Chapitre 53 - Partie 3

4 minutes de lecture

  Je m'enfuis. On m'avait peut-être appris à me battre, mais je ne pouvais rien faire contre six hommes. Je ne tiendrais jamais ! Il fallait que j'instaure le plus de distance possible entre eux et moi, que je gagne le château !

  Malgré le froid, mes maigres forces, les branches qui me griffaient, l’irrégularité du sol, je courrai aussi vite que possible. J’avais même abandonné mes chaussures pour ne pas être ralentie par mes talons.

  Ce ne fut pas suffisant.

  Quelque chose d’invisible me percuta et je me retrouvai à terre. La neige me brûla le visage. Je n’y fis pas attention et voulu me relever mais on me retourna sur le dos, comme si je ne pesai rien. La Marquise me toisa de haut.

  –Tu comptes aller quelque part ?

  Je me redressai et tentai de la blesser. Elle écrasa son pied sur ma poitrine, me plaqua au le sol et se saisit de mon poignet droit, celui avec lequel je tenais mon poignard.

  –Tu n'aurais jamais dû faire ça, déclara-t-elle d'une voix sans émotion.

  Elle raffermit sa poigne. Le craquement de mes os et mon hurlement retentirent en écho dans le silence de la forêt. Elle me relâcha et je me recroquevillai sur moi-même, saisie de douleur. Elle m'avait cassé le poignet ! Je ne pouvais même plus bouger les doigts !

  La Marquise ramassa mon arme et la brisa en deux, aussi facilement qu'une brindille. Elle lâcha les morceaux qui tombèrent sans un bruit dans le manteau blanc puis posa son regard sur moi. Un sourire sadique se dessina sur ses lèvres. Un frisson de terreur me secoua mais je n’eus pas le temps de réagir. Elle m’asséna un violent coup de pied. Je le sentis s'enfoncer dans mon estomac avant d'être projetée dans les airs. Je percutai un arbre de plein fouet et retombai lourdement sur le sol, à une dizaine de mètres d'elle.

  Une douleur d'une violence inouïe se déclencha dans ma poitrine. Chaque inspiration devint une véritable torture et était accompagnée d'un sifflement anormal. Je n'arrivais plus à respirer.

  –Un seul des gars aurait suffi, cracha-t-elle en s'approchant de moi. Mais tu as tué Viggo et essayé de me blesser. Je vais te faire regretter ces gestes, crois-moi.

  Elle empoigna mes cheveux et les tira pour me redresser. Un hurlement m'échappa. J'avais l'impression d'être une poupée de chiffon entre ses mains.

  Un sourire carnassier déforma les traits pourtant doux de son visage.

  –Tu as mal ? Tant mieux, tu mérites de souffrir ! Misérable humaine !

  Elle me jeta par terre et mon dos heurta un arbre. J'étais seule, au beau milieu de la forêt, sans personne pour m'aider. Je devais me défendre. Avec beaucoup de difficulté, je me redressai et m'adossai au tronc. La Marquise m’observa durant tout ce temps, comme on observerait un insecte. Elle s'accroupit à mes côtés.

  –Ce que tu es faible, c'est pathétique, je me demande vraiment ce que Kalor te trouve. Je pourrais te briser en un claquement de doigt. Et puis ces cheveux blancs à vingt-deux ans… je n’ai jamais rien vu d’aussi hideux. (Elle se tourna vers les hommes). Faites-en ce que vous voulez, tant que vous la déflorer, je n’ai que faire du nombre ou de la façon dont vous vous y prenez. Quant à toi, tu vas bien t'amu...

  Elle recula juste à temps pour esquiver la lame de mon poignard. Ahurie, elle porta une main à son cou. Un fin filet de sang coula entre ses doigts. Je n’avais pas réussi à l’atteindre assez pour la blesser sérieusement. Folle de rage, elle m'incendia d'un regard meurtrier et frappa mon bras. Son coup fut si puissant qu'elle brisa mes os et ils jaillirent hors de ma chair. J'ouvris la bouche, seul un cri silencieux en sortit. La Marquise m'acheva d'un coup dans la tête. Je m’écroulai dans la neige. Tout devint trouble, mes oreilles sifflèrent. Je tentai de rester éveillée, de garder les yeux ouverts, mais j'étais à deux doigts de perdre connaissance. Je ne sentais même plus la douleur qui vrillait mon corps.

