Axis Mundi : VII

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La couleur du symbole sur la clé de voûte de la Luge changea, passant d'un vert bucolique à un noir funeste. La plus grande partie de la foule recula, mais certains, qui étaient en train de traverser, se trouvèrent coupés en trois : une partie du corps dans un monde, l'autre dans un autre, et le milieu, flottant pour toujours dans la dimension interstitielle de l'univers.

Quant à moi, traînée par les deux sicaires, je passai le portail sans encombre. Après avoir expérimenté un plaisant mais court sentiment de glissade (d'où le nom, luge), je me retrouvai les deux pieds à terre, dans un environnement bien différent de Mars. Un vent agréable, doux et frais, vint souffler sur ma peau.

— Couvrez-lui la tête, ordonna une voix derrière moi.

Immédiatement, ce fut le black-out. J'avais juste eu le temps d'apercevoir un ciel crépusculaire et un paysage plutôt agréable, ressemblant à des vieilles images pastorales de Vieille-Terre, avant qu'elle ne devienne un dépôt géant d'immondices.

On me fit monter dans ce que je devinais être un véhicule – blindé, vu le bruit que faisaient mes bottes sur le sol. Puis commença un transfert assez long. Je comptais durant tout le voyage : une trentaine de minutes, qui se déroulèrent dans le silence le plus absolu. Enfin, je fus débarquée et posée brutalement sur une chaise, comme un vieux sac.

— Enlevez-lui son bandeau.

J'ouvris les yeux sur une salle sombre, éclairée par une unique ouverture qui se trouvait dans mon dos. Explorant mes environs – dans la limite de mes possibilités, vu que j'avais les bras attachés dans le dos, sur la chaise – je mis un certain temps avant de repérer la silhouette qui se tenait en face de moi, à demi dissimulée par la pénombre.

— Comment vous sentez-vous, Rika Srsen ? me demanda une voix grave et résonnante, que j'identifiai immédiatement comme synthétique.

Je me tournai vers le visage en face de moi. Je n'en voyais que le contour droit, et un unique œil, brillant comme le lumignon de la sacristie sur un croiseur fondamentaliste. Un Inquisiteur du SVGARD : on disait que c'étaient les agents d'élite de la République, qui avaient le pouvoir de condamner à mort – et d'exécuter – n'importe quel citoyen à tout moment.

— Pas très bien, avouai-je. Où suis-je ? Et pourquoi m'avez-vous emmenée là ? J'allais voir ma tante sur Farakkin.

— Vous êtes sur Artemia Majoris, l'un de nos territoires, à nous autres, du SVGARD. Nous vous avons conduite ici pour vous interroger. D'après les informations qui sont actuellement en notre possession, vous n'avez pas de famille sur Farakkin. Pas de famille du tout, d'ailleurs : vos parents, ainsi que vos deux frères, ont été condamnés et exécutés pour séparatisme, tentative de contamination du Réseau et espionnage industriel. Est-ce que je me trompe ?

— Non, grinçai-je entre mes dents, vous ne vous trompez pas.

— Votre père, Go Srsen, était un ingénieur renommé, travaillant pour l'une des compagnies les plus fameuses de la République, Towa Industries. Pourquoi a-t-il sombré dans la criminalité ?

— Je n'en sais rien, murmurai-je. J'avais cinq ans lorsqu'ils ont été exécutés !

— Vous n'êtes pas tombée sous la coupe d'une condamnation eu égard à votre très jeune âge, confirma-t-il aimablement. Mais il semblerait qu'une fois contaminé par les doctrines dissidentes, on n'y échappe pas. Comment vous-êtes vous retrouvée à basculer pour de bon dans le terrorisme nihiliste, Rika Srsen ? Qui vous a convertie ? Ou bien, avez-vous toujours été hérétique ?

— Je ne suis pas une adepte des sectes nihilistes, répliquai-je vertement. Regardez-moi : est-ce que j'ai l'air d'en être une ? Voyez-vous sur moi quelconque pentacle, symbole ésotérique, scarification ou marque d'auto-mutilation ? Même si vous me passez au scanner, vous ne verrez rien !

— C'est vrai, convint le techno-prêtre. Mais certains agents des forces parmi les plus redoutables avancent à couvert, avant de se révéler. Cela a été le cas de votre père. Peut-être vous ont-ils épargné les marques de soumission à leur église décadente dans un but stratégique. Pourquoi avez-vous assassiné Yany et Zebra Molantis ? S'agissait-il d'un sacrifice rituel, d'un acte gratuit ou prémédité ?

Sa manière de passer du coq à l'âne me prit de court. Du coup, je lui dis la vérité.

— Ce n'est pas moi qui ai tué Yany et Zebra. Ce sont des pirates de l'espace, qui nous ont abordés pour récupérer un exo que vous recherchiez.

J'eus immédiatement envie de mettre ma main devant ma bouche. Mais elle était attachée.

L'Inquisiteur se saisit de l'info comme s'il s'était agit d'un délicieux bonbon : avec tact et doigté, mais sans traîner.

— Parlons de cet exo. Par la suite, vous vous êtes retrouvée à bord de son navire, un bâtiment tactique ældien d'avant la Guerre de Fondation. Puis, avec lui, vous avez détruit le 8° bataillon de l'unité « Recherche et Destruction » de la flotte républicaine, avant de plonger dans le TNSM de Sibalba et de revenir dans le système de Thar menacer de destruction la colonie nekomate. Qu'est-ce qui vous a fait changer d'avis ?

