Chapitre 4 - Partie 1

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LUNIXA


  Je ne fus pas réveillée par Alexandre et Eleonora qui s'amusaient bruyamment dans leur chambre, j'avais l'habitude de leur bazar. En revanche, le tambourinement sur la porte, lui, me tira de mon sommeil.

  — Lunixa ! brailla Francesco de l'autre côté. Sors de là !

  Le souvenir de ce qu'il s'était passé la veille, de la situation dans laquelle il m'avait mise, raviva ma colère.

  — Non ! Je ne veux plus te voir tant que tu n'auras pas réglé le problème !

  — Qu'est-ce qu'il se passe avec Francesco ? demanda Alexandre. Vous vous êtes disputés ?

  Je baissai la tête et posai un regard doux sur mon fils et ma fille. Ils jouaient avec des reliques de l'Ancien Temps : des petits véhicules à la forme étrange et sans chevaux, les voitures d’autrefois, que j'avais un jour trouvées au marché. Mes enfants m'observèrent avec intensité, puis se tournèrent vers la porte quand Francesco frappa de nouveau dessus. Mon cœur se serra. Si je ne voulais pas qu'ils se retrouvent en danger, je ne pouvais rester cloîtrée dans leur chambre. Il fallait que je sorte pour faire bouger les choses.

  Je descendis du lit et ouvris brusquement la porte, percutant mon cousin qui, poing en l'air, s'apprêtait à toquer à nouveau. Sans lui adresser un mot, je me rendis dans ma chambre, à quelques pas de là. Francesco me suivit à la trace.

  Arrivée dans la pièce, je le sommai d’entrer à son tour d'un geste sec, puis claquai la porte dans son dos. Ses yeux bruns plongèrent dans les miens.

  — Bon écoute-moi Lunixa, il n'y a pas...

  Je le giflai.

  Un son fort et net se répercuta contre les murs de ma chambre. La claque fut si violente qu'elle lui dévissa la tête. Interdit, Francesco ne bougea pas ; il ne savait pas comment réagir. C'était la première fois qu'il me voyait violente et en plus, il en faisait les frais. D'ordinaire, je préférais régler les conflits par la parole plutôt que par la force, mais le revoir m'avait mise hors de moi. Et je l'étais toujours, malgré mon geste. La colère bouillonnait dans mes veines, n'attendant qu'à éclater.

  Encore incapable de parler sans lui hurler dessus, je croisai les bras sur ma poitrine, le regard torve, et attendis qu'il s'explique. Je voulais voir ce qu'il avait à dire pour sa défense avant de lui exprimer le fond de ma pensée.

  Francesco reprit la parole au bout d'une bonne minute de silence et ce, pour affirmer une vérité déjà validée.

  — Je l'ai peut-être méritée, mais s'il-te-plaît, Nix...

  — Ne m'appelle plus comme ça ! criai-je. Tu n'en as plus le droit !

  Il présenta ses paumes en signe de paix.

  — D'accord, Lunixa. Mais écoute-moi.

  — J'écoute !

  Il prit une profonde inspiration avant de se lancer.

  — J'ai fait ça pour toi, d'accord ?

  — Pour moi ? répétai-je, ahurie. Tu savais pertinemment que je voulais rester célibataire ! Comment as-tu pu penser ne serait-ce qu'une seule seconde que promettre ma main à un homme me ferait plaisir ?

  — Mais Dame Nature, Lunixa ! Tu n'es pas faite pour rester célibataire ! Tu es la plus désirée de tout le royaume. Pourquoi t'obstines-tu ?

  — Ce n'est pas une raison !

  — Tu es splendide, une beauté sans égale avec ton atypique mais envoûtante chevelure blanche et tes grands yeux turquoise. Tu es fine et élancée. Tu as le sourire facile, un charme fou, une sincérité rare et une joie de vivre qui se dépeint sur ton entourage. Regarde aussi comment tu t'occupes des jumeaux ; tu feras une excellente mère. Alors oui, je ne t'ai pas demandé ton avis, mais j'ai fait ce qu'il y a de mieux pour toi.

  — Ce qu'il y a de mieux pour moi ?! m'emportai-je. Tu es un excellent commerçant Francesco, mais je ne suis pas une marchandise ! Tu ne peux pas me vendre au plus offrant pour la simple raison qu'il me trouve attirante !

  — Je ne te considère pas comme une marchandise.

  — Bien sûr que si ! Tu viens de me décrire comme si je n’étais qu’un produit ! Tu veux m'envoyer dans un pays à plus d'un mois de voyage d’ici, où très peu d'Illiosimeriens ont un jour mis les pieds et dont seulement une poignée parlent la langue. Et pire que tout, tu veux me marier à un inconnu ? En quoi ça change de tes marchandises ? Si tu tenais vraiment à moi, jamais tu n'aurais fait ça !

  — Mais pourquoi tu ne veux pas te marier ? souffla-t-il, fatigué.

  — J'ai mes raisons et je n'ai aucune envie de les partager avec toi. Maintenant, c'est toi qui vas m'écouter ! cinglai-je en le voyant sur le point de répliquer. Ce manoir a le luxe de posséder un téléphone, donc tu vas tout de suite contacter le château et me régler ce problème, peu importe le temps et le prix que ça te coûtera !

  Son regard se voila d'un coup et il détourna les yeux.

  — Je l'ai déjà fait, déclara-t-il gravement.

  — Pardon ?

  — Contacter le château... Après ton départ hier soir, Giulia m'a tancé, puis ordonné d’appeler le palais dès les premières heures. Je l'ai donc fait, sous sa supervision ; elle pourra te le confirmer. Au bout de trois heures d'appel, j'ai fini par avoir sa Majesté. Ton profil est le plus intéressant des prétendantes potentielles, il tient à ce que ce soit toi ; ce n'est pas discutable.

  Le vase sur la table à côté de moi vola jusqu'au mur et s'y brisa dans un grand fracas. Une pluie de porcelaine, d'eau et de pétales de fleurs se déversa sur le plancher en chêne. Ce n'était pas possible ! Rien n'avait changé ! Comment parvenait-il encore à contrôler ma vie alors qu'il ignorait tout de mon existence ?!

  Francesco me dévisageait, abasourdi par mon excès de violence. Je l'incendiai du regard. Il n'était pas en droit de me critiquer, pas lui. C'était entièrement sa faute si je perdais toute maîtrise.

  — Quand ? grognai-je.

  — Quand quoi ?

  — Quand et où doivent avoir lieu ces fiançailles ?!

  — Le vingt-deux debriva, à Talviyyör.

  Ma mâchoire se décrocha. C'était dans deux mois !

  — L'émissaire talviyyörien, six soldats, une femme de chambre et un représentant du Roi arriveront demain au manoir, déclara-t-il, après le déjeuner. Le départ est prévu vers quinze heures.

  Ces mots me blessèrent bien plus que n'importe quelle arme. Mon estomac se noua. Demain ? Une vague de répugnance me gagna. Je ne pouvais plus rester dans la même pièce que mon cousin. Sa proximité me rendait malade. Je n'avais pratiquement jamais abominé quelqu'un autant que lui.

  Je ne lui pardonnerai jamais ce qu'il m'avait fait.

  Je levai le bras et désignai la porte.

  — Sors d'ici et appelle Giulia.

  — Lunix...

  — Maintenant !

  Juste avant de quitter ma chambre, il jeta un dernier coup d'œil par-dessus son épaule. Il paraissait... blessé ? Comment osait-il ?! C'était lui le traître ! Ma réaction était tout à fait légitime ! Il m'avait offerte comme un vulgaire objet !

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