  La Marquise se releva et recula tandis que ses affidés s'approchaient. Je sentais la garde de mon poignard dans ma paume, mais je ne pouvais plus m'en servir, je ne pouvais même pas m'en saisir. La neige autour de moi se teinta de rouge.

  L'un des hommes se détacha du reste de groupe et continua à avancer vers moi. Je n'arrivai pas à voir ses traits. Mais cela avait-il de l'importance ? Peu importe qui il était, je ne pouvais rien faire pour l'empêcher de me violer. Une larme coula sur ma joue. Seul mon mari aurait dû me toucher comme il s'apprêtait à le faire.

  Je suis désolée, Kalor...

  Une silhouette apparut soudain derrière mon agresseur. Je devais halluciner. Elle n'était pas là une seconde plus tôt. Pourtant, une lame traversa le torse de mon assaillant et se retira juste après. Il tomba, mort sur le coup, révélant l’identité de celui qui venait d’apparaître.

  Kalor.

  C’était Kalor.

  Il se tenait juste là, une épée dégoulinante de sang à la main. Je n'aurais jamais cru que mes dernières pensées se tourneraient vers lui.

  –Ka...lor...

  Il posa ses yeux sur moi, horrifié.

  Était-il vraiment là ?

  Je voulus l'appeler. Cependant, dès que mes lèvres s’écartèrent, un liquide froid se déversa dans ma gorge et gagna mes poumons. J’avais l’impression de me noyer. Un gémissement m’échappa. Mes dernières forces me quittèrent.

  Et le monde plongea dans les ténèbres.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Leah Nash



 Parler d’un évènement traumatisant est souvent apaisant. Mais pour moi, parler ne servirait qu’à transmettre mon malheur à autrui, et je ne veux pas imposer ce fardeau à quiconque. C’est pourquoi je décide de transcrire ce que j’ai vécu, en espérant que mon esprit puisse se libérer et vivre la fin de mes jours dans une forme de paix. Mon nom est Elijah Lowe, et je dois vous implorer de ne pas continuer ce journal si par malheur vous le trouvez. Par pitié, reculez tant que vous le pouvez encore...
J’avais un ami autrefois, très cher à mon cœur. Nous étions comme deux frères et partagions tout. Nous avions grandi ensemble dans le même quartier au nord de l’Angleterre. Lui Ecossais, moi Britannique, nous étions comme issus de la même famille. Nous nous ressemblions autant de drops que de caractère. Les années passaient et rien ne pouvait nous séparer. Enfin presque. Un jour, Aidan apprit qu’un de ses lointain parents était mort et lui avait légué un manoir à Junkerdal en Norvège. Malgré l’isolement, il avait décidé d’y vivre, me disant que tout irait bien, et que la distance ne nous séparerait pas. Mais ce ne fut pas le cas. Les mois défilèrent, ainsi que les années, mais pas de nouvelles de mon ami tant aimé. Ce ne fut que 13 ans plus tard que je recevais une lettre de Norvège.

