Barsaman : V

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— Encore vivante ? éructa une voix grasse et moqueuse.

J’ouvris un œil. Brumeuse, je repoussai la fourrure sur laquelle je m’étais endormie, bavante et la bouche ouverte. J’avais quelques poils blancs et brillants sur les lèvres, et l’impression de n’avoir dormi que cinq minutes.

— Mais c’est que t’as aimé ça, ma salope ! s’exclama le garde venu nous réveiller, fidèle à sa vulgarité coutumière. Et t’en as plein la bouche, en plus !

Ren se redressa, me faisant souplement glisser au sol. Après s’être avancé vers le garde d’un pas décidé, il vint planter ses deux mètres quarante devant lui.

— Ferme la tienne, de bouche, grinça-t-il d’un ton métallique. Sinon, c’est toi qui me servira de repas.

Le garde lui jeta un regard faussement défiant, puis il fila sans demander son reste. J’étais sûre qu’il allait revenir avec du renfort.

— Ces types sont dégoûtants, me plaignis-je. Tiens, hier, ils ont essayé de me faire peur et de s’exciter mutuellement en me décrivant tes organes génitaux.

— C’est n’importe quoi, grogna Ren, agacé. C’est impossible qu’ils aient vu quoi que ce soit. Ces hommes sont des menteurs !

Je regardai Ren d’un petit air timide.

— Alors tout ce qu’ils ont raconté était une invention de leur part ? murmurai-je, poussant ma chance. Ils ont dit que c’était très gros, et tout noir, et...

— Bien sûr que c’est une invention ! explosa Ren. Comment ces singes osent-ils raconter ces mensonges éhontés ?

— Tu n’as pas d’organe dédié à la fécondation, peut-être ? cherchai-je à savoir, inquiète. Certains organismes n’en possèdent pas. Les wê, par exemple, qui se reproduisent par parthénogenèse...

Ren me fixa en silence, les oreilles tendues à l’horizontale. Puis il me tourna le dos.

— Tu ne devrais pas me demander de telles choses. C’est me manquer de respect, dit-il d’une voix sombre, les bras croisés.

— C’est juste de la curiosité scientifique..., tentai-je.

— C’est ça, le manque de respect dont je te parle, précisa-t-il.

Je voulus argumenter, mais un garde nous interrompit au moment où Ren me faisait une leçon sur le respect que je lui devais, en tant qu’organisme supérieur, de surcroît nettement plus âgé que moi.

— Alors la gosse ! T’es encore entière, à ce que je vois ! L’exo s’est contenté d’une petite dégustation, pour cette fois ? Il garde le plat de résistance pour après ?

Vif comme l’éclair, et aussi inexorable, Ren se retourna.

— Ne m’interromps pas, humain ! tonna-t-il, électrique, en le saisissant par la gorge.

Le corps de l’homme s’écroula au sol, la tête restant dans les mains de Ren. Choqué, ce dernier recula. J’entendis des bruits de fuite dans le couloir : ce garde n’était pas seul, et son comparse était parti rameuter la galerie.

— Tu l’as tué, constatai-je, pas mécontente que ce sale type la boucle enfin. Maintenant, on va avoir de sérieux ennuis.

Ren n’en revenait pas. Il observa la tête, le corps, sous toutes les coutures, cherchant à comprendre comment les deux avaient pu se séparer aussi facilement.

— Pouvez-vous être fragiles à ce point, vous les humains ? demanda-t-il avec une insistance qui me hérissa. Pourtant, il s’agissait d’un mâle, un soldat qui plus est !

— Cet homme n’était pas un cosmo-légionnaire, mais un citoyen ordinaire. Et Varma, qui est une femme, est mille fois plus forte que lui. Je t’ai déjà expliqué ça : ce qui compte chez les humains, c’est pas le sexe ni la caste, c’est qui est tuné ou pas, et à quel degré. Varma, c’est 250 kg de polymère re-génératif truffé de nanotech et de métal, exosquelette blindé non compris.

— J’ai hâte de la rencontrer, se rengorgea Ren, calmé.

Et voilà ! Il remettait ça, à nouveau.

— Mana est-elle au courant de ton intérêt, que dis-je, ton obsession, pour Priyanca Varma ? lançai-je, acide.

— Elle l’est. Et elle m’encourage à la défier en bonne et due forme, puis à la tuer. Elle dit qu’elle sera très fière de porter un collier de ses dents, serties dans l’iridium le plus pur. Et si Mana le désire...

Il soupira.

— C’est t’encourager à prendre des risques énormes bien vainement, remarquai-je. Pourquoi dois-tu faire tout ce qu’elle te dit ?

— Je me le demande, admit-il, la tête basse. C’est comme ça dans notre culture… Mana est une elleth, qui m’a choisi. Par conséquent, je lui dédie toutes mes réalisations et lui donne mes trophées. À qui les offrirais-je, sinon ?

Il se redressa, l’air soudain sombre, les oreilles alertes. Entre ça et la décapitation du garde de tout à l’heure, je commençais à réaliser que Ren pouvait facilement passer d’un extrême à l’autre. D’après ce que j’avais lu, c’était courant chez les ældiens.

Je compris pourquoi Ren s’était mis sur le qui-vive lorsqu’une salve de bazooka électromagnétique réduisit notre cellule en un four distordu de tôles ondulées. Heureusement, entre-temps, Ren m’avait saisi dans ses bras, et bondi hors de la fournaise.

