Chapitre 44 - Partie 3

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  Dans le silence de la nuit, seul le bruit de la neige sous nos pas résonnait à travers les rues vides. Mais, si je tendais l'oreille, je pouvais aussi entendre les rires étouffés des habitants, bien au chaud dans leur maison, d'où s'échappait de petits nuages de fumée par la cheminée.

  Je pris le temps de profiter de cette facette de la bourgade pendant que nous marchions avec le Prince, jusqu'à ce que les habitations disparaissent derrière nous. Je me concentrai à nouveau sur la route. Il s'arrêta peu de temps après.

  –Voilà, nous y sommes, déclara-t-il.

  Je regardai tout autour de moi. Nous étions face à une rivière gelée. Que voulait-il faire ici ?

  Il retira ses planches de marche et les remplaça par les semelles métalliques qu'il avait apportées. Puis il fit de même pour moi. J'avais beau les étudier, je n'arrivais pas à déterminer leur utilité. Cela avait-il un rapport avec la rivière ?

  Le Prince me donna confirmation en s'y rendant. Je crus qu'il allait tomber lorsqu'il posa un pied dessus, mais il resta parfaitement droit. Je ne comprenais même pas comment c'était possible. Il tenait en équilibre sur le tranchant de la lame fixée sous ses chaussures.

  –Allez, à ton tour maintenant.

  Je secouai la tête. Je ne voulais plus jamais marcher sur de la glace. J'avais failli mourir la dernière fois que c'était arrivé.

  –Tu ne risques rien, assura-t-il. Elle est suffisamment épaisse pour qu'on monte dessus sans qu'elle se brise, surtout si on reste au bord.

  Je levai les yeux et la sincérité que je lus dans son regard me toucha. J'abdiquai et le rejoignis, mais une fois devant la rivière ma peur revint en force. Sans m'en rendre compte, je lui tendis la main pour avoir son soutien. Ses doigts se refermèrent autour des miens puis lentement, il me guida sur la glace. Des souvenirs de ma noyade rejaillirent dans mon esprit et mes jambes se mirent à trembler. Si le Prince ne me tenait pas, je serais déjà tombée. Il se rapprocha de moi et je ne protestai pas malgré la vingtaine de centimètres qu'il restait entre nous désormais. J'étais bien trop effrayée.

  –Respire, Lunixa. Tout va bien. Je ne t'aurais jamais proposé de patiner s'il y avait un risque que la glace cède.

  –Pa... patiner ? répétai-je.

  C'était la première fois que j'entendais ce terme.

  –Oui, c'est ce que nous allons faire. Ce que tu as aux pieds, ce sont des patins.

  Des patins...

  Décidément, j'apprenais plein de nouveaux mots aujourd'hui.

  –Et en quoi cela consiste-t-il ? demandai-je.

  –Je vais te montrer. Tu es prête ?

  Pas du tout. Pourtant, je hochai de la tête.

  –Très bien, alors mets tes pieds parallèles l'un à l'autre. (Il me montra l'exemple et je l'imitai). Maintenant essaye de les garder dans cette position, nous allons bouger.

  Avec sa jambe, il donna une légère impulsion et partit en arrière, m'entraînant avec lui. C'était très étrange, la démarche du Prince ne ressemblait pas tout à fait à de la marche et je bougeai sans effectuer le moindre effort. Au bout d'un moment il lâcha l'une de mes mains, puis s’apprêta à faire de même avec la deuxième. Mes doigts se resserrèrent immédiatement autour de la sienne. Je n'étais pas prête à le lâcher. Il s'arrêta et posa sa paume sur mon épaule pour que je l'imite.

  –C'est...

  Je n’arrivai même pas à mettre les mots sur ce que je voulais dire.

  –Cela te plaît-il ?

  J'avais toujours un peu peur mais oui. J'aimais bien. J'avais l'impression d'être portée par le vent.

  –Je... Pouvez-vous m'apprendre ? m'enquis-je.

  –Bien sûr.

