Chapitre 53 - Partie 1

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LUNIXA


  Kalor me proposa son bras, je l'acceptai sans hésitation et nous descendîmes les marches du temple. Les habitants lançaient des fleurs, leurs chapeaux, leurs écharpes, leurs gants... Un carrosse doré avec un attelage de huit splendides palominos stationnait sur le parvis. À notre arrivée, un valet nous ouvrit la porte et nous montâmes à l'intérieur. Je n'eus pas le temps d'échanger un mot avec Kalor que les chevaux se mirent en marche et se frayèrent un chemin dans la foule. Je la saluai par la fenêtre.

  Nous parcourûmes les rues de la capitale pendant plus d'une heure afin de permettre à ceux qui n'avaient pas pu s'approcher du temple de nous voir. Certains tentèrent de nous suivre, cependant, les allées étaient tellement bondées qu'ils n'y parvenaient que sur deux mètres. Même les soldats qui nous escortaient avaient du mal à avancer. Les acclamations, applaudissements, félicitations et vœux de bonheur venaient de tous côtés. Ils continuèrent à la sortie de la ville ainsi que sur la première moitié du chemin menant au château. Passé ce point, ils se transformèrent en fond sonore, mais il n'y avait plus personne sur la route.

  Je baissai la main puis me tournai vers Kalor. Depuis que je l'avais retrouvé devant l'autel, il ne s'était pas départi de son sourire. Il plongea son regard dans le mien et caressa tendrement ma joue.

  –Je n'ai pas eu le temps de te le dire, mais tu es absolument ravissante.

  Je bénissais Magdalena de m'avoir mis de la poudre. Kalor ne vit pas à quel point ses mots me firent rougir. Ni à quel point ceux que je m'apprêtais à dire me rendirent écarlate.

  –Et toi, tu es très séduisant, murmurai-je.

  Il embrassa ma tempe et passa son bras par-dessus mes épaules. Je me blottis contre lui.

  Une fois au palais, nous nous rendîmes directement à la salle de bal pour retrouver l'ensemble des convives. Magdalena nous attendait dans le couloir. Elle retira mon immense voile pour le remplacer par un plus petit qui tombait dans le creux de mes reins. Kalor me prit de nouveau par le bras et nous passâmes les portes.

  Nous étions à peine entrés que les invités s’approchèrent de nous pour nous présenter leurs hommages, leurs salutations, me rencontrer ou nous féliciter pour notre mariage. Ils se succédaient tellement vite que je ne pouvais échanger que quelques mots avec chacun d’entre eux. Avec toute cette agitation, Kalor et moi n'eûmes pas le temps de toucher au vin d'honneur avant que les domestiques ne le débarrassent. Heureusement, le repas fut servi peu de temps après. Pour l'occasion, le Roi et la Reine nous laissèrent les places d'honneur.

  Des mets à l'odeur plus ragoutante les unes que les autres circulèrent sur les tables et leur arôme fut à la hauteur de ces délicieux parfums. Cependant, mon bustier était tellement cintré que je ne parvenais qu'à prendre quelques bouchées de chaque plat.

  Je venais d'entamer mon tartare de thon rouge et d'écrevisse quand deux coups retentirent sur une coupe en cristal. Le silence se fit.

  Le Prince Thor descendit de l'estrade royale et vint se placer devant nous.

  Lunixa, Kalor, aujourd’hui vous vous êtes dit oui. C’était l’étape la plus facile. À présent, vous ne vivez plus seulement pour vous-même, mais pour vous deux. Et ce n’est pas une mince affaire… n’importe qui dans cette salle pourrait vous parler des problèmes et des différends que l’on peut avoir dans un couple. D’ailleurs, si on en croit nos femmes, nous sommes souvent les fautifs.

  Les invités rirent à cette remarque.

