Chapitre 47 - Partie 1

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KALOR


  Assis sur un fauteuil, dans un coin de la pièce, mon livre en main, j'observai Lunixa. Elle était de nouveau sortie jouer avec les enfants après le déjeuner puis était revenue avec une dizaine d'entre eux et s'était installée près de la cheminée. Et depuis plus d'une heure à présent, ils étaient suspendus à ses lèvres, complètement plongés dans les histoires qu'elle leur contait. Rien ne semblait pouvoir les perturber. Depuis qu'elle avait commencé à parler, elle avait envoûté son jeune auditoire.

  L'espace d'un instant, je la revis tremblante et les yeux remplis de larmes. Je n'aurais jamais pensé qu'elle serait aussi inquiète par rapport à ce qu’il s'était passé la veille. La peur que j'avais vu dans ses yeux quand elle était tombée à genoux à mes côtés, ses larmes et la difficulté qu’elle avait eu à s'en remettre m'avait pris de court. Aujourd'hui encore, je ne savais pas quoi en penser. Cela me prouvait qu'elle tenait à moi, plus qu'elle ne l'admettrait si je lui posais la question, mais à quel point ?

  Je revins à l'instant présent en entendant quelqu'un s'approcher de moi.

  –Votre femme est incroyable, déclara l'aubergiste. Je n'ai jamais vu les enfants aussi calmes. Elle fera une très bonne mère.

  Je me raclai la gorge et me grattai l'arrière de la tête, mal à l'aise. Cette question n'était pas à l'ordre du jour. Nous en étions loin... même très loin. Elle supportait tout juste que je lui tienne la main. Cependant, je ne pouvais pas le contredire et nier ce qu'il se déroulait devant moi. Je n'avais jamais vu Lunixa ainsi. Elle avait retrouvé le sourire. Son regard désormais chaleureux et aimant avait perdu toute trace de mélancolie et de culpabilité. Sa voix que je chérissais tant reflétait sa bienveillance. Je découvrais enfin la vraie Lunixa, la jeune institutrice d'école élémentaire qu'elle était avant qu'on ne la conduise de force au château.

  J'avais beau savoir que sans cela je n'aurais jamais pu savoir qu'elle existait, je me demandais comment les choses se seraient passées entre nous si nous nous étions rencontrés dans d'autres conditions. Se serait-elle montrée aussi méfiante ou au contraire plus ouverte ? Elle avait entrepris les démarches pour devenir célibataire, mais tant qu'elle n'avait pas accompli son année de service à Dame Nature, elle aurait pu revenir sur sa décision. Combien d'homme avait tenté de la faire changer d'avis en la courtisant ? Je n'aimais pas y penser mais je ne me faisais pas d'illusion. Elle avait dû être très demandée.

  Lorsque les enfants repartirent, je refermai mon livre et la rejoignis. Elle les avait raccompagnés à la porte.

  –Que veux-tu faire à présent ? lui demandai-je.

  Elle sursauta et se retourna brusquement.

  –Je... euh... Je ne sais pas trop.

  –Du patinage ?

  Elle secoua la tête.

  –Non, pas après ce qu'il s'est passé hier.

  Je ne pouvais pas lui en vouloir.

  Je passai une main dans mes cheveux.

  –Une partie d'échec ? proposai-je à la place. L'auberge en a plusieurs jeux.

  Sans me regarder dans les yeux, elle se frotta le bras puis haussa les épaules.

  –Oui. Pourquoi pas.

  J'allai récupérer le jeu et la retrouvai moins d'une minute plus tard, assise à une table. Je m'installai en face d'elle et ouvris la boîte. Sans réfléchir, je lui donnai les pièces de la même couleur que ses cheveux, qu'elle avait gardé détachés et qui retombaient sur ses épaules, et pris les noires. Puis nous les plaçâmes sur le plateau et la partie commença.

  Plutôt tendue, Lunixa effectua des premiers coups maladroits, mal calculés, mais quand je pris sa première tour, son attitude changea du tout au tout. Elle grimaça et son regard se fit plus vif. D'un coup d'oeil expert, elle analysa la situation et compris que si elle ne se reprenait pas tout de suite, elle risquait de perdre très rapidement. Elle se redressa, défit le ruban noir autour de son poignet et s'en servit pour accrocher ses cheveux. J'eus du mal à contenir mon sourire. Elle devenait sérieuse.

