Axis Mundi : III

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— Lève-toi. On arrive en vue de Mars.

La voix glaciale de Ren me tira du doux rêve que j'étais en train de faire. Je m'extirpai de ma couchette, dans laquelle Dea était toujours allongée, les mains croisées sur sa poitrine et les yeux ouverts.

— Pourquoi tu dors avec elle ? me demanda Ren avec un léger froncement de sourcils. Elle n'est pas vivante, et elle est du même sexe que toi.

Je posai mes pieds sur le sol glacé en soupirant.

— Pour avoir un peu de chaleur humaine. J'ai besoin d'affection, tu vois ? Même si c'est avec une machine. Tu devrais essayer, ironisai-je.

Mais Ren le prit au premier degré.

— Dormir avec une machine ? Pourquoi ?

Je lui jetai un regard réprobateur.

— Je sais pas. Ça te rendrait peut-être plus sapiens, justement.

Je savais déjà ce qu'il allait me répondre :

— Je ne suis pas un sapiens. Je suis un sidhe d'Æriban. La seule chose dont j'ai besoin, c'est d'ennemis puissants à affronter.

Blablabla. Toujours la même rengaine.

Le petit intermède plaisant sur Naxis n'était plus qu'un lointain souvenir. Être coincée avec cette créature qui ne pensait qu'à la guerre et au combat, plusieurs semaines durant (pour ne pas éveiller la méfiance du radar de traçage vectoriel de l'Holos, mais aussi pour m'épargner la facture relative que m'aurait causé une dizaine de sauts simultanés, Ren n'avait programmé qu'un saut sur trois) avait fini par me prendre la tête. Je profitais amplement des possibilités et du confort du vaisseau, mais je n'arrivais pas vraiment à m'occuper car mon ældarin ne s'améliorait pas – je dois dire que ma mauvaise volonté y était pour beaucoup – et que Ren y menait sa propre vie. Il passait des heures, notamment, à s'entraîner (ou se défouler) dans la salle aux horreurs, une chambre de réalité virtuelle où il m'interdisait d'entrer. Il ne me parlait pas vraiment et éludait mes questions, les ramenant toujours aux siennes, qui concernaient, un cas sur deux, le CERG et l'amiral Priyanca Varma. Il était obsédé par elle. À tel point qu'un jour, alors qu'il nous demandait pour la énième fois, à moi et Dea, de lui faire une « liste précise des capacités martiales » de Varma et « d'évaluer son niveau de puissance destructrice sur une échelle de un à mille » (un étant le potentiel destructeur d'un cosmo-légionnaire de base avec tout son barda, et mille, une étoile en train de s'effondrer), j'avais explosé : « Mais t'es amoureux, ou quoi ? »

Sa réaction m'avait pris de court. À une vitesse proprement phénoménale – si vite que je ne l'avais pas vu venir – Ren était passé par dessus la table pour m'asséner une claque retentissante, qui laissa sur ma joue la trace de ses ongles acérés (pour ne pas dire des griffes).

— Surveille ta langue, avait-il grondé en se levant. Quand tu me parles comme ça, je suis obligé de me retenir de te tuer. Et je n'aime pas avoir à me retenir de tuer.

Il avait quitté la salle où nous nous trouvions, me laissant avec une Dea catastrophée. Les AI n'aiment pas les disputes.

Depuis, je l'évitais.

— Allez, prépare-toi, ordonna-t-il avant de quitter la pièce. Il reste moins d'une demi-heure avant d'apponter.

Apponter était un bien grand mot. Pour ne pas réitérer l'expérience du comptoir nekomat, Ren avait eu l'idée d'approcher en mode invisibilité et de mettre le vaisseau en orbite autour de Mars. Là, il comptait gagner, je ne sais comment, la stratosphère martienne, et rejoindre la colonie illégalement. Pour nous, il avait un autre plan : nous mettre dans une des barges de secours du vaisseau et la larguer dans la stratosphère avant de se mettre en orbite (histoire de ne pas être repérable).