  Cependant, messieurs, nous devons bien reconnaître que la plupart du temps, elles ont raison, car elles sont plus attentives que nous. Alors sois à l’écoute de ta femme, Kalor, et Lunixa, à l’écoute de mon frère. Si vous êtes attentifs l’un à l’autre, vous parviendrez à surmonter ces difficultés et en ressortirez plus forts. Le mariage est quelque chose de merveilleux qui va vous permettre de vous épanouir, ensemble, comme rien d’autre ne pourrait le faire. Lorsque vous regarderez en arrière, votre vie solitaire vous paraîtra bien terne en comparaison à votre vie commune. Vous avez tant à vous offrir, tant à découvrir, tant à apprendre, tant à donner, vous n’imaginez pas à quel point… Je vous souhaite sincèrement tout le bonheur du monde et je prie la Déesse pour qu’elle veille sur vous et vous accorde une belle descendance.

  Kalor serra ma main.

  –Merci, mon frère, tes mots nous vont droit au cœur.

  –Oui, merci beaucoup, ajoutai-je.

  Thor nous sourit et leva sa coupe.

  –À Lunixa et Kalor !

  –À Lunixa et Kalor ! reprirent en chœur les convives.

  Et tous vidèrent leurs verres.

  Le repas reprit son cours et se poursuivit pendant encore une paire d’heures après ce toast. Mes doigts restèrent entrelacés à ceux de Kalor presque tout du long.

  Le soleil avait déjà laissé place à la nuit quand l'orchestre joua les premières notes de la valse d'ouverture du bal. Kalor se leva et me tendit la main. J'acceptai son invitation. Il me conduisit au milieu de la salle, plaça sa main dans mon dos tandis que je posais la mienne sur son épaule. Nous commençâmes à danser.

  Pendant quelques instants, j'oubliai le monde qui nous entourait et perdis la notion du temps. Il n'y avait plus que Kalor, son sourire et son regard rempli d'amour.

  –Je n'avais jamais imaginé que je puisse un jour être aussi heureux, me confia-t-il. Merci pour aujourd'hui.

  –Merci ? Mais je n’ai rien fait.

  –Bien sûr que si, tu m’as dit oui, c’est tout ce que je désirais entendre.

  Il me fit tourner et me ramena contre lui.

  –Comment te sens-tu ?

  –Bien, je suis juste un peu fatiguée, avouai-je.

  –Je suis navré, mais c'est loin d'être terminé.

  J’esquissai un petit sourire amusé. Je m'en doutais déjà.

  Le Roi et la Reine se joignirent à la danse, suivis de près par les autres membres de la famille, puis par les convives, à la fin de la valse.

  Pendant plusieurs heures, je restai avec Kalor, à danser sans interruption. Puis nous sortîmes sur le balcon pour assister à un feu d'artifice époustouflant, suivi d'un lâché de lanternes. Je me collai un peu plus à lui. C'était magnifique... et le moment idéal.

  –Joyeux anniversaire, murmurai-je.

  Il se décala un peu et me regarda, surpris.

  –Qui te l'a dit ?

  –Ta sœur, juste avant d'entrer dans le temple.

  Il me sourit et m'embrassa.

  –Merci.

  Nous restâmes encore un petit moment dehors, à admirer les lanternes monter dans le ciel et se changer en étoiles, puis nous retournâmes à l'intérieur. Un valet nous attendait. Il s'inclina devant nous.

  –Votre Altesse, sa Majesté votre père vous attend dans son bureau, déclara-t-il.

  –Maintenant ? s'étonna Kalor. (Le valet acquiesça). Mais pourquoi ?

  –Il ne m'a rien précisé.

  Kalor poussa un soupir d’exaspération.

  –Je suis désolé, Lunixa, je reviens le plus vite possible. Reste bien dans la salle en m'attendant, d'accord ?

  J'opinai. Il m'embrassa le front et partit d’un pas soutenu.

