Ta gueule. Restes où tu es, ordonna la femme la plus proche de leur position.

— Qu’est-ce que vous nous voulez ? On n’a rien fait de mal !

— Joue pas à ça avec nous, méca. On sait que t’es une Veste Grise. Baisse le bras et rends-toi !

— Et lui, il s’est rendu ? » grogna Grimm en désignant du menton le corps désarticulé de l’autre côté de la pièce.

Avec la pénombre, il ne parvenait pas à identifier le cadavre, mais il devinait sans difficulté l’histoire. Les P.M.F. avaient dû choper l’un des membres de sa cellule. La suite s’était jouée à la torture.

L’escouade en face n’avait pas l’air de savoir à qui ils avaient affaire ni qui était Faï, donc le macab ne devait pas faire partie de la garde rapprochée d’Etzel. Il avait dû cracher quelques-unes de leurs planques et, par malchance, les P.M.F. avaient jeté leur dévolu sur celle-ci.

Grimm déglutit avec difficultés. Faï prit une inspiration tremblante.

« Bouche-toi les oreilles et accroche-toi bien, grogna-t-il à son attention, à mi-voix.

— Allez mon gars, fait pas le con… »

Grimm baissa lentement son mécartifice… et tira. L’explosion fissura la grande roche monolithique sur laquelle était érigée la bergerie. La bâtisse trembla alors que son sol s’effondrait. L’Ordre ne choisissait pas ses planques sans porte de sortie et celle-ci tenait du grandiose. Le refuge était construit au sommet d’un gouffre chapeauté d’une plaque de granit naturel. En un clin d’œil, la masure tout entière bascula dans un abîme de près d’une centaine de mètres.

Grimm, alors même qu’il tombait, Faï solidement cramponnée à lui, activa les protections d’urgence de son mécartifice pour éviter de se prendre des décombres de l’éboulement. Il usa de plusieurs sortilèges pour amortir leur chute et les diriger vers le côté de la grande la cavité. Ils se posèrent quelques secondes plus tard, à distance des gravats et de la poussière. L’ouverture, au-dessus d’eux, n’apparaissait que comme un lointain cercle lumineux.

« Il fait noir », gémit la petite voix de Faï, déformée par la peur.

Grimm plaqua sa main sur sa bouche un peu brusquement. Tendu, il écouta le silence, encore ponctué des sons mats des dernières pierres s’écrasant au sol. Les P.M.F. semblaient hors de portée… si toutefois ils avaient survécu.

« Ne fais pas de bruit, murmura-t-il à l’enfant. Ne me lâche pas, on va se transférer. »

Quelques soient les artefacts utilisés par l’armée pour interdire le transfert dans la zone, leur influence ne descendait pas si loin sous terre. Faï prit précipitamment sa respiration et Grimm les transporta hors du gouffre.

*

Depuis la disparition de Faï, l’Once s’était arrangée pour conserver sa trace grâce à son réseau d’information. La présence de la fillette figurait sur plusieurs rapports de P.M.F.. À chaque fois, elle avait été aperçue de loin et sans que personne ne soupçonne sa qualité d’otage. Les sorciers ne pouvaient envisager que l’Ordre se soucie de garder en vie un enfant humain.

Bien sûr, en tant que magistre, Amalia ignorait tout de l’enlèvement de Faï et elle usait de nombreuses précautions pour se procurer les notes de mission fédérales. Elle exigeait de recevoir toutes celles en lien, même minime, avec les agissements de l’Ordre. Elle les compulsait toutes afin qu’aucun observateur extérieur ne puisse se douter de l’information recherchée parmi les milliers de lignes absorbées chaque jour.

Malheureusement, depuis des semaines, plus aucun rapport n’avait évoqué la fillette. Le groupe de Vestes Grises avait continué de se déplacer, Amalia le savait, mais sans Faï. Elle avait perdu sa trace. Lorsque, quelques jours plus tôt, les troupes chargées d’investir une planque occupée par une Veste Grise avaient mentionné une enfant, la sorcière s’était raccrochée à l’espoir de la voir encore en vie.

