Chapitre 45 - Partie 2

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  Après le café, je sortis fumer en me promenant dans les rues. Tout en expirant un nuage de fumée, je levai les yeux au ciel. Il était couvert de nuage neigeux. Nous risquions bien de passer une journée supplémentaire ici. Si nous avions pris des traîneaux, nous n'aurions pas ce problème. Cependant, j’avais préféré le confort du carrosse à leur praticité.

  Je continuai à marcher en observant le quotidien des villageois. J'avais toujours aimé cela. Malheureusement, les occasions étaient rares depuis quelques années, à cause de la charge importante de mon travail. Mais j'avais la ferme intention d’y remédier. Je voulais faire visiter le pays à Lunixa, qu’elle découvre la richesse de ses paysages, ses secrets, la vie de ce royaume, de ses habitants…

  Alors que je réfléchissais aux endroits où je pourrais l'emmener, j'entendis soudain des cris de paniques dans mon dos, au loin. Je me retournai vivement et d'autres se joignirent aux premiers. Je ne perdis pas plus de temps et courus immédiatement vers leur origine.

  J'arrivai sur la place centrale. Dame Nature ! Une vingtaine d'enfants étaient prisonniers sur la rivière. La glace, plus fine qu'à l'endroit où nous avions patiné avec Lunixa, avait en partie cédé. C'était pour cette raison que nous étions sortis du village, sur les conseils de l'aubergiste. Il m'avait averti qu'ici, il était dangereux de s'aventurer au centre du cours d'eau. Les villageois devaient connaître cette information, pourtant, un petit groupe d'enfants s'y était risqué et la glace n'avait pas supporté leur poids. Elle s’était complètement brisée autour d'eux, les isolant sur un îlot au milieu de l'eau glacée, et des fissures plus ou moins profondes s'étendaient à sa surface.

  Les adultes présents avaient déjà commencé à prendre les choses en mains, ordonnant aux plus jeunes de se mettre allongé pour répartir leur poids afin de ne pas aggraver la situation.

  –Que ceux qui sont proches des berges viennent lentement vers nous en restant sur le ventre, ordonna un homme. Les autres, ne bougez surtout pas, on va venir vous chercher.

  Ils s'exécutèrent, se déplaçant en mesurant chacun de leurs gestes. Certaines personnes sur la rive leur lancèrent leurs écharpes pour pouvoirs les tirer vers nous une fois qu'ils pourraient les atteindre. D’autres commençaient à créer un passage dans la glace pour mettre une barque à l’eau et récupérer les enfants coincés sur l’îlot.

  Un morceau s’en détacha et s'enfonça dans l'eau. Je jurai. Il risquait de se briser d’un instant à l’autre, nous n’avions pas le temps d'attendre une embarcation. Je me débarrassai de ma cape puis de ma veste et m’avançai au bord de la berge.

  –Jeune homme ? m'interpella celui qui avait pris les rênes de l'opération. Qu'est-ce que vous...

  Je plongeai. Dame Nature, qu’est-ce que l'eau était froide ! Même moi je le sentais. Je relâchai une partie du feu qui m'habitait pour ne pas être trop affecté par la température de la rivière, m'enfonçai sous la glace et nageai en direction de l'îlot.

  À cause du courant, je mis plus de deux minutes à l’atteindre. Les enfants, terrifiés, tendirent leurs mains vers moi lorsque je remontai à la surface.

  –Restez calme, leur ordonnai-je avec douceur. Je ne peux pas ramener tout le monde. Je vais d'abord prendre les plus grands, parce qu'ils sont plus lourds, d'accord ?

  Ils hochèrent lentement la tête. Je n'aimais pas devoir laisser les plus jeunes ici, mais j'avais peur que la glace ne tienne pas si je les ramenais en premier. Les deux plus âgés se laissèrent glisser dans l'eau et je les pris par la taille.

  –J'ai froid ! se plaignit l’un d’eux.

  Je donnai un peu plus de liberté à mon pouvoir pour les réchauffer, mais je ne pouvais pas faire plus.

  Je mis plus de temps à revenir.

  –Vous êtes complètement fou ! s'exclama celui qui dirigeait.

  –Je sais. Mais prenez-les, ils sont gelés.

  Je lui fis passer les enfants. Des femmes s'empressèrent de leur ôter leurs vêtements mouillés avant de les envelopper d'une cape épaisse.

  –Et vous, sortez avant d'attraper la mort !

  –Oui, dès que j'aurais...

  Il y eu un bruit sourd et des hurlements. Nous nous retournâmes tous d'un coup. L'îlot avait cédé.

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Finalement, dans un sanglot, je m'arrêtai pour repenser à ce que j'avais vu par la fenêtre du salon qui provoquait des crises d’épilepsie chez tous les non-daltoniens qui y restaient plus de dix minutes. Un véritable cauchemar : des milliers de pousses de salade nous étaient envoyées dessus. Après la grande bataille des petits pois, ils étaient passés à l'arme de destruction suprême : la roquette.
"Papa, qu'est-ce qu'on peut faire ?
-Rien fiston, d'ici quelques heures, notre village sera enseveli sous la salade. Si ça avait été de la pizza, des burgers, ou des kebabs, on aurait pu les manger, mais là c'est de la roquette, et je ne connais personne qui mangerait quelque chose qui vient de... la terre, et surtout, SURTOUT, qui ne baigne pas dans l'huile. "
 
C'est alors que je sentis un effluve d'encens marin.
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-Ce sont les hippies, quand ils ne sentent pas les déjections (pour être très franc, "déjections" n’est pas le mot qu’il a employé),  ils sentent l'encens... Y a vraiment un truc qui tourne pas rond chez ces bouffeurs de...''
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