  Dès cet instant, la partie fut beaucoup plus intéressante. Lunixa réussit à se rattraper assez vite et le jeu se retrouva très serré, même si je n'étais pas très concentré, ce qui jouait quelque peu en ma défaveur. Mais je n'aurais cessé de la regarder pour rien au monde. Ses réactions m’amusaient beaucoup. Quand elle réfléchissait, elle pianotait un morceau de musique sur sa table. Mais quand elle se rendait compte que je prenais le dessus, elle avait du mal à cacher sa frustration. Avec une moue boudeuse, elle se mettait à taper nerveusement sur le bois. Puis, en cherchant une solution pour retourner la situation, elle s'humectait la lèvre inférieure avant de la mordre. Je ne me lassais pas de ce tic. C'était très sensuel.

  Son visage s'éclaira brusquement. Elle déplaça son fou et déclara fièrement :

  –Échec.

  Je bougeai mon roi. Son cavalier s'en approcha. À l'autre bout du plateau, je fis glisser ma dame. Lunixa grimaça.

  –Échec.

  Elle marmonna quelque chose en illiosimerien que je ne parvins à comprendre puis notre petite joute d'« Échec » se succéda pendant encore plusieurs coups. Jusqu'à ce que le fou blanc se déplace. Pour la dernière fois.

  Lunixa releva les yeux vers moi, le visage fendu d'un grand sourie.

  –Échec et mat.

  Je vérifiai ses dires mais effectivement, mon roi était acculé de tout côté. Je me laissai retomber contre le dossier et me passai une main dans les cheveux. Cela m'apprendrait à avoir l'esprit ailleurs.

  –Voulez-vous essayer de prendre votre revanche ?

  –Essayer ? Non. Je compte bien te battre cette fois, rétorquai-je en me redressant.

  Elle haussa un sourcil arrogant puis me rendis mes pièces sombres avant que je ne lui redonne les siennes et une fois toutes sur le plateau, la nouvelle partie débuta.

  Comme je l'avais annoncé, je remportai cette seconde victoire. Alors nous en entamâmes une troisième, pour nous départager. Malheureusement, nous fumes obligés d'y mettre un terme avant la fin. Le dîner allait être servi et nous devions libérer les tables. Mais ce n'était que partie remise.


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Dalya2kya
(Livre déjà publier sur wattpad, quelques personnes ont lue, mais je n'ai pas eu beaucoup d'avis me permettant d'évoluer. Je préfère vous en informer en espèrent que cela ne vous gène pas ^^)

Tu te réveilles dans un endroit dont tu ignores tout, seul, perdu et terrifié. La douleur dans ton crâne et si forte que tu n'arrives plus à réfléchir. Que s'est-il passé ? Il te manque quelque chose, tu en es persuadé... Oui, c'est ça ! Ce qu'il te manque, ce sont tes souvenirs... Des bruits s'élèvent autour de toi ou c'est ton imagination qui te joue des tours.... Tu ne sauras pas le dire toi-même.

