Chapitre 48

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LUNIXA


  Je me figeai.

  Pendant plusieurs secondes, je restai pétrifiée, trop choquée pour réagir. J'avais l'impression que le temps lui-même s'était arrêté.

  Il n'y avait que Kalor et moi.

  Je repris soudain mes esprits. Il fallait que je m'écarte de lui. Tout de suite ! Je posai mes paumes sur son torse pour le repousser mais cette fois, il ne se laissa pas faire. Son bras entourait fermement ma taille et sa main épousait parfaitement la courbe de ma nuque. Je n'avais assez de force pour me sortir de son étreinte. Pour libérer mes lèvres.

  J'aurais donné n'importe quoi, n'importe quoi ! pour que la situation soit identique à la dernière fois, quand il était venu dans ma chambre, ivre, pour me forcer à m'unir à lui. Je n'aurais eu aucune hésitation à le frapper, à lui faire du mal pour qu'il s'éloigne. Mais cela n'avait rien à voir. Ses lèvres étaient chaudes et douces. Son baiser... agréable... aimant.

  Je fermai les paupières et une larme roula le long de ma joue. Je sentis les barrières que j'avais eu tant de mal à maintenir entre nous s’effriter. Mes bras qui s'évertuaient à le repousser abandonnèrent leur combat. Sans plus rien pour s'interposer entre nous, Kalor me rapprocha de lui et continua de m'embrasser tendrement. Nos corps se moulaient parfaitement l'un contre l'autre. J'avais l'impression que ma place avait toujours été là, dans ses bras. Cette sensation brisa mes dernières défenses et mes vrais sentiments rejaillirent.

  Je lui rendis son baiser.

  Kalor resserra son étreinte et m'embrassa avec passion.

  Ses lèvres finirent par quitter les miennes. J'enfouis immédiatement ma tête dans le creux de son épaule et me mis à trembler.

  J'avais peur.

  Pendant des années, je m'étais obligée à ne rien ressentir pour les hommes, à leur rester totalement indifférente. C'était nécessaire à ma survie et celle de mes enfants. Mais les murs qui protégeaient mon cœur avaient disparu. Je ne pouvais plus me cacher derrière.

  J'aimais Kalor et cela me terrifiait.

  –Pourquoi as-tu fais ça ? murmurai-je.

  –Pourquoi ?

  Les doigts de Kalor se glissèrent sous mon menton et il leva mon visage vers le sien. Mon regard plongea tout de suite dans ses magnifiques yeux couleur d'argent.

  –Te poses-tu vraiment la question ?

  –Mais tu... Ton ancienne fian...

  –Je me moque de Lokia, me coupa-t-il. C'est toi que je veux tenir dans mes bras, Lunixa. Toi qui me manque quand je travaille toute la journée dans mon bureau, toi que je veux retrouver le soir, en allant me coucher, ta main que je veux prendre, ton sourire que je veux voir, tes lèvres que je veux embrasser, ton corps que je veux sentir contre moi, ta voix que je veux entendre...

  Il caressa ma joue et un beau sourire se dessina sur ses lèvres.

  –Si je l'avais vraiment aimée, jamais je ne serais tombé amoureux de toi.

  Je perdis mon souffle.

  –Je veux passer le reste de ma vie avec toi, non par obligation, mais parce que je t'aime, Lunixa. Comme je n'ai jamais aimé personne. Et après ce qu'il vient de se passer, ai-je tort de penser que tu ressens la même chose ?

  Mes lèvres bougèrent mais aucun son n'en sortit. J'étais dans un tel état que je ne savais plus comment parler.

  –Si je me suis vraiment fourvoyé, tu n'as qu'à le dire et... nous aviserons. Mais si j'ai raison, me laisseras-tu désormais prendre soin de toi et te chérir ?

  C'était ma chance. Je devais juste lui dire que les choses ne marcheraient jamais entre nous et notre relation resterait purement formel, sans sentiment. C'était la seule chose à faire. Pourtant au moment où j'allais prononcer ces mots, aucun ne franchit mes lèvres. Je ne pouvais pas les dire, pas alors que Kalor me regardait, les yeux brillant d'amour.

