Chapitre 46 - Partie 2

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  Ses yeux s'écarquillèrent et me dévisagèrent.

  –Je t'ai inquiétée ? s'étonna-t-il.

  –Bien sûr que vous m'avez inquiété ! J'étais morte de peur ! Quand je ne vous ai pas vu ressortir de l'eau, j'ai cru que...

  Je me remis à trembler. À bout, je me laissai choir sur le lit. Le Prince s'accroupit en face de moi.

  –Lunixa, je vais bien, m'assura-t-il pour la énième fois.

  –Non, vous ne pouvez pas aller bien ! Vous avez passé trop de temps dans l'eau ! C'est impossible de tenir aussi longtemps ! Vous ne devriez même pas être capable de bouger ! Quand j’étais tombée dans le lac, je....

  Il me reprit la main. Ce contact m'apaisa un peu. Même s’il était encore froid comparé à moi, il commençait à se réchauffer.

  –Tu n'es pas du tout habituée à ce climat et ses températures, Lunixa, et en plus tu es très fine. C'est normal que tu n'ais pas tenu longtemps contrairement à moi.

  Certes, il était très grand et musclé, mais la corpulence avait-elle vraiment une influence en cas d'hypothermie ? Je devais certainement le savoir mais je n'arrivais pas à réfléchir pour le moment.

  –Allez-vous changer, s'il vous plaît.

  –C'était mon intention. Mais fais-le également, ta robe est trempée.

  Sans lui répondre, je lui indiquai sèchement la salle de bain. Il soupira puis se releva, pris les vêtements que je lui avais préparés et s'y rendit. En l'attendant, j'allais m'asseoir par terre, juste devant la cheminée, mes jambes ramenées contre moi. J'étais gelée, mais je ne pouvais pas me changer. Je n'avais plus rien à me mettre.

  Je posai mon front sur mes genoux. Pourquoi avais-je eu aussi peur pour lui ? Pourquoi m'étais-je sentis aussi mal quand j'avais cru qu'il y avait laissé la vie ? Pourquoi avais-je versé des larmes de soulagement quand j'avais vu qu'il allait bien ? J'étais censée être insensible. Ne rien éprouver pour lui. J'aurais même dû être heureuse. Lui mort, je serais enfin libérée de ce cauchemar et je pourrais rentrer chez moi. Mais la peur et la panique que j'avais ressenties étaient les mêmes que celles que je pouvais ressentir pour mes enfants, les personnes qui m'étaient le plus cher au monde, celles que j'aimais plus que tout.

  Cela ne signifiait qu'une chose et j'aurais préféré ne jamais m'en rendre compte.

  Je restai immobile quelques instants avant de relever la tête. Les restes du feu ne transmettaient presque plus de chaleur dans la pièce. Ils ne pouvaient pas sécher ma robe. Je me redressai et m'emparai du tisonnier pour le raviver mais j'eus beau faire, la dernière flamme mourut et il ne resta plus que des braises incandescentes.

  La grande main du Prince se referma autour de mon poignet, me faisant tressaillir. Quand était-il sorti de la salle de bain ? Je ne l'avais pas entendu. Cependant, ce contact me confirma une chose : il avait retrouvé sa température supérieure à la mienne. Pourquoi était-il toujours aussi chaud ? Au début, j'avais pensé qu'il s'agissait d'une caractéristique des Talviyyöriens. Mais ce n'était pas le cas de Magdalena, ni de Paulina, ni du Marquis Trotsligge ou encore des enfants avec qui j'avais fait de la luge. Il était le seul concerné. C’était comme s'il avait constamment une légère fièvre. Pourtant ce n'était pas le cas, il allait très bien. Alors pourquoi ? Qu'est-ce qu'il avait ?

  –Ce n'est pas ainsi qu'il faut faire, dit-il en me prenant le tisonnier et en le reposant

  En premier, il posa des branches sur les braises encore rouges, puis il prit un journal qu'il arracha et glissa les morceaux sous les branches. Ils s'enflammèrent et le feu commença à se propager sur les branches. Une fois qu'elles brûlèrent bien, il ajouta des bûches. J'eus un peu peur qu'il se brûle, mais ce ne fut pas le cas. Les flammes se remirent à danser et le Prince les admira pendant quelques secondes avant de se redresser et de se tourner vers moi.

