Chapitre 49

7 minutes de lecture

LUNIXA


  De retour dans la chambre, j'eus tout juste le temps de me changer avant de m'écrouler sur le lit. Je m'endormis sur le champ. J'étais tellement épuisée par les événements de la soirée que j'aurais pu dormir pendant des jours. Pourtant, j'avais l'impression que je venais de fermer les yeux quand je sortis de ma torpeur, réveillée par de douces caresses sur ma nuque. Elles continuèrent de parcourir ma peau tandis que je revenais doucement à moi. Je finis par ouvrir les paupières. Kalor était là, juste devant moi, allongé sur le côté et la tête appuyée sur sa main. Je me redressai brusquement et m'éloignai de lui. Les caresses cessèrent. Il haussa un sourcil. Son étonnement me rappela ce que j'avais accepté, la veille, et le rouge me monta aux joues.

  –Je... Je suis désolée. Tu m'as surpris.

  –Ce n'est rien, ne t'inquiète pas.

  Il s’assit et posa sa main sur ma joue. Je retins ma respiration. Ma réaction le fit sourire.

  –As-tu bien dormi ?

  J'acquiesçai en hochant la tête.

  –Et... et toi ? hésitai-je.

  –Je n'avais pas aussi bien dormi depuis des années, et tout ça, c'est grâce à toi.

  Il se pencha vers moi et embrassa mon front. Je fermai les yeux une seconde. Ce simple contact me paraissait tellement étrange après toutes ces années passées seule, à repousser les hommes qui m'approchaient, mais j'appréciais sa tendresse.

  –Que faisons-nous aujourd'hui ? demandai-je lorsque son regard argenté plongea à nouveau dans le mien.

  S'il voulait m'emmener patiner, j'étais prête à réessayer, à conditions que nous ne nous éloignions pas à plus d'un mètre de la berge.

  –Aujourd'hui, nous rentrons, déclara-t-il.

  –Oh.

  –Les routes sont suffisamment dégagées pour que les carrosses puissent circuler.

  J'eus un léger pincement au cœur. Je préférais être ici qu'au château. Mais maintenant que j'avais Kalor, ce serait sûrement plus supportable.

  –Nous partons après le déjeuner, ajouta-t-il. Sauf si tu as besoin de plus de temps.

  –Non, ce sera suffisant, merci.

  Il me vola un baiser puis quitta la chambre, me laissant, coite, sur le lit. Comptait-il m'embrasser aussi souvent à l'avenir ? Je n'étais pas réveillée depuis cinq minutes.

  Deux coups retentirent soudain contre la porte, m'arrachant à mes pensées.

  –Oui ?

  –Madame, c'est Magdalena.

  Après que je lui en ai donné l’autorisation, elle entra, les bras pleins de tissus. Elle avait réussi à laver mes vêtements.

  –Laquelle voulez-vous ? La bordeaux, la bleue, la verte, la jaune ou la bleue claire ?

  –La bleue.

  C'était la plus confortable pour voyager.

  Pendant qu'elle rangeait les autres, je me rendis dans la salle de bain pour faire ma toilette matinale puis je retournai dans la chambre. Magdalena avait eu le temps de finir mes bagages et m'attendait à présent ma robe en main. Elle m'aida à la mettre puis je m'installai sur le tabouret pour qu'elle me coiffe et me maquille.

  –Son Altesse vous a-t-il prévenu que nous repartions tout à l’heure ? me demanda-t-elle en brossant mes cheveux.

  –Oui, il me l'a dit avant de sortir. D'ailleurs, en parlant de lui... (Je me mis à jouer avec ma manche). Vous pouvez dorénavant le désigner comme mon mari. Je ne m'énerverai plus.

  –Puis-je en déduire que vous avez accepté votre relation ?

  –Oui, confirmai-je d'une petite voix, embarrassée.

  –Vous m'en voyez ravie. Je suis sûre que vous formerez un très bon couple. Toutes mes félicitations.

  Je sentis tellement de sincérité dans sa voix que ma gêne disparut. Je me tournai vers elle et lui souris.