  Je ne savais pas quoi faire, j'étais complètement perdue. Une part de moi me soufflait de lui avouer la vérité, d'accepter mes sentiments et les siens, tandis que l'autre me criait de lui mentir, d'instaurer de nouveau de la distance entre nous. Ma vie n'était qu'un tissu de mensonge. Nous ne pouvions pas fonder une relation dessus. Et c'était beaucoup trop dangereux.

  –Je sais que tu désirais rester célibataire et que ta famille te manque cruellement, reprit Kalor. Je ne te demande pas de choisir entre eux et moi, je ne cherche pas non plus à prendre leur place. Je souhaite seulement être avec toi et te donner envie de sourire. M’y autorises-tu ?

  Le visage de mes enfants s'afficha à moi. Une boule se forma dans ma gorge. Je repensai à eux, mes deux trésors, et leurs petites mains qu'ils agitaient le jour de mon départ pour me souhaiter bon voyage. Comment auraient-ils réagi s'ils avaient su que je ne reviendrais pas ? Que voudraient-ils que je fasse ?

  Mon cœur eut un battement puissant.

  Heureuse... ils voudraient que je sois heureuse. Tout comme j'espérais qu'ils le soient malgré mon absence.

  Et Kalor me rendait heureuse.

  Je relevai les yeux vers lui.

  –Oui.

  –Pardon ?

  –Oui, je veux bien que nous soyons ensemble, déclarai-je d'une voix chargée d'émotion.

  Un poids disparut de ses épaules. Un petit rire lui échappa et un immense sourire s'étendit sur son visage. Ses yeux étincelaient de joie.

  –Vraiment ?

  –Oui.

  –Alors, je peux ?

  Après une légère hésitation, j'opinai. Kalor reprit possession de mes lèvres. Cette fois, je n'opposai aucune résistance et l’embrassai en retour.

  Lorsqu’il mit fin à notre baiser, il me prit dans ses bras et me serra tendrement contre lui.

  –Merci.

  Je posai ma tête contre son épaule.

  Un étrange sentiment de bien-être et de peur m'habitait. La décision que je venais de prendre était insensée. Je ne pourrais jamais répondre pleinement à ses sentiments et je me mettais volontairement en danger. Mais, je ne voulais plus le repousser. Je ne voulais plus le fuir.

  –Nous devrions rentrer, déclara-t-il en passant sa main dans mes cheveux, avant que tu ne tombes malade.

  Maintenant qu'il en parlait, je sentais le froid me mordre les joues. Un frisson me traversa. J'étais sortie tellement vite que je n'avais rien pris pour me couvrir.

  –Allez, viens.

  Il me prit la main et me ramena à l'auberge. Cependant, à quelques pas de la porte, je m'arrêtai. Il se tourna vers moi.

  –Lunixa ?

  –Je... Je sais que j'ai accepté que l'on soit vraiment ensemble, mais c'est très étrange pour moi. Je n'avais jamais imaginé ma vie avec... quelqu'un. Alors pouvons-nous y aller doucement ? Ce que je veux dire c'est que je... je ne suis vraiment pas prête à ce qu'on s'unisse.

  Et je ne le serais jamais. C'était la limite que nous ne pourrions jamais franchir.

  –Je ne vais pas te mentir. Je désire te faire mienne, Lunixa. Depuis quelques temps déjà.

  Les muscles de mon dos se crispèrent.

  –Mais ce n'est pas pour ça que je te reconduis à l'intérieur. J'attendrais que tu le veuilles également.

  Je me détendis et lui offris un sourire timide. 

  –Merci.

  –Pour le moment, j'ai l'intention de te faire danser pour le reste de la soirée, et puis nous avons cette partie d'échec à terminer.

  –C'est vrai.

  Avec un sourire, il me guida jusqu'à la salle à manger, au milieu des autres clients. Il reprit son rôle de cavalier et je le laissai mener la danse Une pointe de culpabilité tenta de m'atteindre. Je n’y fis pas attention. J'avais le droit d'être heureuse, c'était ce qu'ils voudraient.