  Tout d'abord, il me m'expliqua comment faire : je devais prendre appuis sur l’une de mes jambes et me pousser vers l'avant puis réitérer ce geste avec l'autre et ainsi de suite jusqu'à avoir assez de vitesse pour glisser. Puis, toujours en me tenant, il me montra l'exemple. Lorsqu'il s'immobilisa, ce fut à mon tour. J'essayai et manquai de tomber. Son bras se referma immédiatement autour de ma taille, puis il me ramena contre lui.

  –Je te tiens. Tu peux recommencer sans crainte.

  Sans crainte ? Alors pourquoi mon cœur battait-il aussi vite depuis que mon corps était collé au sien ? J'inspirai profondément pour le calmer et tenter de retrouver mes esprits. Patiner, je devais essayer de patiner.

  Je me libérai de son étreinte puis pris appuis sur ma jambe droite et me lançai. Cette fois, je parvins à glisser sur quelques centimètres. Un sentiment d'accomplissement m'envahit. J'avais réussi ! Égayée par cette victoire, je recommençai en me propulsant de la jambe gauche, puis de la droite, et encore de la gauche, puis de nouveau de la droite. Je continuai ainsi sur quelques mètres, laissant l'air froid mordre mes joues.

  –Eh bien voilà, tu t'en sors très bien, déclara le Prince en me dépassant.

  Il m'avait lâchée ? Mais quand ? Je ne m'en étais même pas rendue compte. Il me montra ensuite comment ralentir, m'arrêter, puis reculer. J'appréciai tant ce moment que ma peur de la glace finit par disparaître. Ce que j'éprouvai en patinant était incroyable. Je me sentais aussi légère que l'air, j'avais l'impression de me fondre dans le vent, que rien ne pouvait me retenir, d’être libérée de toutes chaînes. En quelques coups de patin, j'avançais de plusieurs mètres, formais de beaux cercles, tournais sur moi-même... De temps à autres, je suivais les traces laissées sur la glace par le Prince, qui m'offrait un sourire chaleureux tout en observant mes progrès. Je détournai le regard en sentant le sang me monter aux joues. Heureusement qu'elles devaient déjà être rougies par le froid.

  –Tu apprends vite, constata-t-il.

  –C'est un peu comme la danse.

  Et j'adorai danser. À cette pensée, je ne pus m'empêcher de sourire. De tout ce que j'avais fait aujourd'hui, c'était mon activité favorite.

  Et mes enfants, laquelle auraient-ils préféré ?

  Alors que je passai à devant le Prince, je les vis à mes côtés, glisser sur la glace en se tenant la main afin d'aller plus vite ensemble, puis tomber et s'entraider pour se relever, former une petite chaîne en avançant l'un derrière l'autre.

  Les connaissant, ils auraient préféré la bataille de boules neige mais ils auraient adoré patiner.

  Une boule se forma dans ma gorge et je croisai le regard du Prince.

  Comment pouvais-je me aussi bien en sa compagnie alors qu'ils n'étaient pas avec moi ?

  Je retournai sur la berge et retirai les patins.

  –Lunixa ?

  Je levai les yeux au ciel et luttai pour ne pas pleurer.

  –Je suis fatiguée. Pouvons-nous rentrer ?