Elle avait manœuvré pour obtenir le mnémotique de cette mission piteusement échouée. Aussi profitait-elle avec satisfaction d’une pause dans son flux habituel d’informations pour récupérer des indices dans le souvenir brumeux du P.M.F.. Il s’était blessé dans la chute causée par le méca.

L’Once peina à se remémorer Grimm, lorsqu’elle aperçut son visage. Il faisait partie de ceux à qui elle s’était prise, après les événements de Maison Haute. Elle lui avait broyé la cervelle et arraché le bras. La Veste Grise avait dû profiter de soins particulièrement attentifs pour s’en sortir aussi bien.

Le plus surprenant, cependant, restait sa réaction face à Faï. Il la protégeait.

Quelques coups à la porte de son bureau tirèrent Amalia de sa réflexion. Elle quitta le mnémotique, dans lequel elle s’était totalement abimée pour mieux appréhender le souvenir, pour reprendre pied dans le monde réel.

La Régente se leva et entrouvrit avec la ferme intention de renvoyer l’importun d’une pique acide méritée. Elle tomba sur un petit sorcier à l’allure sèche et au regard vif. Il portait un uniforme de l’armée. Il effectua un salut protocolaire et se présenta sans lui laisser le temps de parler.

« Lieutenant Grévard, Madame Elfric. J’étais de garde au centre de Commandement. L’artefact en forme de pavé droit noir a fait du son et de la lumière. Vous avez demandé à être prévenue. »

Amalia fronça les sourcils. Il lui fallut quelques secondes pour remettre l’objet.

« Le téléphone Yasard.

— Celui-là même.

— Vous avez décroché ? »

L’homme lui adressa un regard perplexe et répondit :

« Il est resté accroché sur son générateur d’énergie. Nous ne l’avons pas débranché, malgré le bruit répété depuis vingt minutes.

— Depuis vingt… Par Merlin, apprenez à vous renseigner sur ce que vous conservez au Centre ! »

Le téléphone permettait à la Fédération de rester en contact direct avec la Congrégation d’Égée. Que ce sorcier – et très certainement tous ses collègues – n’ait pas eu la curiosité d’apprendre à se servir de cette technologie humaine la dépassait et l’énervait.

Quelques minutes plus tard, Amalia, le lieutenant sur les talons, prenait la direction du centre de Commandement. Elle profita de leur temps de déplacement pour le former théoriquement à l’utilisation de l’engin qu’il voyait plusieurs fois par jour depuis la venue de Jestak. Il n’échappa pas à un monologue virulent sur l’égo mal placé de tout son régiment : comment pouvait-on à ce point se foutre de ce que l’on conservait ? Se croyait-il, lui, sorcier, tant supérieur aux humains pour dédaigner ainsi le téléphone ?

Le lieutenant Grévard resta muet, mais se tint à ses côtés lorsqu’elle s’approcha du pavé noir. Il était maintenu dans un champ de magie qui entretenait une alimentation électrique prenant, en temps normal, sa source dans les mouvements de son porteur. L’appareil émettait en effet un bruit strident à intervalle régulier, accompagné d’un flash rouge.

« La Congrégation d’Égée a essayé de nous joindre 3 fois, puis nous a envoyé un message textuel.

— Où voyez-vous cela ? » se permit de demander le sorcier.

Amalia lui jeta un regard bref, puis lui montra la manipulation. L’écran, rudimentaire, utilisait de l’encre électronique. Elle bougeait selon les impulsions électriques générées par le cœur du dispositif. L’objet, économe en énergie, affichait un petit trois à côté d’une icône totalement désuète symbolisant un combiné téléphonique vieux d’un demi-millénaire et une enveloppe avec le chiffre un sans aucune autre information.

