Chapitre 44 - Partie 2

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  Je dépliai la robe et remarquai que le corsage se fermait par un laçage dans le dos. Je ne pouvais pas la revêtir seule. Je mis ma tunique puis m'approchai de la porte.

  –Altesse ? Fis-je d'une voix suffisamment forte pour qu'elle traverse le bois.

  –Oui ? Tu as fini ?

  –Non ! m'empressai-je de répondre avant qu'il n'ouvre. Pas du tout. Pourriez-vous chercher Magdalena ?

  –Pourquoi ?

  –J'ai besoin de son aide.

  Le bruit de ses pas sur le palier devint de moins en moins audible à mesure qu'il avançait vers l'escalier puis les marches grincèrent. En attendant ma femme de chambre, je me séchai un peu mieux les cheveux puis commençai à m'habiller. Je m'apprêtai à mettre la robe quand deux coups retentirent contre le battant.

  –Madame, c'est Magdalena.

  –Entrez.

  Elle passa le pas de la porte et la referma derrière elle.

  –Son Altesse m'a dit que vous aviez besoin de moi.

  –Oui, pour refermer le corsage. D'ailleurs, je tenais à te remercier d'en avoir pris une supplémentaire.

  –Il est assez courant que les voyages prennent du retard à cause des chutes de neige, m’expliqua-t-elle. Alors il est toujours bon d'avoir une ou deux tenues en plus, juste au cas où.

  Je pris bonne note de cette information tandis qu'elle récupérait mon vêtement. Elle m'aida à le mettre, puis je regroupai ma chevelure et la fis passer par-dessus mon épaule pour qu'elle puisse accéder à mon dos sans difficulté.

  –Voilà, c'est tout bon, déclara-t-elle en remettant mes cheveux à leur place... Voulez-vous également que je m'en occupe ? Je peux vous faire une coiffure populaire.

  –Euh… oui, pourquoi pas.

  Je ne savais même pas qu'il y avait des coiffures populaires. J'étais curieuse de voir à quoi elles ressemblaient.

  Je m'assis sur la seule chaise de la chambre et Magdalena s'attela à sa tâche. Comme il n'y avait aucun miroir en face de moi, je n'avais aucune idée de ce qu'elle faisait. Je sentis seulement ses doigts passer entre mes boucles pour les séparer, puis quand elle commença à leur donner forme.

  Concentrée sur son travail, elle ne me parla pas beaucoup, s'assurant seulement de temps à autres si elle ne tirait pas mes cheveux trop fort. Après l'après-midi mouvementé que j'avais passé, ce silence était très reposant, à tel point que mes yeux commencèrent à se fermer. Je me serais certainement endormie si Magdalena n'avait pas repris la parole.

  –C'est terminé.

  Cette nouvelle me réveilla. Je me levai et me rendis dans la salle de bain admirer le résultat. Deux fines tresses plaquées longeaient chacune de mes tempes avant de descendre sur mes épaules. Quant au reste de mes cheveux, ils étaient rassemblés dans le début d'une natte à sept brins en haut de ma tête et retombaient librement dans mon dos. Tout ceci donnait à cette coiffure un caractère fort, presque sauvage, mais avec une pointe de délicatesse.

  –Qu'en pensez-vous ? s'enquit Magdalena en me rejoignant.

  –J'aime beaucoup. Pourrais-tu me la refaire au palais ?

  –Ce serait avec grand plaisir, mais je me ferais alors virer.

  –Pourquoi ? m'étonnai-je.

  –C'est une coiffure populaire. Elle n'est pas digne de vous.

  J'observai une nouvelle fois mon reflet dans le miroir. C'était simplement une coiffure, pourquoi le protocole se montrait aussi sectaire ? J'étais contente que Magdalena se sente assez en confiance avec moi pour avoir bravé cet interdit et me la faire.

  –Madame, maintenant que vous êtes prête, vous devriez vous rendre à la salle à manger. Votre mari doit se demander ce qui vous prend autant de temps.

  –Ce n'est pas mon....

  Ma voix s'éteignit et mon cœur se serra.

  Si, il l'est.

  Je fermai les yeux puis me tournai vers Magdalena. Elle l'avait fait exprès. Malgré mon ordre, elle avait parfois désigné le Prince comme mon mari afin de m'aider à accepter notre situation sans me forcer la main.

  –Magdalena... Que pensez-vous de lui ?