  –Merci.

  Elle me retourna mon sourire et termina de m'apprêter. Je descendis retrouver Kalor dans la salle à manger. Après mon petit-déjeuner, nous reprîmes enfin la partie d'échec que nous avions commencée la veille. Danser toute la soirée m'avait tellement fatiguée que nous n'avions pas pu la finir avant de nous coucher.

  Je jouai du mieux possible mais malgré ma lutte acharnée, je dus m'avouer vaincue.

  –La prochaine fois, je gagnerai, le mis-je en garde, un brin frustrée par ma défaite.

  –Si tu le dis, fit-il avec un grand sourire.

  Il rangea les pièces dans le plateau puis le remit à sa place, dans la bibliothèque remplie de jeux de société. Je balayai la pièce du regard. Les clients se faisaient de plus en plus nombreux, attirés par la douce odeur venant des cuisines. Les enfants, incapables d'attendre le début du repas patiemment, couraient entre les tables. Les flammes dansaient dans la cheminée à côté de moi...

  Une main glissa sur mon dos. J'eus un petit sursaut et me retournai. C'était Kalor. Il allait me falloir quelque jour pour m'habituer à notre nouvelle situation.

  –À quoi pensais-tu ? me demanda-t-il en se réinstallant en face de moi.

  –À cette ambiance chaleureuse... Elle va me manquer au château.

  –Ne t'inquiète pas, nous n'y resterons pas longtemps.

  Je fronçai les sourcils et le dévisageai, perdue. Qu’insinuait-il par là ?

  –Je me disais qu'après nos renouvellements de vœux, nous pourrions partir en lune de miel.

  Je me tendis.

  –Kalor, c'est au cours de leur lune de miel que les mariés...

  –Je sais, je sais, me coupa-t-il en me prenant la main. Mais ce n’est pas pour cette raison que je veux que nous en ayons une. Je veux juste passer deux semaines supplémentaires avec toi, loin du palais. Rien de plus.

  Il porta mes doigts à ses lèvres et me fit un baisemain. Je devins écarlate tandis qu'un sourire malicieux éclaira son visage.

  –Je ne sais pas encore où nous irons, continua-t-il, satisfait de l'effet qu'il avait sur moi. Je n'arrive pas à me décider. Y a-t-il un endroit que tu aimerais visiter ?

  –Je ne connais pas vraiment le pays.

  –Dans ce cas, y a-t-il quelque chose que tu voudrais faire ou bien voir ?

  Un souvenir traversa mon esprit.

  –Les rubans de lumière, murmurai-je.

  –Les rubans de lumières ? Répéta Kalor.

  –Oui, les... les...

  Mince, j'avais oublié comment ils s'appelaient !

  –Tu peux me le dire en illiosimerien si tu ne te souviens plus du mot talviyyörien, me proposa-t-il.

  Je secouai la tête.

  –Ils n'existent pas dans mon pays. Je ne les ai aperçus qu'une fois, quand nous étions sur la banquise. C'était absolument magnifique. Il faisait nuit et tout d'un coup les rubans de lumières sont apparus. Ils étaient assez troubles, majoritairement vert et jaune, ils ondulaient dans le ciel, ils...

  Un éclair de lucidité traversa les yeux de Kalor.

  –Des aurores boréales ?

  –Oui ! Le Marquis Dragor les avait appelés ainsi.

  Je me répétai ce mot plusieurs fois, afin de ne plus l'oublier.

  –Alors je sais parfaitement où t'emmener, déclara-t-il.

  À l'idée de pouvoir les admirer une nouvelle fois, je ne pus m'empêcher de sourire.

  Comme nous avions encore deux jours de voyage, nous prîmes le temps de déjeuner. Puis Kalor se rendit à l'accueil afin de régler la fin de notre séjour. J'en profitai pour récupérer mon sac à main dans la chambre qui nous avait été allouée. Avant de la quitter, je l'observai quelques instants. Sans nos affaires, elle me paraissait bien vide.