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Oncle Dan

Ceci est mon premier texte. Permettez-moi de me présenter.
Je suis un authentique artiste. J’espère ne pas vous étonner par cette affirmation.
Pour ceux (fort peu nombreux) dont l’enthousiasme serait légèrement teinté d’incrédulité, je vais en faire la démonstration historique. Les convaincus, les convertis, les constipés (mes frères), enfin toutes les personnes qui n’ont jamais douté de ma qualité d’artiste, peuvent retourner à des occupations normales. 
Je ne me servais pas encore d’une plume, que l’on remarquait déjà mon coup de crayon. J’ai commencé, en effet, par être dessinateur.
Ensuite, je me suis fait poète. Racine me pompait et Corneille me faisait bailler, j’ai donc écrit ma propre poésie. Je tiens à votre disposition des carnets entiers d’alexandrins. Toutefois, je vous en déconseille vivement la lecture, le bonheur étant fait d’ignorances.
C’est au collège également que je suis devenu comédien de théâtre. Il me faut confesser que c’ est durant cette période que j’ ai remporté mes premiers véritables succès. Cependant, la célébrité ne s’est pas déclarée immédiatement. J’ai connu quelques débuts difficiles. Périodes hostiles durant lesquelles il ne fut pas permis à mes talents de s’exprimer pleinement. J’ai en effet tenu successivement le rôle du petit Jésus, rapport à mon air angélique, et celui d’un troubadour qui devait chanter en vieux français, alors que j’avais déjà du mal à apprendre le français moderne. Loin de me décourager, et plus obstiné que jamais, j’ai fini par obtenir un rôle à la mesure de mes capacités : « La septième femme de Barbe-Bleue ». Mon premier grand rôle.
La pièce s’appelait « La septième femme de Barbe-Bleue », et la septième femme de Barbe-Bleue, c’était moi. J’étais donc le personnage central de la pièce, la femme de la situation. Si je tombais malade, il fallait rembourser les billets. Quinze jours durant, nous avions confectionné des masques en papier mâché, à grands renforts de colle et de vieux journaux. Ah, si vous aviez vu ma gueule, vous ne douteriez plus de mon triomphe. Je ne vous ferai pas l’injure de vous rappeler l’histoire de Barbe-Bleue et de ses sept femmes. Elle est tellement connue de chacun et chacune. C’est une histoire qui commence par « Il était une fois... ». Nous l’avions un peu disons personnalisée, mais de façon très superficielle, le fond restant au fond. Les dialogues avaient été disons modernisés, mais sans atteinte au sens profond de l’histoire qui est resté (et restera toujours) très profond. Ainsi, en ce qui me concernait, mon texte se résumait à une seule réplique qui était « turlututu ». Voilà qui me mettait à l’abri des trous de mémoire.
N’allez surtout pas imaginer que la brièveté de mon intervention orale pouvait nuire à l’intérêt de mon personnage. Que nenni ! Les autres rôles (forcément secondaires) qui s’agitaient autour de moi avec des dialogues plus substantiels que le mien, ne me servaient que de faire valoir. Toute la question était de savoir ce qui allait m’arriver. J’étais l’incarnation du suspense de la pièce. C’est à travers moi que la salle réagissait. C’est pour moi qu’elle tremblait où se prenait à espérer. C’est vers moi que convergeaient tous les regards. C’est moi qui l’ai fait se tordre de rire en portant mon doigt à la bouche de mon masque alors que le méchant Barbe-Bleue me grondait. Une improvisation, un coup de génie, une intuition comme seuls en ont les plus grands !
Après ce succès, mon ascension fut irrésistible.
Les metteurs en scène n’hésitaient plus à me confier des rôles importants aux textes beaucoup plus élaborés. J’ai même joué « en attendant Godot » de Samuel Beckett, ce qui m’a fait passer le temps. Mais mon « sommet » théâtral, je le vécus dans le rôle du fils du Roi Henri dans une pièce historique de Shakespeare. Ce personnage dont l’importance ne saurait vous échapper, je l’ai joué dans un vrai théâtre avec un vrai public. La pièce ne pouvait donc être jouée que par de vrais acteurs. Le théâtre de Dôle, puisque c’est de lui qu'il s’agit, est un petit théâtre auquel il ne manque rien. Je l’appréciais de longue date, en ma qualité (une de plus) de membre des « Jeunesses Musicales de France ». Cette fois, ma qualité (encore une) de prince me fit découvrir l’envers du décor. Je ne me souviens plus de mon texte, ni même si j’en avais un. Ce dont je suis certain, c’est que mon rôle consistait essentiellement à me faire botter le cul par le Roi, mon père. Ce dernier traduisait sur mon envers le courroux qu’il nourrissait à mon endroit. C’était un rôle très difficile. Je veux parler du mien, naturellement. Non pas que je cherche à dévaluer celui du Roi, mais je le répète, c’était un rôle très pénible. Surtout pendant les nombreuses répétitions. D’autant plus que le Roi, pour mieux s’imprégner de son personnage, refusait toute simulation.
Est-ce le trac ? Est-ce la nervosité des jours de « première » ? Toujours est-il que le Roi n’exécuta pas le coup de pied au cul qui m’était destiné dans les règles de l’art. Pourtant, mon fessier était bien là où il devait être. Pour ma part, je tenais mon rôle à la perfection. J’attendais avec la désinvolture de celui qui est sûr de son coup, mais sans laisser-aller excessif. Le coup porta trop bas, et ce furent les deux joyeuses qui réceptionnèrent malencontreusement l’escarpin royal, et s’en trouvèrent fort attristées. Le choc m’expédia sine die dans les coulisses où j’évitai avec l’agilité et la présence d’esprit qui me caractérisent lorsque je viens de recevoir un coup de pied au cul, une grosse caisse et une batterie de tambours placées là par un futur chômeur.