  –En toute sincérité ? (J'acquiesçai). Votre mari est très apprécié du peuple. Il a beau n'être que le second fils de sa Majesté, on attend beaucoup de lui et il prend son titre ainsi que son travail très au sérieux. Même si pour cela, il doit parfois mettre ses désirs de côté au profit de son devoir.

  La nuit où il était venu dans ma chambre pour qu'on s'unisse me revint en tête. Il n'y avait pas eu la moindre lueur de désir dans ses yeux à ce moment-là. Et son mutisme... Il n’avait eu aucune envie de me faire sienne.

  –Cela lui est parfois très difficile alors il lui arrive d'être très à cran, continua-t-elle. Mais c'est un homme bon. C'est pourquoi je pense qu'il a besoin de quelqu'un qui le soutienne et l'aide à faire les bons choix, aussi bien dans son travail que dans votre vie commune.

  –À vous entendre, on dirait qu'il n'a que des qualités, murmurai-je.

  Un sourire amusé fendit le visage de Magdalena.

  –Oh non, je n'ai jamais dit cela. Il est également autoritaire, têtu et irascible. Quand un problème se pose, il a la mauvaise habitude de se réfugier derrière l'alcool pour le surmonter. Et même si cela le détend, je pense qu'il devrait arrêter de fumer.

  –Il fume ? m'étonnai-je. Je ne l'ai jamais vu fumer.

  –Il évite de le faire quand il sait que les personnes qui l'entourent n'aiment pas.

  Ce qui expliquait sûrement pourquoi il m'avait jeté un coup d'œil après que son père lui ait proposé une cigarette la fois où il nous avait convoqués.

  –Il est loin d'être parfait, conclut Magdalena. Même s'il est de sang royal, ce n'est qu'un homme... Si vous avez d'autres questions, posez-les-lui directement. Je ne répondrai plus à rien.

  Et sur ces mots, elle sortit. Elle cherchait vraiment à ce que je me rapproche de lui tout en me laissant le choix.

  Je m’assis sur le lit. J'avais besoin d'une petite pause.

  Quelques minutes plus tard, je quittai la chambre. Je n'avais pas atteint l'escalier que je me retrouvai face au Prince, qui arrivait à contre-sens. Il se figea en me voyant. Qu'est-ce qui n'allait pas ? Mince, la coiffure de Magdalena ! Elle avait dit qu'elle pouvait être virée si elle me la faisait au château. Était-ce qui le dérangeait ?

  Il secoua la tête puis planta son regard dans le mien.

  –Tu viens manger ?



  Après le repas, je m’installai de nouveau près de la fenêtre afin de contempler le paysage. Malgré les nombreux nuages, la lune éclairait suffisamment le village pour que je sois fascinée. La lumière se reflétait avec une telle intensité sur la neige que ce que je contemplai me paraissait venu d’un autre monde. Sans le quitter des yeux, je repris une gorgé de ma tisane.

  –Dis-moi Lunixa ? (Je me tournai vers le Prince). Tu n'es pas trop fatiguée ?

  Je fronçai les sourcils. Que voulait-il que nous fassions en plein milieu de la nuit ? Je reculai d'un coup. Une seule activité me venait en tête et il était hors de question que cela arrive. Le Prince dût comprendre à quoi je pensais car il s’empressa d'ajouter une suite à sa question.

  –C'est à l'extérieur, je pense que tu vas aimer.

  Je retrouvai mon calme et ma curiosité me tiqua. Après tout ce que nous avions fait aujourd’hui, que pouvais-je encore découvrir ? Je finis ma tisane et me levai. Le Prince sourit et mon cœur manqua un battement. Je déglutis avec difficulté avant de le suivre dans l’entrée. Il m'aida à nouveau à mettre les planches de marche, puis il récupéra de drôle de semelle en métal qui me faisait penser au système antiglisse. Cependant, au lieu d'avoir des piques qui pouvaient s'enfoncer dans la glace, celles-ci possédaient une étrange lame en métal sur toute la longueur. Le Prince les jeta sur son épaule puis nous sortîmes.