La Magistre posa son pouce sur l’interface. L’appareil demanda, à l’écrit, si elle souhaitait rappeler la Yasard Jestak Kahina. Elle indiqua que non en appuyant sur la croix. Lorsque le message apparut enfin, le lieutenant se permit un léger :

« Vous pouvez tout de même accepter l’idée que cette technologie archaïque est bien loin d’être intuitive…

— Allez me chercher Serge, articula Amalia pour toute réponse. Nous avons un problème. »

*

La ville ressemblait à toutes les autres, enchevêtrement de bétons, d’acier, de verre et de vert. Les arbres, ici comme ailleurs, avaient repris leur droit sur l’urbanisme aseptisé de la cité. On devinait les vestiges d’anciennes autoroutes, à flan de montagne.

L’herbe courrait dans les rues encore immergées, le lierre escaladait des structures qui défiaient toujours le ciel et l’apesanteur, même après des siècles d’abandon. Le spectacle, habituel, aurait pu n’être qu’un écho de plus, agonisant dans la fange, comme Thessalonique, si l’ancienne Genève n’avait eu son lac.

Au fil des sciècles, les flots, tout le long des rives et jusqu’à des kilomètres du bord, s’étaient teintés d’une profonde couleur ambre. Le flux corrosif avait rongé les berges. Le port de plaisance, dont les bateaux avaient été dévorés il y a fort longtemps, ressemblait à un bijou en or fin. Les quais, recouverts de souffre, sertissaient le liquide bakélite d’un savant entrelacs de lignes sculptées par le vent. Vers le centre du Léman, l’acide draguait l’eau bleue pour former de larges volutes que les courants faisaient danser, ombres jaunes sur une toile de turquoise.

Jestak pleurait. La main cramponnée à sa mâchoire crispée, le souffle suspendu, les yeux perdus dans le tourbillon paresseux de flots en contre-bas.

Des remous, à l’aplomb de la pente abrupte, teintaient encore l’ocre d’une sinistre couleur mazoutée. La récente crue corrosive avait avalé des kilomètres carrés en aval du lac.

La Yasard amorça un geste, un pas vers l’arrière, comme pour encaisser le choc. Son corps sursauta, tressaillit et s’écroula, à genoux.

Qu’importait la délégation sorcière qui l’avait, en urgence, conduite sur les hauteurs alpines de l’ancienne Genève. Jestak prit une inspiration saccadée, barra sa bouche de sa paume pour y étouffer une plainte et réprimer un haut-le-cœur.

Plus de conséquences que n’en a jamais laissé Leuthar en son temps

L’Ordre, au bout d’une quinzaine de jours, avait finalement mis ses menaces à exécution. Ils avaient anéanti le CERN. Il ne restait de l’unique centre de recherches communes des trois congrégations humaines qu’une étendue d’eau jaunâtre encore bouillonnante. Les sorciers avaient drainé le lac jusqu’à submerger le complexe sous-terrain.

Le cerveau endolori, Jestak tenta de dresser un rapide bilan de leurs pertes, mais les implications lui échappaient et glissaient hors de sa portée.

À ses côtés, Amalia, figée, semblait incapable de réagir. Serge jeta un coup d’œil à Jestak sans comprendre ce qui la mettait dans cet état. Il finit par demander des explications à sa collègue, d’un signe de tête.

« Le CERN est… le seul centre de scientifique humain encore équipé de matériel précataclysmique en Europe », murmura-t-elle, une rage sourde au fond de la gorge.

Le Commandant des armées grimaça.

« Nos dix dernières années de recherches autour de la réhabilitation des technologies passées », précisa la Yasard d’une voix sans timbre.

Elle se frotta l’avant-bras sur le visage pour y chasser ses larmes, sans succès. Les ultimes archives des explorations martiennes, les expérimentations de fission contrôlée, le rétablissement de réseaux de communication indépendants des satellites en perdition qui, bientôt, ne seraient plus en mesure d’assurer la liaison entre les téléphones Yasard… Jestak réprima un second haut-le-cœur qui inonda sa gorge d’une bile amère. Elle cracha sur la caillasse du promontoire rocheux, souffla lentement, puis se releva. La courbure affaissée de ses épaules était loin de faire illusion : la représente humaine n’avait pas repris pied… Mais il fallait pourtant agir.

