Chapitre 51 - Partie 2

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  Les chevaux ralentirent progressivement et finirent par s'arrêter devant le perron du château. Je pris une franche inspiration. D'ici quelques instants, j'étais sûre que nous verrions le Roi. Kalor posa une main sur mon épaule.

  –Tout va bien ? s'assura-t-il.

  –Oui.

  Et c'était la stricte vérité. J'allais enfin pouvoir protéger les miens et me faire un plaisir de montrer à son père qu'il s'en était pris à la mauvaise personne.

  Déterminée, je suivis Kalor hors du carrosse et gagnai le palais. Sans surprise, nous fûmes immédiatement convoqués par le Roi. Kalor me serra la main en signe de soutien et nous nous y rendîmes. Malgré l'heure tardive, il y avait encore du monde dans les couloirs, majoritairement des domestiques qui passaient de pièce en pièce pour s'occuper des différents invités et finir de préparer le château pour les renouvellements de vœux, ainsi que des soldats, plus nombreux que d'habitude.

  Deux d'entre eux gardaient les portes du bureau du Roi. Ils s'inclinèrent devant nous.

  –Altesses.

  Ils nous ouvrirent les portes. Puis le secrétaire, un homme d'une cinquantaine d'année, nous salua à son tour et annonça notre arrivée. Nous entrâmes dans le bureau.

  Le Roi nous accueillit d'un regard glacial. Malgré cela, je lui offris ma révérence.

  –Votre Majesté.

  –J'ai cru pendant un instant que vous n'alliez pas venir à vos propres renouvellements de vœux, déclara-t-il froidement.

  –Cela n'a jamais été notre intention, intervint Kalor. Nous avons été retenus par la neige aux alentours de Radoscilo.

  –Tu aurais dû te douter que cela arriverait, le réprimanda son père. Partir à moins de deux semaines de la cérémonie et sans m'en informer était totalement irréfléchi. Que se serait-il passé si vous n'étiez pas rentrés à temps ? Tu y avais pensé ?

  –J'avais pris mes précautions pour que cela n'arrive pas. Et comme vous n'étiez pas là, j'en avais informé Thor.

  –Cette décision était tout de même inconsciente. Que cela ne se reproduise pas à l'avenir ou je me verrai dans l'obligation de te retirer une part des villes sous ta juridiction. Tu peux disposer à présent, mon fils. J'aimerais discuter seul avec ta femme.

  Ses yeux brun sombre se posèrent sur moi. Je les fixai en retour.

  –Tu es sûre que ça va aller ? me demanda Kalor.

  –Oui.

  Avec appréhension, il s'éloigna de moi et regagna le secrétariat. D'un geste de la main, le Roi m'invita à prendre place dans le salon. Je m'installai sur le canapé et il s'assit face à moi.

  –Avez-vous profité de ce voyage pour accomplir votre devoir d'épouse ?

  –Non.

  –Dois-je vous rappeler que vous avez jusqu'à demain soir ?

  Je croisai les jambes. Il ne manqua pas cette effronterie, totalement contraire au protocole.

  –Nous ne coucherons pas ensemble, déclarai-je d'une voix franche.

  Un muscle de sa mâchoire tressauta.

  –Ma patience arrive à sa limite, Lunixa. Voulez-vous vraiment que votre famille soit punie parce que vous n'accomplissez pas votre devoir ? Voulez-vous vraiment que je fasse appel à un médecin pour que vous vous unissiez ?

  Je serrai les dents et l'incendiai du regard. S'il comptait sur un praticien pour nous forcer à consommer notre mariage c'était qu'il avait l'intention de nous obliger à prendre des aphrodisiaques. S'ils en utilisaient un aussi fort que la racine de vagyon, Kalor et moi serions incapables de résister au désir sexuel que cela provoquerait en nous.

  Dire qu'il était prêt à infliger une chose pareille à son propre fils.

  La colère bouillonnait en moi et mon envie de la laisser s'exprimer en brisant ce qui se trouvait à ma portée me démangeait. Pourtant, je ne fis rien.

  Il était grand temps de le remettre à sa place.

  –Kalor n'est pas votre second fils, claquai-je.

  Le Roi se pétrifia, me dévisagea, puis brusquement éclata de rire.

  –Allons Lunixa....

  –Vous aimiez sincèrement votre première femme, repris-je sans perdre mon assurance. Sa mort vous a beaucoup affecté. Et ça a également été le cas de sa meilleure amie et confidente, la Duchesse Kamsoski. Vous avez tous les deux cherché quelque chose... ou quelqu'un à qui vous raccrocher, de peur de sombrer dans le désespoir. Vous avez fini par trouver du réconfort. Ensemble. Au lit. Elle vous rappelait votre femme, vous lui rappeliez sa meilleure amie. Je n'ai aucune idée du temps qu'a duré votre liaison ou si ce n'était qu'une aventure d'un soir, mais la Duchesse est tombée enceinte. Cependant, était-ce de vous ou de son mari ? Il n'y avait aucun moyen de le savoir avant la naissance. Pendant des mois cette question a dû vous ronger de l'intérieur.

  » La Duchesse a fini par accoucher, elle a eu un fils. Ce n'était pas celui du Duc Kamsoski, mais bien le vôtre. Et comme tout héritier du trône, il avait une marque royale pour le prouver. Heureusement pour vous, Odin, ajoutai-je froidement, cet enfant est mort-né, ce qui vous a évité bien des problèmes. Comment aurait réagi le peuple en découvrant que leur souverain avait un bâtard ? Il aurait été la preuve de votre crime et même vous, le Roi, n’auriez pu échapper à la condamnation à mort. C'est seulement trois mois après cette naissance que vous avez épousé la Duchesse Grimhild Skjulunt et des années plus tard, elle a donné naissance à Valkyria, puis à Kalor.

  Le Roi avait perdu toute couleur. Il ne riait plus, ne pipait mot, ne respirait presque plus, tandis que je l'observais, les yeux toujours aussi flambants. Il ne devait pas se douter que quelqu'un découvre ce terrible secret. Et je devais reconnaître que c’était par chance si j’y étais parvenue.

  J’aurais préféré mettre la main sur autre chose. Devoir me servir de la naissance d'un enfant illégitime comme moyen de pression alors que les miens l'étaient également me répugnait. Ce n'était pas pour rien que mes terreurs nocturnes étaient revenues. Mais il ne m'avait pas laissé le choix.

  –Qui vous...

  –Personne, le coupai-je. Personne ne m'a rien dit. J'ai mené mes propres recherches et une fois toutes les pièces en main, j’ai été en mesure de reconstituer le puzzle. (Je me levai). Je ne l'ai dit à personne et je ne compte pas le faire. En échange de mon silence, je vous conseille de ne plus jamais menacer ma famille, le mis-je en garde. Car je ne me montrerai pas aussi clémente la prochaine fois.

  Je m’apprêtai à sortir de son bureau quand le Roi reprit la parole.

  –Comment ?

  –Vous n'auriez jamais dû vous en prendre aux miens, votre Majesté.

  Je lui accordai un dernier regard et refermai la porte derrière moi. Je traversai le secrétariat la tête haute et arrivai enfin dans le couloir. Kalor m'attendait, adossé contre le mur. Il se redressa immédiatement en me voyant. Je m'avançai vers lui et dès que je fus suffisamment proche, il referma ses bras autour de moi. Toute la tension qui m'habitait depuis le jour où j'avais mis les pieds dans ce château me quitta enfin. Je me laissai aller contre lui.

  –Faut-il que j'aille le voir ? me demanda-t-il.

  –Non, c'est fini.

  C'est vraiment fini

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