Chapitre 46 - Partie 1

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LUNIXA

  Les enfants me conduisirent de nouveau à la colline pour faire de la luge. J'avais toujours le cœur lourd mais je me sentais plus légère en étant avec eux. J'avais l'impression d'avoir retrouvé mes élèves, d'être de retour à l'école, en sortie scolaire.

  Après une nouvelle descente, je remontai la pente et remarquai que ceux restés en haut étaient anormalement silencieux et avaient le regard fixé sur le village. Je m'empressai de les rejoindre.

  –Que se passe-t-il ? demandai-je.

  Ils ne dirent rien et pointèrent seulement une direction. Quand je vis ce qu'ils observaient, mon cœur manqua un battement. La glace de la rivière était brisée alors qu'il y avait encore des personnes dessus. Les souvenirs de ma noyade rejaillirent dans mon esprit et la peur s'insinua en moi. J'avais tenté de me battre mais dès l'instant où j'étais tombée dans l’eau, le froid l'avait emporté sur moi. Je n’avais rien pu faire.

  En remarquant des villageois s'activer au bord de la rive pour porter secours à ceux en danger, je revins à moi. Je ne pouvais pas rester ici, à les observer. Je m'excusai après des enfants et dévalai le coteau en luge pour me rendre là-bas le plus vite possible.

  Le temps que j'arrive, il n'y avait presque plus personne sur la glace et un attroupement d'habitants s'était formé sur la berge. Je jouai des coudes pour arriver au bord de la rivière.

  –Vous les voyez ? demanda quelqu'un en examinant la surface.

  Dame Nature, il y a des personnes dans l'eau ?

  Soudain, quelqu'un en sortit avec deux enfants dans les bras. Il s'approcha de nous en avançant sur le dos. Lorsque je me rendis compte qu'il s'agissait du Prince, je me pétrifiai.

  –Tenez, fit-il en confiant les deux garçonnets frigorifiés à ceux qui m’entouraient.

  –Mais ressortez ! lui ordonna un homme.

  Il n'écouta pas et replongea.

  Dame Nature, depuis combien de temps était-il là-dedans ? Après ce qu'il venait de faire, comment pouvait-il encore avoir la force de nager ? Il n'avait pas fallu deux minutes pour que je sois incapable de bouger dans le lac.

  Il disparut sous la glace. Mon cœur perdit son rythme.

  –Cet homme est fou, souffla quelqu'un à ma droite.

  Mes battements retrouvèrent une fréquence normale quand remonta à la surface en tenant une jeune fille contre lui. Mais il mit bien plus de temps à revenir. Ses muscles devaient être complètement ankylosés par le froid.

  –Maintenant sortez ! Lui ordonna de nouveau le villageois à côté de moi.

  –Il en reste encore un. Je...

  Il s'arrêta de parler et je me rendis compte que je venais de poser ma main sur son bras. J'eus du mal à respirer. Sa peau était glacée. Ses yeux s'agrandirent quand il me remarqua.

  –Je reviens tout de suite, assura-t-il.

  Et il replongea.

  Une profonde angoisse s'empara de moi. La fillette qu'il venait de ramener était complètement gelée. Des adultes s'activèrent autour d'elle pour lui enlever ses vêtements trempés puis la transportèrent dans la maison la plus proche afin de la mettre près du feu. Durant tout ce temps, je restai focaliser sur la rivière. Mais j'avais beau la scruter, je n'arrivai plus à voir le Prince depuis qu'il était retourné sous la glace. Les secondes s'écoulèrent sans qu'il ne donne signe de vie, puis se transformèrent en minutes. Mon cœur battait de plus en plus vite, je le sentais jusque dans mes tempes. Où était-il ? Il n'était quand même pas....

  Terrifiée à cette idée, je perdis mon souffle.

  –Kalor... murmurai-je.

  Mon regard se posa sur tout ce qui se trouvait devant moi. L'eau. La glace. La rive. Les personnes autour de moi.