Je rejoignis la salle des commandes avec mauvaise humeur, Dea sur mes talons. Sur la baie, on pouvait voir Vieille-Terre, reliée à Luna, à Mars et Jupiter par le skyhook Axis Mundi. Le cœur historique de l'Holos humain, mais surtout, aujourd'hui, une grosse poubelle, peuplée uniquement de gens trop pauvres pour aller vivre ailleurs.

— Te voilà chez toi, annonça Ren en pianotant sur la console. Une dernière chose à dire avant de débarquer ?

Je regardai autour de moi. J'avais peine à croire que c'était la dernière fois que je voyais ce pont.

— Merci, commandant, lui octroya généreusement Dea en lui tendant la main. C'était vraiment un honneur.

Ren la regarda de haut en bas, mais il lui serra tout de même la main. En fait, il aimait bien Dea.

— Allez, finit par dire Ren. La barge est prête. Je vous accompagne.

Il nous guida devant une petite porte qui s'était ouverte sur la gauche, dans la salle des commandes. La barge semblait aussi confortable que le reste du vaisseau.

— Ils vous intercepteront tout de suite, je pense, prophétisa Ren en s'appuyant du bras sur le rebord droit de la porte. Vous n'avez qu'à dire que vous étiez prises en otage sur le vaisseau du terroriste ultari qui a menacé le comptoir nekomat et détruit la patrouille Recherche et Destruction de l'Holos, et que vous avez réussi à vous enfuir. La vérité, en somme.

Il eut un bref sourire. Cette piètre tentative pour faire de l'humour, après des semaines de soupe à la grimace, était plutôt touchante.

Je craquai.

— Ne me laisse pas ! m'effondrai-je en lui attrapant la taille (je dus sauter pour l'atteindre). Je veux rester avec toi !

Ren eut l'air pris de court. Il regarda partout autour de lui, presque catastrophé, avant de poser ses mains sur mes épaules, plus gentiment que lors de tous les contacts que j'avais eu avec lui jusqu'ici.

— Ne raconte pas de bêtises, me tança-t-il à voix basse, comme s'il parlait à une enfant (ce que j'étais, en réalité). Tu ne peux pas rester avec moi. C'est trop dangereux. Tu le sais.

— Je m'en fiche. Je suis prête à braver tous les dangers, si ça peut me permettre de rester ici, avec toi, sur ce vaisseau merveilleux.

— Je vais être amené à livrer de nombreuses batailles, me rappela-t-il. Sur ce vaisseau, dans l'espace, ou ailleurs, sur des objets célestes, ou en gravité zéro. Je vais même peut-être quitter ce plan dimensionnel, à terme. Je ne peux pas te garder.

J'enfouis mon visage dans son ventre, amorçant une nouvelle crise de larmes. Je savais que lui ne pleurait pas, mais Ren connaissait la signification de ce réflexe physiologique, pour nous autres, humains.

— Je n'ai personne dans tout l'univers à part toi, Ren, chouinai-je. Aucune maison où retourner. Je croyais que ça nous faisait un point commun ! Qu'on allait rester ensemble, et que tu allais m'apprendre tes trucs, là.

— Quels trucs ? demanda-t-il doucement.

— Tes trucs de guerre d'Æriban. T'as dit que j'étais naturellement douée !

Il passa ses mains sous mes bras, et je me sentis soulevée. Je me retrouvais à sa hauteur, pour la première fois depuis que je le connaissais. Ça faisait bizarre de voir son visage de près. Que sa peau avait un grain différent de la nôtre !

— C'est impossible, Baran, répéta-t-il avec le surnom qu'il me donnait (« la brune » en ældarin), mais avec un sourire plutôt gentil sur le visage. Du reste, je sais pourquoi tu réagis comme ça. Ce n'est pas ce que tu souhaites vraiment. Tu crois le souhaiter, mais ce n'est pas le cas.

