Chapitre 13 - Partie 1

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LUNIXA


  Une brise légère caressa ma nuque avec délicatesse, propageant un fin frisson à la surface de ma peau. Douce, chaleureuse, elle me rappelait le vent matinal d'Illiosimera. Comment était-ce possible ? J'étais à Talviyyör, au milieu d'un lac gelé. Tout ce que j'avais vécu n'était-t-il en réalité qu'un horrible cauchemar ? Étais-je simplement en train de me réveiller, dans mon lit, chez Giulia ?

  Avec beaucoup de difficulté, je soulevai mes paupières encore engourdies par le sommeil. Tout apparut trouble. Je cillai plusieurs fois pour essayer de chasser ce voile flou, en vain. Je ne distinguai rien à par la luminosité ambiante. La lueur du matin ? De l'après-midi ? M'étais-je assoupie à la bibliothèque ? Et quel était cette odeur qui embaumait l'air ?

  Le vent chaud souffla de nouveau sur ma nuque.

  Quoi que fût cet effluve, son parfum et la chaleur qui m'enveloppait instauraient une atmosphère agréable, apaisante, qui me berça au point que mes yeux se fermèrent à nouveau. Je dus me forcer à les rouvrir. Il faisait jour ; je ne pouvais pas replonger au pays des rêves, il fallait que je me réveille.

  Malgré ma vision toujours floue, je voulus me lever. Quelque chose autour de ma taille m'en empêcha. M'étais-je entortillée dans mes draps ? Se dirigeant vers mon ventre pour m'en défaire, ma main effleura une surface ferme et chaude. Surprise, je rompis le contact un instant avant de le rétablir.

  Qu'est-ce ?

  Je la parcourus du bout des doigts en essayant de me sortir de cet état ensommeillé dans lequel je me trouvais encore. Toute en longueur, elle s'affinait un peu, puis s'élargissait à nouveau avant de se séparer en plusieurs parties plus fines.

  Ces formes, on dirait...

  Un mouvement imperceptible les agita.

  Mon corps entier se pétrifia et le voile trouble devant mes yeux tomba dans la seconde.

  J'étais bien dans une chambre, mais il ne s'agissait en aucun cas de la mienne. Celle-ci était trop grande, bien trop grande, comme celle que j'avais quand je vivais encore au château. L'odeur que je percevais provenait des restes d'un feu aux braises encore rougeoyantes. Et ce qui entourait ma taille était... un bras.

  L'affolement prit le dessus et balaya ma stupéfaction. Le cœur battant à tout rompre, je refermai ma main sur le poignet pour me débarrasser de cet étau indésirable, inexplicable. Au même moment, l'étreinte se resserra et me tira en arrière. Mon dos se retrouva plaqué contre un mur incroyablement chaud alors qu'un cri enroué, qui me brûla la gorge, franchissait mes lèvres. Les draps... je sentais les draps sur toute ma peau, le bras à même mon ventre ! Et ce mur derrière moi...

  Le doux courant d'air caressa de nouveau ma nuque.

  Ma respiration se bloqua. Cette brise n'avait rien à voir avec le vent, c'était le souffle de quelqu'un ! Quelqu'un qui partageait ma couche alors que j'étais nue, me tenait par la taille, contre lui...

  –Lokia... marmonna une voix grave à mon oreille.

  Une voix d'homme.

  Mon cœur manqua un battement. Prise d’une vraie panique, je tirai sur le bras, gesticulai dans tous les sens. Après une poignée de secondes beaucoup trop longues à mes yeux, l'étau de fer se relâcha et je parvins à m'en libérer. Je me réfugiai immédiatement au bord du matelas, puis me retournai. Cette fois-ci, je poussai un véritable hurlement.

  Un jeune homme aussi peu vêtu que moi dormait paisiblement au milieu du lit.

  Dame Nature, mais que s'était-il passé hier soir ? Je ne me souvenais de rien !

  Mon souffle se coupa en voyant l'inconnu bouger. Il se tourna sur le dos, puis rejeta ses cheveux en arrière tandis que ses paupières se soulevaient. Un frisson me traversa. Sa main se figea aussitôt dans sa chevelure en bataille et il cessa de respirer. Ses yeux d'un gris profond, semblable à de l'argent liquide, pivotèrent brusquement vers moi.

  –Par la Déesse !