  –Tu sauras le refaire ? s'enquit-il. (J'opinais) Bien, fais juste attention à ne pas te brûler. Et je croyais t'avoir demandé de te changer.

  –Je n'ai plus de tenue.

  –Du tout ?

  –Non, murmurai-je en triturant ma manche.

  –Alors mets-toi en chemise de nuit avant de tomber malade, je vais voir avec Magdalena ce qu'on peut trouver.

  Dix minutes plus tard, elle arriva accompagnée de la femme de l’aubergiste. Cette dernière me demanda de me mettre debout. Je m’exécutai sans poser de question.

  –Eh bien, sourit-elle, on voit qu'elle n'est pas d'ici. Des menue comme elle, y en a pas chez nous ! Mais je devrais pouvoir trouver.

  Et en effet, une petite demi-heure plus tard, elle revenait avec une tenue populaire, composée d'un jupon blanc avec de la dentelle en bas, d'une jupe lavande avec des petites broderies, d'un haut blanc avec des manches longue, et d'un petit gilet rose, assez rigide, avec un laçage sur le devant et des petites manches ballons. Comme je n'avais pas besoin de l'aide de Magdalena pour la revêtir, je m'isolai dans la salle de bain pour la mettre. Quand je revins dans la chambre, la femme de l'aubergiste me regarda avec satisfaction.

  –Eh bien, c’est parfait !

  En vérité, cette tenue était un peu trop large, mais je ne m'attendais pas à ce qu'on trouve quoi que ce soit à ma taille. Et puis, mis à part ce problème, je me sentais bien à l'intérieur.

  –Merci beaucoup de me la prêter.

  –Allons, Madame. Après ce qu'a fait votre mari cet après-midi c'est la moindre des choses. C'était inconscient mais grâce à lui tous les enfants sont sains et saufs... D'ailleurs ce soir le repas vous est offert, alors régalez-vous, sourit-elle.

  Je lui souris timidement en retour puis avec Magdalena, nous la suivîmes dans le couloir lorsqu'elle sortit. Je descendis à la salle de manger pour rejoindre le Prince, déjà attablé. Son regard se posa sur moi et il haussa les sourcils. Je me sentis légèrement rougir.

  –Qu'y a-t-il ? Je ne devrais pas porter de tenue populaire ?

  –Non, ce n’est pas ça. J'ai juste été surpris. Elle te va très bien.

  Le rouge s'étendit sur mon visage. Gênée, je m'installai face à lui et me concentrai sur mon verre. Du coin de l'oeil, je le vis faire un signe aux serveurs et ils nous apportèrent rapidement des assiettes remplies à ras bord de pâtes au jus de viande avec des champignon et du lard séché. L'odeur qui s'en dégageait était vraiment succulente et le goût en fut tout autant. Cependant, j'eus du mal à manger, trop travaillée par ce que j'avais réalisé tout à l'heure.

  Je baissai les yeux et observai mon alliance pendant quelques secondes, puis, discrètement, l'homme à qui elle me liait.

  Pourquoi avais-je te tels sentiments pour lui ?

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Leah Nash



 Parler d’un évènement traumatisant est souvent apaisant. Mais pour moi, parler ne servirait qu’à transmettre mon malheur à autrui, et je ne veux pas imposer ce fardeau à quiconque. C’est pourquoi je décide de transcrire ce que j’ai vécu, en espérant que mon esprit puisse se libérer et vivre la fin de mes jours dans une forme de paix. Mon nom est Elijah Lowe, et je dois vous implorer de ne pas continuer ce journal si par malheur vous le trouvez. Par pitié, reculez tant que vous le pouvez encore...
J’avais un ami autrefois, très cher à mon cœur. Nous étions comme deux frères et partagions tout. Nous avions grandi ensemble dans le même quartier au nord de l’Angleterre. Lui Ecossais, moi Britannique, nous étions comme issus de la même famille. Nous nous ressemblions autant de drops que de caractère. Les années passaient et rien ne pouvait nous séparer. Enfin presque. Un jour, Aidan apprit qu’un de ses lointain parents était mort et lui avait légué un manoir à Junkerdal en Norvège. Malgré l’isolement, il avait décidé d’y vivre, me disant que tout irait bien, et que la distance ne nous séparerait pas. Mais ce ne fut pas le cas. Les mois défilèrent, ainsi que les années, mais pas de nouvelles de mon ami tant aimé. Ce ne fut que 13 ans plus tard que je recevais une lettre de Norvège.