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Leah Nash



 Parler d’un évènement traumatisant est souvent apaisant. Mais pour moi, parler ne servirait qu’à transmettre mon malheur à autrui, et je ne veux pas imposer ce fardeau à quiconque. C’est pourquoi je décide de transcrire ce que j’ai vécu, en espérant que mon esprit puisse se libérer et vivre la fin de mes jours dans une forme de paix. Mon nom est Elijah Lowe, et je dois vous implorer de ne pas continuer ce journal si par malheur vous le trouvez. Par pitié, reculez tant que vous le pouvez encore...
J’avais un ami autrefois, très cher à mon cœur. Nous étions comme deux frères et partagions tout. Nous avions grandi ensemble dans le même quartier au nord de l’Angleterre. Lui Ecossais, moi Britannique, nous étions comme issus de la même famille. Nous nous ressemblions autant de drops que de caractère. Les années passaient et rien ne pouvait nous séparer. Enfin presque. Un jour, Aidan apprit qu’un de ses lointain parents était mort et lui avait légué un manoir à Junkerdal en Norvège. Malgré l’isolement, il avait décidé d’y vivre, me disant que tout irait bien, et que la distance ne nous séparerait pas. Mais ce ne fut pas le cas. Les mois défilèrent, ainsi que les années, mais pas de nouvelles de mon ami tant aimé. Ce ne fut que 13 ans plus tard que je recevais une lettre de Norvège.

Junkerdal, 13 Octobre 18—
Cher Elijah, mon ami,
Voici bien longtemps que je ne t’ai pas écrit. Je tiens d’abord à te faire mes excuses les plus sincères, je n’ai pas oublié la promesse que je t’avais fait lors de mon départ. Je ne l’ai pourtant pas tenue et j’ai malheureusement laissé le temps et la distance nous séparer. Il s’agit bien de la seule chose que je regrette de ma vie, ou peut-être que je regrette également d’être parti. La Norvège a beau être magnifique, la vie y est rude et solitaire. Je ne sais comment mon esprit et mon âme ont pu vivre autant de temps isolé ainsi, sans voir que le temps défiler. Et alors que je reviens à moi-même, ton image est réapparue dans ma mémoire. Des images de bonheur, du temps où nous étions un seul et même être, comme deux frères. Je ne cesse de me dire que je souhaiterais te revoir depuis. Mais la fierté et surtout la peur que tu m’aies oublié ou refuses tout contact avec moi, m’a paralysé pendant des semaines. Je me suis tout de même décidé à écrire cette lettre pour te demander de venir me rendre visite dans mon manoir. Je sais bien que c’est une longue distance à parcourir, mais je crains ne pouvoir me déplacer jusqu’en Angleterre. Je sais également que je t’en demande beaucoup, mais mon cœur ne me pardonnerait jamais de ne pas avoir tenté de te revoir. Mon domestique et fidèle servant Jaime Adams accompagne cette lettre, il t’aidera pour tes bagages et t’accompagnera pour la route si jamais tu acceptes ma requête. Sache que je t’attends patiemment.
Dans l’espoir de te voir, ton ami dévoué, Aidan McTavish.”
Un mélange de colère et d’immense joie s’était emparé de moi. J’étais évidemment très heureux d’avoir enfin une lettre de mon ami, mais pourquoi avoir attendu autant de temps ? Le lien que nous avions avait vite fait disparaître la colère et mes bagages étaient prêts en une heure. Je partais donc avec ce Jaime Adams, en direction du Nord.
La route me parut longue mais agréable. Le trajet en bateau beaucoup moins. Les paysages gagnaient en beauté et sauvagerie. Le froid était bien présent, ainsi que la neige. À l’approche du manoir, la forêt aux alentours devenait d'autant plus lugubre et pesante. La nuit était tombée lorsque j’arrivais sur la dernière route. L’orage éclairait celle-ci d’une lumière blanche me permettant de voir les arbres épais, la route pleine de boue et de neige à travers la fenêtre du fiacre. Au milieu des coups de tonnerre, les loups sauvages hurlaient à plein poumons, me donnant la chair de poule. Devant le manoir, je ne puis voir que sa forme carrée. Je l'imaginais sûrement fait pierres grises, noircies par le temps et les intempéries. Jaime prit mes bagages et me conduit à l’intérieur. Alerté par le bruit de la grande porte de bois, Aidan arriva. Le fait de le revoir m’emplit de bonheur, mais ceci ne dura qu’un court moment. Mon ami, autrefois plein de vie était extrêmement pâle et semblait plus petit et maigre. Il s’arrêta stupéfait. Tu es donc venu ! Me dit-il. Évidemment. Mais tu arrives plus tôt que prévu. Je ne t’attendais pas avant la deuxième semaine de Novembre !
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