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Your Acid Jazz

En entrant dans sa chambre, la première chose que l’on puisse remarquer est la couleur. Pas bleue, pas rose, mais un doux mélange de ces deux couleurs. La tapisserie qui couvre les murs est pleine d’arabesques fleuries. Le sol est masqué par une moquette bleutée, qui se marie au ton des murs.
Le lit ne peut être plus proche de la fenêtre. Ce dernier possède une tête d’un blanc crémeux, sur laquelle est déposée une veilleuse ronde, qui, d’après les motifs qui l’ornent, projette un effet étoilé, lorsqu’elle est allumée. Idéale à utiliser lors d’une nuit solitaire et froide. Le drap, lui, est d’un bleu comparable à la nuit. La grosse couverture moelleuse et rassurante est nuancée de bleu et de violet, agrémentée par des petits pois blancs. Vus de hauts, ces derniers sont comparables à des étoiles.
Une petite table de nuit accompagne le meuble. Sur celle-ci, une lampe bien plus grande que celle qui trône sur le lit. Sûrement plus utile pour lire, que pour dormir. Dans le compartiment, trois livres sont empilés. Ce sont tous des romans. Deux d’entre eux sont des récits fantastiques, d’aventures et le troisième est un roman policier. Près d’eux, une console de jeu.
Puis, au coin des murs où se trouvent le lit et la porte, une étagère. Celle-ci est en bois blanc, rien de plus simple. Son côté visible est camouflé par un poster grandeur nature d’une héroïne de jeu vidéo, en costume de combat. L’étagère comporte des romans, des recueils de nouvelles, des DVDs, des cassettes de jeux divers, en passant d’un quelconque jeu d’arcade à celui le plus élaboré et attachant qui soit. Ensuite, on a des produits de beauté, comme du parfum, des crèmes, du déodorant ou encore un stick à lèvres, mais pas de maquillage en vue. Sur le même étage repose une tirelire en forme de tortue, sur ses petites pattes vertes. Le trou qui sert à y entrer des pièces se trouve dans la carapace. C’est cette dernière qu’il faut tourner un certain nombre de fois avant de pouvoir accéder à toutes les économies de la jeune fille. Après le reste, ce n’est que des affaires scolaires. Des cahiers, des manuels, des sacs. Pleins de sacs, à vrai dire. Faits main. Mais sûrement par quelqu’un d’autre, puisqu’aucun matériel de couture n’est présent, ici.
Quand on pénètre dans la chambre, ce sont des rideaux sombres qui nous accueillent. Ils sont sur le mur face à la porte. Ils sont dégagés, permettant aux rayons du soleil de s’infiltrer dans la pièce. La fenêtre est très grande, la luminosité est excellente et les rideaux ne sont pas très opaques, ce qui obligerait donc qui que ce soit à se réveiller, le matin. Idéal, pour les étudiants.
Contre le mur en face du matelas multicolore, se dresse une armoire. Elle aussi, semble bien simple, de l’extérieur. Toujours en bois, mais elle n’est pas repeinte. Après, bien sûr, ses deux portes sont décorées. L’une d’elle contient un poster d’un lieu sombre, faisant référence à une série télévisée, et un autre, plus joyeux et fantaisiste, faisant référence à une autre série magique. L’autre porte n’est décorée que par des photos souvenirs. Deux jeunes filles souriantes, exposant leur appareil dentaire. Un garçon et une fille, partageant une glace. Un groupe d’amis qui éclatent de rire. Et d’autres encore, qui ne peuvent que réchauffer le cœur de quelqu’un. L’armoire, qui d’habitude est fermée à clés, est ouverte. Elle permet à quiconque de jeter un coup d’œil à l’intérieur. La majorité des vêtements sont suspendus et une absence de robes ou de jupes est facilement remarquable. Ca ne veut pas dire pour autant que les hauts ne sont pas féminins.
En bas, il y a deux tiroirs ouverts, où se trouvent encore plus d’habits, la plupart, défaits. Derrière l’une des portes, un long miroir qui aide à se préparer. Derrière l’autre, une feuille froissée est épinglée. On peut y lire « Nombre de jours passés sans me mutiler ». En dessous du titre, il y a des petites barres qui représentent les jours passés. Puis, des ratures et des phrases démotivantes comme « je n’y arriverai jamais » ou encore « ça ne sert à rien ». Puis, d’autres barres. Puis des phrases encourageantes, d’une écriture différente. Des petits dessins drôles. Un sourire lui échappe une fraction de seconde. C’est lui, qui les avait faits.
Un peu plus loin de l’armoire, au coin du mur, il y a un pouf. Il est jaune et son dossier est agrémenté d’une fausse feuille verte. Il ressemble à une poire et paraît infiniment confortable.
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Il s’accoude au bureau, il a la tête qui tourne.
Il ferme les yeux. La bile qui était remontée se coince dans sa gorge.
Il déglutit. Il essaie d’ignorer le sang sur ses vêtements.


Quelle magnifique chambre.

Qu’est-ce qu’ils vont bien pouvoir en faire, maintenant qu’elle est morte ?
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Défi
StephanieG
En réponse au défi Nouvelles BoD. Inspirée d'un texte que j'ai écrit et posté sur fanfic il y a quelques années.
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