Chapitre 52 - Partie 2

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  Alors que nous n’avions pas encore atteint Lumipunki, le bruit des festivités nous parvenaient déjà. Cris de joies, musiques de rues et acclamations s'élevaient dans toute la capitale. Comme guidés par cette agitation, notre voiture franchit le pont de la ville.

  — Regardez ! s'écria quelqu'un. Un carrosse royal !

  — Vous pensez que la Princesse est à l'intérieur ?

  — Princesse Lunixa ! Princesse Lunixa !

  Magdalena s'assura que les rideaux étaient bien fermés, ce qui n'empêcha pas le peuple de continuer à s'exclamer et m'appeler.

  — Vous savez qu'on raconte qu'elle a les cheveux aussi blancs que la neige ?

  — Elle serait plus âgée que notre Prince ?

  — Mais non, ses cheveux seraient simplement blancs !

  — J'ai aussi entendu dire que ses yeux avaient la même couleur que les eaux des lacs de l'ouest !

  — Vous voulez dire qu'ils sont turquoise ?

  — Et sa peau ? Elle serait dorée comme le soleil !

  — J'ai vraiment hâte de la voir !

  Les yeux fermés, je me forçai à inspirer lentement.

  Le carrosse roula encore une vingtaine de minutes avant de s'arrêter là où l'agitation était la plus forte. Magdalena et ses collègues sortirent en premier et déployèrent le voile matrimonial. Je descendis à mon tour.

  — Princesse Lunixa ! Princesse Lunixa ! crièrent les habitants.

  Magdalena se glissa sous le drap et me prit par le bras pour m'aider à gravir l'escalier menant au temple. J'avais tenté de contenir ma nervosité pendant ma préparation et le trajet, mais poser le pied sur la première marche fit voler mon semblant de calme en éclat. Mon cœur se mit à battre à tout rompre et son rythme accéléra encore à mesure que nous montions. Par je ne sais quel miracle, je réussis à atteindre le sommet de l'escalier sans défaillir.

    Les femmes de chambre me guidèrent jusqu'à une petite cour intérieure, où elles replièrent le drap, puis se retirèrent. Seule Magdalena resta avec moi pour tenir mon voile. Le souffle court, j'observai les alentours. Tout ici était couvert d'une fine couche de neige, excepté le chemin sur lequel nous nous tenions et qui menait aux portes du temple.

  — Que faisons-nous à présent ? m'enquis-je après une minute de silence.

  — Nous attendons ceux qui vont prendre la relève. Souhaitez-vous vous recueillir avant la cérémonie ?

  Pour demander à Dame Nature de veiller sur mon couple et ma famille ? Non. J'avais cessé de la prier depuis que j'avais fui le château. Je n'allais pas recommencer aujourd'hui. De toute façon, ce n'était pas cela qui m'aiderait à apaiser ma nervosité. J'aimais Kalor, sincèrement, mais le mariage me posait toujours problème. Pourtant, j'étais là, sur le point de renouveler mes vœux. Peut-être aurais-je dû demander une liqueur à la place de mon café. Un peu d'alcool m'aurait sûrement aidé à surmonter tout cela.

  — Ah, Lunixa !

  Je me tournai vers la droite et mon regard tomba sur la Princesse Valkyria. Une magnifique robe bleu marine dont la jupe s'ouvrait sur des jupons bleu clair à chacun de ses pas l'habillait. Sa tresse plaquée sertie de fleur révélait son visage et mettait en valeur la ligne forte de sa mâchoire. Un trait qu'elle partageait avec Kalor, en plus de leurs magnifiques yeux.

  Un sourire étincelant de bonheur aux lèvres, elle me prit dans ses bras sans préambule. Surprise, je me figeai. Mes muscles commençaient à se détendre lorsqu'elle mit fin à notre étreinte. Toujours radieuse, elle replaça une mèche de cheveux derrière mon oreille.

  — Dame Nature, Lunixa… Tu es absolument magnifique. Magdalena vous avez fait un travail remarquable.

  — C'est bien trop d'honneur, Princesse, déclara ma femme de chambre.

  Ma belle-sœur m'accorda à nouveau son attention. Ses lèvres se plissèrent.

  — Et tu es aussi horriblement nerveuse, constata-t-elle. Respire, Lunixa. Tout va bien.

  — Il est déjà à l'intérieur ?

  — Oui, et il t'attend.

  Oh Dame Nature. Mais qu'étais-je en train de faire ? Je la regardai, complètement paniquée. Un éclat amusé gagna ses yeux alors qu'elle posait la main sur mon épaule.

  — Tout va bien se passer. Je te l'assure. Crois-en mon expérience, ça va être le plus beau jour de ta vie. (Elle se tourna.) Nicholas ?

  Son mari, le Marquis Dragor arriva à son tour. Je fus surprise de le voir.

  — Comme votre cousin n’est plus là et que je suis celui qui vous a amenée à Talviyyör, je vais vous conduire à l'autel, m'expliqua-t-il.

  — Oh, bien sûr. J'aurais dû m'en douter

  — Peux-tu me donner ton alliance ? me demanda Valkyria. Nous en avons besoin pour l'échange des vœux.

  Avec plus de difficulté que je ne le pensais, je la retirai et la déposai dans le creux de sa paume. Elle me remercia, puis se pencha vers mon oreille pour murmurer un message.

  — Vraiment ? m'étonnai-je.

  — Oui. Cela va passer en second plan aujourd'hui, mais je me suis dit que tu aimerais le savoir. Enfin… Assez tergiversé. Mesdemoiselles ! C'est à vous.

  Onze fillettes vêtues d'une robe blanche avec une ceinture turquoise et un gros nœud dans le dos jaillirent soudain dans la cour et nous rejoignirent en courant et sautillant. L'une d'elle me donna un bouquet de roses blanches et se mit devant moi, six autres se répartirent sur les côtés, un panier en osier rempli de pétales dans les mains, et les trois dernières se placèrent dans mon dos. Magdalena retira ma cape, dissimula mon visage avec l'avant du voile, puis confia l'arrière à mes petites filles d'honneur.

  — Ne pensez qu'à lui et oubliez tout le reste, me souffla-t-elle juste avant de partir. Cette journée, c'est la vôtre.

  Ces quelques mots résonnèrent dans mon esprit et réussirent à ralentir imperceptiblement mon pouls erratique. Le Marquis Dragor m'offrit son bras et, le pas un peu plus assuré, je le laissai me guider jusqu'aux portes de palais. Sur un signe de tête de sa part, les gardes les ouvrirent.

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