Chapitre 53 - Partie 3

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  Je m'enfuis. On m'avait peut-être appris à me battre, mais je ne pouvais rien faire contre six hommes. Je ne tiendrais jamais ! Il fallait que j'instaure le plus de distance possible entre eux et moi, que je gagne le château !

  Malgré le froid, mes maigres forces, les branches qui me griffaient, l’irrégularité du sol, je courrai aussi vite que possible. J’avais même abandonné mes chaussures pour ne pas être ralentie par mes talons.

  Ce ne fut pas suffisant.

  Quelque chose d’invisible me percuta et je me retrouvai à terre. La neige me brûla le visage. Je n’y fis pas attention et voulu me relever mais on me retourna sur le dos, comme si je ne pesai rien. La Marquise me toisa de haut.

  –Tu comptes aller quelque part ?

  Je me redressai et tentai de la blesser. Elle écrasa son pied sur ma poitrine, me plaqua au le sol et se saisit de mon poignet droit, celui avec lequel je tenais mon poignard.

  –Tu n'aurais jamais dû faire ça, déclara-t-elle d'une voix sans émotion.

  Elle raffermit sa poigne. Le craquement de mes os et mon hurlement retentirent en écho dans le silence de la forêt. Elle me relâcha et je me recroquevillai sur moi-même, saisie de douleur. Elle m'avait cassé le poignet ! Je ne pouvais même plus bouger les doigts !

  La Marquise ramassa mon arme et la brisa en deux, aussi facilement qu'une brindille. Elle lâcha les morceaux qui tombèrent sans un bruit dans le manteau blanc puis posa son regard sur moi. Un sourire sadique se dessina sur ses lèvres. Un frisson de terreur me secoua mais je n’eus pas le temps de réagir. Elle m’asséna un violent coup de pied. Je le sentis s'enfoncer dans mon estomac avant d'être projetée dans les airs. Je percutai un arbre de plein fouet et retombai lourdement sur le sol, à une dizaine de mètres d'elle.

  Une douleur d'une violence inouïe se déclencha dans ma poitrine. Chaque inspiration devint une véritable torture et était accompagnée d'un sifflement anormal. Je n'arrivais plus à respirer.

  –Un seul des gars aurait suffi, cracha-t-elle en s'approchant de moi. Mais tu as tué Viggo et essayé de me blesser. Je vais te faire regretter ces gestes, crois-moi.

  Elle empoigna mes cheveux et les tira pour me redresser. Un hurlement m'échappa. J'avais l'impression d'être une poupée de chiffon entre ses mains.

  Un sourire carnassier déforma les traits pourtant doux de son visage.

  –Tu as mal ? Tant mieux, tu mérites de souffrir ! Misérable humaine !

  Elle me jeta par terre et mon dos heurta un arbre. J'étais seule, au beau milieu de la forêt, sans personne pour m'aider. Je devais me défendre. Avec beaucoup de difficulté, je me redressai et m'adossai au tronc. La Marquise m’observa durant tout ce temps, comme on observerait un insecte. Elle s'accroupit à mes côtés.

  –Ce que tu es faible, c'est pathétique, je me demande vraiment ce que Kalor te trouve. Je pourrais te briser en un claquement de doigt. Et puis ces cheveux blancs à vingt-deux ans… je n’ai jamais rien vu d’aussi hideux. (Elle se tourna vers les hommes). Faites-en ce que vous voulez, tant que vous la déflorer, je n’ai que faire du nombre ou de la façon dont vous vous y prenez. Quant à toi, tu vas bien t'amu...

  Elle recula juste à temps pour esquiver la lame de mon poignard. Ahurie, elle porta une main à son cou. Un fin filet de sang coula entre ses doigts. Je n’avais pas réussi à l’atteindre assez pour la blesser sérieusement. Folle de rage, elle m'incendia d'un regard meurtrier et frappa mon bras. Son coup fut si puissant qu'elle brisa mes os et ils jaillirent hors de ma chair. J'ouvris la bouche, seul un cri silencieux en sortit. La Marquise m'acheva d'un coup dans la tête. Je m’écroulai dans la neige. Tout devint trouble, mes oreilles sifflèrent. Je tentai de rester éveillée, de garder les yeux ouverts, mais j'étais à deux doigts de perdre connaissance. Je ne sentais même plus la douleur qui vrillait mon corps.

  La Marquise se releva et recula tandis que ses affidés s'approchaient. Je sentais la garde de mon poignard dans ma paume, mais je ne pouvais plus m'en servir, je ne pouvais même pas m'en saisir. La neige autour de moi se teinta de rouge.

  L'un des hommes se détacha du reste de groupe et continua à avancer vers moi. Je n'arrivai pas à voir ses traits. Mais cela avait-il de l'importance ? Peu importe qui il était, je ne pouvais rien faire pour l'empêcher de me violer. Une larme coula sur ma joue. Seul mon mari aurait dû me toucher comme il s'apprêtait à le faire.

  Je suis désolée, Kalor...

  Une silhouette apparut soudain derrière mon agresseur. Je devais halluciner. Elle n'était pas là une seconde plus tôt. Pourtant, une lame traversa le torse de mon assaillant et se retira juste après. Il tomba, mort sur le coup, révélant l’identité de celui qui venait d’apparaître.

  Kalor.

  C’était Kalor.

  Il se tenait juste là, une épée dégoulinante de sang à la main. Je n'aurais jamais cru que mes dernières pensées se tourneraient vers lui.

  –Ka...lor...

  Il posa ses yeux sur moi, horrifié.

  Était-il vraiment là ?

  Je voulus l'appeler. Cependant, dès que mes lèvres s’écartèrent, un liquide froid se déversa dans ma gorge et gagna mes poumons. J’avais l’impression de me noyer. Un gémissement m’échappa. Mes dernières forces me quittèrent.

  Et le monde plongea dans les ténèbres.

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