  Il sortit du lit dans la seconde. Contrairement à moi, qui étais entièrement nue, il lui restait son caleçon. Je me redressai sans le quitter des yeux, maintenant les couettes sur ma poitrine dénudée, et me plaquai contre le bois de lit, loin de lui. Le jeune homme se pencha vers le sol pour ramasser des vêtements. Ses vêtements ?

  –Qui êtes-vous ? m'écriai-je d'une voix cassée, enrouée. Que m'avez-vous fait ?

  Ma gorge était tellement irritée que prononcer ces deux questions fut aussi douloureux que si j'avais avalé des bris de verres.

  –Vous savez très bien qui je suis, déclara-t-il en bouclant son pantalon.

  –Non ! Je n'en ai aucune idée !

  Il se tourna vers moi, le regard dur et encore torse nu. Mon cœur cessa de battre. Une énorme tâche de naissance, semblable à un tatouage aux lignes noires épaisses, complexes, couvrait le côté droit de sa poitrine. Une marque royale. Dame Nature, elle était immense. Jamais je n'en avais vue d'une telle taille. Elle partait du bas de son muscle pectoral, remontait jusqu'à son épaule, puis s'étalait sur le haut de son omoplate et de son bras.

  Un éclat lumineux arracha mon regard de la contemplation de ce dessin et l'attira vers ses doigts, là où les rayons du soleil se reflétaient sur une bague. Une bague portée à l'annulaire gauche. Ma propre main sembla tout à coup peser une tonne à cause de l'anneau que je portais également. Ne supportant plus de le regarder une seconde de plus, je détournai le regard. Il me répugnait.

  –C'est bon ? Vous vous souvenez ? s'assura-t-il en remettant sa chemise.

  –Vous êtes le Prince Kalor. Mon... mon... mon fiancé.

  Ces mots me blessèrent autant qu'un violent coup de poing dans l'estomac. J'avais envie de m'arracher la langue pour les avoir prononcés.

  Le Prince finit de boutonner sa chemise et se dirigea vers une des deux portes qui encadraient la cheminée. Il l'ouvrit, entra dans l'immense penderie qu'elle abritait, puis en ressortit avec un vêtement blanc.

  –Habillez-vous, m'ordonna-t-il en me le donnant.

  Puis il se retira dans la seconde pièce adjacente à la chambre. De peur qu'il ne revienne tout de suite, j'enfilai à toute vitesse la longue tunique blanche. Cette fine couche de tissu ne suffit toutefois pas à m'apaiser. Il fallait que je me couvre davantage, que je parte, m'éloigne de lui. Le cœur battant, je vérifiai que le Prince n'avait pas rouvert la porte, descendis du lit sans un bruit, puis gagnai la penderie. Mon regard parcourut une multitude de robes plus ouvragées les unes que les autres, avant de se poser sur des capes. Je pris la première de la rangée et la posai sur mes épaules. Il ne me restait plus qu'à m'enfuir à présent. Mon rythme cardiaque s'accéléra. Dès que je remis les pieds dans la chambre, je jetai un nouveau coup d'œil à la porte du Prince, toujours close. C'était ma chance ; il fallait juste que je trouve la sortie.

  Il n'y avait pas d'autre porte à par celles de part et d'autre de la cheminée, mais un grand rideau de velours était tiré derrière une arche imposante de la largeur d’un mur. Priant pour qu'il dissimule un moyen de quitter cette pièce, je m'y dirigeai à pas de loup, puis passai derrière.

  Un gigantesque et magnifique salon s'étendit sous mes yeux. Mais ce fut à peine si je le vis. Dès l'instant où mon regard s'était posé sur la double porte, à l'autre bout de la pièce, tout le reste avait disparu autour de moi. Je n'avais aucune idée de l'endroit où elle menait, mais elle était ma seule option.

  Les yeux rivés sur ses battants aux motifs délicats, je descendis les cinq marches qui séparaient la chambre du salon, puis m'avançai vers elle.

  –Où allez-vous ?

