La fêlure

Une minute de lecture

L'objet de ma révolte est une fêlure. Noir, profonde, comme un gouffre, une bouche toujours grande ouverte. Elle est vivante et affamée. Elle se nourri de noirceur, partout où elle peut la trouver elle l'absorbe, la digère, la contient. Souvent on la nourri. Sans le vouloir, sans s'en rendre compte. Du moins c'est ce que l'on se dit.

Elle n'est pas toujours la même, cette fêlure. Elle est plus ou moins grande, plus ou moins profonde, plus ou moins noir. On la nourri de rancunes, des actes qui nous blessent, alors on a l'impression que ce sont les autres qui la nourisse. De cette manière, quand notre fêlure recrache un peu de la noirceur qu'elle a accumulé sur eux, on se dit qu'ils l'ont bien mérité.

Pourtant certains l'ont remarqué. Tout comme on choisis le menu de nos repas, on peu choisir de quoi se nourri notre fêlure. Ce n'est pas facile, c'est comme faire un régime. On l'aime cette noirceur, on y est addicte, elle nous protège. Elle nous protège de nos erreurs, nos manquements, nos défauts. Comme un parasite, elle se défend lorsque l'on essaie de la refermer. Alors on se sent faible, vulnérable, misérable, sans se rendre compte que l'on l'est bien plus encore d'ordinaire.

Elle nous retient et on veut la rejeter. On veut rejeter la faute sur elle. Après tout c'est un corps étranger, un parasite. Si seulement on pouvait s'en débarasser, l'arracher et la jeter au loin. Mais c'est impossible. Il ne s'agit pas là d'un envahiseur ordinaire, c'est notre symbiote. Une part de nous, innéffaçable, indissociable. Commence alors l'étape la plus difficile. On doit pardonner à notre fêlure. La nourrir d'amour, de gentillesse, de bienveillance. On doit l'accepter, l'acceuillir. Alors seulement, on peut renvoyer un peu de tout cela sur les fêlures des autres. Et soudain, elles aussi sont un peu moins noirs, un peu moins grandes, un peu moins profondes.

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Une description de Hong Kong (qui signifie Port Parfumé) via une décomposition de son écriture en caractère chinois: 香港)
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Le bonheur, c’est de me réveiller le matin auprès de toi ;
Le bonheur, c’est de pouvoir chanter faux sous ma douche ;
Le bonheur, c’est de me promener nue à travers tout l’appartement ;
Le bonheur, c’est de sortir boire un verre avec mes ami(e)s ;
Le bonheur, c’est de passer du temps sur les toilettes en rentrant du travail ;
Le bonheur, c’est de manger un bol de céréales le soir devant une série ;
Le bonheur, c’est de, tiens pourquoi pas, finir le paquet de céréales en une soirée ;
Le bonheur, c’est de sortir mon vibro et de m’offrir du bon temps avant de dormir ;
Le bonheur, c’est de te faire un bisou dans le cou en passant à côté de toi ;
Le bonheur, c’est de faire une grimace alors que tu me parles d’un sujet sérieux ;
Le bonheur, c’est de courir partout pour t’échapper, toi et ta punition pour cette grimace ;
Le bonheur, c’est de rire comme une baleine parce que tu m’as attrapée et tu me chatouille ;
Le bonheur, c’est de pleurer de rire lorsque tu fais des prouts sur mon ventre avec ta bouche ;
Le bonheur, c’est de me blottir dans tes bras pour regarder un film ;
Le bonheur, c’est de t’écouter sagement me lire les textes que tu as écrit ;
Le bonheur, c’est de recommencer tout cela jours après jours ;
Le bonheur, c’est ces petits moments qui te font te sentir bien, insouciant et libre ;
Le bonheur, c’est ces instants délicieux qui embellissent ta journée et te semble naturel ;
Le bonheur, c’est tout cela et bien plus encore.
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Sabine Charlesbois