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Leah Nash



 Parler d’un évènement traumatisant est souvent apaisant. Mais pour moi, parler ne servirait qu’à transmettre mon malheur à autrui, et je ne veux pas imposer ce fardeau à quiconque. C’est pourquoi je décide de transcrire ce que j’ai vécu, en espérant que mon esprit puisse se libérer et vivre la fin de mes jours dans une forme de paix. Mon nom est Elijah Lowe, et je dois vous implorer de ne pas continuer ce journal si par malheur vous le trouvez. Par pitié, reculez tant que vous le pouvez encore...
J’avais un ami autrefois, très cher à mon cœur. Nous étions comme deux frères et partagions tout. Nous avions grandi ensemble dans le même quartier au nord de l’Angleterre. Lui Ecossais, moi Britannique, nous étions comme issus de la même famille. Nous nous ressemblions autant de drops que de caractère. Les années passaient et rien ne pouvait nous séparer. Enfin presque. Un jour, Aidan apprit qu’un de ses lointain parents était mort et lui avait légué un manoir à Junkerdal en Norvège. Malgré l’isolement, il avait décidé d’y vivre, me disant que tout irait bien, et que la distance ne nous séparerait pas. Mais ce ne fut pas le cas. Les mois défilèrent, ainsi que les années, mais pas de nouvelles de mon ami tant aimé. Ce ne fut que 13 ans plus tard que je recevais une lettre de Norvège.

Junkerdal, 13 Octobre 18—
Cher Elijah, mon ami,
Voici bien longtemps que je ne t’ai pas écrit. Je tiens d’abord à te faire mes excuses les plus sincères, je n’ai pas oublié la promesse que je t’avais fait lors de mon départ. Je ne l’ai pourtant pas tenue et j’ai malheureusement laissé le temps et la distance nous séparer. Il s’agit bien de la seule chose que je regrette de ma vie, ou peut-être que je regrette également d’être parti. La Norvège a beau être magnifique, la vie y est rude et solitaire. Je ne sais comment mon esprit et mon âme ont pu vivre autant de temps isolé ainsi, sans voir que le temps défiler. Et alors que je reviens à moi-même, ton image est réapparue dans ma mémoire. Des images de bonheur, du temps où nous étions un seul et même être, comme deux frères. Je ne cesse de me dire que je souhaiterais te revoir depuis. Mais la fierté et surtout la peur que tu m’aies oublié ou refuses tout contact avec moi, m’a paralysé pendant des semaines. Je me suis tout de même décidé à écrire cette lettre pour te demander de venir me rendre visite dans mon manoir. Je sais bien que c’est une longue distance à parcourir, mais je crains ne pouvoir me déplacer jusqu’en Angleterre. Je sais également que je t’en demande beaucoup, mais mon cœur ne me pardonnerait jamais de ne pas avoir tenté de te revoir. Mon domestique et fidèle servant Jaime Adams accompagne cette lettre, il t’aidera pour tes bagages et t’accompagnera pour la route si jamais tu acceptes ma requête. Sache que je t’attends patiemment.
Dans l’espoir de te voir, ton ami dévoué, Aidan McTavish.”
Un mélange de colère et d’immense joie s’était emparé de moi. J’étais évidemment très heureux d’avoir enfin une lettre de mon ami, mais pourquoi avoir attendu autant de temps ? Le lien que nous avions avait vite fait disparaître la colère et mes bagages étaient prêts en une heure. Je partais donc avec ce Jaime Adams, en direction du Nord.
La route me parut longue mais agréable. Le trajet en bateau beaucoup moins. Les paysages gagnaient en beauté et sauvagerie. Le froid était bien présent, ainsi que la neige. À l’approche du manoir, la forêt aux alentours devenait d'autant plus lugubre et pesante. La nuit était tombée lorsque j’arrivais sur la dernière route. L’orage éclairait celle-ci d’une lumière blanche me permettant de voir les arbres épais, la route pleine de boue et de neige à travers la fenêtre du fiacre. Au milieu des coups de tonnerre, les loups sauvages hurlaient à plein poumons, me donnant la chair de poule. Devant le manoir, je ne puis voir que sa forme carrée. Je l'imaginais sûrement fait pierres grises, noircies par le temps et les intempéries. Jaime prit mes bagages et me conduit à l’intérieur. Alerté par le bruit de la grande porte de bois, Aidan arriva. Le fait de le revoir m’emplit de bonheur, mais ceci ne dura qu’un court moment. Mon ami, autrefois plein de vie était extrêmement pâle et semblait plus petit et maigre. Il s’arrêta stupéfait. Tu es donc venu ! Me dit-il. Évidemment. Mais tu arrives plus tôt que prévu. Je ne t’attendais pas avant la deuxième semaine de Novembre !
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