— Accroche-toi à moi, me conseilla-t-il en atterrissant sur un entre-pont du niveau supérieur à notre cellule, l’endroit d’où on m’avait jetée la veille. Si tu arrives à nouer tes membres autour de mon corps, c’est mieux. Tu vas probablement être secouée.

— Il est là ! entendis-je hurler. Feu à volonté ! Explosez-moi cet exo !

J’enfouis mon visage dans le creux de l’épaule de Ren, assez large pour l’accueillir en entier, et j’accrochai fermement mes poignets l’un à l’autre derrière son cou. Je ne parvins pas à nouer mes jambes dans son dos : j’étais trop petite par rapport à lui. Ren m’aida en enroulant sa queue autour de moi, bien serrée.

— Voilà. Comme ça, tu ne tomberas pas, quoi qu’il arrive. Quand je te le dirai, je veux que tu fermes tes yeux et ta bouche de toutes tes forces, et que tu arrêtes de respirer. Il peut y en aller de ta survie.

J’acquiesçai, légèrement inquiète. Qu’est-ce que Ren avait l’intention de faire, encore ?

Le fait qu’il ajoute « Paiëkhali » avant de partir à mach mille fut loin de me rassurer. Ren connaissait ce mot que je lui avais appris, il savait que c’était ce que les nautes humains disent avant d’allumer les rétrofusées.

Comme je l’avais craint, je fus plus secouée que dans la carlingue d’un astronef lors d’une phase de décollage en ciel couvert. C’est le fait de ne rien pouvoir voir du tout de ce qui se passait qui m’empêcha de vomir sur Ren, et seulement ça. Autour de moi, ça criait et tirait de partout. J’entendis divers bruits de destruction et d’explosion. Des détonations en tout genre. Je sentis un truc chaud et poisseux venir m’asperger le haut du crâne – depuis qu’il était rasé, il était plus sensible – et reçus ce que j’identifiai comme un membre humain sur le dos. Un missile ou deux sifflèrent à deux centimètres de mes oreilles. J’eus très chaud, parfois très froid. Là où j’entrais en contact avec lui, le corps de Ren était brûlant, diffusant sous mes doigts un agréable crépitement qui pétillait sous ma peau. C’était une impression bizarre et inédite, qui me faisait paradoxalement me sentir en sécurité.

Je crois que je perdis conscience à un moment. Pour qu’un tiers puisse comprendre ce que j’expérimentai ce jour-là, il faudrait qu’on puisse l’attacher sans la moindre possibilité de bouger, avec un sac sur la tête, sur la proue d’une super-structure lancée à pleine vitesse par une catapulte orbitale lors de la phase de lancement. J’ai déjà vu ces machines à l’oeuvre, et la vélocité avec laquelle elles vous envoient une masse de plusieurs méga-tonnes en orbite. J’appris par la suite que les ældiens sont des êtres qui sont eux-mêmes vecteurs, capables dans certains cas de passer le mur du son, mais je commençais à m’en douter bien avant : depuis ce jour-là, précisément.

Lorsque je repris conscience, j’étais dans une anfractuosité rocheuse, enfouie sous la veste de l’uniforme tactique de Ren (ou plutôt, de ce qu’il en restait). Un rapide examen de ma personne m’apprit que j’étais entière, si l’on met de côté les quelques éraflures, ecchymoses, hématomes et autres brûlures que j’avais récoltées lors de cette aventure. Je sortis, guidée par un rayon lumineux : dehors, sa haute silhouette se découpant devant deux soleils éclatants, Ren surveillait l’approche de son vaisseau sur le plateau granitique où nous avions pris refuge. En contrebas, la colonie était parcourue d’étranges et peu auspicieux départs de feu. Avec l’immense et terrible vaisseau ældien en arrière-plan, l’image avait tout d’une carte postale de la fin du monde.

Je tombai sur les genoux, épuisée. Ren se retourna et vint me soutenir dans ses bras.

— Ça va ? demanda-t-il, concerné.

— Je suis un pilote, lui répondis-je. Je peux te dire que je suis habituée à me manger des seuils de gravité… Mais là, ce que tu m’as fait vivre… Je sais même pas si c’est une expérience comparable avec le pilotage, justement.

— Je te l’avais dit, fit Ren en se redressant. Ton organisme n’est pas fait pour suivre la route d’un être comme moi. Nous ne vivons pas dans le même biotope.

— En règle générale, si, murmurai-je. C’est quand tu sautes et cours dans tous les sens comme une particule pendant une fission nucléaire que ça devient tendu pour moi.

Ren me tendit une pastille de H2O, qui venait probablement des rations de survie de sa combinaison militaire.

— Tiens. Prends ça. Ça te fera du bien.

Je pris la pastille, mais je la glissai dans ma poche. J’avais peur que boire me fasse vomir.

— Elbereth arrive, de toute manière. Tu vas pouvoir te reposer. Elle sera là dans H moins 12.

— Ne te sens pas obligé de parler comme Dea, croassai-je. Ce n’est pas un modèle d’humanité.

Ren me fit un petit sourire piteux.

— Qu’est-il arrivé à la colonie pirate ? m’enquis-je.

— J’ai décidé qu’ils ne méritaient pas d’exister, fit Ren d’un ton égal. Tu avais raison : ce ne sont pas des gens bien. Lorsqu’on sera à bord, j’achèverai de nettoyer cette colonie avec une frappe solénoïde.

Je soupirai. J’étais trop fatiguée pour défendre ce qui restait de ces gens. Après tout, ils l’avaient bien cherché.

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