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Leah Nash



 Parler d’un évènement traumatisant est souvent apaisant. Mais pour moi, parler ne servirait qu’à transmettre mon malheur à autrui, et je ne veux pas imposer ce fardeau à quiconque. C’est pourquoi je décide de transcrire ce que j’ai vécu, en espérant que mon esprit puisse se libérer et vivre la fin de mes jours dans une forme de paix. Mon nom est Elijah Lowe, et je dois vous implorer de ne pas continuer ce journal si par malheur vous le trouvez. Par pitié, reculez tant que vous le pouvez encore...
J’avais un ami autrefois, très cher à mon cœur. Nous étions comme deux frères et partagions tout. Nous avions grandi ensemble dans le même quartier au nord de l’Angleterre. Lui Ecossais, moi Britannique, nous étions comme issus de la même famille. Nous nous ressemblions autant de drops que de caractère. Les années passaient et rien ne pouvait nous séparer. Enfin presque. Un jour, Aidan apprit qu’un de ses lointain parents était mort et lui avait légué un manoir à Junkerdal en Norvège. Malgré l’isolement, il avait décidé d’y vivre, me disant que tout irait bien, et que la distance ne nous séparerait pas. Mais ce ne fut pas le cas. Les mois défilèrent, ainsi que les années, mais pas de nouvelles de mon ami tant aimé. Ce ne fut que 13 ans plus tard que je recevais une lettre de Norvège.

Junkerdal, 13 Octobre 18—
Cher Elijah, mon ami,
Voici bien longtemps que je ne t’ai pas écrit. Je tiens d’abord à te faire mes excuses les plus sincères, je n’ai pas oublié la promesse que je t’avais fait lors de mon départ. Je ne l’ai pourtant pas tenue et j’ai malheureusement laissé le temps et la distance nous séparer. Il s’agit bien de la seule chose que je regrette de ma vie, ou peut-être que je regrette également d’être parti. La Norvège a beau être magnifique, la vie y est rude et solitaire. Je ne sais comment mon esprit et mon âme ont pu vivre autant de temps isolé ainsi, sans voir que le temps défiler. Et alors que je reviens à moi-même, ton image est réapparue dans ma mémoire. Des images de bonheur, du temps où nous étions un seul et même être, comme deux frères. Je ne cesse de me dire que je souhaiterais te revoir depuis. Mais la fierté et surtout la peur que tu m’aies oublié ou refuses tout contact avec moi, m’a paralysé pendant des semaines. Je me suis tout de même décidé à écrire cette lettre pour te demander de venir me rendre visite dans mon manoir. Je sais bien que c’est une longue distance à parcourir, mais je crains ne pouvoir me déplacer jusqu’en Angleterre. Je sais également que je t’en demande beaucoup, mais mon cœur ne me pardonnerait jamais de ne pas avoir tenté de te revoir. Mon domestique et fidèle servant Jaime Adams accompagne cette lettre, il t’aidera pour tes bagages et t’accompagnera pour la route si jamais tu acceptes ma requête. Sache que je t’attends patiemment.
Dans l’espoir de te voir, ton ami dévoué, Aidan McTavish.”
Un mélange de colère et d’immense joie s’était emparé de moi. J’étais évidemment très heureux d’avoir enfin une lettre de mon ami, mais pourquoi avoir attendu autant de temps ? Le lien que nous avions avait vite fait disparaître la colère et mes bagages étaient prêts en une heure. Je partais donc avec ce Jaime Adams, en direction du Nord.
La route me parut longue mais agréable. Le trajet en bateau beaucoup moins. Les paysages gagnaient en beauté et sauvagerie. Le froid était bien présent, ainsi que la neige. À l’approche du manoir, la forêt aux alentours devenait d'autant plus lugubre et pesante. La nuit était tombée lorsque j’arrivais sur la dernière route. L’orage éclairait celle-ci d’une lumière blanche me permettant de voir les arbres épais, la route pleine de boue et de neige à travers la fenêtre du fiacre. Au milieu des coups de tonnerre, les loups sauvages hurlaient à plein poumons, me donnant la chair de poule. Devant le manoir, je ne puis voir que sa forme carrée. Je l'imaginais sûrement fait pierres grises, noircies par le temps et les intempéries. Jaime prit mes bagages et me conduit à l’intérieur. Alerté par le bruit de la grande porte de bois, Aidan arriva. Le fait de le revoir m’emplit de bonheur, mais ceci ne dura qu’un court moment. Mon ami, autrefois plein de vie était extrêmement pâle et semblait plus petit et maigre. Il s’arrêta stupéfait. Tu es donc venu ! Me dit-il. Évidemment. Mais tu arrives plus tôt que prévu. Je ne t’attendais pas avant la deuxième semaine de Novembre !
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