Chapitre 6 - Partie 1

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LUNIXA


  — Comtesse Zacharias ? m'appela le Marquis Blatos. Comme vous le savez, le voyage durera un peu plus d'un mois. Nous aurons rejoint le port d'Ondia d'ici sept jours où nous prendrons le bateau. La traversée de l'Atlantas durera quatre semaines, puis il restera ensuite trois jours de voyage pour rejoindre le palais. Nous comptons mettre ce temps à profit pour vous apprendre le talviyyörien.

  — Et c'est à moi qu'incombe cette tâche, enchaîna l'émissaire. Nous commencerons demain. Je ferais de mon mieux pour que vous puissiez communiquer le plus aisément possible dès notre arrivée.

  Son accent me ramena à la réalité. Je détournai le regard du manoir que je savais cacher derrière la colline et portai mon attention sur mes compagnons de voyage. Trois hommes se tenaient assis face à moi : le Marquis Blatos, le Marquis Dragor... et Francesco. Mais que faisait ce traître ici ?

  Remarquant la tension dans mes épaules, il me donna une explication :

  — Normalement, il aurait fallu que ton père soit présent pour tes fiançailles. Mais puisqu'il est mort, et que je suis le seul homme de la famille, je vais le remplacer.

  Je l'incendiai du regard. Marco, n'aurait pas été présent pour ces fiançailles ; il aurait tout fait pour les empêcher d'avoir lieu ! Francesco n'avait aucun droit de prendre sa place.

  Encore plus dégoûtée par l'attitude de mon cousin, je détournai les yeux et tombai sur une femme assise à mes côtés. Je cillai plusieurs fois, surprise. J'étais dans un tel état en montant que je ne l'avais même pas remarquée. Je compris à son teint aussi pâle que le Marquis Dragor qu'il s'agissait d'une Talviyyörienne. Mais leur ressemblance s'arrêtait là.

  Cette étrangère de vingt-cinq ans tout au plus était l'une des plus belles femmes qu'il m'avait été donnée de rencontrer. Comment avais-je pu ne pas la remarquer avant ? Certes, elle n'était pas très grande, mais elle possédait des yeux d'un bleu absolument stupéfiant, aussi sombre et profond que le saphir. Quant à la couleur de sa chevelure, elle était tout aussi rare ; même les meilleurs teinturiers avaient du mal à la donner à leurs étoffes : un roux flamboyant. Ce feu, combiné à la multitude de petites taches de rousseur sous ses yeux et son nez, donnait à sa peau des airs de porcelaine.

  — Comtesse, je vous présente Magdalena Raspivitch, déclara le Talviyyörien en la désignant. Elle sera votre femme de chambre jusqu'au palais et pourra le rester par la suite si vous le désirez. Je vous prie de bien vouloir l'excuser pour son silence. Ce n'est pas par irrespect qu'elle ne s'adresse pas à vous mais car elle ne parle pas votre langue.

  Mon regard se reposa sur elle au moment où elle inclina légèrement la tête vers l'avant. Je lui rendis sa salutation, puis me concentrai de nouveau sur le paysage.

  À partir de maintenant, j'avais donc cinq longues semaines pour préparer ma plaidoirie avant d'arriver au château. Cela me paraissait à la fois beaucoup trop long et trop court. Je voulais défendre mon cas au plus vite pour rentrer chez moi, cependant j'avais aussi besoin de temps pour me préparer à cette épreuve.

  Je ne perdis pas une seconde et commençai à y réfléchir. Mais la fatigue due à ma courte nuit eut raison de moi et je finis par m'endormir.

  Comme prévu, le Marquis Dragor commença à m'apprendre le talviyyörien pendant toute la semaine qui suivit. C'était une langue très étrange, à la fois agressive et mélodieuse. Elle n'avait pas beaucoup de conjugaison ; les verbes possédaient seulement deux formes par temps : la forme courante et la forme de politesse, ce qui la rendait plus facile à apprendre que je ne l'avais craint. En revanche, c'était une tout autre histoire pour le vocabulaire. Il y avait seulement dix mots transparents avec l'illiosimerien. Heureusement, j'avais des facilités à apprendre les langues, cela avait toujours été mon point fort. En plus de l'illiosimerien, j'en parlais onze autres, dont cinq couramment. Il ne me restait plus qu'à ajouter le talviyyörien à cette liste à présent. Je prenais donc les leçons avec beaucoup de sérieux, au plus grand plaisir des deux Marquis, qui s'émerveillaient face à mes progrès fulgurants. S'ils avaient la moindre idée de ce que je comptais faire de ces cours, ils ne seraient pas aussi enjoués.

  Durant les premiers jours, j'avais eu beaucoup de mal à communiquer avec ma femme de chambre. Le plus difficile avait été de lui faire comprendre que je ne voulais pas qu'elle m'aide à prendre mon bain, à me dévêtir et à me vêtir, alors qu'elle aurait dû le faire, comme l'exigeait son travail. Elle avait beau être étrangère et d'origine roturière, elle saurait reconnaître une marque royale, quand bien même il ne s'agissait pas de celle de la famille royale de son pays. Sinon, elle était très discrète et ne parlait presque jamais. Mais je ne savais pas si c'était parce qu'elle n'avait pas grand monde avec qui discuter ou si c'était simplement dans sa nature.

  Le soir, nous nous arrêtions dans des auberges ; cela aurait dû me permettre de dormir correctement et récupérer de ces longues journées de voyage. Cependant, mon esprit se perdait dans des souvenirs de famille, originelle comme adoptive, et en particulier de mes enfants. Leur visage me gardait éveillée une bonne partie de la nuit, le cœur déchiré par notre séparation forcée.




  Nous arrivâmes à Ondia au bout des sept jours de voyage annoncés, sous un ciel lumineux et sans nuage. Notre navire n'étant pas tout à fait prêt, on nous accorda deux heures de pause. J'espérais enfin pouvoir respirer, malheureusement les deux marquis ne m'autorisèrent pas à me promener seule. Francesco devait m'accompagner. La rancœur qui couvait en moi menaça de rejaillir. Je n'avais aucune envie d'être avec lui, mais soit je prenais sur moi pour le supporter, soit j'attendais près du bateau. Je fis la balance entre les deux et décidai finalement de me promener. Après tant de journées assise dans le carrosse, j'avais vraiment besoin de me dégourdir les jambes.

  Comme toute ville portuaire, Ondia était vivante et commerçante. D'innombrable étals colorés tapissaient les grands axes ; les marchands, debout derrière leurs tables, faisaient tout pour vendre leurs articles aux touristes fraîchement débarqués, ceux sur le point de partir, ou encore aux habitants de la ville. Ils proposaient toutes sortes de produits : des denrées alimentaires aux pierres précieuses en passant par des soieries, de la porcelaine...

  Au milieu de cette multitude de stands, les passants s’agglutinaient surtout autour de ceux proposant des objets de l'Ancien Temps. Ces derniers étaient pour la grande majorité inutiles car inutilisables, pourtant n'importe qui rêvait d'en posséder, des plus démunis aux plus riches. Ils étaient des reliques que nous ne pourrions jamais recréer, une preuve de ce que l'homme avait pu inventer à son apogée. C'était sur un éventaire comme celui-là que j'avais trouvé les petites voitures avec lesquelles les jumeaux jouaient souvent.

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