Junkerdal, 13 Octobre 18—
Cher Elijah, mon ami,
Voici bien longtemps que je ne t’ai pas écrit. Je tiens d’abord à te faire mes excuses les plus sincères, je n’ai pas oublié la promesse que je t’avais fait lors de mon départ. Je ne l’ai pourtant pas tenue et j’ai malheureusement laissé le temps et la distance nous séparer. Il s’agit bien de la seule chose que je regrette de ma vie, ou peut-être que je regrette également d’être parti. La Norvège a beau être magnifique, la vie y est rude et solitaire. Je ne sais comment mon esprit et mon âme ont pu vivre autant de temps isolé ainsi, sans voir que le temps défiler. Et alors que je reviens à moi-même, ton image est réapparue dans ma mémoire. Des images de bonheur, du temps où nous étions un seul et même être, comme deux frères. Je ne cesse de me dire que je souhaiterais te revoir depuis. Mais la fierté et surtout la peur que tu m’aies oublié ou refuses tout contact avec moi, m’a paralysé pendant des semaines. Je me suis tout de même décidé à écrire cette lettre pour te demander de venir me rendre visite dans mon manoir. Je sais bien que c’est une longue distance à parcourir, mais je crains ne pouvoir me déplacer jusqu’en Angleterre. Je sais également que je t’en demande beaucoup, mais mon cœur ne me pardonnerait jamais de ne pas avoir tenté de te revoir. Mon domestique et fidèle servant Jaime Adams accompagne cette lettre, il t’aidera pour tes bagages et t’accompagnera pour la route si jamais tu acceptes ma requête. Sache que je t’attends patiemment.
Dans l’espoir de te voir, ton ami dévoué, Aidan McTavish.”
Un mélange de colère et d’immense joie s’était emparé de moi. J’étais évidemment très heureux d’avoir enfin une lettre de mon ami, mais pourquoi avoir attendu autant de temps ? Le lien que nous avions avait vite fait disparaître la colère et mes bagages étaient prêts en une heure. Je partais donc avec ce Jaime Adams, en direction du Nord.
La route me parut longue mais agréable. Le trajet en bateau beaucoup moins. Les paysages gagnaient en beauté et sauvagerie. Le froid était bien présent, ainsi que la neige. À l’approche du manoir, la forêt aux alentours devenait d'autant plus lugubre et pesante. La nuit était tombée lorsque j’arrivais sur la dernière route. L’orage éclairait celle-ci d’une lumière blanche me permettant de voir les arbres épais, la route pleine de boue et de neige à travers la fenêtre du fiacre. Au milieu des coups de tonnerre, les loups sauvages hurlaient à plein poumons, me donnant la chair de poule. Devant le manoir, je ne puis voir que sa forme carrée. Je l'imaginais sûrement fait pierres grises, noircies par le temps et les intempéries. Jaime prit mes bagages et me conduit à l’intérieur. Alerté par le bruit de la grande porte de bois, Aidan arriva. Le fait de le revoir m’emplit de bonheur, mais ceci ne dura qu’un court moment. Mon ami, autrefois plein de vie était extrêmement pâle et semblait plus petit et maigre. Il s’arrêta stupéfait. Tu es donc venu ! Me dit-il. Évidemment. Mais tu arrives plus tôt que prévu. Je ne t’attendais pas avant la deuxième semaine de Novembre !
Il est vrai que la route avait été parfaite tout du long, et le voyage n’avait pas pris de retard, j’étais donc arrivé au tout début de la première semaine de Novembre. Mon ami me rassura : malgré mon arrivée tôt, il était plus qu’heureux de me recevoir. Il me prit dans ses bras et je retrouvais mon frère. Il semblait ému, tout comme moi. Malheureusement, il m’apprit qu’il n’avait pas la force de me faire visiter son domaine le lendemain, car un travail important l’avait plus qu’épuisé et il devait absolument se reposer une journée. Nous nous souhaitâmes bonne nuit et Jaime m’accompagna à ma chambre. Le sommeil me gagna rapidement, bercé par la musique du tonnerre, des loups et autres animaux sauvages au loin.
———

8
10
120
12
Défi
Opale Encaust
Quand "Il était une fois LA VIE" rencontre "Roméo & Juliette" au hasard d'une page d'un manuel de SVT.

Une histoire d'amour viscérale dans un climat de contagion...



[2014-2019]
2
2
0
7
David Pottier
Quand Antoine Rollin, un magnétiseur-cartomancien comme beaucoup d'autres, reprend l'enquête de son ami décédé, il n'imagine même pas l'impact que cela aura sur sa vie. Il évolue dans les milieux ésotériques aux côtés de Martial, un autre sorcier au passé tourmenté. Une enquête de notre temps, de notre monde, avec un petit quelque chose en plus...
4
2
0
52

Vous aimez lire Asa No ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0