Junkerdal, 13 Octobre 18—
Cher Elijah, mon ami,
Voici bien longtemps que je ne t’ai pas écrit. Je tiens d’abord à te faire mes excuses les plus sincères, je n’ai pas oublié la promesse que je t’avais fait lors de mon départ. Je ne l’ai pourtant pas tenue et j’ai malheureusement laissé le temps et la distance nous séparer. Il s’agit bien de la seule chose que je regrette de ma vie, ou peut-être que je regrette également d’être parti. La Norvège a beau être magnifique, la vie y est rude et solitaire. Je ne sais comment mon esprit et mon âme ont pu vivre autant de temps isolé ainsi, sans voir que le temps défiler. Et alors que je reviens à moi-même, ton image est réapparue dans ma mémoire. Des images de bonheur, du temps où nous étions un seul et même être, comme deux frères. Je ne cesse de me dire que je souhaiterais te revoir depuis. Mais la fierté et surtout la peur que tu m’aies oublié ou refuses tout contact avec moi, m’a paralysé pendant des semaines. Je me suis tout de même décidé à écrire cette lettre pour te demander de venir me rendre visite dans mon manoir. Je sais bien que c’est une longue distance à parcourir, mais je crains ne pouvoir me déplacer jusqu’en Angleterre. Je sais également que je t’en demande beaucoup, mais mon cœur ne me pardonnerait jamais de ne pas avoir tenté de te revoir. Mon domestique et fidèle servant Jaime Adams accompagne cette lettre, il t’aidera pour tes bagages et t’accompagnera pour la route si jamais tu acceptes ma requête. Sache que je t’attends patiemment.
Dans l’espoir de te voir, ton ami dévoué, Aidan McTavish.”
Un mélange de colère et d’immense joie s’était emparé de moi. J’étais évidemment très heureux d’avoir enfin une lettre de mon ami, mais pourquoi avoir attendu autant de temps ? Le lien que nous avions avait vite fait disparaître la colère et mes bagages étaient prêts en une heure. Je partais donc avec ce Jaime Adams, en direction du Nord.
La route me parut longue mais agréable. Le trajet en bateau beaucoup moins. Les paysages gagnaient en beauté et sauvagerie. Le froid était bien présent, ainsi que la neige. À l’approche du manoir, la forêt aux alentours devenait d'autant plus lugubre et pesante. La nuit était tombée lorsque j’arrivais sur la dernière route. L’orage éclairait celle-ci d’une lumière blanche me permettant de voir les arbres épais, la route pleine de boue et de neige à travers la fenêtre du fiacre. Au milieu des coups de tonnerre, les loups sauvages hurlaient à plein poumons, me donnant la chair de poule. Devant le manoir, je ne puis voir que sa forme carrée. Je l'imaginais sûrement fait pierres grises, noircies par le temps et les intempéries. Jaime prit mes bagages et me conduit à l’intérieur. Alerté par le bruit de la grande porte de bois, Aidan arriva. Le fait de le revoir m’emplit de bonheur, mais ceci ne dura qu’un court moment. Mon ami, autrefois plein de vie était extrêmement pâle et semblait plus petit et maigre. Il s’arrêta stupéfait. Tu es donc venu ! Me dit-il. Évidemment. Mais tu arrives plus tôt que prévu. Je ne t’attendais pas avant la deuxième semaine de Novembre !
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