« Nous devons organiser les secours et l’assainissement du complexe. Drainer l’eau, sauver ce qui peut encore l’être. Soixante personnes, parmi les esprits les plus brillants des trois Congrégations, sont peut-être encore là dessous.

— Je lève une équipe de P.M.F. »

Serge repartit aussitôt. Les deux femmes se retrouvèrent seules. La Régente laissa un silence s’installer entre elles deux, le regard résolument tourné vers le centre disparu.

« Ce que les peuples d’avant les Cataclysmes recherchaient ici, reprit Jestak, la voix toujours rauque d’émotion. Ce qu’ils cherchaient touchait à la définition de chaque chose, sorcier, humain, poussière… Les pertes vont être inestimables, pour le genre humain dans son ensemble.

— Je… je n’en avais pas connaissance dans le détail, mais je suis tout à fait consciente de… »

Elle n’alla pas plus loin, incapable de mettre les mots sur l’ampleur du désastre, incapable de moduler la fureur de son ton. Quand elle tourna la tête vers Jestak, elle avait ravalé sa colère.

« Approchons-nous. Nous allons repérer par où commencer. »

*

Amalia rentra au manoir la rage au ventre. Ils avaient passé plusieurs heures, à une centaine de sorciers, à construire de nouvelles digues et à évacuer la boue du CERN. Leurs espoirs de trouver des survivants s’étaient envolés quand ils avaient constaté les dégâts à l’intérieur du bâtiment. L’eau corrosive du lac avait causé de dommages irréparables aux instruments de mesure et diverses machines du lieu, mais ce n’était pas le pire. L’Ordre, avant d’inonder le complexe, s’était appliqué à massacrer tout ce qui pouvait l’être, des classeurs explosés en tas de buvard illisible aux scientifiques torturé avant l’engloutissement.

Les pertes étaient considérables. Fillip n’avait pas menti. Son attaque aurait plus de conséquences sur le genre humain qu’aucune des actions de Leuthar n’en avait jamais eu.

Cependant, la colère de l’Once ne se dirigeait pas contre Fillip à l’heure actuelle. Le leader de l’Ordre n’aurait jamais dû avoir vent du CERN. Il n’aurait pas dû s’y intéresser ni appréhender l’importance des recherches qui y étaient menées.

D’un geste mécanique, elle localisa Naola au salon, s’assura que Pierre ne se trouve pas dans les parages, puis entra vivement dans la pièce.

Les informations utilisées dans cet attentat n’auraient jamais dû se retrouver entre les mains de Fillip. Personne, hormis elle, ne connaissait l’enjeu renfermé par le CERN. Personne, à l’exception du vampire.

« Naola ! attaqua Amalia, dès qu’elle aperçut la sorcière. Tu diras l’espèce de sangsue apathique qui t’a servi de patron pendant des années qu’il n’obtiendra plus rien de l’Once. »

La violence de son ton accompagnait sa fureur. Elle se laissa tomber dans son fauteuil face à la jeune femme. Cette dernière se redressa lentement, les yeux écarquillés de stupeur.

« Euh… T’es gentille, mais j’ai pas l’intention de passer ma vie à jouer les messagers entre vous deux…

— Ça concerne la seule et unique information que j’ai fais passer par toi, je trouverai assez pertinent que tu achèves le travail.

— Je ne travaille plus pour Mordret et pas pour toi, répondit sèchement la jeune femme. Et encore moins quand tu débarques en m’agressant…

— L’enveloppe qui a servi à acheter Pierre à Mordret s’est retrouvée dans les mains de Fillip. Des années et des années de recherches ! Peut-il simplement appréhender l’étendue de la perte ?

— Mordret a revendu les infos que lui a filées l’Once à propos des humains directement à Fillip ? » reformula Naola.

Elle peina à masquer le fin sourire en coin que lui inspirait l’humour très particulier du vampire. Elle était bien incapable de se méfier de la colère de la sorcière, tout comme de percevoir le dramatique de la situation. Des humains morts et des infrastructures détruites à cause de l’Ordre, ils y en avaient des centaines.

« Ça n’est pas vraiment surprenant.