  Où est-il ?

  Mon angoisse laissa place à un véritable sentiment de panique. Je ne parvenais plus à respirer, mon cœur était devenu complètement fou et les larmes affluaient à mes yeux.

  –Où est-il ? hurlai-je.

  –Là-bas ! cria quelqu'un.

  Je me retournai d'un coup. Je sentis l'air gagner brusquement mes poumons, mon cœur avoir soudain des battements trop lent et tellement puissant qu'ils résonnaient dans ma tête, ainsi que mon corps se mettre à trembler. Kalor avait regagné la surface à une vingtaine de mettre de nous, en perçant un trou dans la glace, et avait déposé l'enfant sur la terre ferme. Mais il avait beaucoup de mal à s'extirper hors de l'eau.

  Dans un état second, je me relevai et courus vers lui. Avant que je n'arrive, il réussit à sortir de l'eau et s'allongea sur le dos. Je tombai à genoux à ses côtés tandis que des habitants se chargeaient déjà de l'enfant inconscient.

  Sa peau était encore plus pâle que d'habitude. Ses lèvres avaient pris une teinte violette. L'eau glacée imprégnait ses cheveux et ses vêtements. Elle les collait à son corps et avait rendu sa chemise à moitié transparente, laissant entrapercevoir les courbes de sa marque royale. Il se redressa sur ses coudes et sans réfléchir, je retirai ma cape et la posai sur ses épaules.

  –Je vais bien, déclara-t-il, le souffle court.

  –Non ! Non, Vous n'allez pas bien ! m'emportais-je en illiosimerien. Vous avez passé plusieurs minutes dans l'eau gelée ! Alors vous ne discutez pas et vous mettez cette fichue cape !

  –Lunixa, calme-toi.

  Même si je le voulais je n'y arrivais pas ! Mon cœur s'était remis à battre de façon erratique. Je n'en revenais pas d'être dans un état pareil à cause de lui. Je ne sentais même pas la morsure du froid alors que je n'étais plus couverte et que ma robe était trempée à force de rester à genoux dans la neige. En revanche, les larmes qui roulèrent sur mes joues et le surprirent, oui. Je les retirai rapidement puis commençai à déboutonner sa chemise. Le Prince referma sa main autour de mes doigts pour m'en empêcher.

  –Il faut vous débarrasser de vos vêtements !

  C'était la première chose que les villageois avait fait avec les enfants.

  –Je ne vais certainement pas me déshabiller en public, répliqua-t-il.

  J'allais protester quand une ombre s'étendit sur nous.

  –Vous pouvez venir vous changer chez moi, ma maison est juste à côté, lui proposa un homme.

  –Merci, mais ça devrait aller. L'auberge est à deux pas d'ici.

  –Alors dépêchez-vous de vous y rendre, avant d'attraper la crève et l'usage de vos membres.

  Le Prince acquiesça d'un petit hochement de tête puis se releva en me redressant en même temps. Il garda sa main autour de la mienne et malgré mes jambes chancelantes, je le suivis lorsqu'il se mit en marche vers notre logement.

  Il ne me relâcha qu'une fois dans la chambre, pour retirer ma cape. Je remarquai immédiatement que ses vêtements commençaient à geler aux extrémités.

  –Il faut vous changez, murmurai-je, toujours sous le choc. Vous allez mourir de froid.

  Je fouillai dans ses affaires et sortis les premières choses qui me tombaient sous la main. Je tenais l'une de ses chemises quand ses doigts se refermèrent autour de mon bras.

  –Lunixa. Arrête. Je te promets que je vais bien.

  Je me remis debout et me tournai vers lui. Il avait retiré son haut mais portait encore son pantalon trempé. Et même s'il commençait déjà à retrouver ses couleurs, que ce soit au niveau de sa peau ou de ses lèvres, sa main était encore très froide. Je pris une franche inspiration et le foudroyai du regard.

  –Ne me refaites jamais ça ! hurlai-je.


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