La cigarette se consumait au rythme du whisky. Anne avait la peau pâle et transparente des femmes qui dorment peu, légèrement enveloppée, à force de boire, elle ressemblait à ces flans tremblotants incolores et fades qu'on achète dans les boulangeries. Ça faisait maintenant plus de quinze jours qu'elle tenait ce rythme infernal... elle ne dormait plus, et quand elle tentait de reprendre une vie ordinaire, elle se réveillait en sueur au beau milieu de la nuit, avec un pincement au coeur qui la dévorait d'angoisse et lui arrachait des larmes douloureuses.
Samuel était parti. Il ne reviendrait plus. Au début, elle se berçait de la douce illusion que la distance lui ferait réaliser à quel point elle est une femme extraordinaire ; mais cette fois-ci, ça ne marcherait plus : le fil était rompu pour toujours.
Elle rêvait de lui, son image la hantait partout où elle allait, son coeur battait la chamade quand elle croisait n'importe quel individu de taille moyenne, châtain : le français moyen, normal, ordinaire. C'était son Sam, son étincelle, sa drogue. Oui ; elle le savait maintenant, elle pouvait voir les choses en face : elle était tombée dans le piège de l'addiction. La drogue de la dépendance affective, la plus cruelle, meurtrière, autodestructrice.
Et peu à peu, sans s'en rendre compte, Anne était partie à la dérive, devenant de plus en plus obsessionnelle, de plus en plus destructrice, malade de possessivité, elle avait poussé le vice jusqu'à le pousser dans les bras d'une autre, juste pour tester sa fidélité, sa dépendance. Mais Sam était parti, tombé amoureux de cette autre ; "cette autre" murmura Anne, la mâchoire crispée de colère, la gorge nouée et douloureuse. "Cette autre..." C'était ce nouveau mot, il remplaçait pour ainsi dire l'image de Sam. "Cette autre", c'était devenu son péché mignon, son cilice, sa croix. "Cette autre..." murmura-t-elle encore avec une souffrance jouissive qui la faisait sourire de désespoir. Elle avait envie de rire maintenant, de rire hystériquement, à gorge déployer, de tuer.
Ah ! tuer quelqu'un, quelque chose, n'importe quoi, tuer l'objet de sa souffrance ! C'était pour elle la seule échappatoire.
"Voilà !" ajouta-t-elle fièrement, pleine d'orgueil, en regardant d'un oeil malsain et satisfait son verre rempli de whisky à ras-bord. "Ah ! un whisky, mais pas n'importe lequel : le plus cher, bien sûr, le Laphroig dix ans d'âge, car tant qu'à souffrir, autant se saigner jusqu'au bout !"
Maintenant, Anne ne ressemblait plus du tout à ce demi-bout de femme moitié-vivante moitié-morte, mais à une Jézabel, une pécheresse dans toute sa puissance, la personnification du diable fait femme. Son sourire faisait mal à voir, ses yeux, injectés de sang, brillaient de mille éclairs de jais, mauvais, terribles, fous. Sa carnation avait rougi, brusquement, sous l'effet de l'alcool et de l'excitation. Ses doigts jaunis par cette cigarette - qui n'était plus qu'un pauvre mégot au bout de ses lèvres frémissantes, s'accrochaient nerveusement au rebord de la table ; comme si le bois était vivant et donnait à ce pauvre corps de femme les dernières gorgées de vie, l'ultime transfusion de sève qui lui permettront de tenir.
"C'est tout. Il faut tenir. Voilà pourquoi j'écris", dit-elle en scrutant l'amoncellement de feuillets sur la table tachée d'encre qu'elle n'avait plus quittée depuis des jours ; "finalement n'est-ce pas la finalité de nos petites vies minables : tenir ? Pourquoi toutes ces questions ? "
Alors Anne, soudain, laissa échapper un premier soupir, doux, fragile, comme le souffle d'un petit enfant qui se découvre ; et des larmes inondèrent son visage abîmé. C'était un ange : toute trace de mal s'était effacée de son regard, sa bouche était tendue dans un ultime effort pour vivre.
"Seigneur. Ayez pitié de moi."
Épuisée, les muscles fatigués, les yeux las, elle laissa échapper sa plume de sa main droite, et sa cigarette de ses lèvres, et elle tomba dans un profond sommeil.
Le lendemain, quelqu'un vint frapper à la porte, et entra doucement dans le petit appartement mansardé de la jeune femme. C'était Samuel, qui venait demander pardon. Une odeur âcre de tabac froid, d'alcool et de cendres provoqua chez lui un mouvement de recul.
Il vit Anne, de dos, affalée sur sa petite table de bois, une main pendant à son côté.
Il s'approcha prudemment, afin de ménager son sommeil ; en arrivant devant elle, Samuel poussa un hurlement de terreur ! Anne n'avait plus de visage, la cigarette avait tout dévoré : sa poitrine de femme, ses feuillets : son oeuvre et l'oeuvre de Dieu. Les deux étaient partis, ensemble, main dans la main.
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