— Il savait très bien ce qui était en jeu ! »

Alix se releva et arpenta le salon. Sa voix tremblait sous l’émotion.

« Parce que je lui ai donné ces informations, il savait ce qui était là-bas ! Qu’il crève d’ennui plutôt que de trouver de l’amusement dans ce jeu de chasse.

— Calme-toi », gronda Naola en se levant à son tour.

Elle ne pouvait rester assise quand la sorcière parcourait la pièce comme un fauve en cage.

« Que je me calme ? »

Alix fit volteface et trouva enfin en Naola le support d’expression de sa fureur.

« Il a purement et simplement supprimé le dernier centre de recherches scientifiques humaines d’Europe ! Il y avait au CERN des expériences et des informations capables d’envoyer l’homme sur Mars, capable de rétablir un réseau de communication globale, capable de comprendre la structure même des gènes, de ce dont est fait l’être humain, capable de démontrer l’absence de race ! Ton vampire…

— Ça n’est pas mon vam…

— …a sciemment vendu la seule information capable de prolonger un peu plus longtemps l’âge sombre dans lequel vivent les humains. Il ne l’a pas fait par conviction, non non, il ne l’a pas fait pour s’amuser du désespoir des Congrégations. Il l’a fait pour s’amuser de l’état dans lequel se mettrait l’Once. Parce que je suis à l’origine de cette information, la responsabilité ne lui revient pas. Elle me revient ! C’est ce qui l’amuse. »

Naola, lèvres pincées, gardait les yeux braqués sur la femme. Il émanait de la sorcière en rage une agressivité et une violence contagieuse. Amère de se retrouver sous un tel feu sans raison, elle serrait les dents.

« Arrête de délirer, Mordret a juste vendu au plus offrant. C’est pas nouveau qu’il traite directement avec l’Ordre, répondit-elle d’une voix sourde. C’est juste que tu préférerais qu’il ait cherché à te piéger parce que ça te rendrait un peu moins responsable d’avoir merdé !

— Il me cherche ! » justifia Alix.

Elle reprit son va-et-vient devant les fauteuils d’un pas toujours aussi vif. Son concentrateur, actif, dans sa main droite, brillait d’un afflux de magie retenu.

« Pierre, d’abord, où je t’envoie à ma place ! Puis Notre Dame, où je combats avec la Fédération et ruine sa supposition bien trop juste ! Bien sûr qu’il y a pensé ! Bien sûr que l’ironie de vendre ça à l’Ordre, quel que soit le prix payé, l’amuse ! Bien sûr qu’il m’adresse un message ! Je sais que c’est de ma faute ! Je tombe exactement dans l’excès qu’il espérait, parce que c’est ma faute ! Il sait parfaitement que je n’ai qu’une envie, là, maintenant, c’est d’aller lui flanquer une raclée ! Mais je ne peux pas ! C’est un vampire millénaire ! Qui s’attaque à un vampire millénaire quand on veut protéger sa couverture ? Il le sait, Naola ! Il sait très bien, sans me connaître, dans quel état je suis. C’est… »

Elle cria de frustration et envoya une vague de magie incontrôlée vers le feu. Son fauteuil bougea pour se positionner derrière elle et elle s’y laissa tomber. Naola sursauta et recula alors que le foyer s’embrasait d’une haute colonne incandescente, rapidement contenue par les nombreux sortilèges de sécurité. Elle avala sa salive.

« Si Mordret cherchait à te nuire ou te narguer, Alix, ce ne serait pas pour la distraction que tu lui offres avec la traque qu’il te mène, articula-t-elle doucement. Ce serait à cause de moi. Et ça, je préfère ne même pas l’envisager. Il a vendu ton info au plus offrant. Et quand bien même ce ne serait pas le cas, le pourquoi me semble… secondaire… par rapport au désastre que tu m’as décrit. »

La sorcière ne répondit pas, les poings serrés sur son fauteuil.

« Le pourquoi est secondaire, finit-elle par souffler, lasse. Je sais que c’est de ma faute. La vie de Pierre et tout son savoir ne vaut certainement pas le résultat de cet attentat. »

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