Je garde de l’unique représentation de cette pièce de Shakespeare des souvenirs tellement pénibles qu’ il ne m’ est possible de les livrer qu’ à doses homéopathiques.
Après cette très regrettable rencontre avec l’escarpin royal, il y avait une scène dans cette pièce durant laquelle le roi discutait avec un autre personnage dont j’ai oublié le nom et le reste. Cette scène avait cela d’intéressant pour moi qui tenais le rôle du fils du roi (ainsi qu’il me semble vous l’avoir déjà dit) qu’elle ne faisait pas intervenir le fils du roi.
Je pouvais donc rester tranquillement dans les coulisses, ce qui me convenait parfaitement, ma timidité faisant que j’ai toujours été plus à l’aise dans les coulisses que sur le devant de la scène.
Cela est vrai aujourd’hui et l’était bien davantage quand j’avais quatorze quinze ans. Or, j’avais précisément environ quatorze quinze ans lorsque l’on m’avait demandé de tenir le rôle du fils du roi, rôle prestigieux que je n’avais pu refuser malgré mon amour des coulisses.
Mais quelque chose survient toujours pour vous faire le coup du lapin au moment précis où vous vous sentez le mieux disposé envers l’Univers.
Dans cette pièce de Shakespeare, ainsi que le précédent incident l’a montré, le roi est souvent de mauvaise humeur, a mauvais caractère, s’énerve pour un oui ou un non, se fâche et d’une manière générale s’agite beaucoup. Je pense qu’il en était ainsi dans la discussion qu’il avait avec cet autre personnage dont j’ai oublié le nom et le reste. Sans doute a-t-il tapé du pied, fait vibrer les planches ou bousculé la tenture qui servait de décor. Toujours est-il que le blason royal, agrafé à celle-ci, perdit l’une de ses attaches et bascula.
Je ne sais si vous avez déjà eu l’occasion d’observer un blason à l’air penché ou de méditer sur l’effet qu’il peut produire sur les témoins d’une telle anomalie. Il semblerait que cela soit insupportable pour une majorité de personnes car un type qui se disait régisseur me demanda d’aller redresser le blason, toutes affaires cessantes, pendant que se déroulait la scène.
Chaque fois que je le rencontrais, j’éprouvais le désir de me glisser dans une cave et d’y rester planqué jusqu’à ce qu’on sonne la fin d’alerte, exercice difficilement réalisable dans les circonstances où je me trouvais. J’eus beau regarder le quémandeur comme la goutte qui fait déborder le vase, il n’en démordit pas. Je sentais bien qu’il ne me tenait pas en grande estime et ne s’attendait guère à ce que je gagne à être connu.
Je me débattis comme un poisson hors de l’eau face à cette idée saugrenue. L’apparition du fils du roi au milieu d’une conversation qui ne le regardait pas n’avait aucun sens et constituait peut-être – je ne l’ai pas vérifié – un contresens historique. J’allais mourir de honte sous le regard des spectateurs en exécutant ce travail de valet de pied ou de page de cinquième catégorie. J’aurais accepté avec joie la tâche de terrasser un dragon aux narines incandescentes, mais redresser le blason du Roi dans ma position : jamais.
Rien n’y fit. Pire, d’autres figurants, craignant sans doute de devoir se substituer à moi si je ne me laissais pas convaincre, se joignirent au quémandeur pour me harceler davantage. Et bien, je peux vous affirmer que je me trouvais dans une situation qui donne à sa joie de vivre un sacré coup dans les tibias.
Je dus me résoudre à rassembler mon courage et à me laisser pousser sur la scène. Mon attitude évoquait celle d’un gamin qui, cueillant des pâquerettes sur la voie ferrée, vient de se prendre l’express de 20H42 dans le bas du dos. Aveuglé par les projecteurs, je devinais dans l’insondable obscurité de la salle, une foule de spectateurs dont les cerveaux se transformaient en autant de points d’ interrogation.
Le Roi lui-même, surpris par mon incompréhensible intrusion, interrompit sa fâcherie et il se fit un grand silence comme si l’univers tout entier retenait son souffle pour mieux concentrer son attention sur ma personne.
Je compris soudain ce que veulent dire les gens qui écrivent des bouquins quand ils parlent du temps qui suspend son vol. Tant bien que mal, je parvins à pas comptés jusqu’au blason et entrepris de remettre en place l’agrafe défectueuse.
Pendant ce temps, le Roi, faisant mine de m’ignorer, avait repris son courroux et son exaspération envers son interlocuteur là où il les avait laissés.
Vous pensez bien, séduisantes lectrices et lecteurs perspicaces, que l’agrafe ne se laissa pas faire et que je ressemblais à du personnel de maintenance incompétent travaillant pendant les heures de représentation.
Pulvérisant tous les canons du ridicule, je quittai la scène et le blason comme on quitte les toilettes, c’est-à-dire dans l’état où je les avais trouvés.
Je vous l’avais dit, je suis un artiste. D’ailleurs, je suis né en septembre et tous les gens qui sont nés en septembre sont des artistes. Maurice Chevalier est né le 12 septembre 1888, Agatha Christie est née le 15 septembre 1890, Sophia Loren le 20 septembre, mais aussi Ray Charles, Julio Iglesias, Scott Fitzgerald, Charles Perreault, William Faulkner, Michael Douglas, Georges Gershwin et même Miguel de Cervantes, auteur de Don Quichotte est né exactement quatre siècles avant moi.
CQFD
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