Chapitre 7 - Partie 1

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LUNIXA


  Durant la première semaine de la traversée, je ne sortis pas une seule fois de ma cabine. J'avais trop mal. Ma patrie me manquait, mes amis me manquaient et plus que tout, ma famille et mes enfants me manquaient. J'avais l'impression qu'on avait transpercé mon cœur d'une lame en me forçant à monter sur ce navire et que la plaie ne se refermerait qu'au moment où je pourrais à nouveau les prendre dans mes bras. Pourquoi mon père m'avait-il choisie ? Je n'avais rien d'une femme à marier, cela faisait même trois ans que j'étais inscrite sur les listes des futures célibataires. Qu'est-ce qui avait joué en ma défaveur ? La seule chose qui me rassurait dans toute cette histoire était que, malgré mon dossier et la photo jointe à l'intérieur, mon père ne m'avait pas reconnue. J'en étais certaine. Si cela avait été le cas, je n'aurais pas le poids de fiançailles sur le dos mais celui d'un incident diplomatique, car aux yeux du monde, la Princesse Artémis Illios était décédée il y avait huit ans. Seule Giulia savait qu'il n'en était rien.

  Deux coups retentirent contre la porte. Je jetai un coup d’œil à l'horloge. Il restait deux heures avant le début du déjeuner ; celui qui avait toqué n'était pas un serveur. Déterminée à ne voir personne, je rejetai les couettes sur ma tête mais celui dans le couloir insista. Je sortis de mon lit en grognant et ouvris sans vérifier mon allure dans un miroir. De toute façon, je me savais non présentable. Je me retrouvai nez à nez avec le Marquis Blatos. L'irritation me gagna aussitôt et s'accentua lorsqu'il commença à me juger sans s'en cacher.

  — Que voulez-vous ? claquai-je froidement.

  — Premièrement, du respect, s'indigna-t-il, et ensuite, votre présence sur le pont. Vous n'allez pas rester dans votre cabine jusqu'à Talviyyör.

  — Je suis encore libre de mes mouvements à ce que je sache, donc si je veux rester ici, je reste.

  Je refermai la porte. Son pied la bloqua. Non mais pour qui se prenait-il ?!

  — Si vous ne retirez pas tout de suite votre pied, je me mets à hurler, le mis-je en garde.

  — Vous n'oseriez pas.

  — En êtes-vous certain ?

  Ses yeux m'étudièrent de bas en haut. Lorsqu'ils arrivèrent sur mon visage, son air suffisant disparut. Je ne plaisantais pas du tout et il le remarquait enfin. Il recula d'un pas.

  — Vous avez fait honte à votre pays. Tous les passagers et l'équipage parlent encore de votre scène au moment de lever l'ancre.

  — Vous m'avez arrachée à ma famille. Vous pensiez vraiment que j'allais monter comme si de rien n’était ? Si vous ne vouliez pas de scène, vous n'aviez qu'à choisir une jeune femme plus enthousiaste à l'idée de se marier à un inconnu.

  — Je n'ai pas eu mon mot à dire, je ne fais que respecter la volonté de sa Majesté.

  — Mais pourquoi m'a-t-il choisie plutôt qu'une autre ? Je ne suis même pas d'origine noble !

  — Votre beauté.

  J'eus un mouvement de recul.

  — Je vous demande pardon ?

  Je devais avoir mal entendu.

  — Vous étiez quatre candidates à répondre aux critères demandés par le Roi talviyyörien. Lors de son choix, sa Majesté a entendu parler de votre réputation et il a trouvé que vous étiez la plus séduisante de toutes. Même si je ne vois pas ce qu'il y a de séduisant chez une femme de vingt-et-un ans avec des cheveux blanc.

  Mon sang ne fit qu’un tour.

  — Allez vous faire voir.

  Je sortis de ma cabine en trombe, le bousculant au passage, puis remontai le couloir à grandes enjambées. Ma colère fut balayée par le violent frisson qui me secoua une fois sur le pont. Le temps s'était déjà bien rafraîchi depuis notre départ. J'aurais aimé chercher une cape mais je ne voulais pas donner satisfaction au Marquis Blatos en retournant sur mes pas. Alors je me frictionnai les bras pour tenter de me réchauffer, en vain. Mon corps ne cessait de trembler.

  — Mademoiselle, ce n’est pas un temps à sortir comme ça.

  Je me retournai et Magdalena déploya une cape sur mes épaules. Je m'y emmitouflai le plus possible, à la recherche de chaleur.

  — Merci, murmurai-je.

  — C'est mon travail. Autre chose ?

  — Non, ça ira, merci.

  Elle s'inclina, puis s'éloigna jusqu'à disparaître dans le brouillard. Il était tellement dense que je ne distinguais pas l'avant de l'arrière du bateau. C'était à se demander comment les matelots se dirigeaient dans cette purée de pois. J'allai m'appuyer sur le pavois et inspirai à pleins poumons. Le sel de la brise m'irrita légèrement les narines, mais après être restée cloîtrée pendant sept jours, respirer de l'air frais me fit un bien fou.

  Le brouillard finit par se lever au bout d'une heure et dévoila toute la beauté du paysage. L'eau d'un bleu pur et profond s'étendait à perte de vue, se confondait avec le ciel dépourvu de nuage à la lisière de l'horizon, miroitait sous les effets du soleil... À un moment, je vis même quelques poissons volants qui, au loin, s'élançaient dans les airs avant de replonger dans l'immensité de l'océan.

  — Vous sentez-vous mieux, Comtesse ?

  Bien qu'il se tenait encore hors de mon champ de vision, l'accent de cet homme trahit son identité. L'émissaire talviyyörien s'accouda sur le pavois, à ma droite, et me sourit avec bienveillance. Contrairement au Marquis Blatos, il semblait vraiment se soucier de mon état.

  — Mieux, merci.

  — Allons prendre un café, proposa-t-il. Cela vous réchauffera.

  Je le suivis volontiers, prête à essayer tout ce qui m'éviterais de finir gelée.

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