  Je redescendis dans l'entrée, m'emmitouflai dans ma cape et sortis dehors. Kalor était en train de régler les derniers détails de notre trajet avec le cocher et les soldats qui nous escortaient. Il me rejoignit peu de temps après et m'ouvrit la porte du carrosse.

  –Après vous, Madame.

  Je montai à l'intérieur puis il laissa passer Magdalena et grimpa à son tour. Nous partîmes quelques secondes plus tard.

  Contrairement aux autres fois, je ne me plongeai pas dans mon roman et contemplai les paysages qui défilaient sous mes yeux. J'étais toujours aussi subjuguée par la beauté des terres enneigées. Tout ce blanc, cette pureté, avait quelque chose de vraiment irréel. Sans aucun nuage pour le cacher, le soleil brillait dans le ciel et se reflétait sur la poudreuse, rendant les paysages éblouissants, dans tous les sens du terme. J'aimais beaucoup le contraste entre les maisons à colombage très colorés des villages que nous traversions avec le manteau blanc qui couvrait les alentours. Il donnait un vrai cachet aux tableaux qui s'offraient à moi.

  Au bout de plusieurs heures, je finis par me rendre compte que je n'avais pas une seule fois aperçu d'animal, que ce soit dans la forêt, sur les plaines ou dans une bourgade. Maintenant que j'y pensais, même à Radoscilo, je n'en avais pas vu. C'était étrange, il y avait pourtant de nombreux trophées de chasse au château.

  –Kalor ? Pourquoi n’y a-t-il pas d'animaux dehors ?

  Il referma son livre, m'accordant toute son attention.

  –La grande majorité sont encore en train d'hiberner.

  –Hiberner ?

  –Ils dorment en attendant le retour du printemps, m'expliqua-t-il. Ceux qui ne le font pas vivent principalement la nuit et le reste doit être caché par la neige. Leur fourrure ou leur plumage est tout aussi blanc.

  Il se pencha vers la fenêtre. Je m'écartai un peu pour lui faire de la place. Pendant un petit moment, il scruta le paysage pendant que j'observais à la dérobée son profil concentré.

  –Ah, là, déclara-t-il. Regarde. Juste à l'orée des bois, il y a un renard.

  Je fixai l'endroit qu'il m'indiquait et vit de la neige bouger. Non, pas de la neige, le renard ! Il dépassait à peine de la couche de poudreuse.

  –Il est vraiment tout blanc, murmurai-je.

  Jusqu'à ce que le soleil se couche, je m'amusai à chercher d'autres animaux mais ce n'était vraiment pas une mince affaire. Kalor y parvenait bien mieux que moi. Ses yeux devaient être habitués à toute cette blancheur.

  Nous roulâmes encore quelques heures avant de nous arrêter dans une ville pour passer la nuit à l'auberge. Comme nous avions déjà mangé en chemin et qu'il était très tard, nous montâmes directement nous coucher.

  Par réflexe, je m'allongeai au bord du lit, dos à Kalor. Il se racla la gorge. Je me crispai, puis lentement, me retournai vers lui. Il me regardait.

  –Désolée.

  Je réduis l'espace entre nous.

  –Je peux ? demanda-t-il en posant sa main sur ma taille.

  J'eus du mal déglutir à cette idée, mais je l'autorisai tout de même. Il me sourit, entoura ma taille et m'amena contre lui. J'avais beau savoir que nous avions déjà dormi ainsi de nombreuses nuits, j'étais loin d'être à l'aise. Je pensais même ne pas réussir à fermer l'œil. Cependant, plus les secondes passèrent, plus mes muscles détendirent et je finis par m'endormir dans ses bras.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Recommandations

Lou Ainsel
Nous étions tous regroupés, dans l'espoir de voir à nouveau le soleil...

------------

Courte Nouvelle ! :D
1
2
18
4
Défi
Laurence Denis
Les plus belles ascensions et les chutes les plus douloureuses n'existent parfois que dans nos têtes. Cela ne construit pas une vie mais peut faire une histoire.
C'est celle de Maloco.
0
0
0
15

Vous aimez lire Asa No ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0