— Comment ça ? reniflai-je en lui jetant un regard que je voulais pathétique.

— Tu es en train d'être victime de luith : c'est le fait de voir les choses à travers le voile trompeur de la fascination. Cela arrive aux humains qui fréquentent trop notre race. C'est arrivé à l'homme dont je t'ai parlé, et à d'autres. Et c'est loin d'être bon, pour vous. Je ne le fais pas volontairement, loin de là, mais tu crois que tu as envie de rester avec moi. Dès que je t'aurai mise dans la barge, et que je serai hors de ta vue, ce sentiment tombera et tu te sentiras libérée, soulagée même. On parie ?

— Je ne veux pas parier, boudai-je. Je sais que c'est pas ça ! J'ai jamais été une fille influençable. On a toujours dit de moi que j'étais la pire obstinée qu'il soit, une vraie tête de cochon !

Ren se mit à rire.

— C'est vrai que tu es obstinée. Et c'est vrai que tu aurais fait une bonne sidhe, à Æriban. Si tu avais commencé petite. Mais je ne peux te garder et te faire vivre tous ces dangers, alors que tu es un être si fragile qui se trouve, qui plus est, si proche à présent de son biotope naturel. Ce serait injuste, irresponsable et inutilement cruel de ma part : en un mot, inélégant.

Et donc, pas du tout prestigieux. Je commençais à comprendre la logique de Ren. Son sens de la ruse, aussi : car il me fourra aussitôt dans la barge. En fait, il m'avait pris dans ses bras pour pouvoir m'y coller plus facilement.

Dea, quant à elle, y était déjà.

— Bonne chance, Rika, me dit Ren. Puisse Amarrigan faire que nous nous recroisions dans une autre incarnation, sur ce plan ou ailleurs.

Et il verrouilla la porte de la barge.

— Est-ce que je peux revenir si je me rends compte que j'ai toujours envie d'être avec toi ? hurlai-je à travers la vitre.

Mais Ren ne m'entendait plus.

Par habitude, Dea enfonça le clou en faisant le décompte. Lorsque sa jolie voix si classe annonça « largage », j'étais vraiment en larmes.

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Tu sais Dieu tu as toujours veillé pour moi encore lorsque je vais au plus mal, alors pour cela je te dis merci. Un grand merci. J’aimerais terminer ce témoignage  par ce merci. J’aimerais terminer ce témoignage  par ce merci  mais je désire avant tout te demander une nouvelle fois pardon. A cet instant, c’est le pardon le plus important selon moi. Je te demande pour pardon parce que je ne t’aime pas certainement comme tu le voudrais que je t’adore, car tu mérites réellement tout mon amour. Je t’ai souvent abandonné au profit de rêves  d’être quelqu’un d’autre ou le fait de choisir moi-même mon avenir.  Tu sais ce que je voudrais être plus tard, être plus satisfaite de ma vie en ayant tout ce que je veux. Néanmoins, j’ai appris que l’amour des biens et des êtres humains ne sera en aucun cas  aussi parfait que celui de Dieu. C’est pour cela que j’aimerais te dire  que je t’aime. Seulement parce qu’à force de rester à tes côtés, et même si je veux toutes belles choses, je veux me forcer à rester humble envers toi et à ne pas oublier que tu es le premier à m’aimer.  J’aimerais que tu m’offres deux choses (mais la seconde chose j’aimerais la garder entre nous pour l’instant). Mon premier cadeau  c’est de grandir dans la foi . La confiance en toi est une grande chose pour nous deux parce que je n’aimerais plus savoir qui je suis ou à demander des choses  sans faire des calculs dans ma tête. Je pense avoir un coeur  comme tout le monde mais je veux apprendre à t’aimer , sans être un enfant égoïste et impatient comme je le fais si  souvent. J’aimerais être souvent qui ne se pose pas de questions, respecte son père et les autres et se plaint pas quand ça n’aille pas je le voudrais.  
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