— C'est moi qui ai convaincu notre ravisseur de ne pas détruire le comptoir nekomat. J'ai su trouver les arguments, et il m'a écoutée. J'ai fait ça pour sauver ma peau : je savais qu'il y avait de fortes probabilités pour que l'Amiral Varma et son collisionneur CERG arrivent à la rescousse. Et ignorant les capacités à absorber les dommages du vaisseau où nous nous trouvions, j'ai préféré tout mettre en œuvre pour fuir. Ce fut difficile, mais pas impossible : finalement, il a accepté de rompre le combat. Je précise qu'il l'avait engagé uniquement en état de légitime défense : il voulait juste nous déposer, avant de repartir vaquer à ses propres desseins. Mais les nekomats nous ont attaqués, après une sommation pour la forme.

— Que lui avez-vous dit, pour le convaincre ?

— Je lui ai dit que détruire un ennemi aussi faible n'était pas prestigieux. Cela l'a décidé.

Je tus le fait qu'une fois qu'il eut vu la flotte de Varma, Ren avait voulu revenir.

— Vous ne cessez de dire vous. Vous n'étiez pas seule, à bord de ce vaisseau ældien ?

— J'étais avec l'IA embarquée sur notre vaisseau, Dea. Je l'avais sauvegardée avant de quitter le navire de Yany, endommagé par les tirs du bataillon Recherche et Destruction.

— Pourquoi êtes-vous allée là-bas, si vous n'aviez pas pour but de suivre les plans du terroriste ?

— Pour sauver ma peau. J'avais l'intuition que Ren était la personne avec qui il fallait être, pour rester en vie.

Deuxième gaffe.

Ren ? C'est son nom ?

— Vous ne le saviez pas ?

— Nous n'avons jamais réussi à communiquer avec lui, m'avoua alors l'examinateur du SVGARD. Il s'est tout de suite montré extrêmement hostile.

— Peut-être que vous ne le lui demandiez pas assez gentiment, ironisai-je. Il s'agit d'une créature fière et plutôt orgueilleuse, qui déteste être humiliée.

Je marquai une pause, consciente d’avoir lâché une information cruciale.

— De toute façon, ce n’est qu’un surnom, ajoutai-je. Il m’a dit que son nom complet est trop long et compliqué pour être articulé par une bouche humaine.

Ce jour-là, Ren m’avait dit que, pour prononcer son véritable nom, il me faudrait plusieurs années solariennes. Soi-disant, il changeait constamment, en fonction des diverses « configurations des futurs possibles ». Le nom qu’il m’avait donné n’était qu’une épiclèse : un attribut raccourci qui correspondait à une période de sa vie, et à la façon dont il souhaitait être perçu. Un pseudo à l’usage des nuls, en somme.

Je me gardai de donner ces détails à l’agent du SVGARD. Du reste, ces considérations exo-culturelles n’avaient pas l’air de l’intéresser.

— Vous a-t-il confié son objectif ? Entretient-il des desseins belliqueux, envers l'Holos, la République et le monde sapiens ? Est-il capable de se connecter au Crypterium ?

— Non, mentis-je. Il ne m'a rien dit de tel. Mais si vous l'attaquez, il répliquera.

— Merci, Rika Srsen. Votre collaboration nous a été précieuse. Sachez que nous apprécions votre bonne volonté à sa juste valeur.

J'entendis une porte s'ouvrir sur le côté, avec un chuintement mécanique. Deux hommes s'approchèrent.

— Attendez, fis-je alors qu'on me soulevait de ma chaise à nouveau. Qu'est-ce que vous allez faire de moi ?

L'examinateur, qui s'était levé – je constatai à cette occasion que c'était une silhouette dématérialisée – se tourna vers moi.

— L'Officio Inquisitorium vient de rendre son jugement. Vous serez conduite à la colonie pénitentiaire d'Astantor pour y purger une peine de travaux publics, ainsi qu'un stage de réformation citoyenne. Nous espérons que cela vous remettra dans de meilleures dispositions psychologiques vis-à-vis de la République. À l'issue de ce stage, vous aurez le choix entre continuer à forer pour l'état, ou intégrer une unité d'infanterie des légionnaires sur la Bordure Extérieure. Bonne chance, Rika Srsen.

Ce type venait tout simplement de me condamner à mort. Comme ça, en moins de deux minutes. Pour rien, en plus ! Parfois, je comprenais les Lugers, les pirates, les séparatistes et les hérétiques.

N'ayant aucune modification génétique ou biomécanique, je n'avais strictement aucune chance de survivre sur une colonie de forage pénitentiaire, où l'espérance de vie ne dépassait pas les deux semaines pour un homme adulte, entraîné, modifié et dans la force de l'âge. Ensuite, on me proposait l'infanterie mobile. Sur la Bordure Extérieure. Autant dire, l'arène du barsaman royal, sans aucune gloire à la clé.

— Puis-je demander un recours ? m'époumonnai-je en me contorsionnant, cherchant des yeux mon examinateur.

Je savais, malheureusement, qu'en agissant ainsi j'avais précisément l'air des hérétiques déments que le SVGARD se faisait une sacro-sainte mission de combattre.

— Négatif. Vous avez déjà bénéficié d'une grande indulgence, eu égard à votre volonté manifeste de collaborer : l'Inquisitorium comptait en premier appel vous envoyer directement à l'Exterminatio, sans même vous interroger. Vous êtes une citoyenne majeure, désormais. Donc, responsable de vos actes. Milicien, sortez-moi ça de là.

Je sentis quelque chose me piquer dans la nuque. Puis ce fut le noir total.

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Je pense que ce que tu attends de nous tous, c’est tout d’abord que tous chrétiens à son histoire avec toi Jésus. Une histoire qui se doit d’être sincère , amoureuse et respectueuse.


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