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Leah Nash



 Parler d’un évènement traumatisant est souvent apaisant. Mais pour moi, parler ne servirait qu’à transmettre mon malheur à autrui, et je ne veux pas imposer ce fardeau à quiconque. C’est pourquoi je décide de transcrire ce que j’ai vécu, en espérant que mon esprit puisse se libérer et vivre la fin de mes jours dans une forme de paix. Mon nom est Elijah Lowe, et je dois vous implorer de ne pas continuer ce journal si par malheur vous le trouvez. Par pitié, reculez tant que vous le pouvez encore...
J’avais un ami autrefois, très cher à mon cœur. Nous étions comme deux frères et partagions tout. Nous avions grandi ensemble dans le même quartier au nord de l’Angleterre. Lui Ecossais, moi Britannique, nous étions comme issus de la même famille. Nous nous ressemblions autant de drops que de caractère. Les années passaient et rien ne pouvait nous séparer. Enfin presque. Un jour, Aidan apprit qu’un de ses lointain parents était mort et lui avait légué un manoir à Junkerdal en Norvège. Malgré l’isolement, il avait décidé d’y vivre, me disant que tout irait bien, et que la distance ne nous séparerait pas. Mais ce ne fut pas le cas. Les mois défilèrent, ainsi que les années, mais pas de nouvelles de mon ami tant aimé. Ce ne fut que 13 ans plus tard que je recevais une lettre de Norvège.

Junkerdal, 13 Octobre 18—
Cher Elijah, mon ami,
Voici bien longtemps que je ne t’ai pas écrit. Je tiens d’abord à te faire mes excuses les plus sincères, je n’ai pas oublié la promesse que je t’avais fait lors de mon départ. Je ne l’ai pourtant pas tenue et j’ai malheureusement laissé le temps et la distance nous séparer. Il s’agit bien de la seule chose que je regrette de ma vie, ou peut-être que je regrette également d’être parti. La Norvège a beau être magnifique, la vie y est rude et solitaire. Je ne sais comment mon esprit et mon âme ont pu vivre autant de temps isolé ainsi, sans voir que le temps défiler. Et alors que je reviens à moi-même, ton image est réapparue dans ma mémoire. Des images de bonheur, du temps où nous étions un seul et même être, comme deux frères. Je ne cesse de me dire que je souhaiterais te revoir depuis. Mais la fierté et surtout la peur que tu m’aies oublié ou refuses tout contact avec moi, m’a paralysé pendant des semaines. Je me suis tout de même décidé à écrire cette lettre pour te demander de venir me rendre visite dans mon manoir. Je sais bien que c’est une longue distance à parcourir, mais je crains ne pouvoir me déplacer jusqu’en Angleterre. Je sais également que je t’en demande beaucoup, mais mon cœur ne me pardonnerait jamais de ne pas avoir tenté de te revoir. Mon domestique et fidèle servant Jaime Adams accompagne cette lettre, il t’aidera pour tes bagages et t’accompagnera pour la route si jamais tu acceptes ma requête. Sache que je t’attends patiemment.
Dans l’espoir de te voir, ton ami dévoué, Aidan McTavish.”
Un mélange de colère et d’immense joie s’était emparé de moi. J’étais évidemment très heureux d’avoir enfin une lettre de mon ami, mais pourquoi avoir attendu autant de temps ? Le lien que nous avions avait vite fait disparaître la colère et mes bagages étaient prêts en une heure. Je partais donc avec ce Jaime Adams, en direction du Nord.
La route me parut longue mais agréable. Le trajet en bateau beaucoup moins. Les paysages gagnaient en beauté et sauvagerie. Le froid était bien présent, ainsi que la neige. À l’approche du manoir, la forêt aux alentours devenait d'autant plus lugubre et pesante. La nuit était tombée lorsque j’arrivais sur la dernière route. L’orage éclairait celle-ci d’une lumière blanche me permettant de voir les arbres épais, la route pleine de boue et de neige à travers la fenêtre du fiacre. Au milieu des coups de tonnerre, les loups sauvages hurlaient à plein poumons, me donnant la chair de poule. Devant le manoir, je ne puis voir que sa forme carrée. Je l'imaginais sûrement fait pierres grises, noircies par le temps et les intempéries. Jaime prit mes bagages et me conduit à l’intérieur. Alerté par le bruit de la grande porte de bois, Aidan arriva. Le fait de le revoir m’emplit de bonheur, mais ceci ne dura qu’un court moment. Mon ami, autrefois plein de vie était extrêmement pâle et semblait plus petit et maigre. Il s’arrêta stupéfait. Tu es donc venu ! Me dit-il. Évidemment. Mais tu arrives plus tôt que prévu. Je ne t’attendais pas avant la deuxième semaine de Novembre !
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